Élections municipales : abstention massive et échec de Macron

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Dès le premier tour, abstention massive et déroute de LREM

Le premier tour des élections municipales avait été maintenu le 15 mars par le gouvernement après une concertation avec tous les partis parlementaires. Tous avaient donné leur accord, y compris La France insoumise (LFI). La consultation a accéléré la diffusion du virus, malgré une abstention record (55,7 %), particulièrement marquée dans la jeunesse (70 % des 18-24 ans) et dans les quartiers populaires. Les résultats ont constitué un camouflet électoral pour le pouvoir et son parti La République en marche (LREM) après le mouvement des gilets jaunes, l’attaque contre les retraites et l’impréparation face à la pandémie de Covid. Les rêves de conquête de Paris étaient enterrés dès le premier tour, Buzyn (LREM) obtenant moins de 18 % des suffrages contre 22 % à Dati (LR) et plus de 30 % à Hidalgo (PS).

Fait nouveau aux municipales, EELV a réussi dans la lignée de ses bons scores aux européennes de 2019. Surfant sur la crainte légitime de la jeunesse et d’une partie des salariés de la destruction de l’environnement, le principal parti écologiste a capté aussi une partie des électeurs déçus du macronisme. Il a bénéficié des accords avec les partis issus du mouvement ouvrier.

À l’exception des listes LO, séparée cette fois-ci du PCF, du PS et des partis bourgeois « de gauche », il était quasiment impossible d’identifier les votes pour les partis ouvriers, à cause des multiples listes mélangeant PS, PCF, LFI, Générations, NPA à des débris bourgeois (le Parti radical de gauche, le Mouvement républicain et citoyen…) et à l’astre montant du capitalisme vert, EELV…

Confirmation trois mois après

Après le 28 juin, Macron se dit « inquiet » de l’abstention mais repousse toute leçon politique nationale car ces élections ont des « enjeux locaux ». Piètre réconfort pour qui cherchait à cette occasion à implanter son parti. Un proche de Macron, Collomb, a perdu la mairie de Lyon. Une partie de son électorat est passée à un parti bourgeois à sa gauche, EELV, qui rafle la mise, ou retourné à un parti bourgeois à sa droite, LR, qui résiste assez bien. Le vieux parti gaulliste bénéficie de son implantation locale, notamment dans les petites villes souvent sous l’étiquette d’alliance « divers droite ». Sur sa propre droite, LR n’est pas débordé à cette échéance électorale par le RN. Le parti fascisant remporte Perpignan, une ville de plus de 100 000 habitants et ses maires sont réélus à Béziers, Hayane, Hénin Beaumont, Beaucaire et Villers-Cauterets mais il a finalement moins d’élus qu’en 2014, à cause de la faiblesse de son appareil. En dehors des urnes, le RN est à la manœuvre, avec des groupes fascistes, dans la fronde des policiers.

Le second tour confirme la tendance du premier : l’abstention grimpe à 58,4 % et dépasse parfois 70 % dans les villes et quartiers ouvriers. La jeunesse, les employés et les ouvriers se détournent des urnes. Certains maires élus dans des villes majoritairement prolétariennes le sont avec moins de 15, voire de 10 % des inscrits. Cela s’explique par la crainte de la contagion, mais aussi par l’indifférence politique grandissante. Les nouveaux partis apparus ces dernières années (EELV, LFI, LREM, Générations…) se présentent d’ailleurs comme des « mouvements », imitant ainsi le FN-RN.

Le mouvement ouvrier n’a pas répondu à cette crise politique. Personne ne défend la révolution socialiste comme une réponse réaliste et actuelle, ni même l’indépendance de classe. Les agents de la bourgeoisie prônent tantôt l’illusion du changement par le bulletin de vote, tantôt celle de « propositions » respectueuses faites aux exploiteurs et leur État. La plupart des partis issus de la classe ouvrière (PS, LFI, PCF, POID, PRCF, POI, PCRF, PCOF…) prétendent que les travailleurs de France ont plus d’intérêts communs avec la bourgeoisie française qu’avec les travailleurs de tous les pays. Les bureaucraties syndicales se vont vautrées dans la collaboration de classe avant, pendant et après le confinement. Elles ont reçu, comme toujours, l’aide des partis sociaux-impérialistes (PS, PCF, LFI…) mais aussi la caution du NPA et de LO (voir Révolution communiste n° 38). LO présente les flics comme des travailleurs (voir Révolution communiste n° 39) tandis que le NPA pratique les mêmes alliances douteuses que le PCF et LFI (voir Révolution communiste n° 40).

LFI et Générations échouent à incarner l’écologisme

Deux des récentes scissions du PS, LFI et Générations, s’affirment avant tout écologistes. Mais la place est, pour l’instant, occupée par EELV, un parti hétéroclite cimenté par le malthusianisme. C’est lui qui profite le plus de la préoccupation sociale envers la destruction de la nature par le capitalisme. Il n’est ni « polpotiste vert », comme l’en ont accusé LREM, LR et le RN lors des deux campagnes municipales ni « libéral » comme vient de le découvrir le NPA qui lui léchait les bottes jusqu’à présent. Les partis écologistes affichent, à l’occasion, des « préoccupations sociales », mais celles-ci ne vont guère au-delà des prétentions du PS. Ce parti est fortement marqué par une méfiance à l’égard du progrès scientifique et technique, si bien que plusieurs têtes de liste EELV étaient connues pour leur hostilité aux réseaux de téléphonie mobile et aux trains à grande vitesse.

La tâche des partis de ce type, apparus à la fin du 20e siècle, est d’empêcher les luttes environnementales de s’en prendre au capitalisme lui-même, se contentant d’aménagements cosmétiques qu’il est aisé d’accepter pour la bourgeoisie. Tout prouve, notamment les pratiques des Grünen allemands et autrichiens, que les alliances des écologistes sont aussi variables que leurs principes politiques (voir Révolution communiste n° 39). En France, EELV est classé « à gauche », ce qui n’a pas empêché Cohn-Bendit de se rallier à Macron, Hulot de faire partie du premier gouvernement Macron-Philippe, Pompili d’entrer dans le nouveau gouvernement Macron-Castex. La prétention de résoudre la crise mondiale de l’environnement, dont le réchauffement climatique, sans s’en prendre au capital, aux rapports de production est ridicule. C’est encore plus vrai des politiques municipales, même si le verdissement des toits et l’aménagement de quelques pistes cyclables satisferont certains naïfs.

Le « dégagisme » cher à Mélenchon n’a pas profité à LFI. Sachant que LFI serait humiliée si elle se présentait sous son étiquette, son chef avait décrété qu’il fallait « enjamber » les municipales. Le parti défenseur de la police et de la gendarmerie, chauvin et protectionniste, était censé soutenir des « initiatives citoyennes » qui ne se distinguaient guère, sur le terrain, des alliances électorales du PS et du PCF.

Le PS et le PCF, transformés en force d’appoint d’EELV

Autrefois, le PS satellisait EELV ; désormais, c’est l’inverse. Si EELV sort gagnant en arrachant la place de maire dans sept villes de plus de 100 000 habitants, c’est le plus souvent avec l’appui du PS et du PCF… comme à Marseille, Lyon, Besançon. À Tours, c’est avec le PS uniquement. À Grenoble, Piolle (EELV) est réélu avec l’alliance PCF-LFI. À Annecy, Astorg le candidat écologiste (ex-EELV) avait le soutien d’EELV et du PS et a reçu, entre deux tours, celui de la député dissidente LREM. À Bordeaux, Hurmic (EELV) est élu avec le PS et le PCF, uniquement car LFI et NPA faisait alliance sous le nom « Bordeaux en luttes » (9,4 %). À Nantes, Rouen, Rennes, Paris, leurs bons scores au premier tour leur donnent un rôle dans la réélection de maires PS (et des postes d’adjoints). Parfois, les « verts » humilient les « socialistes » : à Poitiers, leur candidate est élue face au sortant PS ; à Strasbourg, EELV gagne contre l’alliance LR-LREM mais aussi face à la candidate PS.

Au prix de sa subordination à EELV, le vieux parti social-démocrate maintient ses positions en termes d’élus, ce qui fragilise Générations qui voulait le concurrencer.

Le PCF aussi conserve un nombre d’élus équivalent à 2014. Reste que l’ancien part stalinien a du mal à survivre, concurrencé par le PS (pour qui il semble plus réaliste de voter si on veut empêcher LREM, LR ou RN de régner sur une commune) et par LFI (qui jouit encore de l’illusion qu’au pouvoir elle ferait autre chose que ce que fait Podemos en Espagne, ce qu’a fait Syriza en Grèce et ce qu’ont fait PS, PCF et le ministre Mélenchon, à savoir servir leur bourgeoisie). L’abandon en 2018 de la faucille et du marteau, bien après celui en 1976 de la dictature du prolétariat, n’y a rien fait. Certes, la liste d’alliance menée par le PCF a repris Bobigny (Seine-Saint-Denis) mais le butin s’amaigrit. Il se maintient à la tête de Montreuil en alliance avec le PS, LFI et EELV. Néanmoins, il perd de nouveau des bastions notamment Saint-Denis, une des deux villes de plus de 100 000 habitants qu’il gérait. Il s’y affaiblit au profit de LFI (18 % au premier tour) et du PS qui promet d’armer la police municipale et qui passe au second tour avec 59 % des voix (et 67,5 % d’abstentions). À cela s’ajoutent la perte d’Aubervilliers, Choisy-le-Roi, Villeneuve-Saint-Georges, Champigny-sur-Marne, Firminy, Saint-Pierre-des-Corps.

Pour un parti communiste révolutionnaire

Dans les luttes sociales comme dans les élections, il manque un parti ouvrier révolutionnaire et internationaliste qui se batte ouvertement pour le renversement du capitalisme et pour le pouvoir des travailleurs.

Même là où il n’y a pas la moindre chance de succès, les travailleurs doivent présenter leurs propres candidats, afin de sauvegarder leur indépendance, de dénombrer leurs forces et de faire connaître publiquement leur position révolutionnaire et les points de vue de leur parti. Ils ne doivent pas en l’occurrence se laisser séduire par la phraséologie des démocrates prétendant, par exemple, que l’on risque de la sorte de diviser le parti démocratique et d’offrir à la réaction la possibilité de la victoire. Toutes ces phrases ne poursuivent finalement qu’un but : mystifier le prolétariat. Les progrès que le parti prolétarien doit réaliser par une telle attitude indépendante sont infiniment plus importants que le préjudice qu’apporterait la présence de quelques réactionnaires dans la représentation populaire. (Marx et Engels, Circulaire à la Ligue des communistes, mars 1850)

Le Groupe marxiste internationaliste appelle au regroupement de tous les militants, fractions, noyaux et groupes qui veulent construire un tel parti.