Pérou : se réorganiser, affronter le régime, le battre (RP/Pérou)

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En 2021, Castillo (Pérou libre, un nouveau parti réformiste de type Podemos, LFI…) gagne de peu l’élection présidentielle face à Fujimori fille (du parti fascisant Force populaire). En décembre 2022, Castillo est renversé par les partis bourgeois traditionnels qui sont majoritaires au Congrès (la chambre parlementaire unique du Pérou). Le Congrès nomme à sa place la vice-présidente Boluarte (qui renie pour cela Pérou libre).

En octobre 2025, de grandes manifestations conduites par la « gen Z » expriment l’exaspération de la population envers le gouvernement La moitié des 130 membres du Congrès sont visés par des enquêtes judiciaires, ce qui montre la faible légitimité de l’État bourgeois local, de son appareil administratif et de la représentation politique de la bourgeoisie. Sans élection, par décision du Congrès, Boluarte cède la place à Jerí (parti Nous sommes le Pérou). Alors que le pays était de plus en plus influencé par la Chine, le président par intérim capitule complètement devant l’agressivité renouvelée des États-Unis.

La bourgeoisie a été incapable historiquement de rompre avec la domination impérialiste et d’unifier l’Amérique latine. Comme l’a affirmé en 1928 Mariátegui contre le nationalisme bourgeois pan-latinoaméricain de l’APRA, le progrès ne peut désormais résulter que d’une alliance entre la classe ouvrière et les paysans travailleurs. Mais, lors de la crise révolutionnaire de 1976, la classe ouvrière, faute de parti ouvrier révolutionnaire, échoue à prendre le pouvoir et à ouvrir la perspective des États-Unis socialistes d’Amérique latine. RC

De Boluarte à Jerí, le régime issu du coup d’État fujimoriste a fêté ses trois ans en imposant au peuple une succession de marionnettes et en prolongeant l’état d’urgence dans la capitale pour 30 jours, comme garantie contre toute réponse populaire à son projet d’appauvrissement généralisé.

Le régime des mafias patronales et politiques dirige à sa guise et à sa convenance un pays plongé depuis des décennies par la grande bourgeoisie dans le pillage, la corruption, la criminalité, l’exploitation minière toxique, le trafic de drogue, la déforestation effrénée et, désormais, l’extorsion et le mercenariat. Quelles sont ses réponses concrètes à l’aggravation des besoins criants des masses laborieuses ? Par exemple, l’imminence d’un décret pour une « restructuration définitive » de privatisation de Petroperú, démantelée dans les années 1990 par la dictature [de Fujimori père], l’ancêtre de la dictature actuelle. Petroperú a été sabotée sans relâche par la classe dominante pour justifier sa privatisation. Par exemple, en consacrant des milliards de soles à l’achat de véhicules et d’équipements de guerre, tels que des avions et des sous-marins de combat, ces derniers dans le cadre d’un contrat avec la Corée du Sud, pièce maitresse de l’ordre impérialiste américain en Asie. Ce que la grande bourgeoisie ne néglige pas afin de continuer à partager le pouvoir avec la caste corrompue et meurtrière de l’armée.

Trump lui-même a envoyé au Congrès étasunien un projet visant à désigner le Pérou comme allié stratégique non membre de l’OTAN, conformément aux accords conclus par les États-Unis avec le Mexique, la Colombie, le Panama ou le Chili en matière de sécurité et de défense, de commerce, de trafic de drogue ou de migration. Les ministres des affaires étrangères Marco Rubio (États-Unis) et Hugo de Zela (Pérou) se sont rencontrés au début du mois à Washington pour déclarer une « convergence des priorités en matière de sécurité régionale et de défense » découlant de la nouvelle stratégie de sécurité nationale approuvée par le gouvernement américain. La semaine suivante, une délégation américaine de « spécialistes de la sécurité » est arrivée à Lima avec pour mission de « conseiller » le gouvernement de Jerí et de renforcer la coopération stratégique.

En bref, Trump et son équipe fascisante ont obtenu le soutien actif de l’État péruvien à leur politique intense visant à créer un scénario de guerre mondiale entre les blocs impérialistes occidental (OTAN) et oriental (Chine-Russie). « Approfondir les relations économiques et commerciales » et « promouvoir de nouvelles opportunités d’investissement dans des secteurs stratégiques tels que les minéraux critiques et les infrastructures » faisaient logiquement partie de la servilité bourgeoise renouvelée, selon la déclaration du ministère péruvien des affaires étrangères, alors qu’à 2 000 kilomètres de ses propres côtes, la garde côtière américaine saisit des navires chargés de pétrole vénézuélien et que son armée de l’air a déjà assassiné plus d’une centaine de membres d’équipage de bateaux avec la complicité directe des gouvernements fantoche, dans les Antilles, de la République dominicaine, de Trinité-et-Tobago, de Grenade ainsi que des Pays-Bas impérialistes par l’intermédiaire de leurs provinces d’outre-mer (Curaçao, Aruba, Bonaire).

La bourgeoisie et son aile d’extrême-droite dominante espèrent pouvoir facilement vanter la constitutionnalité de leur régime après les élections d’avril prochain, après avoir recouru à la ruse éhontée consistant à rétablir le bicaméralisme explicitement rejeté lors du référendum de 2018. Parallèlement, elles chercheront à reconduire une majorité claire au Congrès, qui continuera d’inclure un nombre important de représentants directs de ses différentes mafias. Mais ce n’est pas tout. La bourgeoisie a également toujours besoin d’un amortisseur institutionnel pour ses plans réactionnaires, ce que lui fournissent avec beaucoup d’opportunisme les différentes directions des bureaucraties syndicales populaires et des appareils politiques prolétariens et petits-bourgeois. Plongée, comme toujours, dans le carnaval électoral, toute la pseudo-gauche libérale se dispute avec une jouissance pathétique l’attention d’un peuple opprimé qu’elle a déserté depuis près d’un siècle, cette fois-ci sous trois facettes néolibérales différentes : le néo-ollantisme, le castillisme et le progressisme.

Les vestiges languissants du stalinisme traditionnel, représentés dans le mouvement de masse par la haute bureaucratie de la CGTP, sont les responsables historiques de la défaite du soulèvement du Sud et d’autres provinces du Centre et du Nord en 2023, car ils ont refusé, comme toujours tout au long de leur histoire marquée par les trahisons, de mener la classe ouvrière et les exploités vers le renversement du régime en place et l’établissement d’un pouvoir prolétarien révolutionnaire qui écraserait la classe dominante meurtrière. Que l’indifférence ou le rejet dont ils ont fait l’objet à maintes reprises de la part des secteurs les plus conscients et les plus combattifs des travailleurs s’exprime une fois de plus, y compris sur le plan électoral.

À bas la dictature fujimoriste, larbin de l’impérialisme.

Renforçons le mouvement de masse pour construire de véritables organes de pouvoir de classe.

Comités unitaires de lutte, assemblées populaires, fronts de défense, colonnes d’autodéfense… vers une assemblée populaire nationale.

Forgeons le parti révolutionnaire de l’avant-garde ouvrière.

Gouvernement ouvrier et populaire.

30 décembre 2025

Revolución Permanente/Pérou (traduction par le GMI)

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