Front unique ouvrier contre le permis de tuer et pour l’autodéfense !

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Un mort lors d’un contrôle, deux morts dans les protestations qui suivent

Après l’assassinat de Nahel Merzouk le 27 juin à Nanterre par un policier tirant à bout portant, la répression policière fait rage. Le permis de tuer est fourni par la loi de 2017 qui permet de tirer si les « forces de l’ordre » en cas de refus d’obtempérer.

La classe ouvrière est la force centrale de l’unique manifestation de masse exigeant « Justice pour Nahel » le 29 juin dans cette ville. Cela tient relativement en respect les forces de répression. Par contre, quand la colère déborde dans toute la France, ce sont les trafiquants et les déclassés qui dirigent les émeutes nocturnes. Des milliers de jeunes affrontent courageusement la police. Quelques commissariats, légitimement, sont attaqués. Mais bien plus de commerces sont pillés, sans parler de 5 000 voitures des habitants incendiées, de plusieurs dizaines d’écoles, de gymnases et de bureaux de poste dévastés.

Le banditisme et le nihilisme sortent le gouvernement d’une situation difficile après la vidéo du meurtre de Nael, ils facilitent la répression policière et judiciaire. Les CRS, les gendarmes mobiles reçoivent le renfort du RAID, du GIGN et de la BRI, des corps officiellement chargés du grand banditisme et du terrorisme font 2 morts et des dizaines de blessés, victimes de tirs de LBD au visage et de matraquages, pas les organisateurs des pillages. Les 3 500 interpelés ne sont pas ceux qui ont tiré les ficelles des pillages. Parmi eux, les tribunaux en condamnent 380 à des peines de prison ferme.

Les porte-paroles des policiers (Alliance police, affilié à la CFE-CGC, et UNSA police) se déclarent « en guerre » contre « les hordes sauvages » et exigent contre « ces nuisibles » de bénéficier « d’une protection juridique du policier » (Twitter, 30 juin 2023). Le bloc Alliance CGC-UNSA Police a remporté en décembre 2022 les élections professionnelles de la police nationale avec presque 50 % des voix, devant la FSMI FO, 35,13 %, et la CFDT Interco, 8,09 %. La CFDT, FO, la CFE-CGC et l’UNSA ont fait partie de l’Intersyndicale qui a empêché la grève générale au printemps.

Le renforcement sans fin des corps de répression

Leur place dans la société est principalement de défendre le capitalisme. Pour cette raison, la retraite à 64 ans ne s’applique pas aux policiers et aux militaires. La loi de « sécurité globale » de 2021 permet aux policiers de « cumuler le salaire tiré de leur nouvel emploi avec l’intégralité de leur pension ». Cette retraite peut être obtenue dès 52 ans (en moyenne c’est 57 ans selon Darmanin lui-même). Les policiers bénéficient de la gratuité des transports.

Les flics ne sont pas des travailleurs comme les autres, comme le font croire les partis réformistes PCF, PS, LFI… pour qui il y a tout au plus quelques policiers qui dérapent, et causent des « bavures », les bureaucraties syndicales qui toutes les syndiquent et, parfois, leurs adjoints de LO. Selon les instituts de sondage, entre 44 et 60 % des policiers et militaires ont voté Le Pen au premier tour en 2022.

Au 21e siècle, Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron renforcent systématiquement la police alors qu’ils étouffent la santé publique et l’enseignement public. Loin d’être « paupérisée » comme l’affirment régulièrement les « syndicats » de policiers, LR, RN et Reconquête, son budget augmente de 35 % entre 1995 et 2019. Avec la police municipale autorisée à contrôler les pièces d’identité et à s’armer, on compte 282 000 policiers officiels, sans compter 170 000 membres de polices de la RATP, de la SNCF, des entreprises capitalistes de « la sécurité ». En janvier 2022, Macron promet de doubler le nombre de policiers sur le terrain d’ici 2030 et une hausse de 15 milliards d’euros de budget sur 5 ans.

Depuis 1995, les « armes non létales » (non mortelles mais « incapacitantes ») équipent de plus en plus la gendarmerie et la police nationale : grenades de désencerclement (2004), pistolets à impulsion électrique (2004), lanceur de balles de défense (2009), grenades assourdissantes (2011).

Leur ordre, nos victimes

Le 14 juin, Alhoussein Camara, 19 ans, est tué d’une balle dans le thorax alors qu’il se rend à son travail, dans une base logistique près d’Angoulême après avoir été poursuivi « sur environ 5 km à allure réduite » (d’après le tireur). Pour quelle autre raison que celle d’être jeune et noir ?

Le 30 juin à Mont Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle), Aimène Bahouh, 25 ans, rentre chez lui en voiture. Il est grièvement blessé à la tête par un « beanbag », une munition tirée au fusil à pompe par un policier du RAID. Il reste dans le coma durant 25 jours et reste gravement handicapé. Désigné par sa hiérarchie et interrogé, le policier prétend avoir tiré sur un conducteur cagoulé le menaçant avec un mortier. Il reste en liberté.

Le 2 juillet à Marseille, Mohamed Bendriss reçoit une balle de LBD 40 à la tête et meurt quelques heures plus tard. Alors que les vidéos montrent que le RAID est impliqué, ses chefs n’en réfèrent pas à la justice et discutent en interne. Le policier est placé sous simple contrôle judiciaire.

Le 1er juillet à Marseille, Hedi R. est poursuivi par des policiers de la BAC qui le touchent à la tête puis s’acharnent à coups de pied et poing. Laissé pour mort, il a la vie sauve grâce à un ami. Une enquête se déclenche et malgré les images de vidéosurveillance le policier tireur, en détention provisoire, nie les faits. Il reçoit le soutien de nombreux collègues qui demandent sa libération tout comme leurs « syndicats » qui exigent un statut pénal protecteur. Face à cette fronde réactionnaire, le chef de la police nationale soutient ses troupes.

Un policier n’a pas sa place en prison… il faut se donner les moyens techniques et judiciaires pour que ce fonctionnaire de police retrouve la liberté. (Frédéric Veaux, Le Parisien, 23 juillet)

Le lendemain, le président refuse de se prononcer lors d’une interview télévisée. Il préfère féliciter la police et encourager son action.

La leçon que j’en tire, c’est un : l’ordre, l’ordre, l’ordre ! La deuxième, c’est que notre pays a besoin d’un retour de l’autorité à chaque niveau, et d’abord dans la famille. (Macron, TF1 et France 2, 24 juillet)

Le chef de la police nationale reçoit le renfort de son ministre : « Je le soutiens totalement, et je suis très fier qu’il soit mon collaborateur » (Gérard Darmanin, Le Monde, 27 juillet). Le soir, ils reçoivent les représentants des policiers qui affirment à la sortie que le ministre s’est « engagé à avoir des pistes de réflexion sur la détention provisoire des policiers ».

Le 6 septembre, à Élancourt (Yvelines), un adolescent en moto meurt après un choc violent avec un véhicule de police. Il avait 16 ans, était d’origine turque et était poursuivi pour « refus d’obtempérer ».

Interdiction des LBD, autodéfense !

Devant la montée en puissance des groupes fascistes, face aux menaces de généraux séditieux et aux frondes policières, les chefs actuels du mouvement ouvrier s’en remettent à l’État lui-même. Mélenchon s’emploie aujourd’hui à faire oublier qu’il défendait comme candidat l’accroissement des effectifs de la police. Le 24 juillet, LFI et le PS condamnent les propos de Veaux mais ne demandent que le « rétablissement de l’ordre républicain dans la police » (lafranceinsoumise.fr). Le PCF est encore plus indulgent, tant il est « conscient des difficultés qu’affrontent les policiers au quotidien » (pcf.fr). Tous s’en remettent au président de la république pour « qu’il joue son rôle ». Mais il le fait déjà puisqu’il soutient et dirige la répression contre les manifestations et les grèves des exploités depuis le premier jour de son mandat.

Pour préserver l’intégrité physique des travailleurs et des étudiants qui manifestent et font grève, pour en finir avec les contrôles au faciès dans les stations de métro et les quartiers populaires, les organisations ouvrières (partis, syndicats) et les organisations des opprimés doivent s’unir pour condamner tous les crimes policiers, pour exiger l’interdiction des armes « non létales », pour abroger le permis de tuer que la police veut encore élargir. Au sein des syndicats, il faut lutter pour l’expulsion des organisations de policiers dont les « revendications » sont plus de moyens de répression et moins de droits pour les travailleurs.

Mais la principale tâche est, sans attendre, de protéger nos quartiers, nos manifestations, nos grèves, nos réunions et nos locaux. Dans les quartiers populaires, l’organisation d’une surveillance collective de la police peut permettre de limiter l’intrusion policière et les comportements asociaux des mafieux. C’est aussi ce type d’organisation que la jeunesse scolarisée peut engager dans ses lieux d’études.

Il est urgent que chaque syndicat, chaque organisation politique se réclamant des travailleurs constituent des services d’ordre communs pour protéger les rassemblements et les manifestations des attaques fascistes et policières. Il est nécessaire que les grévistes se défendent avec l’aide de toutes les organisations ouvrières par des piquets de grève.

17 septembre 2023