L’agriculture française de la 2e Guerre mondiale à nos jours

Twitter Facebook

La 4e République ménage l’agriculture archaïque

La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles a été fondée en 1949, au temps de la « guerre froide », par d’anciens responsables pétainistes de la Corporation paysanne du régime de Vichy et des nouveaux venus du MRP (le parti issu de la résistance bourgeoise, à l’origine des actuels LR, UDI et MoDem).
Les dirigeants de la FNSEA, la plupart du temps céréaliers du bassin parisien, jouissent de privilèges considérables. Indispensables à la bourgeoisie, ils sont complètement inféodés à l’appareil d’État et font quasiment la loi au Parlement, en utilisant le poids de centaines de milliers de petits paysans. (J. Robin, « Fin du syndicalisme agricole unitaire », Critiques de l’économie politique n° 18, octobre 1974, p. 101)

La FNSEA impose le protectionnisme des produits agricoles à la 4e République.

La 4e République constitue l’époque bénie où la revendication de prix rémunérateurs contribue à maintenir une unité factice de la paysannerie, tout en permettant aux gros céréaliers d’augmenter considérablement leur capital. (J. Robin, p. 101)

Le rapport de production parcellaire archaïque enferme la masse des agriculteurs dans une productivité très faible et encore en partie dans l’autoconsommation, celle qui faisait rêver les pétainistes et qui émoustille les écologistes contemporains. L’industrie agro-alimentaire est limitée après-guerre à quelques sucreries, brasseries, huileries, biscuiteries, conserveries… Le retard de l’agriculture assure une diminution relativement lente des effectifs des travailleurs des campagnes tout en procurant une rente aux propriétaires fonciers, comme dans l’immobilier et dans l’industrie extractive. Ainsi, en cas de retard important de l’agriculture sur l’industrie, tous les détenteurs du sol (exploitants ou non) peuvent s’approprier une rente absolue.

Alors que dans l’industrie, tous les facteurs matériels de production –machines, matières premières, main-d’œuvre- peuvent être produits et reproduits par le capitalisme lui-même, et produits à un prix absolument ou relativement de plus en plus bas, dans l’agriculture l’élément matériel de base de la production, la terre, est donné de façon limitée, une fois pour toutes. Elle constitue un monopole naturel… (E. Mandel, Traité d’économie marxiste, 1962, Bourgois, p. 265-266)

La rente est considérable quand la demande solvable est élevée et la surface disponible est restreinte (grands crus de Bourgogne, de Champagne, de Bordeaux…). En outre, la plupart des propriétaires bénéficient d’une rentre différentielle, soit grâce à l’emplacement favorable de leur terrain (la proximité géographiques des acheteurs), soit grâce à sa fertilité supérieure naturelle ou obtenue par des investissements (en irrigation, drainage, engrais…). En effet, les produits agricoles échappent encore à la péréquation du taux de profit et sont vendus au prix de production des exploitations les moins rentables.

Les producteurs placés dans les meilleures conditions ont toujours intérêt à ce que, pour un volume physique donné de demande de produits agricoles, il existe des producteurs placés dans de plus mauvaises conditions. Ils seront favorables au soutien des prix agricoles qui permettent à des producteurs marginaux de subsister et, simultanément, à son surprofit de se maintenir à un niveau élevé. (M. Gutelman, Structures et réformes agraires, 1974, Maspero, p. 84-85)

La 4e République ménage encore l’archaïsme de l’agriculture car la paysannerie constitue, à chaque crise révolutionnaire (1848, 1871, 1936, 1944), un contrepoids conservateur quand la bourgeoisie parvient à l’associer au nom de la propriété privée.

A la vérité, le sol en France est accessible à qui peut l’acheter ; mais cette facilité même a été la cause d’une division en petites parcelles, cultivées par des hommes aux moyens modestes, comptant sur leurs propres efforts et ceux de leur famille. Cette forme de propriété terrienne, et la culture parcellaire qu’elle entraîne, rend inconcevable l’application des moyens améliorés dont on dispose aujourd’hui, et en même temps change le cultivateur lui-même en un ennemi tout à fait décidé du progrès social, et surtout de la nationalisation de la terre.  Enchaîné à ce sol, sur lequel il doit dépenser toute son énergie vitale pour un rendement relativement modeste ; obligé d’abandonner la plus grande partie de ses produits à l’État, sous forme de taxes, à la tribu des gens de loi, sous forme de frais judiciaires, et à l’usurier, sous forme d’intérêts ; complètement ignorant des mouvements sociaux, extérieurs au pauvre lopin où il s’active, il se cramponne fanatiquement, passionnément, à son terrain et à sa qualité, purement nominale, de propriétaire. C’est ainsi que le paysan français s’est trouvé jeté dans les plus funestes des antagonismes, face à la classe des travailleurs de l’industrie. (K. Marx, « La nationalisation de la terre, contribution à la discussion de la branche de Manchester de l’Association internationale des travailleurs », 1872, Œuvres t. 1, Gallimard, p. 1478)

Le capitalisme tend à paupériser la masse des travailleurs des campagnes. Les villages sont saignés par la guerre inter-impérialiste de 1914-1918, ce qui donnera une base paysanne au Parti communiste-SFIC créé en 1920 par la majorité du PS-SFIO. La faiblesse de la productivité agricole conduit à une production alimentaire insuffisante pour nourrir la population et à un prix élevé de la nourriture dans toute l’Europe. Celui-ci se répercute sur la valeur de la force de travail des ouvriers et des employés des villes : les capitalistes doivent payer leurs salariés de manière suffisante pour qu’ils puissent se nourrir ainsi que leurs enfants. En 1955, les dépenses d’alimentation s’élèvent encore à 40 % du budget des ménages en France (elles représentent actuellement 10 %), ce qui entrave le mécanisme de la plus-value relative.

La population qui achète les produits agricoles, et tout particulièrement celle du secteur industriel, a payé la totalité des produits agricoles non pas à leur prix de production individuel, mais au prix de production le plus élevé ! Dans ces conditions, c’est bien une partie de la plus-value industrielle et qui est passée aux mains des capitalistes agricoles. L’enjeu de l’opposition entre capitalistes agricoles et capitalistes industriels est clair : c’est le niveau des prix des denrées agricoles. Il est de l’intérêt des capitalistes agricoles d’avoir des prix élevés pour leurs produits et l’inverse pour les capitalistes industriels. (M. Gutelman, Structures et réformes agraires, 1974, Maspero, p. 86)

En outre, trop de main-d’œuvre reste bloquée dans les campagnes, ce qui oblige l’industrie manufacturière et celle du bâtiment à recourir massivement à l’immigration, alors peu instruite et parlant rarement français. La pauvreté des campagnes limite aussi les débouchés de l’industrie capitaliste.

La 5e République soumet l’agriculture aux besoins du capitalisme

Dans les années 1950, la bourgeoisie française perd ses colonies. Les secteurs décisifs de la classe capitaliste française considèrent que la sauvegarde d’une agriculture archaïque, malgré la stabilisation sociale et politique qu’elle procure, est un boulet insupportable face à la concurrence de ses rivaux européens et américain. À partir du coup d’État de 1958, un régime d’exception, bonapartiste, celui du général De Gaulle, bouleverse l’agriculture par en haut, tout en transférant le protectionnisme à l’échelle « communautaire », c’est-à-dire à l’Union européenne. L’UE mène alors une politique agricole commune : elle garantit le prix de certains produits (lait, viande, blé…) et verse des subventions à l’exportation qui profitent aux gros agriculteurs et à l’industrie agro-alimentaire.

De Gaulle dissimule que le passage de la production parcellaire archaïque à la production parcellaire capitalisée va éjecter la plupart des travailleurs de la campagne, ruinés malgré des efforts épuisants, vers la ville. Leur prétendu syndicat leur cache tout autant. La FNSEA, dotée d’une nouvelle génération de cadres issus de la Jeunesse agricole chrétienne (JAC), accompagne la transformation pro-capitaliste de l’agriculture incarnée de 1961 à 1966 par le ministre Pisani et appuyée sur les lois d’orientation agricole de 1960 et 1962. La FNSEA tente de persuader les agriculteurs qu’ils ne sont pas des travailleurs proches des salariés mais des chefs d’entreprise. Tout en appelant à de nombreuses manifestations qui servent d’exutoire et de pression sur le gouvernement, elle prépare la « modernisation », en coulisse, avec le ministère de l’Agriculture.

L’idéologie corporatiste sécrétée par la FNSEA va donc évoluer. Elle est désormais fondée sur la confiance mythique en un progrès technique qui doit permettre une expansion continue de l’ensemble de la paysannerie, à laquelle le Marché commun [l’UE] est censé ouvrir des perspectives illimitées. (J. Robin, « Fin du syndicalisme agricole unitaire », Critiques de l’économie politique n° 18, octobre 1974, p. 103)
La FNSEA n’est pas seulement tenue par les gros paysans et les capitalistes, ses dirigeants sont en outre tous membres des principaux partis bourgeois (les ancêtres des LR, UDI ou MoDem) et ils passent parfois du « syndicat » au gouvernement. Par exemple, Michel Debatisse est secrétaire nationale de la JAC en 1956, il est président de la FNSEA de 1971 à 1978, il est secrétaire d’État aux Industries agricoles et alimentaires du gouvernement sous Giscard de 1979 à 1981, il est député CDS au Parlement européen de 1984 à 1989 puis de 1992 à 1994, il est président de la Sodiaal (Yoplait, Candia) de 1986 à 1995. Autre exemple, François Guillaume participe à la rédaction des lois de 1960 et 1962, il est président de la FNSEA de 1979 à 1986, il est président du groupe agro-alimentaire St Hubert de 1981 à 1990, il est ministre de l’Agriculture de 1986 à 1988, il est député RPR puis UMP de de 1993 à 2007. Luc Guyau est président de la FNSEA de 1992 à 2001 et ouvertement membre de l’UMP, en 2009, Sarkozy le fait nommer président de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Jean-Michel Lemétayer est président de la FNSEA de 2001 à 2010, UMP, président de SOPEXA (entreprise de communication spécialisée dans l’agriculture et l’IAA) de 2009 à 2013.

Rien n’est moins libéral que la mutation des années 1960 qui oriente définitivement l’activité agricole vers les marchés nationaux, européens et mondiaux. Le droit de propriété est malmené : les exploitations qui étaient découpées dans de multiples parcelles dispersées sont remembrées pour permettre la mécanisation, la rente foncière absolue est atrophiée par le biais de la préemption des terres par les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER). L’État forme les exploitants, les techniciens de coopératives, etc. par l’enseignement agricole (majoritairement confié à l’Église catholique), impose des normes sanitaires et commerciales comme le calibrage des fruits (en lien avec le capitalisme du commerce de gros et celui de l’industrie agro-alimentaire), incite à toutes sortes de regroupements (sous la coupe des gros exploitants).

Pour favoriser la transformation des exploitations, divers organisme ou institutions étaient créés, tels les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural, les groupements d’exploitation en commun, l’indemnité viagère de départ. Dans le domaine de la confrontation de l’offre et de la demande et dans celui des produits agricoles, la loi d’orientation agricole [de 1961] et les textes ultérieurs ont pris des mesures structurelles importantes. Ils créèrent des groupements de producteurs et des comités économiques agricoles… Enfin, la loi s’efforça d’améliorer les circuits de commercialisation de la viande par la création de réseaux d’abattoirs modernes… et celui des fruits et des légumes par la création de marchés d’intérêt national. (M. Parodi, « Histoire récente de l’économie et de la société française », G. Duby, Histoire de la France, 1977, Larousse, p. 571)

Les capitalistes demeurent minoritaires dans le secteur, la plupart des agriculteurs travaillant eux-mêmes, aidés plus souvent de leurs familles que de salariés. Tous les paysans doivent s’équiper, en particulier de tracteurs, et acheter des intrants (semences, engrais, pesticides…). Pour cela, et pour acheter les terres qui leur permettent d’atteindre une superficie viable, la plupart s’endettent (auprès du Crédit agricole).

Si le rapport de production de type capitaliste ne domine pas nécessairement dans l’agriculture, le mode de production capitaliste, lui, a su se frayer un chemin dans l’agriculture et tend à imposer ses lois… Les rapports de production si divers ne sont pas simplement juxtaposés, ils sont intégrés par le marché. Marché des produits, marché de la terre, marché des capitaux, marché de la force de travail. (M. Gutelman, Structures et réformes agraires, 1974, Maspero, p. 128)

Intégrés aux marchés… ou expulsés par les marchés. La plupart des exploitants disparaissent et leurs exploitations passent aux mains de plus gros. En 1900, la moitié de la population active travaille dans l’agriculture, aujourd’hui celle-ci n’emploie plus que 3 % des actifs. De 1962 à 1975, la population des « chefs d’exploitation agricoles » et de leurs « aides familiaux » (membres de la famille non rémunérés) baisse de -4,4 % par an. Il y a 5 millions d’exploitants agriculteurs en 1954, ils sont moins de 0,5 million en 2014. Comme il y a moins d’actifs dans l’agriculture, les dirigeants RPR-UMP-LR de la FNSEA demandent que ce soit les salariés qui supportent en fin de compte les pensions de retraite des vieux agriculteurs.

Pour la FNSEA, la revalorisation des retraites agricoles doit être financée par la solidarité nationale et non par les actifs agricoles, déjà fragilisés par des revenus et des trésoreries eux-mêmes affaiblis. (La France agricole, 9 octobre 2013)

Le capital des entreprises agricoles survivantes augmente (superficie, équipement, cheptel…). Avec la croissance de la taille des exploitations (qui comprennent des véritables capitalistes), la classe ouvrière du secteur n’est pas négligeable : il y a 140 000 ouvriers agricoles permanents et plus de 80 000 saisonniers en 2014, sans compter 420 000 salariés de l’industrie agro-alimentaire.

L’esquisse de l’alliance ouvrière et paysanne en 1968

La montée des luttes ouvrières et jeunes dans les années 1960, la grève générale en 1968, la poursuite des luttes salariées et étudiantes dans les années suivantes fragilisent l’hégémonie de la bourgeoise sur les classes petites-bourgeoises (paysannerie, artisans, professions libérales, encadrement). L’instrument de la domination de la bourgeoisie sur les paysans, la FNSEA-CNJA, est ébranlé.
Les petits paysans du PS-SFIO et du PCF rompent avec la FNSEA pour fonder le Mouvement de défense des exploitations familiales (Modef) en 1959 qui va rester prisonnier de la stratégie du PCF : ne pas effrayer les petits propriétaires, réformer l’État bourgeois, se replier sur la France. Dans les années 1960, les Paysans travailleurs, des militants radicalisés de la Jeunesse agricole chrétienne, liés au Parti socialiste unifié (PSU), prennent la tête de la FNSEA dans plusieurs départements, dont la Loire atlantique.

Ce même jour [24 mai 1968], des manifestations paysannes ont lieu dans toute la France, à l’appel de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles et du mouvement de défense des exploitations familiales pour marquer leur solidarité avec les étudiants et les ouvriers. C’est à Nantes, organisée en commun avec les syndicats ouvriers, enseignants, étudiants que la manifestation prendra son tour le plus violent. Rassemblés aux quatre coins du département, les syndicalistes convergent sur Nantes avec leurs tracteurs. Des affrontements ont lieu devant la Préfecture, la place Royale est rebaptisée par les paysans place du Peuple. (C. Fauré, Mai 68, 1998, Gallimard, p. 84-85)

Quand la classe ouvrière montre sa force, elle peut attirer les autres travailleurs des villes et des campagnes, briser le mythe de l’unité de la paysannerie qui profite à la classe bourgeoise.

La petite bourgeoisie est économiquement dépendante et politiquement morcelée. C’est pourquoi elle ne peut avoir une politique propre. Elle a besoin d’un « chef » qui lui inspire confiance. Ce chef, individuel ou collectif, individu ou parti, peut lui être donné par l’une ou l’autre des deux classes fondamentales, soit par la grande bourgeoisie, soit par le prolétariat… La petite bourgeoisie peut trouver son chef dans la personne du prolétariat. Elle l’a trouvé en Russie, partiellement en Espagne. Elle y tendit en Italie, en Allemagne et en Autriche. Malheureusement les partis du prolétariat ne s’y montrèrent pas à la hauteur de leur tâche historique. Pour gagner la petite bourgeoisie, le prolétariat doit conquérir sa confiance. Il faut pour cela qu’il ait lui-même confiance en sa propre force. Il lui faut un programme d’action clair et une détermination à lutter pour le pouvoir par tous les moyens. Soudé par son parti révolutionnaire, pour une lutte décisive et impitoyable, le prolétariat dit aux paysans et aux petites gens des villes : « Je lutte pour le pouvoir. Voici mon programme : je suis prêt à m’entendre avec vous pour en modifier tel ou tel point. Je n’emploierai la force que contre le grand capital et ses laquais ; avec vous, travailleurs, je veux conclure une alliance sur la base d’un programme donné. » Un tel langage, le paysan le comprendra. Il suffit qu’il ait confiance dans la capacité du prolétariat de s’emparer du pouvoir. (L. Trotsky, Où va la France ?, 1934, GB, p. 23)

Dans certaines villes s’esquisse un double pouvoir.

Au lendemain de la manifestation violente du 24 mai, les contestataires nantais tentent d’imposer leur sens aux événements : les ouvriers du livre bloquent la presse locale qui ne paraît pas le 25 mai, et en contrepartie publient une feuille d’information du Comité centrale de grève. Dans les quartiers, s’appuyant sur des réseaux associatifs existants et en particulier sur les associations féminines, actives et nombreuses, une organisation de ravitaillement collectif se met en place pour faire face aux problèmes les plus cruciaux du quotidien. Ces initiatives se relient au Comité central de grève. L’union locale FO (dirigée ici par des trotskistes lambertistes) a proposé à la CGT et la CFDT d’organiser un Comité central de grève local et départemental s’appuyant sur les comités de base des usines, des bureaux et des chantiers, dans le but de contrôler les prix, la distribution de l’essence, l’alimentation et les secours aux familles de grévistes. Le comité de grève siège à la mairie et semble jouer le rôle d’une administration parallèle… Les délégués de salariés travaillent avec les représentants des paysans pour organiser le ravitaillement dans les quartiers populaires. (P. Artières et M. Zancarini-Fournel, 68, une histoire collective, 2008, La Découverte, p. 253)

Bien que la 5e République soit sauvée avec le concours du PCF, des directions de la CGT, de la CFDT et de FO, les paysans travailleurs continuent un temps à échapper partiellement à la FNSEA. En 1971, le mouvement des paysans du Larzac (Languedoc-Roussillon) s’oppose à l’armée et au gouvernement Pompidou qui veulent étendre la base militaire. En 1972, la grève du lait des petits paysans de toute la Bretagne s’oppose aux laiteries coopératives ou capitalistes privées. En 1973, les petits paysans s’opposent victorieusement, par l’occupation illégale, à l’accaparement des terres à Paban (Poitou-Charentes) par un notable cumulard de la FNSEA.

Mais, avec le reflux de la montée révolutionnaire mondiale des années 1960-1970, avec la contre-offensive de la classe capitaliste, avec la restauration du capitalisme en Europe de l’est, en Russie et en Chine, les petits paysans ne croient plus aux capacités révolutionnaires de la classe ouvrière. Certains rejoignent la FNSEA, de trop nombreux s’enferrent dans la xénophobie. En 1975, les nationalistes corses prennent la tête d’une mobilisation de viticulteurs à Aléria qui prend en otage quatre ouvriers (marocains) de la cave viticole qu’ils occupent. En 1978, les nationalistes occitans, le PCF et la LCR détournent la colère des petits paysans du Sud contre l’élargissement de l’Union européenne à l’Espagne, au Portugal et à la Grèce. De 1979 à 1983, la FNSEA mène campagne contre l’entrée de l’Espagne dans l’UE. Le Comité régional d’action viticole (CAV), aux mains des nationalistes occitans, s’en prend aux importations de vin dans le Languedoc-Roussillon en 1981, il paralyse des circuits électriques de la SNCF en 2002, fait sauter des transformateurs électriques en 2007, il détruit des radars routiers en 2008 et 2009, il fait sauter des locaux de la MSA (la sécurité sociale agricole) en 2008 et 2010, du Parti socialiste en 2013… Les Paysans travailleurs qui, dans les années 1960 et 1970, s’opposaient au capitalisme et au militarisme se reconvertissent en une « Confédération paysanne » axée « contre le productivisme » en 1987.