Le refus des directions syndicales d’appeler à la grève générale et de rompre les négociations mène à la défaite

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« La réforme des retraites sera menée à son terme », avait annoncé Macron dans ses vœux du 31 décembre. En cette fin janvier 2020, le gouvernement n’a pas reculé.

Le projet de loi contre les retraites a été présenté au conseil des ministres du 24 janvier et doit être examiné à l’Assemblée nationale en procédure d’urgence. Ce projet de loi habilite le gouvernement à prendre jusqu’à 29 ordonnances pour appliquer diverses dispositions de la loi.

Si la participation aux manifestations de la 7e journée d’action décidée par l’intersyndicale le 24 janvier est restée assez élevée, nombre de travailleurs s’interrogent. Est-il encore possible de l’emporter ? Pour certains, l’affaire est déjà pliée ; d’autres s’accrochent et espèrent un rebond, beaucoup manifestent encore et encore comme par devoir, conscients des lourdes conséquences d’une défaite, autant pour défendre les retraites que pour empêcher la bourgeoisie de tirer avantage d’une possible victoire pour aller encore plus loin. Mais déjà on entend ici ou là dans les cortèges : « on ne pouvait pas gagner, les travailleurs n’ont pas suffisamment répondu aux appels à la grève », « la grève générale est impossible », etc.

Fin de la grève à la RATP et à la SNCF

La lutte de classe pour le retrait du projet contre les retraites a commencé réellement le 5 décembre, en plus des manifestations importantes, quand les travailleurs de la RATP et de la SNCF, qui ont beaucoup à perdre, déclenchent une grève illimitée. La lutte a été massive jusqu’à la fin décembre, mais elle est restée isolée et s’est affaiblie peu à peu jusqu’au 20 janvier, malgré le courage et la combattivité de nombreux travailleurs. La grève est restée cantonnée à une partie des transports publics, malgré des jonctions partielles avec des travailleurs de l’enseignement public, de la santé publique, de l’énergie, des ports…

Non seulement les dirigeants des confédérations syndicales (CFDT, CGT, Solidaires, FO, UNSA, FSU, CFTC, CFE) ont toujours accepté de négocier le plan contre les retraites, ce qui explique qu’ils ont refusé d’appeler tous les travailleurs à la grève générale pour vaincre le gouvernement, mais aussi parce que les bureaucrates syndicaux de l’UNSA et de la CGT, en particulier à la RATP et à la SNCF, ont empêché la constitution de comités de grève élus et mandatés par les AG, empêchant ainsi les grévistes de contrôler leur mouvement et de constituer ainsi un point d’appui considérable pour la grève générale. L’intersyndicale (CGT, Solidaires, FO, FSU, CFE) a décrété d’autres journées d’action, les 10 et 17 décembre, sans jamais appeler à la grève générale, mais à de multiples actions diverses et variées, « temps forts », coupures partielles d’électricité, etc.

Toute « la gauche » à la rescousse des chefs syndicaux

Le 11 décembre, se tenait un meeting à Paris, rassemblant de LO au Parti radical sur le thème « une autre réforme est possible ». Avant de penser obtenir une amélioration des retraites, n’était-il pas indispensable de jeter toutes ses forces pour bloquer la détérioration considérable préparée par Macron ?

Sinon, avec qui était-il possible d’obtenir une « autre réforme », sous-entendu favorable aux travailleurs ? Avec Macron ? Quel travailleur en grève pour le retrait peut-il croire cela ? Et si ce n’est pas avec Macron, qu’y a-t-il alors de plus urgent que de tout mettre en œuvre pour s’en débarrasser, ce qui implique la grève générale pour l’affronter et le vaincre. Mais pour tous ces partis « de gauche » rassemblés sans rivage à droite, ce n’est pas le sujet. L’objectif est de tenter de convaincre que les directions syndicales ont raison de faire des propositions au gouvernement, comme s’il s’agissait d’un débat et non de la lutte entre les classes.

Toute « la gauche » présente la police et l’armée comme des travailleurs comme les autres.

La contestation contre la réforme des retraites touche bien d’autres milieux et professions que les transports. Ainsi le Conseil supérieur de la fonction militaire, qui chapeaute 348 000 personnes, dit clairement non à la réforme, avec des arguments percutants… qui valent pour tout le monde… Là aussi, c’est exactement la même chose pour tous les travailleurs. (Lutte ouvrière, 24 janvier)

En fait, il s’agit de l’appareil de répression de l’État bourgeois dont les membres sont évidemment épargnés par l’attaque générale contre les retraites de la classe ouvrière, comme nous avions prévu depuis plus d’un an.

Le meeting de type front populaire du 11 décembre est suivi le 5 janvier par une « pétition citoyenne » lancée par des responsables nationaux du PCF, PS, LFI, NPA (bras dessus bras dessous avec ceux du PRG, de EELV, Place publique, l’Union des démocrates et écologistes…) pour supplier Macron de bien vouloir « ouvrir sans délai de vraies négociations avec les organisations syndicales ». D’une part, de vraies négociations signifie donc que celles qui sont ouvertes depuis bientôt deux ans sans discontinuer sont donc fausses, étaient un piège, une mystification à laquelle se sont pliés tous les dirigeants syndicaux. D’autre part, cette pétition signifie aussi que Macron pourrait, en le poussant un peu, mais à peine, car il ne s’agit que d’une pétition, devenir autre chose que ce qu’il est, le chef du conseil d’administration de la bourgeoisie française, pour se transformer en bisounours. Alors que le combat pour le retrait du projet contre les retraites qui mobilise les travailleurs nécessite de l’affronter pour le vaincre !

Ceux qui négocient empêchent la grève générale

Les négociations avec le gouvernement, entamées il y a plus de 18 mois, n’ont jamais cessé, ni en décembre, ni en janvier. Comment peut-on négocier un projet dont on prétend exiger le retrait ? N’y avait-il pas écrit sur de nombreuses banderoles dans les manifestations « le retrait, un point c’est tout » ? Pire: les dirigeants syndicaux font mine de s’offusquer que le gouvernement ferait semblant de négocier, mais aurait déjà tout décidé. Quelle découverte ! En toute logique, ils devraient donc boycotter immédiatement les négociations pour cesser de servir de caution à la manœuvre du gouvernement. Le font-ils ? Pas du tout ! Encore et toujours, avec l’éternel prétexte de refuser la politique de la chaise vide, l’argument toujours répété de se faire entendre du gouvernement, ce qu’ils ne peuvent eux-mêmes croire une seconde, ils négocient, c’est-à-dire qu’ils accompagnent la mise en place de l’attaque, l’appliquent depuis plusieurs semaines, parfois des mois, secteur par secteur.

Le PCF, le PCRF, LFI, le NPA, LO, le POI, le POID, la FCL…, qui font partie des appareils des syndicats, ont tous déclaré que « si les journées d’action ne suffisaient pas », il fallait donc les « compléter avec les grèves reconductibles » à la base, s’ingéniant à opposer à la grève générale des formules caoutchouc comme « préparons la riposte générale » (LO), « généraliser la grève reconductible » (NPA et FCL), tout en couvrant intégralement les journées d’action décidées par les bureaucraties syndicales contre à la grève générale et sans dire un seul mot de la nécessité d’imposer aux directions syndicales la rupture des négociations ! Ils ont parfois fait taire les travailleurs qui réclamaient la grève générale dans les AG et dans les syndicats.

Certains d’entre eux ont participé aux « actions coup de poing » des directions syndicales CGT et SUD, bloquant de l’extérieur, sans qu’il y ait grève à l’intérieur, des établissements ou s’en prenant à la CFDT. Jamais avec l’objectif de bloquer toute l’économie capitaliste, de prendre la bourgeoisie française à la gorge, ce que seule la grève générale permettait. Pour diviser les travailleurs entre eux et pour épuiser les plus combattifs.

La participation à la conférence de Macron

Le refus d’appeler à la grève générale, la poursuite ininterrompue des négociations, ont permis l’opération cousue de fil blanc du faux report de l’âge pivot entre le gouvernement et les directions de la CFDT et de l’UNSA, toutes deux favorables au projet du gouvernement du système par points et de l’allongement de la durée de cotisation. Mais la suite est encore plus significative : alors que le gouvernement reprend la proposition de Berger d’une conférence de financement du système des retraites en charge de trouver 12 milliards sans qu’il soit question de faire payer quoi que ce soit aux patrons, tous les chefs syndicaux annoncent qu’ils participeront, en bons et loyaux serviteurs du capitalisme français.

L’intersyndicale a appelé à d’autres journées d’action, le 9 janvier, le 16 janvier, le 24 janvier, le 29 janvier… Entrecoupées de « retraites aux flambeaux », tout un symbole ! Une fois liquidée par l’isolement et les manœuvres bureaucratiques la grève à la RATP et la SNCF, les chefs syndicaux, qui n’ont pas été débordés, peuvent plus tranquillement dérouler jusqu’à plus soif la tactique habituelle de la succession des journées d’action et des actions bidon. C’est ce qui donne aux cortèges des dernières manifestations cet aspect résigné, sans mots d’ordre offensifs, où la vente de boissons alcoolisées, les chansonnettes et le côté kermesse imposé par les appareils syndicaux prennent peu à peu le dessus.

Le résultat des journées d’action et des négociations

Ainsi, le gouvernement peut espérer que les enseignants, les dockers, etc. resteront enfermés dans des grèves sporadiques et autres actions parfaitement stériles alors que leurs représentants syndicaux négocient avec Blanquer une revalorisation contre la mise en place de la contre-réforme et de nouvelles obligations de service. Il peut espérer que les personnels hospitaliers, en lutte sous des formes diverses depuis un an, resteront également seuls dans leur combat et ne parviendront pas à faire la jonction avec tous les travailleurs. Il peut espérer que la grève à Radio France s’étiolera. Il peut espérer que les travailleurs de la recherche et de l’enseignement supérieur apparaîtront comme un simple corporatisme…

C’est seulement la perspective de la grève générale, tous ensemble, qui pouvait rallier la jeunesse en formation, étudiants comme lycéens, qui n’a pas rejoint la mobilisation, ou si peu, qui pouvait rallier les secteurs nombreux du privé qui n’ont pas trouvé dans les journées d’action, qu’ils ont déjà tant suivies vainement dans le passé, des raisons pour cesser le travail. C’est pourquoi le Groupe marxiste internationaliste, dont la taille est limitée, s’est adressé à tous les groupes qui se prononçaient pour la grève générale et l’auto-organisation. Hélas, sans succès.

L’occasion est passée car la mobilisation, malgré la hargne qui demeure chez beaucoup de travailleurs, est désormais dans une phase descendante, faute d’avoir pu déborder le dispositif des appareils bureaucratiques des syndicats et les manœuvres des partis politiques se réclamant de la classe ouvrière, des partis sociaux-patriotes qui consolent les travailleurs avec de futures élections (PS, PCF, LFI…) aux pseudo-trotskystes qui se réclament de la révolution les jours de fête (LO, NPA…).

Pour la lutte des classes

Il est aujourd’hui trop tôt pour tirer toutes les conséquences d’un mouvement qui s’achemine désormais vers une défaite. La diminution programmée du montant des pensions de retraites et l’allongement de la durée du travail pour pouvoir prétendre à une pension réduite signifient ni plus ni moins que l’augmentation du taux d’exploitation de la classe ouvrière. La bourgeoisie française qui a mandatée Macron voudra certainement en tirer avantage, encouragée par cette victoire. D’autant que, dans un contexte de baisse de la croissance mondiale et d’aggravation des tensions commerciales internationales, la bourgeoisie française doit, pour préserver ses parts, renforcer ses attaques contre le prolétariat et la jeunesse. Inévitablement, d’autres combats s’annoncent et se dérouleront avec l’expérience acquise dans celui-ci, à condition qu’elle soit comprise et transmise, que les traîtres n’aient plus les mains libres.

Pour cela, il faut s’organiser. Pour pouvoir déborder les directions syndicales, affronter le gouvernement bourgeois, ouvrir une perspective, il faut un courant lutte de classe dans les syndicats et un parti ouvrier révolutionnaire. Ils n’existent pas et il faut donc les construire. C’est l’objectif du Groupe marxiste internationaliste. Nous avons pu vérifier dans les manifestations en distribuant nos tracts, dans les AG où nous avons pu intervenir, l’intérêt et la sympathie des travailleurs pour les explications et les mots d’ordre que nous avancions. Tous les travailleurs conscients, tous les noyaux prolétariens révolutionnaires doivent s’unir dans une seule organisation communiste capable d’affronter les bureaucraties syndicales, décidée à se battre pour l’indépendance de classe, la lutte de classe, le socialisme.