Droit à l’indépendance du peuple kanak

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Le référendum qui s’est tenu le 4 novembre en Nouvelle-Calédonie résulte des accords de Matignon que le gouvernement Mitterrand-Rocard fit signer en juin 1988 au FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) et au RPCR (le parti des colons « caldoches », aujourd’hui LR), après avoir réprimé dans le sang le mouvement indépendantiste. L’État français découpait l’archipel en 4 zones et renvoyait à 1998 la possibilité de se prononcer sur l’indépendance de cette colonie, en comptant minoriser les Kanaks par l’émigration venue de la métropole et de la Polynésie française. Cette organisation de la mainmise coloniale a été complétée en 1998 par les accords de Nouméa, avec la consultation de « toute la communauté de Nouvelle-Calédonie » en 2018, 2020, 2022.

Sous le drapeau tricolore, l’État français s’est accaparé avec la plus grande violence des territoires puis les a maintenus sous le joug, en Océanie comme ailleurs sur la planète. Avec son armée et ses missionnaires catholiques, sous Napoléon III, la France a massacré dès 1847 les populations présentes sur les territoires qu’elle baptise Nouvelle-Calédonie et transforme en colonie française en 1853. Deux ans plus tard, l’administration coloniale décide une gigantesque spoliation des terres autochtones et l’instauration des « réserves » délimitant les lopins concédés aux « indigènes ».

Chassée des zones fertiles de la côte ouest vers les montagnes ou la côte est, la population dominée (estimée entre 50 000 et 90 000 personnes) est décimée par les famines, les maladies importées. Entre autres cadeaux faits aux Mélanésiens par la « puissance civilisatrice » : l’édification d’un bagne ; l’enrôlement par la force, au cours de la 1re guerre mondiale, de 1 100 Kanaks sur une population qui ne comptait alors que 8 700 adultes de sexe masculin, dont un quart des enrôlés ne revint jamais ; l’accaparement des richesses minières, en particulier le nickel, au prix du travail éreintant d’une main d’oeuvre sous payée, de la destruction de forêts et de la pollution de rivières.

En 1878-1879, en 1917, des insurrections eurent lieu contre la présence coloniale française, les spoliations, les agressions incessantes pour éradiquer l’identité kanake. À chaque fois, la répression sanglante s’est abattue sur les combattants qui réclamaient leurs justes droits. Dans les années 1980, le mouvement indépendantiste kanak se structure et se heurte encore à l’État colonial qui organise la chasse aux « terroristes » : le gouvernement Mitterrand-Fabius réprime violemment le mouvement des Kanaks et en particulier fait assassiner par le GIGN le dirigeant de l’Union calédonienne Éloi Machoro en janvier 1985. Le gouvernement Chirac prend le relais en envoyant 11 000 CRS et gendarmes pour écraser le mouvement indépendantiste : 19 militants du FLKNS ont été tués en mai 1988 à Ouvéa.

Aujourd’hui, la discrimination reste forte à l’égard des Kanaks, en termes de transports, de logements, de postes à responsabilité. Le revenu par habitant est bien inférieur à la métropole (de 29 %) alors que les prix sont largement supérieurs (33 % en général, 73 % pour les produits alimentaires). Si le chômage est mesuré à 11,6 %, il atteint 18,6 % dans la population kanake. 36 % des jeunes de moins de 25 ans n’ont pas d’emploi tandis que 42 % des moins de 30 ans, qui ont un emploi salarié, « sont dans des situations précaires » (Insee, juin 2018). En outre, le chômage est très faiblement indemnisé et il n’existe pas de RSA (revenu de solidarité active) ou de mesure équivalente.

Cette réalité explique qu’une fraction (minoritaire) des partis et organisations indépendantistes a rejeté le référendum, conçu comme « une farce, une mascarade, une consultation bidon… L’exercice du droit à l’autodétermination devrait être réservé au seul peuple kanak… Les droits élémentaires du peuple kanak ne sont pas respectés et, pendant ce temps, les autres partis indépendantistes prônent la collaboration avec l’État colonial » (Union syndicale des travailleurs kanak et des exploités, Mediapart, 5 octobre). Une coalition autour du FLNKS appelait à voter en faveur de l’indépendance. Entre autres représentants de la bourgeoisie, Wauquiez et Ciotti ont fait le déplacement pour défendre la colonisation : « Je veux avoir une parole qui soit claire… c’est celle d’une Nouvelle-Calédonie française ! » (Wauquiez, Mediapart, 5 octobre).

Avec 80,6 % de participation, un taux plus élevé que d’habitude, mais plus faible dans les zones à majorité kanake, le NON l’a emporté à 56,7 %, avec un écart de 17 787 voix sur les OUI, les votes restant très marqués par communauté.

Droit à l’autodétermination sans condition du peuple kanak !

Mêmes droits pour la population qu’en « métropole » !

Réparation du pillage économique ! Restitution des terres !

Expulsion de la police et de l’armée coloniales !

Libre association avec les pays voisins !

23 novembre 2018