Coup d’État pro-impérialiste en Bolivie au nom de la Bible

(Turc / Türk)

Les luttes de classe en Amérique latine et l’impérialisme dominant

L’Amérique latine est un sous-continent qui est depuis longtemps un laboratoire des révolutions, des contre-révolutions, des luttes d’indépendance, des luttes de classes exacerbées et des coups d’État.

Toute l’Amérique est depuis longtemps capitaliste. La société y est divisée entre bourgeoisie, classes petites-bourgeoises, prolétariat. Certes, le salariat n’est pas la seule forme d’exploitation en Amérique du Sud et en Amérique centrale mais l’esclavagisme contemporain, le péonage, le métayage, l’emploi domestique… sont subordonnés aux rapports de production capitalistes mondiaux.

En 1823, le gouvernement étasunien a défini le sous-continent latino-américain comme son « arrière-cour » : exploiter tout ce qui est exploitable via des gouvernements bourgeois qui se considéraient comme étant les préfets d’une colonie. Par conséquent, l’accumulation du capital y est relativement faible, le surproduit résultant de l’exploitation des ouvriers et des paysans étant accaparé en partie par le capital étranger ; cependant, il existe des capitalistes dans l’agriculture, le commerce, la banque, les médias, la construction, l’industrie manufacturière… En profitant de la taille du pays, de ses ressources naturelles, de sa position géographique, certains ont pu développer une base industrielle et même des entreprises capitalistes de grande taille : Brésil, Mexique, Argentine…

Les intérêts de du capital étranger et ceux du capital national ne sont pas toujours les mêmes et ils entrent parfois en conflit de manière aiguë. Aussi est-il possible que, dans des conditions favorables, le capital national s’oppose aux exigences du capital étranger. (Trotsky, Discussion sur l’Amérique latine, 4 novembre 1938)

Même dans ce cas, la base économique et sociale de la classe exploiteuse locale est plus faible que celle des pays impérialistes, ce qui explique l’instabilité des régimes politiques et l’immixtion récurrente de l’armée dans la vie politique.

La bourgeoisie nationale est écartelée entre deux orientations :

  • capituler devant la domination étrangère, se contenter d’une partie réduite de la plus-value sociale, se placer à l’abri de la protection américaine contre les masses ;
  • affirmer son indépendance, arracher une part plus grande de l’exploitation des ouvriers et des paysans de son pays, s’appuyer sur une autre puissance impérialiste (Espagne et Union européenne, Chine…).

L’orientation prédominante à un moment donné dans un État donné dépend des moyens de chantage et du degré de pression de l’impérialisme yanqui, des rivalités impérialistes dans le monde, du poids respectif des fractions de la classe dominante locale, de leur rapport à la classe ouvrière et aux différentes classes intermédiaires.

En définitive, la bourgeoisie nationale est incapable de vaincre l’impérialisme parce qu’elle refuse de mobiliser et d’armer les masses populaires de son propre État, craignant pour sa propriété. Elle ne peut pas non plus s’appuyer sur le prolétariat international pour affaiblir son adversaire impérialiste.

L’APRA dit qu’il n’y a aucun intérêt à marcher main dans la main avec les ouvriers des États-Unis… La véritable raison de cette attitude, c’est leur recherche de la protection de la Maison blanche. Il ne s’agit pas d’une faute idéologique, voire d’une erreur. C’est un calcul de la bourgeoisie nationale du Pérou. (Trotsky, Discussion sur l’Amérique latine, 4 novembre 1938)

Au XXe siècle, le PRM-PRI au Mexique, l’APRA au Pérou, le MNR en Bolivie, le PJ en Argentine, le FSLN au Nicaragua… passent de l’anti-impérialisme proclamé et de la mobilisation limitée des masses à la défense de l’ordre bourgeois et à la recherche de compromis avec la bourgeoisie hégémonique. Seule la classe ouvrière peut assurer l’indépendance nationale, en s’alliant aux paysans travailleurs, aux travailleurs citadins du secteur informel et aux étudiants.

Une seule fois, la lutte nationale mène à une révolution sociale, à Cuba de 1959 à 1961. Le mouvement nationaliste petit-bourgeois de Castro est contraint d’armer le peuple et d’exproprier le capital pour résister à la menace américaine. Un État ouvrier émerge, à proximité de l’impérialisme le plus puissant, grâce à la montée révolutionnaire continentale et mondiale, en s’appuyant sur l’URSS. La « 4e Internationale » de Mandel, Hansen et Moreno se rallie au castrisme, s’oppose à la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire à Cuba et préconise la guérilla rurale en Amérique latine. Mais l’usurpation du pouvoir par la bureaucratie stalinienne en URSS facilite la bureaucratisation de l’État ouvrier cubain. Guevara quitte l’île et tente, en vain, de répéter la guérilla paysanne (foquisme), d’abord au Congo-Kinshasa ensuite en Bolivie. La seule victoire de toute l’histoire de l’armée bolivienne est l’écrasement de cette guérilla en 1967 avec l’aide des services secrets et de l’armée des États-Unis.

L’assassinat du Che et l’échec généralisé de l’OLAS contribuent à aligner Cuba sur l’URSS. En 1968, Castro ignore la crise révolutionnaire en France, il s’oppose au début de révolution antibureaucratique en Tchécoslovaquie et il refuse même de condamner le massacre des étudiants au Mexique. En 1969, le Parti communiste cubain soutient celui de l’URSS contre celui de la Chine. Castro contribue directement, en utilisant le prestige de la révolution cubaine, à l’échec de la révolution prolétarienne en Bolivie en 1971, au Chili en 1972-1973, au Nicaragua en 1979-1980…

Après la révolution cubaine, les États-Unis organisent de manière systématique la contre-révolution afin de ne pas perdre leur hégémonie en Amérique latine. Ils aident les coups d’État de la bourgeoisie pro-impérialiste et de l’état-major au Brésil en 1964 (maréchal Branco), en Bolivie (colonel Banzer en 1971), en Argentine (général Videla en 1976), au Chili (général Pinochet)… Suite à ces coups d’État militaires, toutes les organisations de la classe ouvrières sont dissoutes, de nombreux militants sont torturés, tués, mis en prison ou poussés à l’exil. À la suite des putschs militaires, l’Amérique du Sud devient le laboratoire d’application des politiques « néo-libérales » : ouverture au capital étranger, liquidation des acquis sociaux. Les masses s’enfoncent dans la misère.

La dislocation de la 4e Internationale, le rétablissement du capitalisme en Russie, l’affaiblissement du mouvement ouvrier ont facilité, à la fin du XXe siècle et au début du XXIe, l’apparition d’une nouvelle génération de mouvements bourgeois « anti-impérialistes » à base populaire, soulevant l’enthousiasme des héritiers du stalinisme et de plusieurs courants révisionnistes du trotskysme (TMI grantiste, LIS moréniste, QI pabliste…).

Quand les partis « populistes de gauche » ont accédé au pouvoir (Alianza País en Équateur, MVR-PSUV au Venezuela, MAS en Bolivie…), ils ont glissé vers la réaction, ce qui a favorisé les manœuvres des partis fascisants et des gouvernements des États-Unis (qu’ils soient du Parti démocrate ou du Parti républicain).

2003 : la crise révolutionnaire en Bolivie

La Bolivie est un vaste pays (1 million km2), peu dense (11 millions d’habitants), enclavé (depuis la défaite militaire devant le Chili en 1884), pauvre (le 4e le plus pauvre du continent). Sa bourgeoisie est très majoritairement « blanche » (d’origine européenne) alors que la population laborieuse est surtout amérindienne (issue de 36 ethnies), surtout dans les Andes. D’où l’hétérogénéité nationale (d’une part, les communautés indiennes étaient isolées et paupérisées ; d’autre part, les provinces de l’est, les plus riches et les plus « blanches » acceptaient mal l’autorité de La Paz), l’instabilité de la domination bourgeoise : il y a eu 188 coups d’État en Bolivie depuis la proclamation de l’indépendance.

Le pays abonde en ressources. Son agriculture est diversifiée, elle inclut la culture de la coca dont la feuille est utilisée traditionnellement mais aussi exportée comme matière première de la cocaïne internationale. 90 % des terres du pays sont possédées par 50 000 familles (blanches), le reste étant réparti entre 3 millions de petits paysans (amérindiens). Les tourteaux de soja, produites par l’industrie agro-alimentaire des grands propriétaires fonciers du département de Santa Cruz, représentaient 9 % des exportations de biens en 2018.

À la fin du XXe siècle, les compagnies multinationales pétrolières ont trouvé d’énormes gisements de gaz. Actuellement, plus de 77 % des exportations du pays sont des matières premières : 33 % de l’énergie, 26 % des minerais (or, étain, argent…). On a découvert récemment d’énormes réserves de lithium (un métal indispensable, entre autres, à la fabrication des batteries : 2 à 3 g par téléphone, 20 kg par voiture électrique…), les plus grandes du monde.

De 1990 à 2002, la petite bourgeoisie indigéniste prend la tête de grandes marches des peuples autochtones. Les cultivateurs de coca sont confrontés aux exigences d’éradication des États-Unis. En 1997, Evo Morales, un dirigeant du syndicat des cultivateurs du coca, fonde le Movimiento al Socialismo (Mouvement vers le socialisme, MAS), un parti à base paysanne qui sera rejoint par des bureaucrates des syndicats de salariés et des anciens politiciens de « la gauche » dans un premier temps, puis des transfuges de « la droite » ensuite. Au nom du culte de la Pachamama (la déesse Terre-mère), le MAS adopte une posture écologiste.

Son « socialisme » n’a rien à voir avec le pouvoir des travailleurs. Le MAS, qui se présente comme opposé aux partis, remplace la lutte entre les classes par l’opposition entre « le peuple » (indigène) et « l’oligarchie » (réputée antinationale). S’il prend position contre l’oppression séculaire dont sont victimes les peuples amérindiens, il veut les enfermer dans des « communautés » éternelles. Le MAS vise à remplacer le MNR, à subordonner les prolétaires d’origine amérindienne à la petite bourgeoisie indigéniste qui elle-même se subordonne à la grande bourgeoisie nationale.

Le Guomindang en Chine, le PRM au Mexique, l’APRA au Pérou sont des organisations tout à fait analogues. C’est le front populaire sous la forme d’un parti. (Trotsky, Discussion sur l’Amérique latine, 4 novembre 1938)

Entre 2000 et 2005, la Bolivie est le théâtre d’une montée de la lutte des exploités et des opprimés (ouvriers, paysans pauvres, étudiants, travailleurs indépendants du secteur informel…). En juin 2002, Gonzalo Sánchez de Lozada, du Movimiento Nacionalista Revolucionario (Mouvement nationaliste révolutionnaire, MNR) est élu président avec 22,5 % des voix devant Morales (MAS) qui obtient 20,9 %. Le MNR remporte les élections législatives mais, faute de majorité parlementaire, doit s’allier au Movimiento de Izquierda Revolucionaria (Mouvement de la gauche révolutionnaire, MIR).

Les mobilisations sont causées par un plan du gouvernement MNR-MIR –dicté par le FMI– qui prévoyait la privatisation d’entreprises publiques, l’éradication de la coca, des hausses d’impôt, des baisses de salaires et de pensions. La décision de Lozada de livrer les gisements de gaz naturel à un consortium de compagnies pétrolières impérialistes déclenche le processus révolutionnaire. Des grèves générales illimitées, des blocages de routes, des manifestations massives rassemblent les mineurs et tout l’éventail des travailleurs urbains, sous la direction de la Central Obrera Boliviana (Centrale ouvrière bolivienne, COB). S’y unissent en masse les paysans pauvres organisés par la Confederación Sindical Única de Trabajadores Campesinos de Bolivia (Confédération syndicale unique des travailleurs de l’agriculture de Bolivie, CSUTCB) qui constituent la base sociale et politique d’Evo Morales.

En février 2003, l’armée abat 34 personnes et en blesse plus de 200 lors de manifestations contre la création d’un impôt sur les bas salaires.

En octobre, la répression des manifestations pour la nationalisation du gaz fait une soixantaine de morts et des centaines de blessés. La mobilisation populaire oblige les directions de la COB, de la CSUTCB y de la Federación de Juntas Vecinales (Fédération des comités de quartiers, FEJUVE) d’El Alto (une ville prolétarienne d’un millions d’habitants qui surplombe La Paz) à constituer une « direction unifiée du mouvement » qui appelle à la grève générale illimitée à l’échelle du pays. Des formes des formes d’auto-organisation surgissent et l’Assemblée populaire née durant la révolution de 1971 renait. Les masses chassent en octobre 2003 le président Lozada qui s’enfuit aux États-Unis et laisse le pouvoir au vice-président Carlos Mesa (lui aussi MNR) [CoReP, Pour la révolution socialiste en Bolivie, 10 juin 2005].

Mais la classe ouvrière à la tête du mouvement et les masses populaires sont trahisons par les appareils de la COB et de la CSUTCB qui, avec le MAS, entérinent le gouvernement de Mesa et démobilisent, facilitant une sortie politique qui sauve, une fois de plus, l’État bourgeois.

En avril 2006, la SL des États-Unis (qui prend toujours la Chine pour un État ouvrier) décrète qu’il n’y a plus de classe ouvrière en Bolivie (et implicitement donc aucune perspective de révolution sociale). La classe ouvrière n’a pas plus disparu que la bourgeoisie.

La société latino-américaine, comme toute société (développée ou arriérée), es composée de trois classes : la bourgeoisie, la petite bourgeoisie et le prolétariat. (Trotsky, Discussion sur l’Amérique latine, 4 novembre 1938)

D’ailleurs, lors de chaque crise révolutionnaire (1952, 1971, 2003), malgré un effectif réduit, les mineurs jouent un rôle central. Et le prolétariat ne se limite pas aux travailleurs manuels des industries extractives. La classe ouvrière joue un rôle social et politique bien plus grand que sa place dans les statistiques. Mais, faute de parti, elle est incapable de mener le mouvement à la victoire, comme en Russie en octobre 1917.

Historiquement, ses partis ont fait faillite. Le plus gros parce qu’incarnant pour les masses la révolution russe, mais en fait stalinien, le PIR-PCB, a abandonné la lutte nationale en 1941, ce qui a permis à une partie de l’armée d’incarner l’anti-impérialisme et à la bourgeoisie anti-impérialiste (MNR) de s’implanter alors dans les masses, y compris la classe ouvrière. Son rival plus petit, mais implanté chez les mineurs après la 2e Guerre mondiale, le POR, section de la 4e Internationale, a éclaté en 1954, victime de son opportunisme à partir de 1947 devant le MNR, renforcé par celui du secrétariat révisionniste de la 4e Internationale (Pablo, Mandel, Frank…). Sa majorité pro-castriste, le POR dirigé par Hugo Gonzáles Moscóso qui publie Combate, la section officielle de la « 4e Internationale », se lance dans la guérilla rurale. Il ne joue aucun rôle dans la révolution de 1970-1971. Dans la minorité, une fraction rejoint le MNR. Une autre, le POR dirigé par Guillermo Lora, qui publie Masas, reste active dans la classe ouvrière. Mais, durant le processus révolutionnaire de 1970-71, le POR-Masas capitule, comme le PCB lié à Moscou, le PCB-ML lié à Pékin et l’ELN liée à La Havane, devant le général « anti-impérialiste » José Torres, ce qui facilite le coup d’État sanglant du général Hugo Banzer, appuyé par le MNR, contre le prolétariat désorienté et désarmé. En exil, les POR adhèrent à un front populaire, le Frente Revolucionario Anti-imperialista, constitué entre une aile de l’armée bourgeoise autour de Torres, le MIR (une scission du MNR), d’une part ; l’ELN, le PCB, le PCB-ML, le MIR, le POR-Masas et le POR-Combate, de l’autre. Le POR-Combate se désintègre. En 1982, le POR-Masas appelle à la « bolivianisation de l’armée » et à « une armée au service de la classe ouvrière ». En 1985, ses candidats recueillent moins de 0,8 % des voix.

En 2003, en l’absence d’une direction révolutionnaire capable de guider les classes laborieuses, Evo Morales et le MAS captent la lutte populaire, étouffent les organes pré-soviétiques et préparent leur arrivée au pouvoir dans le cadre de la démocratie bourgeoise. Pour canaliser la rébellion populaire, le gouvernement Mesa convoque des élections générales (présidentielle et législatives) anticipées en 2005.

2005 : l’élection du premier président indigène bolivien

Malgré la campagne de l’État américain contre Morales, celui-ci devient président (avec plus de 54 % des voix) et le MAS obtient 72 députés (sur 130).

Tout comme Hugo Chávez qui est arrivé au pouvoir en 1998 au Venezuela, Morales se présente en 2005 comme « un révolutionnaire bolivarien, un soutien du socialisme du XXIᵉ siècle ». C’est la première fois qu’un Amérindien devient chef de l’État en Bolivie. Mais il y avait déjà eu de 1993 à 1997 (gouvernement MNR-MRTKL) un vice-président indigène, Victor Hugo Cárdenas. De toute façon, l’âge, l’ethnie, le genre ou l’orientation sexuelle d’un président (ou d’un premier ministre) ne change rien à la nature de l’État.

Evo Morales, adopte une posture bonapartiste d’arbitre entre les classes laborieuses et la bourgeoisie, entre la bourgeoisie nationale et la bourgeoisie impérialiste.

Nous sommes dans la période où la bourgeoisie nationale cherche à obtenir un peu plus d’indépendance vis-à-vis des impérialistes étrangers. La bourgeoisie nationale est obligée de flirter avec les ouvriers, avec les paysans, et nous avons alors l’homme fort du pays, orienté à gauche. (Trotsky, Discussion sur l’Amérique latine, 4 novembre 1938)

De 2005 à 2019, Morales tient un rôle décisif pour la continuité du mode de production capitaliste et de l’État bourgeois. L’idéologue du MAS et vice-président Linera l’explique très tôt à la presse.

Le gouvernement du président Morales respecte la propriété privée, respecte la religion, respecte l’activité de l’entrepreneur, garantit l’enseignement privé… (Garcia Linera, mars 2007)

Comme le parti nationaliste à base indigène d’Afrique du Sud (ANC), avec l’aide du parti stalinien (SACP) et de la direction de la principale centrale syndicale (COSATU), a sauvé le capitalisme en 1994 en échange de l’accession à la bourgeoisie d’une minorité noire issue de leurs rangs, le MAS ne touche pas au capitalisme mais crée une bourgeoisie d’origine amérindienne.

En mai 2006, le gouvernement annonce une réforme agraire ambitieuse, prévoyant la saisie sans indemnisation des terres non cultivées. Les grands propriétaires s’y opposent par tous les moyens, sous la conduite de Reinaldo Diaz (chambre d’agriculture d’Orient) et de Fernando Camacho (président du comité civique de Santa Cruz), capitaliste et ancien membre de l’UJC fasciste.

En août 2006, Morales convoque une assemblée constituante pour rectifier la constitution de 1967. Les multiples facettes de la révision du trotskysme (pabliste, moréniste, grantiste, cliffiste, lambertiste…) se revendiquent du « front unique anti-impérialiste » et persistent à réclamer une assemblée constituante dans des démocraties bourgeoises alors que ce mot d’ordre n’a un caractère progressiste (démocratique radical) que dans les pays dépourvus des libertés démocratiques élémentaires, comme la Russie d’avant 1917, la Chine et l’Inde des années 1930. Sinon, c’est un nœud coulant démocratique passé autour du cou du prolétariat.

Le mot d’ordre d’une assemblée nationale ou constituante conserve toute sa valeur dans des pays comme la Chine ou l’Inde… Les formules de la démocratie ne sont pour nous que des mots d’ordre passagers ou épisodiques dans le mouvement indépendant du prolétariat, et non un noeud coulant démocratique passé autour du cou du prolétariat par les agents de la bourgeoisie. (4e Internationale, Programme de transition, 1938)

Comme le pluripartisme et les élections libres sont proclamés en Bolivie depuis 1938, que le suffrage universel a été accordé en 1952 sous la menace révolutionnaire, la seule fonction de la constituante du MAS est d’écarter le spectre de l’Assemblée populaire et de légitimer l’État bourgeois. Selon l’article 6, le drapeau multicolore adopté récemment par les mouvements indigénistes des Andes, le wiphala, devient le second emblème. La nouvelle constitution est un peu plus laïque, le christianisme catholique imposé par le colonisateur espagnol n’étant plus religion d’État. S’affichant « plurinationale », elle instaure langues officielles l’aymara, le quechua, le guarani, etc., promet plus d’autonomie et facilite le référendum. Elle limite la présidence à deux mandats. Elle change la nomination des juges. Mais l’appareil répressif de l’État (armée et police) est intact (partie VII) et l’article 56 garantit la propriété privée. Le pouvoir ne réforme ni le code du travail, ni la fiscalité, ni la loi sur l’héritage.

La politique sociale du gouvernement indigéniste s’inspire de celle de gouvernements de front populaire dirigés par le PT réformiste au Brésil (2003-2011) tandis que la politique industrielle imite plutôt celle de la dictature militaire antérieure du même pays (1964-1985).

Le gouvernement fait voter une loi de nationalisation des hydrocarbures en mai 2006. Il s’agit d’une mesure progressiste, mais limitée. La mesure concerne la matière première, pas les filiales des groupes étrangers et leurs installations. L’État bolivien modifie les contrats avec Repsol (Espagne), Total (France), Exxon (États-Unis), British Gas (Grande-Bretagne), Petrobras (Brésil)… Il récupère ainsi une part de la rente minière et énergétique. Le gouvernement s’en sert pour améliorer les équipements publics (routes, ponts, réseau d’irrigation, téléphérique El Alto-La Paz, réseau de gaz, écoles, hôpitaux…) et accorder des concessions aux masses : augmentation du salaire minimum, bons pour l’école…

En 2007, l’État décide d’édifier deux barrages hydroélectriques en territoire indigène (El Chepte, El Bala). En 2008, il tente de mettre sur pied une entreprise de fabrication de batteries (YLB).

De mai à juin 2008, les gouverneurs de plusieurs départements de l’est tenus par l’opposition politique (Beni, Chuquisaca, Pando, Santa Cruz, Tarija) retournent la thématique du MAS contre lui en s’appuyant sur les Comités Cívicos (comités civiques) non élus qui servent à mobiliser l’opposition au MAS sous hégémonie des grands propriétaires terriens et des capitalistes de l’agro-alimentaire. Ils organisent des référendums pour renforcer leur autonomie. Le gouvernement répond par un référendum national en août qu’il gagne (67 % des votes pour) alors que les masses se mobilisent contre les séparatistes et leurs bandes fascistes. En dépit de ce résultat, les gouverneurs de la Media Luna tentent un coup de force en annonçant la mise en œuvre de l’autonomie, l’occupation des administrations publiques, le blocage des routes et des aéroports. Le 11 septembre 2008, un groupe de paysans qui se rendait à Cobija est attaqué par les sbires du gouvernement régional du Pando qui en assassinent 19. S’appuyant sur l’indignation populaire, le gouvernement central parvient à rétablir l’ordre. Il fait ratifier en janvier 2009 la nouvelle constitution (61 % des votes pour).

2009 : Morales capitule devant « l’oligarchie »

Le MAS à la tête de l’État, dans un premier temps, intègre assez facilement les « organisations sociales ». Il les finance et confère des postes officiels aux dirigeants en échange de leur soutien. Il neutralise même la COB. Il attaque les directions des organisations et impose ses candidats. Quand tout cela se révèle impossible, il les scissionne (CIDOB), voire traîne en justice les syndicalistes et les responsables indigènes qui résistent.

En 2009, Morales parle de « réconciliation nationale », comme en Espagne, Afrique du Sud, au Chili, en Argentine…

Face à la résistance des grands propriétaires fonciers –représentés avant tout par comité civique de Santa Cruz, qui fut l’appui civil du pronunciamiento du général Banzer en 1971– le gouvernement renonce à sa réforme agraire. La déforestation se poursuit à grande échelle en Amazonie bolivienne, à raison de 300 000 ha par an. Elle sert à l’élevage et surtout à la culture du soja destiné à l’exportation. En décembre, les élections générales donnent 64,2 % à Morales, 88 députés sur 130 au MAS et 26 sénateurs sur 36.

En avril 2010, lors des élections régionales et municipales, le MAS met parfois, en tête de ses listes, des politiciens « de droite » comme Luis Flores (Pando) ou Roberto Fernández (Santa Cruz). Ces alliances suscitent des réticences au sein des paysans travailleurs qui ont été victimes de leurs bandes fascistes.

En août 2009, le gouvernement autorise la construction d’une nouvelle route à travers le territoire indigène et le parc national Isiboro-Secure, confiée au groupe capitaliste brésilien OAS. Après des affrontements entre communauté indigène et police, une marche de 2 500 Amérindiens à La Paz en octobre 2011, Morales annule le projet.

En décembre 2010, le gouvernement décrète une hausse des tarifs de carburant à laquelle s’opposent le syndicat des transporteurs routiers (les patrons des nombreux bus) et aussi la principale centrale syndicale, la COB qui soutient pourtant le régime. Le président recule.

Avec la crise capitaliste mondiale de 2008-2009, le prix des matières premières chute. En 2011, pour compenser, l’État cherche à augmenter les quantités exportées et autorise des recherches d’hydrocarbures dans 11 des 22 zones protégées. Deux organisations (CONAMAQ, CIDOB) se retirent du Pacto de Unidad des organisations indigènes qui appuie le MAS.

En 2012, les rémunérations des policiers sont augmentées de 20 %.

En mai 2013, le gouvernement décide de modifier les retraites des salariés. Il est confronté à la grève des mineurs pour de meilleures pensions. Il envoie la police. Des centaines de mineurs, d’ouvriers de l’industrie, de travailleurs de la santé et de l’enseignement sont matraqués inculpés. Un compromis est passé avec la direction de la COB.

En 2014, le gouvernement nomme l’ancien président Mesa (2002-2005), notoirement lié aux États-Unis, porte-parole officiel de la Bolivie concernant sa plainte devant la Cour internationale de justice à La Haye pour réclamer au Chili un accès à la mer. Une loi autorise le travail des enfants à partir de 10 ans.

Les échanges de biens avec l’étranger deviennent déficitaires, comme avant la nationalisation du gaz.

Morales est parvenu, en 2014, au terme des deux mandats présidentiels successifs (2005, 2009) prévus par la constitution de 2009. Le Tribunal constitutionnel décide que la règle ne s’applique qu’après sa promulgation, donc que Morales a le droit de se représenter à ce qui ne serait qu’un second mandat.

Pour les élections générales, Morales et le MAS ne mènent plus campagne sous la rhétorique anti-impérialiste et anti-libérale, mais sous le slogan de la bonne gestion : « Con Evo, vamos bien » (avec Evo, nous nous portons bien). Parmi les candidats du MAS à la députation, figure une nouvelle vague venue de l’opposition : Carlos Subirana et Muriel Cruz (Santa Cruz), Francisco Navajas et Neila Lenz (Tarija), Milton Barón (Chuquisica). Inversement, d’anciens soutiens du MAS rompent au point de se présenter contre lui : Fernando Vargas (Partido Verde) et Juan del Granado (MSM). Morales l’emporte avec 61,4 % des suffrages et le MAS avec 88 députés sur 130, 25 sénateurs sur 36. Cependant, son électorat s’effrite dans ses bastions (La Paz, Oruro, Potosi). Samuel Doria Medina recueille 24,2 % des voix et son UD, la principale coalition de l’opposition bourgeoise, 32 députés. Granado n’obtient que 2,7 % et Vargas 2,6 %.

En 2015, l’État réduit le temps de consultation des peuples indigènes sur l’exploitation du sous-sol à 45 jours dans les 22 zones protégées, au lieu de 90 jours en 2007. 4 conscrits sont tués dans des casernes, sans jugement des responsables. Depuis 2004, 55 homosexuelles et homosexuels ont été assassinés, sans aucune condamnation.

En février 2016, Morales demande par référendum le droit de se présenter une 4e fois. L’Organisation des États américains (OEA), un organisme international sous influence des États-Unis, approuve l’organisation du référendum car elle ne redoute rien de Morales. Avec une participation de plus de 84 %, il perd avec 51,3 % de non, ce qui reflète le mécontentement populaire. Contre le vote, le Tribunal constitutionnel décide, le 28 novembre 2017, de supprimer la limitation de mandats présidentiels.

En juin 2018, Morales inaugure un nouveau palais présidentiel de 12 étages (120 m) qui surplombe le centre historique de La Paz. Il comprendrait deux étages pour le chef de l’État dont un appartement de 1 000 m2, avec ascenseur privé, jacuzzi, sauna, salle de gym et salon de massage.

En septembre 2019, les incendies ravagent plus de trois millions d’hectares.

En décembre 2018, le FMI félicite la Bolivie.

En août 2019, le gouvernement conclut un partenariat avec le groupe capitaliste chinois Xinjiang TBEA pour exploiter les gisements de lithium de Coipa et de Pastos et produire des batteries… en Chine.

10 novembre 2019 : un coup d’État orchestré par l’armée

Selon la constitution, il y a deux moyens d’être élu dès le premier tour : soit obtenir plus de 50 % des voix, soit arriver à creuser un écart d’au moins 10 % avec le candidat suivant.

En octobre 2019, Carlos Mesa, remis en selle en 2014 par le gouvernement du MAS, est candidat contre Morales aux élections générales. Selon les premiers résultats, annoncés le 20 octobre, Morales est en tête (45 %) mais pas assez pour être désigné au premier tour (Mesa ayant presque 38 %). Dans la nuit du 20 au 21, des manifestants descendent dans la rue contre ce premier résultat, contesté par l’Union européenne (UE) et l’Organisation des États américains (OEA). Autrement dit, les puissances impérialistes occidentales, qui s’étaient accommodées de Morales de 2005 à 2019, jugent désormais qu’il faut s’en débarrasser. Comme elles ont aidé l’armée en 2009 à renverser Zelaya au Honfuras, à destituer en 2016 la présidente Rousseff au Brésil [CoReP, Brésil : front unique ouvrier et autodéfense contre le président fasciste et l’état-major ! 5 novembre 2018] ; comme elles ont tenté en vain en janvier 2019 de renverser le président du PSUV, affaibli par la dépression économique, au Venezuela [CoReP, Impérialistes, bas les pattes devant le Venezuela ! 26 janvier 2019].

Le 24 octobre, les résultats définitifs sont proclamés : l’ancien président serait réélu avec 10,57 % d’avance (47 % des voix à Morales, 36,5 % à Mesa), sans besoin d’un second tour. La majorité de la population, à tort ou à raison, n’y croit pas. Dans la rue, les soutiens de Morales, qui restent importants dans la paysannerie, se heurtent à ses opposants, y compris ceux des couches populaires. Même à El Alto (1 million d’habitants), fief du soulèvement de 2000-2005, la population semble divisée. Les comités civiques qui dirigent le mouvement sont hétérogènes mais la plupart sont sous le contrôle des propriétaires fonciers et des capitalistes. Celui de Santa Cruz, dont le président est Camacho, mobilisent des bandes chrétiennes-fascistes formées d’étudiants riches et de déclassés. D’autres meneurs sont indigènes, comme Marco Pumari, le président du comité civique de Potosi. Des policiers, majoritairement indigènes, se mutinent et arrachent le wiphala de leur uniforme. Morales appelle l’armée à rétablir l’ordre et demande l’arbitrage de l’OEA.

Les bandes armées attaquent les domiciles de Morales et d’autres dirigeants du MAS, menacent leur famille. Camacho (comité civique de Santa Cruz), arbore un pistolet dans une main et une bible dans l’autre. Le 10 novembre, l’OEA juge qu’il faut organiser de nouvelles élections. Camacho pose au palais présidentiel à genoux devant une bible posée sur un drapeau bolivien et déclare vouloir « ramener Dieu au palais présidentiel ». Toujours le 10 novembre, la bureaucratie de la principale confédération de salariés, la Central Obrera Boliviana (Centrale ouvrière bolivienne, COB), demande à Morales de « démissionner, si c’est nécessaire pour pacifier le pays ». Le même jour, le commandant en chef de l’armée, Williams Kaliman, intime l’ordre « au président de l’État de renoncer à son mandat présidentiel, afin de permettre la pacification et le maintien de la stabilité ».

Le soir du 10 novembre, Morales obéit à l’état-major et démissionne, ainsi que le vice-président Linera et les présidents (MAS) de la Chambre des députés et du Sénat, dont les familles sont menacées. Mesa salue « la fin de la tyrannie ». L’ambassade du Venezuela est attaquée. La vice-présidente raciste du Sénat, Jeanine Áñez (Movimiento Demócrata Social), annonce, bible à la main, qu’elle sera présidente par intérim.

Le 11 novembre, des milliers de paysans manifestent, y compris à La Paz et El Alto, contre le putsch. Morales demande aux travailleurs de la santé et de l’éducation de cesser la grève.

Le 12 novembre, Morales et Linera s’exilent au Mexique, des bandes chrétiennes-fascistes occupent le palais présidentiel et brulent le wiphala. Áñez s’auproclame présidente au balcon du palais, le fasciste Camacho à ses côtés. Le 13 novembre, le gouvernement américain reconnait la présidence d’Áñez.

Le 14, elle met en place un gouvernement qui prête serment sur la bible. Plusieurs milliers de travailleurs partent d’El Alto jusqu’au palais présidentiel de La Paz, en brandissant le wiphala, pour dénoncer le coup d’État et demander la démission d’Añez. Des milliers de membres de la Fédération des maîtres d’écoles rurales de la COB y participent. Son dirigeant, Andrés Huayta Álvarez, n’a aucun scrupule à déclarer à la presse que, bien qu’il soit à la tête de la manifestation, il veut faciliter les choses.

Certes, je ne reconnais pas la légitimité d’Áñez ; pour autant, je ne demande pas sa démission. Après tout, c’est un gouvernement de transition. (Jornada-on-line, 13 novembre 2019)

Le 15 novembre, la police tue 9 paysans qui manifestent à Cochabamba. Le 19 novembre, l’armée débloque l’usine de Senkata (El Alto), causant 10 morts.

À notre connaissance, deux organisations prétendent « reconstruire » la 4e Internationale. Comme la presse bourgeoise bolivienne, le groupe qui garde le nom de POR nie qu’il y ait eu un coup d’État. Il identifie quasiment le MAS et les fascistes.

La population de La Paz, d’El Alto et d’autres villes ont vécu des moments de terreur face aux attaques de milices furieuses du MAS et du lumpen, accomplissant toutes sortes de vandalisme avec les slogans : « nous voulons la tête de Mesa et de Camacho », « maintenant, guerre civile ! ». Evo a démissionné, a fui au Mexique, mais il fait payer cher sa défaite, laissant derrière lui un cortège de destruction et de sang. (Masas, 15 novembre 2019)

La LOR-CI, fondée en 2003 par des militants du PTS argentin, propose… une nouvelle Assemblée constituante.

Nous, la LOR-CI, avons pris part à la lutte pour que le mouvement surmonte ses objectifs limités au cadre du régime politique existant et, par conséquent, qu’il ouvre à nouveau le processus constituant pour imposer une véritable Assemblé constituante libre et souveraine. (La Izquierda, 17 novembre 2019)

L’ONU, l’UE et l’Église catholique jouent le rôle d’intermédiaire entre le « gouvernement provisoire » des putschistes d’une part, le MAS (qui reste majoritaire au parlement) et les « organisations sociales » d’autre part. Le 23 novembre, la présidente putschiste Añez et les représentants de tous les partis parlementaires annoncent, en présence de l’état-major, un accord pour organiser de nouvelles élections générales : la Ley de Régimen excepcional y transitorio. Le MAS accepte que Morales soit interdit de candidature. Les syndicats de salariés (COB) et de paysans (CSUTCB), les associations indigènes (CIDOB, CONAMAQ, CSCIOB) et de femmes (CNMCIOB) s’engagent à démobiliser et faire cesser les blocages de route. Le 26 novembre, les barricades d’El Alto sont levées. Au total, il y a 32 morts et plus de 700 blessés.

Le 29 novembre, le fasciste Camacho, qui avait toujours dit qu’il se tiendrait en dehors des partis et des élections, annonce sa candidature à la présidentielle. Le 16 décembre, Morales demande une mission électorale de l’ONU et du pape pour surveiller les élections de 2020. Le 31 décembre, Pumari annonce en présence de Camacho qu’il sera son partenaire à l’élection présidentielle, comme candidat à la vice-présidence. En dépit de la communication par Camacho à la presse bolivienne d’un enregistrement où Pumari exige 250 000 dollars pour se présenter sur son ticket présidentiel.

L’ancien dirigeant du comité civique de Santa Cruz, d’après un enregistrement, aurait versé 250 000 dollars pour la candidature de Macro Pumari aux prochaines élections. (Opinión, 8 décembre 2019)

Pour l’indépendance de classe et la révolution permanente

La place des communistes était, le 10 novembre, aux côtés des travailleurs et des étudiants partisans de Morales contre le pronunciamiento de l’état-major, des policiers mutinés, des politiciens réactionnaires et des bandes fascistes appuyé par les États pillards américains et européens.

Nous sommes perpétuellement en compétition avec la bourgeoisie nationale, en tant qu’unique direction capable d’assurer la victoire des masses dans le combat contre les impérialistes étrangers…Dans tous les cas où elle affronte directement les impérialistes étrangers ou leurs agents réactionnaires fascistes, nous lui donnons notre plein soutien révolutionnaire, tout en conservant l’entière indépendance de notre organisation, de notre programme, de notre parti, et notre pleine liberté de critique. (Trotsky, Discussion sur l’Amérique latine, 4 novembre 1938)

Mais il faut constater que, en 2003, des centaines de milliers de manifestants s’opposaient au gouvernement du MNR ; en 2019, seulement quelques milliers ont soutenu le gouvernement du MAS parce que la politique de la bureaucratie privilégiée de Cuba, celle des partis réformistes comme le PT du Brésil, le PS et le PCC du Chili, celle des cliques nationalistes incarnées par le MAS, le PSUV, le FSLN, le PJ… font le jeu du capitalisme local et mondial.

La seule force capable de vaincre l’impérialisme américain et la bourgeoisie latino-américaine est la classe ouvrière. En dépit du coup d’État, elle n’est pas écrasée. Le mot de la fin revient au prolétariat de Bolivie, à condition qu’il parvienne à créer son parti.

Avant tout, toutes les organisations ouvrières, paysannes et étudiantes, à commencer par la COB, doivent rompre avec toutes les fractions de la classe exploiteuse et défendre un programme d’action du type :

  1. Libération de tous les prisonniers politiques ! Châtiment des massacreurs d’ouvriers et de paysans ! Défense des libertés démocratiques, y compris le droit de Morales de se présenter !
  2. Application de la loi de 2013 contre les violences aux femmes ! Éducation sexuelle, contraception et avortement libres et gratuits !
  3. Protection de la santé des travailleurs des sites d’extraction et des populations voisines ! Arrêt de la déforestation du bassin amazonien !
  4. Augmentation des salaires et baisse du temps de travail ! Enseignement et santé gratuits ! Transports publics et logements de qualité et bon marché !
  5. Expropriation des grandes propriétés foncières, des usines, des mines, des banques, des télécommunications, des grands médias, des universités privées… sous contrôle ouvrier et populaire !
  6. Séparation complète de la religion et de l’État ! Aucune subvention à aucun culte sous aucune forme !
  7. Contre les attaques fascistes et contre les forces de répression de l’État, constitution de comités d’autodéfense et des milices populaires ! Appel aux sous-officiers et aux soldats du rang de quitter les casernes pour rejoindre les milices populaires ! Désarmement et dissolution de la police et de l’armée professionnelle !

Actuellement, tous les organes de l’État bourgeois en Bolivie (gouvernement, justice, parlement, police, armée) souffrent d’une crise de légitimité. Pour en profiter, il faut que les ouvriers, les paysans, les femmes travailleuses, les travailleurs sans statut des villes et la jeunesse en formation se mobilisent pour construire les organes d’auto-organisation débouchant à l’échelle de tout le pays sur une Assemblée populaire démocratique et représentative des masses en lutte, alternative au gouvernement putschiste. En s’armant, les exploités et les opprimés pourront donner le pouvoir aux soviets, instaurer un gouvernement ouvrier et paysan, ouvrir la voie à la fédération socialiste d’Amérique.