Bridgestone veut fermer l’usine de Béthune

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Aucun licenciement, aucune suppression d’emplois à Bridgestone comme ailleurs !

Comment s’organiser ?

Le groupe capitaliste japonais Bridgestone est le 2e fabricant mondial de pneumatiques en 2019 après le groupe français Michelin et devant le groupe américain Goodyear (Global Tire Report, 31 aout 2020), dans un secteur où des capitalistes chinois font leur entrée. Il a 7 usines sur le continent (ce qui permet de limiter les frais de transport et du supprimer les droits de douane) et un centre de recherche en Italie. Parmi ses filiales, figurent aussi les réseaux Speedy, Côté route, First Stop… La direction européenne, installée en Belgique, a annoncé le 16 septembre la fermeture début 2021 de l’usine de Béthune (Pas-de-Calais) employant 863 salariés.

Cette annonce s’ajoute à une liste de licenciements collectifs qui s’allonge jour après jour et donne tort à ceux qui pensent qu’enrichir les capitalistes permet de créer de l’emploi, que les intérêts de la bourgeoisie sont compatibles avec ceux des travailleurs et ne fait que confirmer que la seule chose qui ruisselle est le profit pour les capitalistes. Au premier semestre 2020, les patrons avaient déjà supprimé 715 000 emplois en France. Et cela continue : 1 475 emplois supprimés chez Auchan, 753 chez General Electric, 463 chez Renault Trucks, 92 chez Rossignol, 150 à la raffinerie Total de Grandpuits. Dans l’aéronautique où Airbus a programmé 5 000 suppressions de postes, la crise touche tous les sous-traitants, comme Lisi Aerospace (-197 emplois), Latécoère (-475 emplois), Daher (-2 700 emplois en comptant les intérimaires non renouvelés), etc. Sans parler des dizaines de milliers d’emplois supprimés dans les secteurs les plus touchés comme le commerce d’habillement, les bars et restaurants, l’événementiel, etc. On comptait fin aout 6,1 millions d’inscrits des catégories A, B et C de Pôle emploi.

La pandémie de coronavirus n’a fait que précipiter la crise qui couvait dans l’économie capitaliste mondiale. Dès le printemps 2019, Bridgestone avait présenté un « accord de performance collective » aux ouvriers de Béthune qui l’avaient rejeté à plus de 60 %. Ce plan prévoyait alors d’augmenter de 14 jours le temps de travail annuel, sans augmenter les salaires, afin que l’entreprise reste compétitive. Déjà la surproduction et la baisse du taux de profit, dans ce secteur comme dans bien d’autres, poussaient les capitalistes à renforcer l’exploitation des salariés pour tenter de maintenir leurs profits.

Du point de vue des capitalistes, la décision de fermeture de l’usine de Béthune est parfaitement rationnelle :

Le projet de cessation totale d’activité est toutefois la seule option qui permettrait de répondre à la surcapacité de production structurelle de Bridgestone et donc de sauvegarder la compétitivité de ses opérations en Europe. (Communiqué de la direction de Bridgestone, 21 septembre)

Du point de vue des ouvriers, c’est inacceptable ! Comme tous les autres licenciements ou suppressions d’emplois, que les capitalistes les justifient par la perte de compétitivité, la crise sanitaire du coronavirus, la concurrence déloyale, la perte des débouchés ou n’importe quel autre argument.

Sous peine de se vouer lui-même à la dégénérescence, le prolétariat ne peut tolérer la transformation d’une partie croissante des ouvriers en chômeurs chroniques, en miséreux vivant des miettes d’une société en décomposition. Le droit au travail est le seul droit sérieux que le travailleur ait dans une société fondée sur l’exploitation. (Trotsky, Programme de transition, 1938)

La crise économique et sociale précipitée par la pandémie de coronavirus met face à face la bourgeoisie et le prolétariat. La survie de la bourgeoisie implique les coups les plus durs contre la classe ouvrière. A l’inverse, la défense de la classe ouvrière implique le combat le plus déterminé autour d’une revendication simple : aucun licenciement, aucune suppression d’emploi à Béthune ni ailleurs !

Est-ce cela qu’organisent les chefs syndicaux et les directions politiques du mouvement ouvrier ? Le délégué CGT du site donne le ton : « Cette direction européenne, on dirait qu’elle cherche le conflit. Nous, on ne cherche pas le conflit, on cherche la survie de l’entreprise » (Duchateau, Europe 1, 17 septembre). Le secrétaire général de la CGT se pose en expert en gestion d’une entreprise capitaliste : « L’entreprise n’a pas investi suffisamment pour avoir une production adaptée aux besoins d’aujourd’hui… Il y a des alternatives » (Martinez, LCI, 17 septembre). La ministre déléguée à l’Industrie, qui a réuni le 21 septembre direction européenne de la firme, syndicats et élus locaux, a tracé le chemin en tenant des propos similaires : « Le cœur du sujet c’est d’avoir un projet industriel qui tienne la route ». Et voila donc direction et syndicats qui signent un « accord de méthode » dont l’objectif est d’explorer pendant 5 mois « les scénarios alternatifs à la fermeture de l’usine ». Le porte-parole du gouvernement, qui feint de s’indigner en parlant de « trahison », peut souligner « une forme de concorde politique autour de ce dossier ». Même Bertrand, président (LR) des Hauts-de-France, y allait de son « autre plan industriel » (Le Point, 16 septembre).

L’état-major de Bridgestone joue sur du velours. Il garde l’option fermeture de l’usine mais attend d’éventuelles nouvelles aides de l’État et de la région Hauts-de-France pour financer à sa place les investissements qui seraient nécessaires à la montée en gamme. D’autres pistes sont avancées comme le recyclage des pneus ou la reprise de l’usine par d’autres capitalistes. Mais toute l’expérience des luttes passées, Goodyear Amiens, Continental Clairoix, Ford Blanquefort, PSA Aulnay, etc. montrent qu’en restant dans le cadre fixé par les capitalistes et le gouvernement, les ouvriers sont d’abord anesthésiés puis condamnés soit au licenciement de la plupart d’entre eux, soit à la fermeture totale de l’usine.

Les capitalistes du groupe Bridgestone, comme tous les autres capitalistes, ont empoché pendant des années les aides et subventions que les différents gouvernements, toujours à leur service, leur ont généreusement distribuées. Rien qu’en 2018, la filiale française de Bridgestone a ainsi bénéficié de 1,8 million d’euros au titre du CICE. Le ministre de l’économie Le Maire parle aujourd’hui d’établir une « charte des contreparties » pour les entreprises recevant des aides portant sur « l’environnement, la gouvernance et le partage de la valeur ». Martinez pour la CGT trouve que « ce n’est pas suffisant. Il faut que ce soit notifié, un genre d’accord écrit noir sur blanc, avec des sanctions ». Fumisterie ! Dans une société capitaliste, avec un gouvernement qui n’est que le conseil d’administration de la bourgeoisie, les patrons feront toujours ce que leurs profits commandent. Les engagements d’aujourd’hui ne vaudront pas tripette demain si le taux de profit vient à trop baisser. Les promesses écrites de General Electric de créer des emplois après le rachat de la division énergie d’Alstom en 2014, jamais honorées, sont là pour rappeler aux ouvriers qu’à l’inverse de ce que leurs racontent les chefs syndicaux, cette voie est une impasse.

Les licenciements collectifs (nommés par antiphrase « plans de sauvegarde de l’emploi »), les faillites d’entreprises vont se multiplier L’Union européenne et le gouvernement des capitalistes ne sont pas capables, malgré les « plans de relance », les milliards distribués à tour de bras aux patrons, de juguler la crise économique et sociale en cours.

Le protectionnisme est vanté tant par le Rassemblement national que par La France insoumise comme une solution. Le 20 septembre, Chenu pour le RN déclare à propos de Bridgestone: « quand on signe des accords de libre-échange avec la Corée et qu’on accepte qu’il y ait des livraisons de pneus moins chers, on ne se bat pas, on ment aux ouvriers ». Quant à Ruffin, il demande pour LFI le 17 septembre « une solution protectionniste… des quotas d’importation, des taxes aux frontières, des barrières douanières et des taxes kilométriques ». Pour eux, il suffit de mettre plutôt des ouvriers hongrois, polonais, coréens, chinois… au chômage, de fermer les frontières aux marchandises venues de l’étranger… en faisant croire que les autres États continueraient à importer des produits venus de France, y compris des pneus Michelin. Le patriotisme économique est un poison. D’une part les barrières douanières préconisées par le RN ou LFI ne valent pas mieux que celles mises en place par Trump, elles se retournent toujours contre le niveau de vie de la population et précipitent la rétraction des échanges économiques mondiaux, le marasme et la crise capitaliste. D’autre part le patriotisme économique vise à enchainer le prolétariat de chaque pays à la défense de sa propre bourgeoisie, au lieu de la combattre et de lui retirer les moyens de production, quelle que soit sa nationalité.

Les ouvriers ne peuvent compter que sur leur propre force, leur organisation, pour se défendre. La discussion entre syndicats, patronat et gouvernement pour rechercher des « alternatives industrielles » n’empêchera pas les licenciements ou les suppressions d’emplois, à Bridgestone Béthune comme ailleurs. Laissés seuls, les travailleurs du site sont sur la défensive. Le rôle des organisations syndicales n’est pas de chercher des « solutions industrielles » avec les patrons de la firme mais de défendre de manière intransigeante tout l’emploi, d’ouvrir la perspective de l’occupation des usines de l’industrie pneumatique, de tous les équipementiers, de toute la branche automobile, de l’élection des comités de grève, de la coordination nationale des délégués des usines occupées pour diriger la lutte à l’échelle nationale et internationale.

Aucun licenciement, aucune suppression d’emplois, ni à Béthune, ni ailleurs !

Expropriation sans indemnité ni rachat des groupes capitalistes qui menacent de fermer un site ou de licencier !

Gouvernement ouvrier ! États-Unis socialistes d’Europe !