Défendre l’école publique contre Macron & Blanquer

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L’épidémie actuelle révèle les conséquences néfastes des politiques d’austérité de tous les gouvernements antérieurs pour la santé publique mais aussi pour l’enseignement public qui a subi la baisse des salaires, des effectifs (sauf les établissements classés REP de l’enseignement primaire mais 29,1 élèves en moyenne par classe dans les lycées), multiplication de tâches administratives, démissions… S’y ajoute la volonté du gouvernement actuel d’y garder les enfants pour ne pas entraver la « bonne marche » du capitalisme français. Or, les élèves se contaminent à grande échelle à l’école, faute d’équipements préventifs, et sont parfois victimes eux-mêmes de formes graves du covid puisque 355 enfants âgés de 0 à 9 ans sont hospitalisés en raison d’une infection au coronavirus le 10 janvier 2022.

Les frontières ne protègent pas de la pandémie

Le gouvernement Macron-Castex-Blanquer gère l’État pour le compte des capitalistes. Il l’a encore montré par le mépris des chômeurs dont il baisse les allocations, l’attitude cynique envers les migrants morts en mer et aux frontières, les ventes d’armes à l’étranger (notamment au prince saoudien assassin de journaliste) et ses interventions militaires dans le monde…

En pleine accélération de la pandémie, sa politique du moment est de défendre les capitalistes français face à leurs concurrents, en faisant tout pour que l’exploitation perdure. Au détriment de la santé des travailleurs, au risque de la maladie et de l’engorgement des hôpitaux, une vie quasi « normale » est autorisée. Mais la vague Omicron montre que le virus se nourrit des failles béantes que le capitalisme laisse.

En fait, on ne vaccine pas toute l’humanité (8,5 % de la population des pays pauvres a eu au moins une dose). Cela entraine l’apparition de variants de plus en plus contagieux. Mêmes dans les pays impérialistes comme la France, l’État n’assure pas efficacement la prévention et les soins globaux qui en découlent, sans parler du tri des malades et des reports de soins. Malgré le « quoi qu’il en coûte ». Le gouvernement français s’incline devant la propriété privée des groupes pharmaceutiques, de matériel médical, des cliniques et des laboratoires d’analyse. Son seul regret est que Sanofi n’ait pas développé à temps un vaccin concurrent et source de profits français.

Le blocage des salaires des fonctionnaires

Dans la fonction publique, la perte de pouvoir d’achat est estimée par les syndicats à « 6 % depuis 2017 ». En réalité, la perte est bien plus considérable car le point d’indice a été gelé de 2010 à 2016, puis après une très minime revalorisation sur 2016 et 2017 bien loin de compenser les pertes, il a été de nouveau gelé sans discontinuer de 2017 à aujourd’hui. Cela se traduit par un écart grandissant avec les salaires versés par les entreprises.

Les salaires effectifs des enseignants français sont donc en deçà du revenu du travail des actifs ayant atteint au moins le niveau licence. Plus précisément, les salaires des professeurs sont inférieurs à celui des actifs du privé de 21 % dans le préélémentaire, 23 % dans l’élémentaire et 12 % au collège. (Sénat, Rapport sur le budget 2022 de l’éducation nationale, novembre 2021, p. 31)

Et avec les traitements de leurs collègues européens.

Sénat, Rapport sur le budget 2022 de l’éducation nationale, novembre 2021, p. 28

Ce ne sont pas les augmentations minables du « Grenelle de l’éducation » ni la « conférence salariale » de la fonction publique lancée en juillet 2021 qui vont indexer les salaires sur l’inflation. Au contraire puisque toute augmentation du point d’indice a été d’emblée écartée par le gouvernement de cette soi-disant conférence salariale ! Alors pourquoi les directions syndicales participent à chaque fois aux concertations du gouvernement ? À part lui donner une caution et une légitimité, cela donne quels résultats ? Comme pour le « Grenelle » l’an passé, la direction de la FSU, avec celles de Solidaires, CGT et FO (un peu plus tôt) ont attendu décembre dernier pour quitter la conférence de la ministre de la fonction publique. Mais quel syndicaliste sincère peut croire que Blanquer, Vidal et De Montchalin vont accepter de relever le point d’indice ? Ils ne l’ont pas fait, ils ne le feront pas. Accompagner ce gouvernement dans ces projets par la concertation, c’est tromper les fonctionnaires car c’est un gouvernement ennemi des travailleurs.

Une politique contre l’université et les étudiants

En instaurant la sélection post-bac via Parcoursup, en limitant le nombre de postes d’enseignants-chercheurs tout en criant à « l’islamo-gauchisme » et au « wokisme », Vidal et Blanquer s’en prennent au droit aux études et veulent soumettre l’enseignement public aux conditions des capitalistes.

Le budget 2022 de l’enseignement supérieur et de la recherche est une honte, il entérine une baisse du financement annuel par étudiant de l’ordre de 10 % sur les 10 dernières années, résultat de l’autonomie des universités et de leur concurrence. Depuis mars 2020, avec des dizaines de milliers d’étudiants privés de petits boulots et sans allocation-jeunesse permettant d’étudier et d’apprendre un métier, le gouvernement accentue leur précarité. De par sa politique d’abandon budgétaire, l’état des résidences gérées par les CNOUS est déplorable et ne permet plus à la majorité des étudiants de se loger correctement pour un prix raisonnable Pire, le sort réservé aux étudiants sans-papiers et aux sans-facs, comme à Nanterre en ce moment, est immonde.

Une politique contre l’enseignement secondaire

Au lycée, le bac « Blanquer » limite les heures d’enseignement et donc justifie l’absence de recrutement statutaire tout en donnant un bac de moins en moins national par le biais du contrôle continu (40% de la note finale) dont on sait que les quartiers populaires pâtissent déjà. Avec la mise en place des « plans locaux d’évaluation » (PLE), le diplôme national a forcément un caractère local. Dans l’enseignement secondaire, c’est le statut qui est menacé par la multiplication des postes contractuels dont il faut exiger la titularisation.

Une politique contre l’enseignement primaire

Macron avait lancé à Marseille le 2 septembre une « expérimentation d’écoles laboratoires » pour permettre le recrutement des équipes par les directeurs. Dès les premières semaines, de nombreuses équipes de Marseille se sont opposées à la mesure de « contractualisation des moyens » et de l’instauration d’un supérieur hiérarchique. Le statut serait de nouveau écorné à la maternelle et l’élémentaire, comme le montre l’adoption de la loi Rilhac le 13 décembre dernier : « la direction d’école dispose d’une autorité fonctionnelle dans le cadre des missions qui lui sont confiées ».

Dès les premières semaines, de nombreuses écoles de Marseille se sont opposées à la mesure de « contractualisation des moyens » et de l’instauration d’un supérieur hiérarchique. Mais, à l’échelle nationale, le SNUIPP-FSU et les autres syndicats ne les ont pas aidés. Ils sont restés isolés et Blanquer et Castex, en visite à Marseille le 14 décembre, se vantent d’avoir 58 écoles candidates.

À quoi sert la « concertation » ?

La responsabilité des directions syndicales n’est pas de proposer comme perspective que l’exutoire des journées dites d’action comme celle du 27 janvier. Combinées à la négociation des attaques gouvernementales, les « journées d’action » ont conduit à défaite sur défaite pour les travailleurs et à l’affaiblissement des organisations syndicales. Elles ne servent qu’à dissimuler aux yeux des travailleurs la capitulation devant l’État bourgeois qui finance plus les organisations syndicales que les syndiqués eux-mêmes.

La « concertation » acceptée par toutes les directions syndicales au départ, puis mollement abandonnée par la FSU et la CGT, projette pour l’année à venir de liquider le statut actuel de direction d’école pour en faire une fonction hiérarchique, de « manageur » comme en entreprise notamment par la notation et la surveillance par les pairs car des postes à profil devront aider les inspections à noter les collègues (directeur en primaire, enseignant missionné dans le secondaire).

Rompre avec le gouvernement, l’affronter

La responsabilité de la FSU et de ses syndicats ainsi que des autres fédérations de l’enseignement public est de ne pas les laisser isolés, de rompre toute concertation des plans du gouvernement. Quittez toutes les instances de suivi des réformes, toutes les conférences et réunions d’attaques contre nos conditions de travail et nos statuts ! Voilà le premier pas pour engager le combat pour abroger les lois et décrets contre les travailleurs de la fonction publique. Manifestation centrale et nationale des enseignants pour la défense de l’école publique, gratuite et obligatoire, la même pour tous et toutes sur tout le territoire !

Seule la rupture avec le gouvernement et la préparation de la grève générale peuvent ouvrir la possibilité d’arracher les revendications des travailleurs de l’enseignement, des lycéens, des étudiants, des parents d’élèves. Il est de la responsabilité des fédérations de l’éducation (FSU, CFDT, UNSA, FO, SUD, CGT…) et de leurs syndicats, des syndicats lycéens et étudiants, des fédérations de parents d’élèves de se prononcer pour :

  • la vaccination universelle et gratuite, la fourniture de masques pour tous les élèves, les étudiants, et les personnels de l’enseignement, la gratuité des tests ;
  • des purificateurs d’air, des capteurs de CO2 ;
  • l’égalité des conditions d’enseignement à commencer par l’inscription des étudiants sans fac, la suppression de l’augmentation des droits d’inscription pour les des étudiants étrangers et la régularisation des étudiants sans papiers ;
  • la gratuité de l’enseignement, y compris à l’université ;
  • l’augmentation du budget de l’enseignement public, la fin du financement public des établissements de l’Église catholique ou d’autres religions, l’interdiction des établissements hors contrat ;
  • le respect de la liberté pédagogique, la fin de la chasse aux sorcières à l’université, l’interdiction de tout endoctrinement religieux au sein du système d’enseignement ;
  • l’ajustement des salaires des travailleurs de l’enseignement public au niveau européen et de leur l’indexation sur l’inflation ;
  • la rupture de toute négociation des plans gouvernementaux contre l’enseignement public et les statuts.

11 janvier 2022