Communiqué du GMI sur le discours de Macron du 13 avril 2020

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Encore des mensonges

Macron a parlé le 13 avril. Il a encore menti.

Les hôpitaux français ont réussi à soigner tous ceux qui s’y présentaient.

Chacun sait que dans de nombreux hôpitaux les soignants ont dû faire un tri entre les patients le plus gravement atteints, faute de respirateurs et de lits en réanimation en nombre suffisant. Chacun sait également que les personnes âgées malades dans les EHPAD ont délibérément été écartées de toute hospitalisation.

Alors, étions-nous préparés à cette crise ? A l’évidence, pas assez mais nous avons fait face en France comme partout ailleurs. Nous avons donc dû parer à l’urgence, prendre des décisions difficiles à partir d’informations partielles, souvent changeantes, nous adapter sans cesse, car ce virus était inconnu et il porte encore aujourd’hui beaucoup de mystères.

Les décisions du gouvernement n’ont été dictées ni par l’urgence, ni par les incertitudes scientifiques sur le virus, mais par un mélange d’incompétence et de volonté de dissimuler les conséquences de la politique poursuivie contre le système de santé publique.

Parer à l’urgence ? Alors que l’épidémie faisait rage en Chine et déjà en Italie, voilà ce que Macron tweetait le 11 mars :

Nous ne renoncerons à rien. Surtout pas à rire, à chanter, à penser, à aimer. Surtout pas aux terrasses, aux salles de concert, aux fêtes de soir d’été. Surtout pas à la liberté. Surtout pas à notre esprit de résistance qui fait la République si grande, la France si forte.

Un aveu d’impréparation

Nous adapter sans cesse ? L’adaptation des discours et des consignes gouvernementales, comme pour les masques ou pour les tests, n’a pas été produit par l’évolution des données scientifiques, mais par l’état de pénurie ! Macron le reconnait d’ailleurs partiellement en prenant son ton de curé (faute à demi-confessée est totalement pardonnée) :

Nous n’avons pas pu distribuer autant de masques que nous l’aurions voulu pour nos soignants, pour les personnels s’occupant de nos aînés, pour les infirmières et les aides à domicile.

Mais pour aussitôt se féliciter que :

Les commandes sont désormais passées. Surtout, nos entreprises françaises et nos travailleurs ont répondu présent et une production, comme en temps de guerre, s’est mise en place : nous avons réouvert des lignes pour produire et nous avons réquisitionné. D’ici trois semaines, nous aurons, imaginez-le, multiplié par cinq la production de masques pour nos soignants en France et nous aurons produit 10 000 respirateurs supplémentaires de plus sur notre sol.

La production de masques FFP1 et FFP2 atteint aujourd’hui en France 10 millions d’unités par semaine, il en faudrait 40 millions uniquement pour les soignants ! La production de masques en tissus, moins protecteurs, mais éventuellement lavables, destinés aux salariés et à la population, atteint aujourd’hui 6 millions d’unités par semaine, bien loin de couvrir les besoins actuels et à venir. « Nous avons réquisitionné » dit Macron. Certainement pas, ou alors comment comprendre que l’appareil industriel soit incapable, après plus d’un mois, de produire en quantité suffisante un produit aussi simple qu’un morceau de papier équipé de deux élastiques ?

Les « réquisitions » faite par le gouvernement de la bourgeoisie, c’est du vent ! Elles se bornent à solliciter les capitalistes de l’industrie à réorienter leur production temporairement moyennant un paiement généreux. C’est pourquoi Macron ne propose le port de masque par la population qu’à partir du 11 mai, et encore ne s’agira-il, semble-t-il, que d’un seul masque par personne !

En complément des « gestes barrière » que vous connaissez bien et qu’il vous faudra continuer à appliquer, l’Etat à partir du 11 mai en lien avec les maires devra permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public. Pour les professions les plus exposées et pour certaines situations, comme dans les transports en commun, son usage pourra devenir systématique.

Et l’impréparation et l’incurie criminelles continuent à se manifester pour les tests :

Le 11 mai, nous serons en capacité de tester toute personne présentant des symptômes. Nous n’allons pas tester toutes les Françaises et tous les Français, cela n’aurait aucun sens. Mais toute personne ayant un symptôme doit pouvoir être testée. Les personnes ayant le virus pourront ainsi être mises en quarantaine, prises en charge et suivies par un médecin.

Tous les scientifiques s’accordent sur la présence en nombre de porteurs de virus dits asymptomatiques, c’est d’ailleurs une des caractéristiques de cette épidémie, c’est-à-dire sans symptôme apparent, mais néanmoins contagieux. C’est donc l’ensemble de la population qui doit être testée pour garantir au mieux la détection du virus, même si cette mesure ne suffirait pas à elle seule puisqu’ une personne non infectée un jour peut le devenir le lendemain. Mais il n’y a pas assez de tests et il n’y en aura pas assez, voilà pourquoi pour Macron cette mesure « n’aurait aucun sens ».

Un pas supplémentaire pour les pouvoirs de police

Si les moyens continuent de manquer, la répression est bien au rendez-vous. Plus de 11 millions de contrôles, surtout les quartiers les plus pauvres, ont été effectués par les forces de police et plus de 700 000 contraventions dressées d’après le ministre de l’Intérieur Castaner sur France Inter le 14 avril. Mais Macron veut profiter de la crise sanitaire pour aller plus loin dans le flicage de la population avec :

Une application numérique dédiée qui, sur la base du volontariat et de l’anonymat, permettra de savoir si, oui ou non, l’on s’est trouvé en contact avec une personne contaminée. Vous en avez sûrement entendu parler. Le gouvernement aura à y travailler, il ne faut négliger aucune piste, aucune innovation.

Quel intérêt, dans tous les cas, si les tests de ne sont pas disponibles pour tous ?

L’hommage aux soignants n’a pas manqué. Mais ils devront se payer de belles paroles. Tout comme les autres travailleurs. « Il nous faudra nous rappeler aussi que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal » dit Macron. Hypocrisie ! Qui a aidé à les payer si mal, à les précariser depuis son accession à la présidence ?

La réalité du capitalisme est rappelée par Roux de Bézieux, président du Medef, le 10 avril au Figaro :

Il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire.

Le capital est bien soigné

Le patronat est pressé de remettre les salariés au travail et le fait savoir. « J’appelle donc tous les entrepreneurs qui le peuvent à reprendre dès maintenant leur activité, en respectant bien entendu les règles sanitaires de sécurité » dit encore Roux de Bézieux le 10 avril. Macron lui répond le 13 avril :

Certaines activités sont interdites, car incompatibles avec les règles sanitaires. Pour tous les autres secteurs économiques, quand la sécurité des travailleurs et des entrepreneurs est bien garantie, ils doivent pouvoir produire et l’ont largement fait depuis maintenant un mois.

Au mépris de toute logique et de la santé des travailleurs, il est décidé, « de rouvrir progressivement les crèches, les écoles, les collèges et les lycées », en revanche pas l’enseignement supérieur, où « les cours ne reprendront pas physiquement jusqu’à l’été », ni « les lieux rassemblant du public, restaurants, cafés et hôtels, cinémas, théâtres, salles de spectacles et musées ». Clairement, les enseignants des élèves mineurs sont « invités » à garder les enfants des travailleurs que le capitalisme veut renvoyer au travail. Probablement avec peu de moyens (masques, tests) pour les uns et les autres.

L’union sacrée

Il a conclu son discours par une vibrante défense du capitalisme français :

Alors si notre monde sans doute se fragmentera, il est de notre responsabilité de bâtir dès aujourd’hui des solidarités et des coopérations nouvelles. Il nous reviendra aussi, dans les prochaines semaines, de préparer l’après. Il nous faudra rebâtir notre économie plus forte afin de produire et redonner plein espoir à nos salariés, nos entrepreneurs, garder notre indépendance financière. Il nous faudra rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française et plus d’autonomie stratégique pour notre Europe.

Et encore :

Il y a dans cette crise une chance : nous ressouder et prouver notre humanité, bâtir un autre projet dans la concorde. Un projet français, une raison de vivre ensemble profonde. Dans les prochaines semaines, avec toutes les composantes de notre Nation, je tâcherai de dessiner ce chemin qui rend cela possible.

En quoi la réponse à la pandémie internationale et à la crise capitaliste mondiale pourrait être nationale ? Il s’agit de défendre les groupes français contre leurs concurrents chinois et allemands qui reprennent leur activité. Les directions confédérales viennent de participer à la 6e conférence des partenaires sociaux convoquée par le gouvernement Macron-Philippe. Les partis ouvriers bourgeois (PS, LFI, PCF…) se sont aussi ralliés à l’union nationale.

Le PCF et LFI réclament de la pseudo-planification à la De Gaulle des années 1960, quand l’État aidait les grands groupes capitalistes français à vocation mondiale à se constituer. Macron est prêt à les satisfaire.

Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience qui seules peuvent permettre de faire face aux crises à venir.

Pour une issue révolutionnaire

Il est indispensable, contre cette union sacrée qui couvre tout autant l’incurie du gouvernement que ses attaques présentes et à venir contre les travailleurs, que les militants révolutionnaires tracent une perspective politique pour structurer la colère des salariés qui va inévitablement s’amplifier.

À bas l’union sacrée avec le gouvernement, l’État bourgeois et le capital !

Financement des mesures urgentes de santé et de protection sociale par un impôt très progressif sur le revenu, par la fin des subventions au capital, des dépenses militaires, des subventions aux religions (clergé de l’Est, établissements catholiques sous contrat…), la suppression des institutions antidémocratiques (Président, Sénat…) !

Des masques, des tests pour tous, des respirateurs en quantité suffisante ! Fermetures de toutes les entreprises et activités non essentielles sous contrôle des travailleurs !

Suppression des brevets sur les équipements, les tests et les médicaments ! Réquisition sans indemnité des cliniques privées, des groupes pharmaceutiques, des entreprises pouvant produire masques, blouses, respirateurs, tests, médicaments antiviraux… ! Contrôle par les travailleurs de ces productions.

Satisfaction immédiate des revendications des personnels soignants, salaires, postes et réouvertures des lits et des services hospitaliers !

Retrait immédiat des ordonnances portant atteinte au droit du travail ! Aucune diminution des salaires en cas de chômage partiel !

Interdiction de tout licenciement, maintien de tous les emplois, y compris précaires (contractuels, intérim, CDD…) !

Régularisation de tous les réfugiés et des étudiants ou travailleurs sans-papiers !

Aucune expulsion, réquisition des logements inoccupés, suspension des loyers des logements d’habitation, des versements aux banques pour les crédits immobiliers ou à la consommation !

Forces de répression et armée hors des villes, auto-organisation des travailleurs et des voisins pour contrôler le respect des mesures nécessaires pour arrêter la pandémie !

Les grands problèmes de l’économie, de l’environnement, de la santé ne sont pas nationaux et ne peuvent être résolus dans les limites d’un État. Face au déferlement de patriotisme impulsé par le gouvernement Macron-Philippe, répercuté par les partis sociaux-patriotes, exacerbé par le parti fascisant, les travailleurs doivent lutter avec ceux des autres pays contre l’épidémie mondiale et prévenir les prochaines pandémies.

Gratuité des soins !

Coordination de la production d’équipements médicaux et répartition internationale au rythme de la progression de l’épidémie !

Collaboration internationale pour la recherche des vaccins, de traitements antiviraux, de nouveaux antibiotiques !

Expropriation des cliniques privées, des groupes pharmaceutiques, des assurances de santé privées… !

Arrêt de la déforestation, de la destruction des mangroves ou des récifs coralliens, encouragement aux cultures vivrières, limitation de la pêche industrielle et de l’élevage intensif !

Gouvernement des travailleurs, expropriation du capital, destruction de l’État bourgeois et dissolution des corps de répression, plan de production pour satisfaire les besoins sociaux décidé par la population et ménageant l’environnement et l’avenir de l’humanité, fédération socialiste mondiale !