Irlande : même battus, les vieux partis bourgeois gardent la main

Les partis traditionnels de la bourgeoisie irlandaise (Fianna Fáil, FF, et Fine Gael, FG) ont, pour la première dans l’histoire de la République (indépendante depuis 1922), perdu les élections générales le 8 février, avec respectivement 22,2 et 20,9 % des voix, au profit de Sinn Féin (SF), le parti longtemps soutien de l’IRA qui a obtenu 24,5 % [voir Révolution communiste n° 39]. Contrairement à l’Irlande du nord, où SF dirige avec le réactionnaire et pro-britannique DUP, et malgré les intentions explicites des dirigeants de SF d’administrer le capitalisme aux côtés de l’un des vieux partis de la bourgeoisie, ceux-ci ont préféré le 26 juin lui tourner le dos. FF et FG ont formé une coalition entre eux, ce qui constitue également une première historique, ainsi qu’avec un petit parti écologiste, le Green Party (GP, 7 % des voix), avec à leur tête Micheál Martin, dirigeant de FF (en alternance avec Leo Varadkar, dirigeant FG et ancien Premier ministre). Ils ont également obtenu le soutien de quelques députés « indépendants » parmi les plus réactionnaires.

Le programme de la coalition ne laisse pas de toute sur son caractère bourgeois, avec une légère teinte verte, puisque l’objectif de réduction annuelle des émissions de carbone est fixé à 7 % (7,6 % pour les accords de Paris). Cela n’a pas empêché qu’à quelques semaines d’intervalles, le vice-Premier ministre Simon Coveney, nommé depuis ministre de la défense, affirme que « la réduction de 7 % de l’émission de carbone va décimer l’Irlande paysanne et rurale » (The Irish Examiner, 1er mai), et la directrice adjointe du GP Catherine Martin prétend qu’il s’agit du « meilleur Green Deal de l’histoire du pays » (The Irish Times, 18 juin). En outre, est maintenu le statut de paradis fiscal du pays : ni hausse de l’impôt sur les sociétés, ni progressivité de l’impôt sur le revenu mais des baisses d’impôt pour les plus riches et une taxe carbone.

Pour justifier sa participation au gouvernement et nourrir des illusions Eamon Ryan, dirigeant du GP, présente pourtant le programme de gouvernement comme un « document de gauche » (The Irish Examiner, 22 juin). Le GP a pourtant fait ses preuves au service de la bourgeoisie en gouvernant avec FF entre 2007 et 2011, participant à des attaques violentes contre la santé, l’éducation… au service des banques et des plus riches. Cette politique a été poursuivie les neuf années suivantes par FG, avec des attaques similaires contre les travailleurs, les systèmes publics de logement et de santé, qui ont notamment donné lieu à des grèves massives d’infirmières. Le taux de contamination au Covid-19 parmi les travailleurs de la santé (obligés de porter leur propre équipement de protection) est d’ailleurs le plus élevé au monde (The Irish Times, 23 juin). En outre, l’investissement devrait diminuer d’un tiers et le chômage atteindre 17 % d’ici la fin de l’année, d’après l’Institut de recherche économique et social, l’équivalent de l’INSEE.

Les travailleurs et paysans d’Irlande n’ont à attendre de ce gouvernement que des coups. À bas le gouvernement FF-FG-GP ! Pour un gouvernement ouvrier et paysan !