PCF, FO, LFI : les difficultés des « réformistes »

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Le PCF poursuit son déclin, malgré sa capacité à capter une partie de la radicalisation de la jeunesse par l’intermédiaire du MJC qui ose recruter avec la figure de Che Guevara, un personnage qui n’avait que mépris pour le parlementarisme et le pacifisme. La concurrence dans la jeunesse est faible : le PS est exsangue, les dirigeants de LO et de LFI redoutent la turbulence d’une organisation de jeunesse. Après avoir perdu près de 40 % de son effectif depuis 2008, obtenu seulement 2,7 % des voix aux dernières élections législatives, le dernier congrès du PCF (24-25 novembre) a mis en minorité la direction sortante (38 % sur son texte), au profit de la fraction d’André Chassaigne et Fabien Roussel, nommé secrétaire national (42 % sur le leur). La nouvelle direction essaie d’échapper à l’étreinte délétère de LFI mais elle n’a pas de programme réellement différent à lui opposer.

LFI et ses dirigeants ont fait l’objet de perquisitions pour des suspicions de détournement de fonds européens et de surfacturation des dépenses de campagne. Mélenchon, qui avait approuvé les perquisitions chez les chefs du FN-RN, de LR, met à son tour en cause les institutions judiciaires. « Je le défends, et j’aurais aimé qu’il fasse de même quand c’est sur nous que c’est tombé » (Le Pen). Une chose est sûre, LO, NPA, LFI, le PS et le PCF ne reçoivent pas l’argent des capitalistes eux-mêmes, contrairement aux LREM, LR, MoDem, RN, DlF… Mais Le chef suprême de LFI se présente comme l’incarnation de la république bourgeoise, ne supportant pas d’être traité comme un vulgaire manifestant ou n’importe quel jeune arabe dans son quartier ou le métro. Lui qui voulait recruter 2 000 flics hurle et se met les bousculer.

Personne ne me touche, ma personne est sacrée, je suis parlementaire… C’est moi Mélenchon, avec mon écharpe tricolore… Je suis un parlementaire ! Ne me touchez pas !… La République c’est moi !… Je ne suis pas un passant du coin ! (Jean-Luc Mélenchon, 16 octobre)

LFI s’est alors lancée dans une nouvelle campagne contre la presse. L’absence de démocratie n’empêche pas des déchirements en interne sur la question des immigrés et des alliances.

En 2015, des règlements de compte entre cliques de la CGT avaient révélé le niveau de vie des sommets de la bureaucratie. Lepaon, récemment élu secrétaire général, avait été éjecté [voir Révolution communiste n° 10]. C’est au tour de l’appareil de FO de se retrouver en difficulté puisque Pavageau, fraîchement élu, a été démis de ses fonctions en raison de manoeuvres internes (la révélation d’un fichier sur les responsables FO), au moment où la nouvelle direction soutenue par les anarchistes et les sociaux-patriotes du POID avait décidé un audit financier. L’audit n’aura pas lieu. Pavageau a été renversé par une alliance de circonstance entre la clique anticommuniste proche de Mailly et ses associés lambertistes du POI (que la presse appelle « trotskistes » !). C’est la première qui l’emporte le 22 novembre avec l’élection d’Yves Veyrier (46 %) contre Christian Grolier (43 %). Au passage, les syndiqués de FO ont, à leur tour, eu un aperçu des privilèges de leurs responsables. Ces avantages sont ridicules, si on les compare au niveau de vie des grands capitalistes, mais les placent bien au-dessus des conditions de survie des travailleurs ordinaires.

Jean-Claude Mailly totaliserait 34 306 euros de notes de frais dont certaines n’auraient pas été justifiées. Sa rémunération annuelle est divulguée : 100 334 euros brut. (Le Monde, 14 novembre)

L’argent vient moins des cotisations des salariés que des subventions accordées pour obtenir la paix sociale.

La loi Sapin de mars 2014 a mis en place un système de financement mutualisé qui collecte deux types de ressources : une contribution payée par les entreprises et des subventions de l’État. Soit, au total, 123 millions d’euros pour 2016. (Le Monde, 14 novembre)

Il faut y ajouter la gestion des gros comités d’entreprise, les rémunérations des bureaucrates syndicaux membres des conseils d’administration des entreprises, du Conseil économique et social, du conseil d’orientation des retraites, les pots-de-vin secrets (l’UIMM-Medef a distribué ainsi 16 millions d’euros entre 2000 et 2007 aux 5 confédérations « représentatives » pour « fluidifier les relations sociales »), etc. La corruption par l’État bourgeois et par le patronat explique pourquoi les dirigeants syndicaux se sont opposés hier à la grève générale contre Macron et discutent actuellement de ses plans contre les retraites, contre les chômeurs et contre les fonctionnaires.

Les dessous de classe du social-chauvinisme et de l’opportunisme sont identiques : c’est l’alliance d’une faible couche d’ouvriers privilégiés avec leur bourgeoisie nationale contre la masse de la classe ouvrière. (Lénine, janvier 1916)

Le PS depuis 1914, le PCF depuis 1934, LFI depuis sa fondation en 2016, ont adopté le drapeau tricolore. Les trahisons répétées des partis réformistes au gouvernement, la mainmise du réformisme sur les syndicats, confortée par LO, le POI, le NPA et le POID, expliquent pourquoi la colère accumulée dans la classe ouvrière s’exprime dans le mouvement des gilets jaunes.

23 novembre 2018