Trotsky (1879–1940)

Trotsky nait Lev Bronstein en 1879 dans une famille de paysans juifs d’Ukraine (alors dans l’empire russe). Avec la militante marxiste Alexandra Sokolovskaïa, il fonde l’Union ouvrière du sud de la Russie en 1897. Ils sont arrêtés et déportés en Sibérie. Il s’évade en 1902 et rejoint le groupe qui publie en exil Iskra. Au congrès du POSDR de 1903, il est avec Martov et la minorité (mencheviks) contre Lénine et la majorité (bolcheviks). En 1903, il rencontre à Paris la militante du POSDR Natalia Sedova. En 1904, il rompt avec la fraction menchevik. De 1903 à 1917, il a une position conciliatrice, pour la réunification du POSDR, ce qui l’oppose à Lénine.

Lors de la révolution russe de 1905, il devient à 26 ans président du soviet (assemblée des travailleurs) de la capitale Petrograd (Saint-Pétersbourg). Arrêté lors de la contre-révolution tsariste, il est emprisonné. Il s’évade et s’exile à Vienne. Il élabore sa première vision de la révolution permanente : en Russie, la classe ouvrière prendra la tête de la révolution démocratique que la bourgeoisie « libérale » est incapable de diriger (contre l’avis des mencheviks) et ne pourra pas s’arrêter là : elle commencera une révolution socialiste (contrairement à la thèse des bolcheviks) qui ne peut vaincre qu’avec l’appui du prolétariat occidental. Quand la guerre éclate en 1914, il se réfugie à Paris où il publie le journal Naché Slovo et se lie à la poignée de syndicalistes de la CGT (dont Monatte et Rosmer) qui s’opposent à l’union sacrée. En 1915, Trotsky participe à la conférence socialiste internationale convoquée à Zimmerwald (Suisse) par le Parti socialiste suisse et le Parti socialiste italien, puis en 1916 à celle de Kiental. La République française l’expulse et il part aux États-Unis.

En février 1917, la révolution éclate en Russie et abat la monarchie. Des soviets d’ouvriers et de soldats surgissent. Mais le PSR populiste et le Parti menchevik, qui y sont majoritaires, soutiennent le gouvernement provisoire du PKD bourgeois qui défend la propriété, veut dissoudre les soviets et poursuivre la guerre impérialiste. Une fois rentré, Trotsky converge avec les « thèses d’avril » de Lénine qui réoriente le Parti bolchevik contre le soutien au gouvernement provisoire et pour le pouvoir des soviets. Trotsky rejoint le PB. Après l’insurrection spontanée de travailleurs de Petrograd de juillet 1917, il est arrêté et emprisonné par le gouvernement provisoire. Lors du putsch du général Kornilov, le Parti bolchevik anime le front unique de tous les courants ouvriers qui le fait échouer.

Trotsky devient président du soviet de Petrograd en septembre. Lénine préconise l’insurrection. Trotsky prépare celle-ci qui donne le pouvoir aux soviets. Contre les soulèvements contre-révolutionnaires et les interventions étrangères, il organise à partir de 1918 l’Armée rouge. En 1919, Trotsky participe à la fondation de l’Internationale communiste. Le pays est ravagé : les paysans ne veulent pas de la restauration tsariste qui leur reprendrait les terres, mais pas non plus des réquisitions sans rien recevoir en échange des villes. L’Armée rouge vainc les armées « blanches » et aussi les armées « vertes » à base paysanne et à direction anarchiste qui refusent le pouvoir des soviets. En 1921, le pouvoir soviétique fait face à l’insurrection des recrues paysannes de la base navale de Kronstadt. Lénine convainc le Parti communiste qu’il faut faire des concessions (NEP) aux paysans et aux commerçants pour restaurer un minimum l’économie.

En 1923, Lénine, malade, propose à Trotsky de lutter contre la bureaucratisation du parti et de l’État incarnée par Staline, mais il meurt en 1924. Sous l’idéologie du « socialisme dans un seul pays », un bloc secret entre Kamenev, Staline et Zinoviev isole Trotsky et l’Opposition de gauche qui proposent un plan et un effort d’industrialisation. Le despotisme grandissant et la montée des inégalités sociales rapprochent Zinoviev et Trotsky en 1926, mais l’Opposition unifiée est écrasée par l’appareil coiffé par un bloc Staline-Boukharine. En 1927, Trotsky est chassé du parti et en 1929 est expulsé d’URSS. Il crée en 1929 l’Opposition de gauche internationale pour redresser l’Internationale communiste (IC) dont l’opportunisme a conduit à la défaite de la révolution chinoise en 1927. L’OGI défend une stratégie de révolution permanente : même dans les pays dominés, la bourgeoisie n’est plus progressiste, la classe ouvrière est la force qui doit conduire la révolution en s’alliant avec la paysannerie. En URSS, Staline, inquiet des risques de restauration du capitalisme, rompt avec Boukharine et collectivise brutalement l’agriculture. L’IC s’engage dans un cours gauchiste qui facilite la victoire de Hitler en Allemagne en 1933, alors que l’OGI préconise le front unique du SPD et du KPD contre le fascisme.

À partir de 1933, les bolcheviks-léninistes s’orientent vers la construction d’une nouvelle internationale qui sera proclamée formellement en 1938 contre le stalinisme, la sociale-démocratie et l’anarchisme. La 4e Internationale considère que l’État ouvrier a dégénéré et se prononce pour une révolution afin de chasser la bureaucratie usurpatrice et privilégiée. Tout en défendant l’URSS contre l’impérialisme, elle s’oppose au tournant des partis communistes vers le patriotisme en 1934 et à l’alliance avec des partis bourgeois (les fronts populaires) qui bloque la révolution en France en 1936 et qui aide le franquisme à écraser la révolution en Espagne en 1937. Des millions d’opposants sont liquidés physiquement en URSS. Trotsky est expulsé de France en 1935 puis de Norvège en 1936. Il trouve refuge au Mexique où un agent de la Guépéou l’assassine le 20 aout 1940.

Les communistes internationalistes saluent la mémoire et l’exemple de l’organisateur de l’insurrection d’Octobre et de l’Armée rouge, de l’animateur de l’Internationale communiste et de la 4e Internationale.

20 aout 2020