À quoi sert le « dialogue social » ?

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L’État, jusqu’en mars dernier, n’avait pas assez d’argent. Le gouvernement était obligé, disait-il, de restreindre les retraites, les dépenses de santé et d’éducation… mais pas celles des armées, de la police nationale, du système pénitentiaire. Pourtant, avec le retour de la crise capitaliste mondiale, accélérée et amplifiée par l’épidémie, il dépense sans compter, surtout pour ses capitalistes.

Les mesures d’urgence : 460 milliards pour les patrons

460 milliards d’euros, si l’on intègre l’ensemble des prêts garantis, essentiellement pour venir en aide, directement et indirectement, au capitalisme français, voilà ce que le gouvernement avait déjà mobilisé depuis le mois de mars (avec l’appui des députés PS, LFI et PCF) dans les divers dispositifs, subventions, prêts et garanties.

Mais à la fin du deuxième trimestre 2020, les chiffres sont tombés. Ils sont accablants : une baisse de 13,8 % du PIB après une diminution de 5,9 % au premier trimestre, une nouvelle dégradation du commerce extérieur dans un contexte général de fort ralentissement des échanges avec une chute des exportations de 25,2 % que ne compense pas la baisse des importations bien moins importantes de 17,3 %. Malgré le déconfinement et une reprise partielle de l’activité, les prévisions de croissance pour l’ensemble de l’année 2020 de la Commission européenne restent pessimiste pour la zone euro, -8,7 %, spécialement pour la France avec -10,6 %. 715 000 emplois ont été détruits dans le secteur privé, le nombre de chômeurs a augmenté de 612 000, les licenciements dans le cadre des bien mal nommés « plans de sauvegarde de l’emploi » ont atteint 50 000. Les travailleurs mis au chômage partiel ont évidemment perdu au moins 16 % de leur salaire. De nombreux jeunes, notamment ceux des étudiants dont la situation déjà précaire les oblige à travailler en plus de leurs études, se sont vus brutalement plongés dans la misère faute de restaurant universitaire et de petit boulot. La plupart des activités de la petite bourgeoisie urbaine, commerces, artisans, etc. a été durement impactée. Mais les milliards de l’État ont mis les entreprises sous perfusion, assurant le paiement des salaires, le report ou l’exonération des charges et impôts, renflouant leur trésorerie à coup de prêts ou de subventions.

715 000 emplois ont été détruits dans le secteur privé, le nombre de chômeurs a augmenté de 612 000, les licenciements dans le cadre des bien mal nommés « plans de sauvegarde de l’emploi » ont atteint 50 000. Les travailleurs mis au chômage partiel ont évidemment perdu au moins 16 % de leur salaire. De nombreux jeunes, notamment des étudiants dont la situation déjà précaire les oblige à travailler en plus de leurs études, se sont vus brutalement plongés dans la misère faute de restaurant universitaire et de petit boulot.

Entre les mesures d’urgence et le plan de relance, le Président a remplacé le premier ministre (le nouveau, Jean Castex, sort aussi de l’ENA et de LR) mais n’a pas modifié son objectif.

Ce n’est pas changer de cap, de destination finale, c’est changer de chemin pour y arriver, c’est changer de chemin, c’est associer davantage, c’est passer davantage par le dialogue social. (Macron, Entrevue à TF1 et France 2, 14 juillet)

À « l’Université » du Medef, son président l’a bien volontiers reconnu.

Le gouvernement a fait le job… depuis trois ans, une politique favorable à l’emploi et à l’investissement a été menée avec succès… (Roux de Bézieux, 26 aout)

Mais il a aussitôt rappelé à Castex, venu témoigner aux patrons de l’entier dévouement de son gouvernement, que l’effort devait être poursuivi.

Maintenir ce cap est indispensable… La priorité va donc au soutien assumé à l’offre et à l’investissement productif. (idem, 26 aout)

À quelques jours de la présentation de son plan de relance, le premier ministre ne pouvait faire moins que d’assurer le Medef de sa bonne volonté.

L’activité partielle demeurera ouverte dans ses conditions actuelles au moins jusqu’au premier novembre et, au-delà, pendant deux ans pour toutes les entreprises couvertes par un accord sur l’activité partielle longue durée. (Castex, 26 aout)

En clair, les salaires dus au titre du chômage partiel continueront à être payés avec l’argent public, jusqu’à deux ans pour des entreprises comme Airbus.

La « concertation » ou comment faire prendre des vessies pour des lanternes

La concertation avec les directions syndicales, la recherche de l’union nationale avec tous les partis autour de la défense de la souveraineté nationale, qui n’est que la défense du capitalisme français en ces temps difficiles, sont indispensables au nouveau gouvernement. Dès le 19 juillet, Castex a réuni une première « conférence du dialogue social » avec toutes les organisations syndicales et patronales : « Sur toutes ces mesures, nous tiendrons, je m’y engage, le plus grand compte de leurs propositions ». Il leur a proposé de s’associer à une quinzaine de « chantiers ». Castex n’a eu aucun mal à s’attirer les bonnes grâces des chefs syndicaux en différant l’application de la réforme de l’assurance-chômage initialement prévue au 1er septembre et en annonçant la reprise de la concertation sur la réforme des retraites. Toutes les confédérations ont aussitôt répondu favorablement.

Sur la forme, la CGT note un changement de méthode et une meilleure considération des organisations syndicales comme actrices incontournables… Sur la méthode de travail présentée, la CGT prend acte avec satisfaction des engagements du premier ministre concernant les projets de réformes de l’assurance chômage et des retraites… C’est bien la démonstration que seul le dialogue social conjugué à un rapport de force permet des avancées pour le monde du travail. (CGT, 19 juillet)

En réalité, le prétendu succès du « dialogue social » (l’acceptation par toutes les centrales de négocier les attaques antisociales), complété pour certaines par des « journées d’action », est une foutaise.

Les plans contre les retraites et les droits des chômeurs, honnis par les travailleurs, ne sont nullement abandonnés. Toutes les mesures contre les chômeurs s’appliqueront au 1er janvier 2021, car « c’est une bonne réforme et nous la maintiendrons » (Castex, 17 juillet).

Quant à la loi contre les retraites, le premier ministre avait assuré qu’elle n’était que suspendue.

Refuser de parler des retraites lorsque l’équilibre des comptes, et donc la sauvegarde du système actuel se trouve compromise, serait irresponsable… Je vais rouvrir le dialogue, toutes les organisations syndicales viendront discuter avec moi et nous nous mettrons d’accord sur une méthode et un calendrier . (Castex, 8 juillet)

D’autant que le report, voire l’exonération des cotisations patronales a précipité le déficit du régime qui devrait atteindre, d’après les estimations du COR, les 30 milliards en fin d’année au lieu des 4 milliards attendus. La reprise de la concertation avec les directions syndicales se déroulera en deux temps : pendant le dernier trimestre 2020 sur les questions dites « paramétriques » pour résorber le déficit (déjà la CFDT annonce qu’elle ne serait pas opposée à une hausse des cotisations) et en 2021 sur le coeur de la réforme, la mise place de la retraite à points.

Le « plan de relance » : 100 milliards de plus aux patrons

Le 3 septembre, Castex défendait son plan intitulé « France relance » de 100 milliards d’euros sur 2 ans. Derrière les artifices de présentation, une évidence s’impose : tout pour les patrons, ou presque !

La « compétitivité et l’innovation des entreprises » se voit doter de 35 milliards, le « verdissement de l’économie » de 30 milliards et la « cohésion sociale et territoriale » de 35 milliards. L’aide directe aux capitalistes prend par exemple la forme de la baisse de 20 milliards d’impôts de production. Les mesures destinées à la « transition écologique », bien loin des préoccupations environnementales affichées, sont en réalité pour une bonne part des aides directes ou indirectes aux capitalistes travaillant dans ce secteur. On trouve dans les mesures dites de cohésion sociale la poursuite du financement public du chômage partiel, les primes à l’embauche des jeunes apprentis, la prise en charge de la reconversion des salariés, etc. autant d’aides directes aux capitalistes.

Dans la ligne du discours de Macron du 31 mars appelant à « rebâtir notre souveraineté nationale », ce plan de relance finance la recherche et développement pour le compte des industriels dans des secteurs jugés cruciaux par l’État français pour ne pas perdre pied sur le marché mondial, comme les moteurs à hydrogène, mais aussi les filières des industries automobiles ou l’aéronautique, par exemple, pour lesquelles le plan prévoit 2,6 milliards d’euros. Le financement de ce plan devrait être assuré pour 40 milliards par les subventions européennes issues de l’emprunt commun de 750 milliards d’euros adopté le 21 juillet. Les 60 milliards restants viendront grossir la dette publique.

Le gouvernement prétend que ce plan créera 160 000 emplois en 2021. Pour l’heure, des centaines de milliers d’emplois sont menacés de disparition. En effet, les aides massives aux entreprises ont évité jusqu’à présent la faillite pure et simple pour beaucoup d’entre elles, notamment des PME et TPE. Paradoxalement, le nombre de faillites au premier semestre 2020 n’a été que de 17 000 contre plus de 25 000 au premier semestre 2019. Les aides vont certes se poursuivre, voire s’intensifier avec le nouveau plan, mais toutes ne vont pas en bénéficier.

La reprise est là mais elle est insuffisante pour que les entreprises retrouvent une meilleure santé d’ici la fin de l’année. Le mur de la dette n’est pas infranchissable pour beaucoup, mais il risque d’arriver trop tôt… entre juin 2020 et juin 2021, il est probable qu’il y aura bien plus que 60 000 défaillances, l’économie réelle et les procédures collectives étant toujours sur un autre temps que celui des indicateurs macroéconomiques. Elles ont toujours un temps de retard sur la crise. (Les Échos, 9 juillet)

De plus, de nombreux secteurs n’ont pas retrouvé leur niveau d’activité d’avant la pandémie, malgré la reprise constatée depuis juin, ou restent quasiment à l’arrêt comme l’aéronautique où des plans sociaux sont annoncés, par exemple une vingtaine au début septembre pour Toulouse ou sa région. Certains capitalistes, comme la famille Mulliez (Auchan, Decathlon, Kiabi, Boulanger…), utilisent l’ordonnance gouvernementale du 20 mai qui autorise, jusqu’à fin 2020, des dirigeants d’entreprise ayant déposé le bilan à se présenter comme acquéreurs, ce qui leur permet de se débarrasser des dettes et d’une partie des salariés.

Sauf surprise, Alinéa est en passe d’être rachetée… par ses propres actionnaires ! Le tribunal de commerce de Marseille étudie ce lundi l’offre des Mulliez, la seule existante pour l’enseigne d’ameublement, en redressement judiciaire depuis mai. Un millier de licenciements est en vue, le feu vert de la justice étant jugé acquis. (Capital, 31 aout)

Les directions syndicales pour un bon plan de relance

La CGT, la FSU, Solidaires, et les organisations de jeunesse UNEF, FIDL, UNL et MNL décrètent « une première journée d’action, selon des modalités à définir… », le 17 septembre, pour « la lutte contre la précarité et la pauvreté, hausse des salaires, développement des services publics, abandon définitif de la réforme des retraites ». Le même rituel pour interdire toute mobilisation réelle se met encore une fois en place.

Comme d’habitude, ce dispositif des bureaucrates syndicaux a le soutien du PCF, de LFI, de LO, du NPA…

C’est le moment pour les travailleurEs et la jeunesse de reprendre l’initiative et de se faire entendre. Cela pourrait commencer dans la rue, que ce soit ce samedi 12 septembre à l’appel des Gilets jaunes ou le jeudi 17 septembre à l’occasion de la journée de grève interprofessionnelle. (NPA, 3 septembre)

Se joindre aux débrayages, grèves, rassemblements et manifestations qui auront lieu le 17 septembre, c’est une occasion de faire entendre les exigences des travailleurs. (LO, 9 septembre)

Sous le chantage patronal aux licenciements, de nombreux responsables syndicaux signent des accords de performance collective autorisés depuis l’ordonnance de 2017 (Code du travail, L. 2254-2).

La direction de la FSU affirme que la crise sociale « donne au mouvement social une grande responsabilité : celle d’imposer des solutions progressistes de sortie de crise, notamment en remettant les questions de salaires et d’emploi au coeur des politiques publiques » (Pour, septembre). C’est l’antienne de tous les bureaucrates syndicaux, articulé sur un axiome aussi faux qu’il parait simple : il suffit d’augmenter les salaires et d’embaucher pour que la consommation s’accroisse et ainsi que la production redécolle.

Sont-ils benêts, tous ces capitalistes qui n’ont toujours pas compris qu’en faisant le bien des ouvriers, ils amélioraient ainsi leurs propres affaires ! C’est le mythe mis à toutes les sauces de Ford augmentant ses ouvriers pour qu’ils achètent ses voitures ! Contrairement à ce que pensent les réformistes de tous poils adorateurs du juste partage des richesses, l’économie capitaliste n’est pas fondée sur l’harmonie entre les classes, mais sur l’exploitation, l’extorsion de la survaleur (plus-value) et le taux de profit. Si le taux de profit continue à baisser, si la survaleur extorquée est insuffisante au regard du capital disponible, il n’y aura pas les conditions d’une reprise économique solide et durable.

Augmenter les salaires, maintenir tous les emplois sont autant de facteurs de baisse du taux de profit pour les capitalistes. Au contraire, se faire payer par les fonds publics les investissements en équipements, la recherche et développement, une partie des salaires, diminuer les cotisations patronales et les impôts qu’acquittent les employeurs, augmenter le temps de travail sans augmentation de salaire comme le réclame à nouveau le Medef, voilà qui contribue à restaurer le taux de profit.

Dire que « il faut de l’argent, mais cet argent doit être conditionné à l’emploi, aux conditions de travail, à la relance des salaires » (Martinez, secrétaire général de la CGT, 3 septembre) ou bien que « les entreprises qu’on aide rendent des comptes » (Berger, secrétaire général de la CFDT, 4 septembre) ne sert en réalité qu’à ne pas combattre pour le retrait de ce plan conçu pour les capitalistes français.

LFI et le PCF pour le retour à De Gaulle

Avec les chefs politiques qui dirigent actuellement le mouvement ouvrier, Macron peut dormir tranquille. Le PS, le PCF ou LFI ont pour horizon les prochaines élections, départementales et régionales en 2021 et surtout présidentielle de 2022, pour lesquelles les grandes et petites manoeuvres ont commencé, dont les détails importent peu du fait que l’axe du positionnement des uns et des autres est une resucée de l’Union de la gauche. Par conséquent, les occasions pour l’ancien ministre de Jospin de côtoyer la politique de Macron, l’ancien ministre de Hollande, ne manquent pas.

Macron parle de créer un « haut-commissaire à la planification ». Ce serait une belle avancée pour la France… Pendant la crise sanitaire, notre pays a été humilié : nous avons dépendu des Chinois pour de simples masques en tissu, des tests et des molécules basiques de la pharmacie… Sans la planification, la France entrera en sous-développement. Le plan, la souveraineté permettent la relocalisation de nos activités. Ce sont trois talismans qui brillent en même temps. (Mélenchon, JDD, 12 juillet)

Bayrou, haut-commissaire au plan nommé par Macron, n’a plus qu’à embaucher Mélenchon ! Ce genre de plan capitaliste, dit « indicatif », n’est pas un plan qui permet à la société de contrôler la production, ce qui réclame l’expropriation préalable du capital.

D’ailleurs, le premier plan français fut celui du maréchal Pétain en 1941. LFI préfère l’oublier et vanter celui mis en place en 1945 par le général De Gaulle et ses ministres PCF et PS pour redémarrer le capitalisme français au prix d’une exploitation forcenée : rationnement, bidonvilles, taylorisme, 2×8 ou 3×8… La « planification » des 4e et 5e Républiques a surtout aidé la constitution, avec l’aide de l’État et sans contrepartie, des grands groupes capitalistes français de la fin du 20e siècle.

En France, où la concentration industrielle est en retard, le rôle de l’État est plus important qu’aux États-Unis. (Rosier & Dockès, Rythmes économiques, 1983, p. 205)

Mais la crise capitaliste mondiale de 1973 a aussi bien frappé les capitalismes à plan (Japon, France…) que ceux qui n’en avaient pas eu besoin après-guerre car ils n’avaient pas été détruits (États-Unis, Grande-Bretagne…). Et, dans tous les vieux pays impérialistes, le grand capital a « sous-traité » et « externalisé » à partir des années 1980. Le Commissariat au plan est transformé en 2006 en France stratégie.

Quant à l’illusion de l’autarcie (un thème fasciste rafraîchi en écologisme), la porosité de LFI avec le RN est inquiétante.

La relocalisation d’activités –produire et consommer sur place– est le premier principe de société écologique que nous voulons… Cette relocalisation d’activités procède, vous l’avez compris, de la logique du localisme, cette révolution de la proximité qui est la pierre angulaire de notre projet, cette révolution qui nous conduit à initier la civilisation écologique. (Le Pen, 15 septembre 2019)

A la remorque des partis bourgeois (LREM, LR, DlF, RN…), les partis sociaux-impérialistes (PCF, LFI, PS…) sont, sans surprise, pour plus de moyens à la police, à la justice et à l’armée françaises.

Le renforcement de l’État signifie toujours celui de l’appareil répressif

Dans le gouvernement Castex, Darmanin occupe les nouvelles fonctions de ministre de l’intérieur. Il s’est immédiatement distingué par un soutien appuyé aux forces de l’ordre, les assurant dès sa nomination de « son soutien total ». Celles-ci ont apprécié le geste alors que des milliers de manifestants s’étaient rassemblé contre les violences policières au mois de juin. La président a enfoncé le clou.

C’est pour cela qu’en République, les policiers, les gendarmes, les magistrats, les maires, toutes celles et ceux qui luttent contre la violence, contre le racisme et l’antisémitisme, jouent un rôle déterminant et que, par symétrie, ceux qui s’en prennent à eux doivent être lourdement condamnés. Force à la loi… Ceux qui s’en prennent aux forces de l’ordre, aux élus, ne passeront pas. (Macron, Discours au Panthéon, 4 septembre)

Déjà, Macron s’était engagé à recruter 10 000 policiers et gendarmes d’ici 2020. Les voilà mis au premier rang de la lutte contre la violence et le racisme ! Tous les blessés des manifestations, les victimes du racisme policier apprécieront.

Surtout, le pouvoir annonce une plus grande répression pour tous ceux qui oseront contester les violences policières, qui oseront manifester. Macron et Darmanin ont choisi de couper l’herbe sous le pied du RN en développant la même politique. Darmanin a déclaré le 24 juillet qu’il « fallait stopper l’ensauvagement d’une partie de la société ». Ce terme participe d’une campagne soigneusement menée sur « l’insécurité ».

Le ministre de l’intérieur, comme l’ensemble du gouvernement, constate effectivement qu’il y a une montée du sentiment d’insécurité et je peux vous dire la totale mobilisation du gouvernement pour y faire face. (Castex, 1er septembre)

Le président LR de la région Hauts-de-France, Bertrand, dénonce quant à lui un été « Orange mécanique marquée par une ultra-violence gratuite ». Le secrétaire général du Syndicat des commissaires affirme : « On sort d’un été 2020 particulièrement inquiétant où on voit une montée en puissance quantitative des violences mais surtout une aggravation de la violence ».

Or, les chiffres montrent plutôt une stabilité de la situation.

Les données de la police et de la gendarmerie recensaient par exemple 248 homicides en juillet 2019 ; on en compte 240 en juillet 2020. L’an passé, au cours du même mois, on dénombrait 57 729 cambriolages contre 50 469 en juillet 2020, 62 609 faits de coups et blessures volontaires contre 69 062, ou encore 13 195 faits de violences sexuelles contre 14 129. (Le Monde, 3 septembre)

Le dispositif comporte également un projet de loi contre les « séparatismes » qui viserait à lutter, dit Castex dans son discours de politique générale, contre tout « projet organisé en marge de la République ou contre la République, en vue de lui porter atteinte ». Vaste champ qui autorise bien des interprétations, pouvant tout autant concerner l’islamisme politique comme le gouvernement le défend que n’importe quelle organisation révolutionnaire. Le RN se réjouit : « La mise en avant de nos idées -l’ensauvagement, le localisme, le souverainisme-, même par d’autres, donne beaucoup d’espoir à nos militants pour l’avenir », dit un de ses responsables. Son chef jubile et déclare : « en matière de sécurité, les politiques disent la même chose que le RN » (Le Pen, 5 septembre). En matière de néo-colonialisme aussi.

L’impérialisme français dans ses oeuvres

Les tensions économiques croissent entre les principales puissances et l’impérialisme français cherche militairement à maintenir ses positions, non sans difficultés. Au Mali, le président Keita, protégé du gouvernement français, vient de se faire débarquer par un coup d’État militaire après de longs mois de contestation dans la rue. La junte a déclaré ne pas remettre en cause les accords et engagements internationaux, donc l’appel au soutien de l’armée française. Il n’empêche. Le nombre de morts parmi les troupes impérialistes françaises augmente chaque mois. Quoiqu’en dise le toujours zélé ministre des Affaires étrangères Le Drian, l’impasse se dessine de plus en plus nettement.

Pourtant, Macron s’engage sur de nouveaux fronts, en profitant des difficultés des États-Unis. L’impérialisme français soutient, comme l’impérialisme russe, les Émirats arabes unis et l’Égypte, le chef de guerre Haftar qui dispute la Libye au « gouvernement d’entente nationale », lequel bénéficie de l’appui de la Turquie. Erdoğan voit là une occasion d’étendre son influence en Méditerranée, avec notamment la modification des limites des eaux territoriales pour faciliter l’exploitation en mer des hydrocarbures. Macron a déclaré que « les puissances étrangères, quelles qu’elles soient, ne peuvent pas être autorisées à violer un embargo de l’ONU sur l’envoi d’armes dans ce pays ravagé par la guerre ». Il oublie sans doute qu’en juillet 2019, des missiles français avaient été découverts dans un QG des forces du général Haftar…

Les frictions entre bateaux et avions militaires français et turcs se multiplient et s’insèrent maintenant dans la rivalité entre la Turquie et la Grèce pour le contrôle de zones maritimes riches en pétrole et gaz. Macron a dénoncé la violation des eaux territoriales de la Grèce et de Chypre par la Turquie et appelé à des sanctions. Pour la Turquie, Macron est devenu « hystérique ».

Ce conflit rebondit avec l’intervention appuyée et répétée de Macron au Liban, après l’explosion à Beyrouth le 4 aout. En prenant peu ou prou le contrôle de l’aide extérieure, il s’y est comporté en donneur d’ordre, sommant les dirigeants corrompus jusqu’à la moelle de faire les réformes nécessaires. Mais pour Macron, le nouveau premier ministre Adib, issu du même sérail, fera bien l’affaire, car, bien loin de soutenir, comme il l’affirme, les masses libanaises qui conspuent depuis des mois leur gouvernement, ce qui l’intéresse est la place que peut prendre ou reprendre l’impérialisme français au Liban.

Mais c’est exactement ce qui intéresse Erdoğan, à la tête d’un impérialisme de bien moindre force, mais d’autant plus assoiffé que la crise économique sévit depuis deux ans en Turquie. Il est de la responsabilité de toutes les forces politiques et syndicales du mouvement ouvrier de mener une campagne vigoureuse contre les menées de l’impérialisme français en Afrique subsaharienne comme au Proche-Orient.

Les intérêts des travailleurs et ceux des capitalistes sont incompatibles, il faut exproprier le grand capital. L’État français est au service de la bourgeoisie, il faut le démanteler.

Les organisations qui se réclament des travailleurs doivent rompre avec Macron et la bourgeoisie française :

  • Retrait de toutes les troupes françaises à l’étranger, fermeture des bases à l’étranger, retrait de l’OTAN, dissolution de l’armée de métier !
  • À bas le plan pour les capitalistes ! Retrait des attaques contre les retraites et les chômeurs !
  • Aucune négociation, aucune concertation des contre-réformes, projets et lois du gouvernement !
  • Aucune suppression d’emploi, interdiction des licenciements ! Réduction du temps de travail, embauche des chômeurs, garantie des salaires !
  • Gouvernement des travailleurs, États-Unis socialistes d’Europe !

9 septembre 2020