Macron – Philippe : une politique pour la bourgeoisie française au pas de charge !

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Macron et LREM au pouvoir : ni un raz-de-marée, ni un plébiscite

Pour le second tour de l’élection présidentielle, les partis réformistes PS et PCF, la quasi-totalité des appareils syndicaux avaient appelé à voter Macron contre Le Pen, faisant mine, comme en 2002, de vouloir combattre le danger fascisant en attachant le mouvement ouvrier derrière le candidat de la bourgeoisie. Macron l’a emporté haut la main, avec cependant plus de 34 % d’abstention et de votes blancs et nuls. L’opération d’union nationale a donc un peu moins bien fonctionné qu’en 2002 pour l’élection de Chirac qui obtenait alors plus de 82 % des voix avec une participation de près de 80 %.

Aux législatives suivantes, alors que le PS a fini son chemin de croix dans une déroute lamentable avec 33 sièges pour avoir si bien servi les intérêts du capital sous la mandature précédente, le parti LR était également étrillé, bien qu’un peu moins sévèrement, conservant 113 députés. La raison principale, au-delà des ralliements opportunistes de quelques uns de ses représentants au mouvement de Macron, LREM, tout comme d’ailleurs quelques socialistes particulièrement délavés, réside dans l’identité presque parfaite entre le programme de Macron et celui de LR, qui prive ainsi ce dernier de raison d’exister.

LFI de Mélenchon n’avait pas appelé à voter Macron contre Le Pen, mais n’ouvrait comme perspective que de constituer une opposition suffisamment forte pour devenir lui-même le Premier ministre d’une cohabitation avec Macron. Elle obtenait 18 députés, le PCF en sauvant 10.

Quant au FN, avec 122 candidats restés en lice à l’issue du premier tour, il parvenait à faire élire 8 députés. LREM obtenait donc 308 députés, soit la majorité absolue sur 577, sans même avoir besoin du MODEM de Bayrou qui ne lui aura servi que de marchepied.

Les zélateurs nombreux, subjugués par la geste de Macron qui se prend d’autant plus pour Napoléon qu’il trouve des esprits faibles pour le croire, ou le faire croire, ont alors parlé de raz-de-marée. La réalité, c’est qu’avec plus de 57 % d’abstention au second tour des législatives le 18 juin, ce n’est ni un raz-de-marée ni un plébiscite. Cela indique sûrement l’absence d’une base sociale solide pour Macron. Quand bien même son mouvement d’affidés qui n’est qu’un ramassis d’opportunistes de tout poil, de vieux briscards, d’affairistes petits et grands, de jeunes patrons dynamiques et de cadres supérieurs, additionnés de quelques ravis de la crèche pour faire croire au renouveau, doit se transformer en parti-godillot pour assurer le service après-vente.

Ordonnances et collaboration de classe contre le Code du travail

Le Medef piaffant d’impatience, Macron ne perd pas de temps : immédiatement la réforme du Code du travail, par ordonnances, dont le contenu et les objectifs ne font aucun doute, est mise sur les rails. Les chefs syndicaux se relaient dans un ballet incessant auprès de Macron comme de la ministre du Travail, et s’apprêtent à négocier tout l’été la mise en place de la réforme, soit se félicitant, comme Mailly pour FO que « la concertation va dans le bon sens », soit comme la CGT dénonçant dans un communiqué du 27 juin « un dialogue social pipé d’avance » et refusant « d’ores et déjà d’entendre dire fin septembre que les ordonnances auront été coélaborées sous prétexte qu’une concertation aura été engagée avec les partenaires sociaux par le ministère du travail », mais participant sans faillir ! Moins il a été plébiscité, plus la collaboration de classe des bureaucraties syndicales est indispensable à Macron pour aboutir rapidement.

Le 13 juillet, la loi d’habilitation permettant au gouvernement de légiférer par ordonnances est largement adoptée à l’Assemblé nationale, LR aggravant même le texte initial en facilitant un peu plus les licenciements dans les grandes entreprises. L’adoption des ordonnances par le Conseil des ministres est fixée le 20 septembre. Dès lors, la journée d’action prévue par CGT, FSU, Solidaires, Unef le 12 septembre ne doit servir, aux yeux des appareils, que comme un baroud d’honneur, l’essentiel ayant été ficelé de conserve pendant l’été. Mais les partis réformistes (LFI, PS, PCF) et les organisations centristes (LO, NPA…) font semblant de ne rien voir.

Le Front social, qui est le faux-nez de diverses organisations, dont le NPA, récite l’éternelle ritournelle de la généralisation de la mobilisation, sans jamais parler de grève générale. Au contraire, il couvre les journées d’action : « bien évidemment le 12 septembre ne sera pas suffisant, mais il doit marquer une étape capitale pour la suite » et sans exiger le moins du monde des directions syndicales qu’elles rompent les négociations de la réforme. LO de son côté appelle également « à faire du 12 septembre la première journée du refus », constatant que « la méthode Macron consiste à convoquer les directions syndicales à une série de réunions dites de concertation. Nombre d’entre elles mordent à l’hameçon (toutes, en réalité NDLR) et certains dirigeants font mine de trouver du grain à moudre dans ces parlottes. Philippe Martinez, pour la CGT, reproche pourtant au gouvernement de ne prévoir, avec ces 48 rencontres, que six fois une heure par syndicat, ce qui serait trop peu pour négocier. Mais les travailleurs, avec ou sans emplois, actifs ou retraités, n’ont rien à négocier. » (Lutte ouvrière, 11 juillet) Et passez muscade ! Pas une ligne, pas un seul mot pour organiser les travailleurs pour imposer aux directions syndicales la rupture de la collaboration de classe !

Macron en défense de l’impérialisme français et de son armée

Macron n’est pas guidé par une doctrine (le « dogme libéral », comme l’en accusent le PCF et LFI, la direction de FO et celle de la CGT). Il s’efforce de défendre les intérêts d’ensemble de la bourgeoisie française (devant lesquels s’inclinent aussi les sociaux-impérialistes). Quand il s’agit de poursuivre le démantèlement des droits de la classe ouvrière, le gouvernement emploie des arguments du libéralisme. Néanmoins, quand il s’agir d’empêcher un groupe italien (Fincantieri) de mettre la main sur une entreprise française (STX France), alors il oublie le marché et devient étatiste.

Appelé à trancher sur le sort des chantiers navals de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), Emmanuel Macron a choisi de nationaliser cette entreprise plutôt que d’en confier les clés à un actionnaire italien. (Le Monde, 28 juillet)

À peine élu, Macron, parfaitement conscient des intérêts de l’impérialisme français, a fêté le 14 mai sa victoire électorale sur les Champs Élysées dans un véhicule militaire, est allé le 19 mai saluer au Mali l’armée française puis y est retourné le 2 juillet pour tenter de monter une coalition régionale autour de son intervention, le G5 Sahel, comprenant les forces du Mali, de la Mauritanie, du Burkina-Faso, du Tchad et du Niger. De même on ne compte plus les apparitions de Macron, soigneusement mises en scène, ici avec une combinaison d’aviateur, juché là sur un véhicule militaire, ou s’insérant dans un sous-marin nucléaire.

C’est dire si le conflit avec le chef d’état-major, le général de Villiers (le frère du réactionnaire politicien pro-FN), quand Macron a annoncé que l’armée devrait se serrer le ceinturon comme les autres postes du budget, ne doit pas faire illusion.

Dans la tradition de la 5e République, Macron a rappelé que c’est lui qui commandait et a changé de chef d’état-major. À cette occasion, le FN, LR, le PS, le PCF, LFI ont protesté comme un seul homme dans un bel élan patriotique et chauvin pour défendre l’armée française et son chef.

Emmanuel Macron « a fait une erreur absolument énorme et crée une situation très malsaine entre les armées et la Nation », a réagi Jean-Luc Mélenchon (LFI) après la démission du chef d’état-major des Armées Pierre de Villiers. (Libération, 18 juillet)

D’une part, dès 2018, le budget militaire doit augmenter, et il sera le seul, d’1,5 milliard d’euros : « En 2018, les armées toucheront 34,2 milliards d’euros, c’est +5,25 % ». (Le Monde, 22 juillet).

D’autre part, l’armée n’est pas ponctionnée en 2017. Les administrations civiles se voient amputer d’une partie du budget qui leur était alloué ; l’armée, quant à elle, pourra dépenser tout l’argent prévu au budget 2017 : « Au 20 juillet, le budget de la défense est toujours affiché à 32,7 milliards d’euros pour 2017. » (Le Monde, 22 juillet). La seule restriction qui la touche est qu’elle n’aura pas de rallonge, alors que Sarkozy et Hollande finançaient chaque fin d’année l’excès régulier de ses dépenses sur le budget prévu par des ponctions sur les autres budgets [voir Révolution communiste n° 20].

Une avalanche de mesures réactionnaires

Macron a fixé comme cap 60 milliards d’économies dans les dépenses budgétaires sur la durée du quinquennat. En utilisant le dernier rapport de la Cour des comptes, son gouvernement a entamé immédiatement les coupes sur 2017 : tous les ministères sauf « la défense » sont touchés par ces réductions, 75 millions pour l’Éducation nationale, 331 millions pour l’enseignement supérieur, mais aussi les fonctionnaires avec le rétablissement du jour de carence, le gel à nouveau du point d’indice, la suppression possible de l’indemnité de résidence, mais aussi les familles avec la désindexation de l’allocation de rentrée, voire même sa suppression, la diminution de l’aide au logement qui touche également les jeunes. Il vient d’annoncer l’objectif de 13 milliards d’économies pour les collectivités locales, invitées à réduire d’elles-mêmes leurs dépenses, sous peine de voir leurs subventions amputées.

À l’Université, le système d’admission des étudiants craque de toutes parts, faute de places. Plus de 65 000 bacheliers restent sur le carreau, sans affectation. Des tirages au sort sont organisés pour éliminer des étudiants ! Aussitôt, le gouvernement annonce sa volonté de mettre en place des « prérequis » auxquels le bachelier devra satisfaire s’il veut espérer une place. C’est le vieux rêve de la bourgeoisie française de parvenir enfin à instaurer une sélection à l’entrée de l’Université qui est à nouveau remis sur le devant de la scène, le baccalauréat n’était plus alors le premier diplôme universitaire. Pour parvenir à ses fins, le gouvernement a mis en place le 17 juillet une « large concertation » impliquant « l’ensemble de la communauté éducative de l’enseignement supérieur » qui travaillera tout l’été à l’abri des regards des étudiants et des enseignants.

Ce qui se profile pour 2018 est encore plus inquiétant : Plus de 10 milliards de coupes, dont 4 milliards sur les dépenses de santé, alors que l’impôt sur la fortune sera allégé, la taxation des revenus du capital ramenée à une tranche unique de 30 %. Dès janvier 2018, les cotisations sociales devraient être remplacées par la CSG, dès le printemps 2018, la réforme des retraites sera lancée, avec l’allongement de la durée de cotisation, la fin des régimes spéciaux et l’alignement des fonctionnaires sur le régime du privé. Sans oublier le lancement des suppressions de 120 000 postes de fonctionnaires. Pas étonnant que le FMI adresse un vibrant hommage à Macron « les réformes économiques promises par Macron pourraient fortement contribuer à résoudre les défis économiques de la France » (FMI, Bilan 2017 France).

Macron-Collomb, même combat pour l’État policier

Sous l’égide du ministre de l’Intérieur Collomb, le projet de loi dite anti-terroriste va transposer dans la loi ordinaire les dispositions de l’état d’exception qu’est l’état d’urgence. À peine si l’assigné à résidence ne devra plus pointer qu’une fois par jour au lieu de trois au commissariat et si les perquisitions administratives seront remplacées par des « visites domiciliaires ». Pour le reste, les libertés publiques sont sous la coupe des préfets. Ce projet a été voté le 18 juillet au Sénat et doit passer à l’Assemblée nationale à la rentrée.

Alors que devant la presse, Macron indique hypocritement « nous devons accueillir des réfugiés, c’est notre devoir et notre honneur », le même Collomb fait le 23 juin une visite martiale à Calais, y dénonce « l’abcès de fixation » de migrants « enkystés », défend les forces de l’ordre qui « agissent avec beaucoup de conscience et d’humanité », annonce le renfort de deux compagnies de CRS supplémentaires et prie les associations qui tentent de porter secours aux migrants « d’aller déployer ailleurs leur savoir-faire ». Depuis de nombreux témoignages et plaintes ont fait état de persécutions policières quotidiennes à l’encontre des migrants, femmes et enfants compris, mais l’État policier de Macron et Collomb se construit chaque jour un peu plus dans le mensonge et la duplicité.

Rassembler une avant-garde

L’abstention massive prouve que des millions de travailleuses et de travailleurs ont refusé de choisir entre Le Pen et Macron, puis entre les candidats des partis usés (LR, PS) et des « mouvements » constitués autour d’un chef (FN, LREM, LFI). Mais elle n’implique pas que Macron et son gouvernement soient automatiquement frappés d’impuissance et condamnés à louvoyer. Cette abstention massive n’implique pas plus le déferlement automatique de la classe ouvrière et de la jeunesse, contrairement à ceux qui annoncent déjà un troisième tour social. Il ne s’agit que d’une possibilité, entièrement déterminée par le combat politique : soit la classe ouvrière et la jeunesse parviennent à bousculer le dispositif des appareils politiques et syndicaux en s’organisant pour se frayer leur propre chemin, soit le troisième tour social se réduira à la pantalonnade des journées d’action pour accompagner les négociations des mesures scélérates par toutes les directions syndicales.

Toutefois, la marche forcée de Macron pour rendre des marges au capitalisme français en s’attaquant à la classe ouvrière et à la jeunesse au pas de charge n’est pas sans risque pour la bourgeoisie. Aveuglé par la facilité de sa conquête du pouvoir, qui est pourtant bien moins le produit de ses propres mérites que celui de la décomposition avancée des partis bourgeois et réformistes, il ne doute pas un instant de sa puissance. « Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre », disaient déjà les Romains.

Le barrage mis en place par les partis sociaux-impérialistes, les directions syndicales et leurs adjoints centristes pour bloquer, empêcher la centralisation du combat de la classe ouvrière et de la jeunesse contre Macron et son gouvernement peut être balayé. Il faut regrouper l’avant-garde qui est dispersée et paralysée (dans le Front social, LFI, LO, le NPA…) sur les mots d’ordre :

Dirigeants syndicaux, quittez immédiatement les négociations des mesures scélérates du gouvernement !

Pour battre le patronat et le gouvernement Macron-Philippe à son service, préparons l’auto-organisation et la grève générale !

29 juillet 2017