Succès partiel des travailleuses de l’hôtel Ibis Batignolles

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Après 22 mois de mobilisation, les femmes de chambre de l’Ibis Batignolles (Paris, 17e) ont obtenu partiellement satisfaction. L’hôtel appartient formellement à la SARL Paris-Clichy, une filiale d’Accor. Ce groupe capitaliste français est, avec 753 000 chambres dont 142 000 en France, le premier de l’hôtellerie en Europe et le sixième à l’échelle mondiale. Il couvre les différents segments du marché : luxe (Raffles, Fairmont, Sofitel…), haut de gamme (MGallery, Pullman, Swissôtel…), milieu de gamme (Novotel, Mercure, Adagio…) et bas de gamme (Ibis, hôtelF1…). Il est présent dans plus de 100 pays. Il exploite directement 300 000 travailleurs sur les cinq continents.

Un des membres du conseil d’administration est un ancien président de la république qui perçoit chaque mois 10 fois le salaire d’une femme de ménage à plein temps en France.

Nicolas Sarkozy peut avoir le sourire. Il aurait perçu l’an dernier 79 563 euros – 26 555 euros au titre de la part fixe et 52 907 euros au titre de la part variable (en fonction du taux d’assiduité) – de jetons de présence de la part du géant tricolore de l’hôtellerie Accor, dont il est administrateur. (Capital, 2 avril 2019)

Accor surexploite en outre des dizaines de milliers de travailleurs, souvent des femmes, par le biais de la sous-traitance. En France, il s’agit surtout de femmes immigrées embauchées à bas prix par des entreprises de nettoyage : Société française de services, Challancin, Arcade, STN… Dans le cas de l’hôtel Ibis Batignolles, l’esclavagiste qui fournit la main-d’œuvre surexploitée est la STN, la treizième entreprise du nettoyage en France avec plus de 3 700 salariés. Elle est familière des condamnations aux tribunaux du travail (les conseils de prudhommes) et des rappels ou amendes de l’administration du travail.

Pour être intégrées à Accor, une trentaine de femmes de chambre, de gouvernantes et d’équipiers se met en grève le 17 juillet 2019. Comme ailleurs, à l’hôtel Ibis Batignolles, leurs conditions de travail sont déplorables et la fragilité de leur statut les expose à la violence machiste.

En mars 2017, Beby, une des femmes de chambre de l’hôtel, travaillant en sous-traitance pour STN, a été agressée sexuellement par l’ancien directeur de cet établissement Ibis, alors qu’elle préparait une chambre. L’affaire est en cours d’instruction, l’homme a été mis en examen. (Le Monde, 24 juillet 2019) l’Ibis Batignolles

Les travailleurs ont cherché l’appui des organisations syndicales, en particulier le syndicat des hôtels de prestige et économiques de la CGT. La direction de la CGT-HPE ne cherche pas à étendre la grève à tous les hôtels Accor mais multiplie des actions symboliques

Certes, la direction régionale et interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) Paris signale à la STN ses manquements au droit du travail, mais elle rappelle aussi aux travailleurs que leur employeur est la STN, pas Accor. En effet, la sous-traitance est non seulement tolérée, mais organisée et protégée par l’État bourgeois.

De plus, la pandémie affaiblit la possibilité d’arracher la revendication de l’intégration, car les capitalistes de l’hôtellerie licencient en 2020 leurs propres salariés (700 postes en moins chez Accor en France). Néanmoins, au printemps 2021, le sous-traitant et le donneur d’ordres misent sur la reprise de l’activité si bien que la STN accepte la médiation de la Drieets.

Par conséquent, les responsables de la CGT-HPE signent le 21 mai un compromis avec la STN approuvé par la Drieets Paris et par la SARL Paris Clichy. Il contient des gains : représentation du personnel de la STN qui travaille sur le site, réintégration de deux personnes à contrat à durée déterminée qui avaient été licenciées, augmentation de salaire sous forme d’une indemnité nourriture (7,50 euros pour ceux qui travaillent plus de 5 h par jour, 3,65 euros pour les autres), baisse des cadences (3 chambres par heure au lieu de 3,5), décompte précis des heures de travail et annulation des mutations forcées. Mais la plupart de ces concessions seront difficiles à appliquer à cause du maintien des salariés au sein de la STN et de la prolongation de leur statut précaire. De plus, en signant l’accord, le syndicat et les salariés abandonnent leurs procédures en justice et s’engagent à ne pas mettre en cause publiquement la STN.

La vaillance et la persévérance des travailleurs de l’Ibis Batignolles dans un secteur traditionnellement peu organisé sont des encouragements à s’organiser et lutter pour en finir avec la précarité qui découle de la sous-traitance, dans le groupe Accor et dans toute l’hôtellerie. En finir avec la division organisée par le capital entre salariés des groupes hôteliers et salariés des entreprises de nettoyage permettra la lutte unie et l’amélioration du sort de tous les exploités des hôtels.

15 juin 2021