La grève des travailleurs sans-papiers de Chronopost à Alfortville

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Depuis l’éclatement de l’administration des PTT en 1990, France Télécom (devenu Orange en 2013) dont l’actionnaire majoritaire reste l’État et La Poste dont l’actionnariat est totalement public se sont totalement adaptées aux méthodes de « management » du capital. Au fur et à mesure que diminuait la proportion des salariés au statut de fonctionnaire, les deux groupes ont restructuré en achetant d’autres entreprises ou en créant des filiales, ont bouleversé les méthodes de travail, ont alourdi la charge de travail provoquant une vague de suicides (en particulier à Orange), ont supprimé les services déclarés non rentables, ont fermé les sites au détriment des usagers, aggravant la désertification des zones rurales.

Pour avoir une main-d’œuvre corvéable à merci, La Poste a recours à l’intérim. Ainsi, à Alfortville (Val-de-Marne), pour la plateforme colis de sa filiale Chronopost, elle s’acoquine avec le sous-traitant De Richebourg, lequel fait appel à Mission intérim. Cette entreprise de Créteil recrute, en connaissance de cause, des travailleurs africains qui présentent les papiers d’un ami ou d’un membre de la famille en règle. Peu importe que les photos de ces papiers d’identité ne ressemblent pas aux travailleurs qui les présentent. C’est même mieux, ils n’en seront que plus dociles.

Derichebourg prétend « vérifier que les personnes qui travaillent sur le site, qu’elles soient salariées de notre entreprise ou intérimaires, sont bien celles qui ont le contrat de travail ». Chronopost, quant à elle, se pose en « victime collatérale » de ces pratiques de recours à des « alias », une usurpation d’identité en quelque sorte. Pourtant, des syndicalistes avaient averti La Poste.

Pour nous, la responsabilité revient à Chronopost et à La Poste. Dès le 11 juin, SUD­PTT alerte La Poste en dénonçant un système de sous-traitance en cascade avec des sans-papiers. Nous avons lancé beaucoup d’autres alertes, y compris à l’inspection du travail. On a demandé une audience au ministère du travail. On n’a pas été reçus. (Jean-Louis Marziani, Solidaires Val-de-Marne)

Le 11 juin 2019, les ouvriers immigrés qui déchargent des colis pour Chronopost à Alfortville de 3 h 30 ou 4 h 30 à 7 h 30, se rebellent. Ils en ont eu assez de devoir aller toujours plus vite, assez de leur situation illégale qui permet aux petits chefs de les maintenir en permanence sous pression, menaçant de les remplacer par d’autres sans-papiers s’ils n’obtempèrent pas et ne tiennent pas la cadence. De plus, « toutes les heures n’étaient pas payées, mais si tu réclames, tu es viré ».

Pour être régularisés, les travailleurs étrangers n’ont besoin que d’une promesse d’embauche et de fiches de paie. Or, celles-ci ne sont pas à leur nom. Il leur faut donc obtenir de leur employeur une « attestation de concordance » d’identité, confirmant que la personne qui demande des autorisations de séjour est bien celle qui a travaillé. Mais aucune attestation n’est délivrée par Mission intérim.

Ceux d’Alfortville se sont battus avec l’aide matérielle de la mairie d’Alfortville (PS) et du conseil départemental du Val-de-Marne (PCF) ainsi que le soutien militant du collectif des sans-papiers de Vitry, de SUD, de la CGT, de la FSU et de la CNT. Après plus de 6 mois de lutte, 5 d’entre eux sont régularisés, début décembre, par le préfet qui entend « examiner les situations au cas par cas », pour ne pas céder à un combat ouvrier collectif. La détermination ne faiblissant pas, le 17 décembre, 9 autres travailleurs obtiennent leur « admission exceptionnelle au séjour » en France. Fin décembre, ils sont encore 13 qui n’avaient toujours pas été régularisés. Mais encouragés par leurs premiers succès, tous continuent la lutte et début janvier, ils sont 26 sur 27 à avoir obtenu gain de cause.

Assez de la précarisation par l’intérim, CDI pour tous les travailleurs de la Poste et de ses filiales ! Assez de la division de la classe ouvrière, mêmes droits pour tous les travailleurs !

19 janvier 2020