Ni persécution, ni charité : ouverture des frontières !

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Le capitalisme est entré dans une période de destruction de l’environnement (climat…), de liquidation systématique des droits arrachés par les luttes ouvrières (retraite, allocation chômage, droit de grève, limitation au licenciement, etc.), d’expéditions néocoloniales qui déchirent des États entiers (Irak, Ukraine, Syrie…), de militarisme (avec, en plus des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France, des acteurs internationaux nouveaux comme la Chine ou qui réapparaissent comme l’Allemagne et le Japon), de restriction des libertés au nom de la « lutte contre le terrorisme », de montée du fanatisme religieux et du fascisme, de fermeture de frontières…

L’augmentation du flux de migration du Proche-Orient de l’Europe aux pays avancés de l’Union européenne est le résultat de la domination brutale des grands groupes capitalistes sur le monde entier et de quelques pays sur le reste du monde. Ces puissances impérialistes ont découpé artificiellement les frontières, mis en place des monarchies islamistes, fourni abondamment des armes, pillé les ressources naturelles, soutenu des régimes policiers (tous les régimes de la région), cléricaux (monarchies du Golfe) ou colonisateur (Israël). Les récentes aventures militaires de l’impérialisme, américain au premier chef mais aussi français et britannique, les interventions armées des puissances capitalistes régionales (Israël, Iran, Arabie saoudite, Turquie) ont plongé l’Asie de l’ouest dans la tourmente.

Ce n’est pas seulement du passé. Cet été, les missiles américains et britanniques ont continué de pleuvoir sur l’Irak et la Syrie ; le gouvernement français « socialiste » qui bombardait déjà l’Irak étend ses frappes à la Syrie ; l’armée impérialiste russe intervient pour sauver le régime du despote Assad ; l’Arabie saoudite envahit le Koweït ; le gouvernement islamiste de Turquie reprend le massacre des Kurdes.

Après le génocide des Arméniens par la bourgeoisie turque, après l’expulsion des Arabes de la plus grande partie de la Palestine par la bourgeoisie israélienne, après l’exode des Juifs sous la pression des régimes du Baas et du nassérisme, après des décennies de propagande salafiste et de financement du djihadisme par les monarchies du Golfe, ce sont maintenant les minorités nationales (Kurdes) et religieuses (chiites, yézidis, chrétiens) d’Irak et de Syrie qui sont victimes des islamo-fascistes de Daech. Ce régime totalitaire massacre tous ceux qui résistent et détruit sciemment le patrimoine archéologique de l’humanité.
Des millions de Syriens et d’autres victimes des guerres, de la pauvreté et du despotisme d’Asie de l’ouest et d’Afrique de l’est ont fui, certains dans leur pays même, la plupart vers les pays voisins (du moins ceux qui les acceptent, car Israël, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats… refoulent les réfugiés). Une minorité tente sa chance vers les pays capitalistes relativement prospères. Les États-Unis ferment leurs frontières. Comme l’Union européenne restreint l’immigration, les migrants sont condamnés à voyager de manière illégale et dangereuse. Des centaines de milliers sont dépouillés et brutalisés par les passeurs ; des milliers meurent noyés, étouffés, électrocutés.

L’Union européenne est dominée par les bourgeoisies allemande et française. Merkel a fini par arracher à Hollande, qui avait d’abord refusé, le principe de l’acceptation d’un nombre limité de réfugiés à répartir entre États membres de l’UE. La bourgeoisie allemande est divisée sur cette question, mais elle bénéficie d’une phase d’accumulation du capital qui contraste avec la situation économique des principaux pays européens (France, Russie, Italie, Espagne…) ; en outre, elle est menacée d’un déclin démographique. Mais même l’Allemagne a rétabli, le 13 septembre, les contrôles à ses frontières avec l’Autriche qui a alors restreint l’accès en provenance de la Hongrie qui elle-même a jeté en prison des migrants venus de Serbie.

La bourgeoisie française est encore plus partagée que l’allemande, ses partis politiques (FN, LR…) désignant les immigrés déjà présents comme boucs émissaires du chômage engendré par le capitalisme, alors que le gouvernement PS-PRG refuse des papiers à des dizaines de milliers de travailleuses et de travailleurs salariés, détruit les campements de Roms, persécute les réfugiés syriens et afghans à Paris, à Calais, à la frontière italienne. Le gouvernement Cameron accuse même les travailleurs immigrés venus d’Europe de l’est ; le parlement britannique a voté la hausse de 10 % de ses propres rémunérations (74 000 livres par an pour chaque député/e, soit plus de 100 000 euros annuels) et la baisse de 20 % de l’allocation versée aux demandeurs d’asile (111 livres par semaine pour un/e adulte et deux enfants, soit 150 euros hebdomadaires). Le 22 septembre, le conseil des ministres de l’intérieur de l’UE a fixé l’objectif d’accueil à 120 000 personnes (soit moins de 0,24 % de la population de l’UE).

L’Europe capitaliste révèle son vrai visage. Des États dressent des murs et des barbelés, certains organisent des trains de déportés, la plupart matraquent les réfugiés, tous enferment les migrants comme s’ils étaient des criminels et des délinquants, sous les applaudissements des partis xénophobes et fascistes qui ne préparent pas un meilleur sort aux syndicalistes et aux travailleurs révolutionnaires. Avant même la vague d’émigration de cet été, l’association européenne Migreurop estimait à 600 000 le nombre de personnes étrangères enfermées dans des camps de rétention sur le territoire de l’UE, privées non seulement de liberté, mais aussi, souvent, de l’accès à des conseils juridiques, à des soins, au droit de vivre avec sa famille…

Il s’agit en fait d’une lutte de classe. Les jets privés et les yachts des capitalistes et des despotes étrangers restent, eux, bienvenus. Tous les migrants étaient paysans, ouvriers, employés, techniciens, ingénieurs, médecins… qui ont pris une décision difficile, souvent pour rejoindre des membres de leur famille, et qui ont déjà surmonté bien des difficultés et des dangers. Ils deviendront pour une minorité des étudiants et des travailleurs indépendants, pour la plupart des travailleurs salariés. Dans une société rationnelle, l’apport d’une main-d’œuvre jeune, souvent qualifiée, serait accueillie avec gratitude, mais le capitalisme est basé sur la recherche du profit. Quand il est insuffisant, une partie des prolétaires est rejetée de la production et ceux qui sont employés sont pressurés davantage. D’ailleurs, les nouveaux arrivants seront d’autant plus exploités par les patrons et les propriétaires de logements que sans droits et sans papiers.

Les gouvernements hypocrites qui ferment les frontières, avec les Églises chrétiennes qui empochent leurs subventions, affectent la compassion et prêchent la charité, remise à la bonne volonté des maires ou des paroisses. Les travailleurs migrants ne sont pas seulement des victimes : comme tous les opprimés et exploités, elles et ils montrent de remarquables capacités de solidarité et de lutte collective.

En France, les migrants qui veulent aller en Grande-Bretagne ont manifesté à Calais et organisé plusieurs tentatives de passage groupé ; ils ont squatté des logements inoccupés et manifesté cet été à Paris. En Italie, ils ont manifesté à Vintimille pour pouvoir entrer en France. À plusieurs reprises, des migrants ont franchi de manière concertée les redoutables barrières de Melilla, l’enclave espagnole du Maroc ; à Valence (État espagnol), le 6 septembre, une révolte a éclaté au centre de rétention de Zapadores. En Grèce, les migrants en butte à la police du gouvernement Syriza-ANEL et aux nervis fascistes ont manifesté régulièrement dans les îles orientales et se sont révoltés dans les centres de rétention comme celui d’Amygdaleza à Athènes. À Roszke (Hongrie), près de la frontière serbe, des centaines de migrants sont parvenus à s’enfuir du centre de rétention le 5 septembre ; à Bicske, la plupart des migrants qui avaient accepté de monter dans des trains qui devaient soit disant les emmener en Allemagne ont réussi à fuir ensemble lorsqu’ils se sont rendus compte que ces convois avaient pour destination des centres de rétention ; à Budapest, des milliers de migrants, bloqués depuis des semaines à la gare de Keleti ont bousculé ensemble la police le 4 septembre pour marcher vers l’Autriche en suivant la voie ferrée. À Gevgelija (Macédoine), le 22 août, des centaines de migrants syriens, bloqués à la frontière depuis des jours ont débordé les flics et sont entrés dans le pays.

La vraie patrie des travailleurs, c’est la classe ouvrière mondiale. Pourtant, les organisations de masse des travailleurs européens sont souvent discrètes, comme les syndicats, le PSOE, le SPÖ, le PCF qui se borne à demander une meilleure politique de l’immigration. Certains sont complices de leur bourgeoisie comme le PS, le SPD, la Syriza… des partis qui participent à des gouvernements bourgeois qui ferment les frontières, envoient les policiers, enferment les migrants.

Tous les syndicats de salariés, tous les partis issus de la classe ouvrière doivent faire preuve de solidarité prolétarienne, renouer avec l’internationalisme. Front unique ouvrier pour organiser les travailleurs migrants, pour l’ouverture des frontières du monde entier à tous les travailleurs et à tous les étudiants ! Mêmes droits pour toutes les travailleuses et tous les travailleurs, mêmes droits pour tous les étudiants !

25 septembre 2015