Blanquer, Jacob et Le Pen ne sont pas laïques, ils sont islamophobes

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L’anticléricalisme bourgeois aboutit à consolider le pouvoir de l’Église catholique, de même que l’antimilitarisme bourgeois, tel qu’il est apparu dans l’affaire Dreyfus, n’a réussi qu’à épurer et affermir l’armée elle-même. (Rosa Luxemburg, 1er janvier 1903, Le Socialisme en France, Agone-Smolny, p. 239)

Le gouvernement LREM-MoDem renchérit sur le RN

Macron, tout en négociant avec les dirigeants syndicaux une attaque décisive contre les retraites, prépare déjà l’élection présidentielle. Pour cela, il fraternise avec Sarkozy, tente d’imposer un tête-à-tête avec Le Pen comme celui qui lui a profité en 2017. En fait, le prétendu progressiste vient sur le terrain du RN : nouvelles mesures contre l’immigration, attaques répétées de membres de son gouvernement contre le voile musulman…

La principale organisation de parents d’élèves, la FCPE, avait imprimé à la rentrée un lot d’affiches, parmi lesquelles figurait une mère d’élèves portant un foulard et déclarant : « Oui, je vais en sortie scolaire, et alors ? ». Le ministre de l’Éducation nationale se dit « choqué » par l’affiche qui « flatte le communautarisme » (Jean Michel Blanquer, BFM-TV, 24 septembre).

Apparemment, le ministre n’a pas lu le vadémécum du ministère de l’Éducation qui rappelle que « l’obligation de neutralité » ne concerne pas « l’accompagnement d’une sortie scolaire, à l’extérieur de l’établissement » (La Laïcité à l’école, septembre 2019, p. 97).

Apparemment, Blanquer n’a pas été choqué quand le président de la République a rencontré le chef de l’Église catholique et a accepté le titre de « chanoine de Latran ».

Mardi 26 juin, le président de la République Emmanuel Macron s’est rendu au Vatican et a rencontré le pape François le matin avant de se rendre à la basilique de Latran. (La Croix, 26 juin 2018)

Certes, le voile est un signe d’oppression des femmes commun à plusieurs religions. Il était répandu encore au XXe siècle dans tout le bassin méditerranéen, y compris au sud de l’hexagone et en Corse. La religion catholique exigeait encore il n’y a pas si longtemps que les femmes sortent avec les cheveux couverts. Le salafisme a répandu dans le monde entier le niqab et la burqa, autrefois minoritaires chez les musulmans. Mais le voile est parfois l’expression d’un défi des couches populaires les plus dominées et méprisées de la société française.

La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle… Elle est l’opium du peuple. (Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843, dans Marx & Engels, Sur la religion, ES, p. 42)

De la même façon, les Noirs aux États-Unis ont été nombreux à se réfugier dans les églises chrétiennes, comme première forme de réaction à l’oppression et de la ségrégation raciale.

Qui pourrait être assez naïf/ve pour confier la libération des filles à ceux qui précarisent une partie du prolétariat et qui l’enferment dans de véritables ghettos, à ceux qui financent à tour de bras l’Église catholique, une institution qui, comme les clergés musulmans, bouddhistes, hindous ou israélites, a durant des siècles censuré la science et l’art, a justifié l’esclavagisme et le servage, a entretenu l’infériorité sociale et juridique des femmes ?

L’Église catholique empoche chaque année 20 milliards d’euros

Blanquer voit la paille dans l’œil de la FCPE, mais pas la poutre dans celui de l’État français.

La loi Debré de 1959 organise le financement public des écoles privées sous contrat d’association avec l’État. 97 % des établissements privés ont contracté depuis pour profiter de la manne : paiement de leurs enseignants et de leur formation sur le budget de l’Éducation nationale, paiement de l’ensemble de leurs frais pédagogiques et de fonctionnement (entretien, chauffage, électricité, mobilier…) par les collectivités territoriales et dans certains cas participation aux investissements immobiliers. Il en coûte 7,081 milliards d’euros au budget éducation pour 2013 auxquels il faut ajouter 558 millions au budget de l’agriculture. Dans un cadre budgétaire d’austérité, il en coûte fort cher aussi aux communes pour les écoles privées, aux départements pour les collèges, aux régions pour les lycées tandis que 500 communes sont encore sans école publique. (Émancipation, mars 2013)

Il faut ajouter, à la manne de 8 milliards du budget 2019 de l’Éducation nationale, plus de 11,5 milliards de subventions d’autres ministères et des collectivités locales, les mesures de défiscalisation des dons à l’enseignement confessionnel (majoritairement catholique, minoritairement protestant et israélite), soit au total 20 milliards d’euros par an. Sans compter le financement du clergé par l’État des clergés catholique, protestants et israélite en Alsace et en Moselle, au titre du concordat de 1802 entre l’empereur et le pape.

Seule la République des travailleurs, la Commune de Paris de 1871, sépara totalement l’État de la religion. Trois républiques successives n’ont jamais annulé le concordat clérical, y compris quand le PS a été au pouvoir en 1936, quand le PCF et le PS y ont participé en 1945. Le PS et le PCF, au gouvernement en 1981 et de nouveau en 1997, n’ont pas abrogé la loi Debré. En outre, Mitterrand consultait une voyante et s’est fait enterrer en 1993 religieusement, dans le rite catholique.

L’État bourgeois français, y compris avec des premiers ministres PS, le ministre Mélenchon ou des ministres PCF, a toujours entretenu les meilleures relations avec les monarchies absolues et salafistes du Golfe qui répandent l’intégrisme musulman dans le monde entier, y compris en France. Parallèlement, la République a reconnu immédiatement Israël, un État qui repose sur la colonisation de la Palestine qui était peuplée surtout d’Arabes (très majoritairement musulmans, parfois chrétiens).

La colonisation sioniste, le fondamentalisme musulman et la discrimination en Europe des populations d’origine arabe, turque, pakistanaise ou pratiquant la religion musulmane sont les carburants du terrorisme islamiste.

Le RN, défenseur des sectes

Le FN-RN est non seulement complaisant envers le christianisme, mais au service de son aile intégriste. Fondé avec la participation de fanatiques catholiques, non seulement il ne s’oppose pas au concordat de l’Alsace-Moselle et à la loi Debré, mais il veut étendre les avantages aux sectes qui refusent tout contrôle public pour mieux embrigader les enfants.

Le débat sur l’éducation qui a opposé jeudi soir sur « France 2 » la ministre Najat Vallaud-Belkacem à la présidente du FN a été très éclairant. Celle-ci prône de mettre le paquet sur l’enseignement libre hors contrat, qu’elle entend largement favoriser au détriment de l’école publique. Or de quoi s’agit-il ? En premier lieu de l’enseignement catholique tendance Manif pour tous, qui se porte déjà bien, mais aussi des écoles juives, plus ou moins orthodoxes, ou bien sûr des établissements musulmans, plus ou moins salafistes. (Libération, 10 février 2017)

LR et RN se disputent le premier prix de la discrimination

La loi de 2004, prise sous Chirac, prohibe le port du voile aux élèves de l’enseignement public… tout en protégeant les signes religieux des établissements et des personnels des établissements confessionnels « sous contrat ». La loi de 2010, prise sous Sarkozy, interdit dans l’espace public les voiles qui couvrent le visage mais elle ne visait pas les religieuses catholiques. Cela ne suffit pas à LR et au RN. Au nom de la laïcité, ces deux partis qui défendent le concordat et la loi Debré, veulent étendre les mesures qui visent une seule religion.

Depuis le 19 septembre, le président du conseil régional des Hauts de France réclame l’interdiction des listes « communautaristes ». LR a depuis déposé une proposition de loi au parlement. Par-là, LR ne veut évidemment pas nuire aux candidats qui défendent la minorité capitaliste qui loge, mange, étudie, se soigne, se distraie à l’écart du reste de la population. Une telle loi ne lui était jamais venue à l’esprit contre Boutin qui exhiba la Bible en 1998 à l’Assemblée nationale ni contre son parti fondamentaliste chrétien (PCD). Boutin fut conseillère officielle du candidat de l’UMP-LR Sarkozy en 2007, puis nommée ministre du gouvernement Fillon de 2007 à 2009.

Le 12 octobre, un élu au conseil régional Bourgogne Franche-Comté et membre du bureau national du RN, Julien Odoul, s’est permis d’exiger qu’une accompagnatrice d’un groupe d’élèves enlève un voile couvrant ses cheveux en arguant d’une loi qui n’existe pas (ou pas encore).

La femme ciblée venait de s’installer dans le public avec son fils et d’autres enfants et adultes, dans le cadre d’une sortie scolaire d’une classe de CM2 sur l’instruction civique… La jeune femme a ensuite été vigoureusement apostrophée, sur le chemin des toilettes, par une élue d’extrême droite, au point qu’un des membres de la sécurité a dû s’interposer. Elle lui disait : « Vous êtes soumise, vous allez voir, quand les Russes vont arriver, vous allez dégager ! ». (Libération, 13 octobre 2019)

Les sénateurs LR, dignes héritiers du RPF du général De Gaulle et de Michel Debré, ont déposé et voté une proposition de loi dans ce sens.

163 voix pour, 114 voix contre : les sénateurs ont adopté en séance, ce 29 octobre, la proposition de loi portée par la sénatrice du Val-d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio, et une grande partie du groupe LR. Il vise à « assurer la neutralité religieuse des personnes concourant au service public de l’éducation » (Public Sénat, 29 octobre 2019)

Sur ce terrain nauséabond, un ancien candidat du FN passe à l’acte.

Lundi 28 octobre, vers 15 heures, Claude Sinké arrive au volant de sa voiture à proximité de la mosquée de Bayonne. Selon des témoins, il tente d’incendier la porte du lieu de culte et tire ensuite sur deux fidèles, âgés de 74 et 78 ans. (Le Figaro, 28 octobre 2019)

Le combat pour la laïcité est inséparable de la lutte pour la République des travailleurs

Malgré tous ces faits, le PS, la majorité du PCF, une minorité de LFI et le POI ont refusé de manifester contre le racisme et l’islamophobie le 10 novembre. Protester contre la discrimination d’une religion ne suffit pas, le mouvement ouvrier doit défendre un programme d’émancipation pour laisser place à la lutte de classe des travailleurs contre la classe capitaliste.

Autodéfense contre le parti xénophobe et fascisant et les groupes fascistes !

Stricte séparation des religions et de l’État ! Aucun délit de blasphème ! Abolition du statut clérical de l’Alsace et de la Moselle !

Aucune subvention aux « écoles privées » ! Aucune inculcation religieuse à l’école !

Le prolétariat contemporain se range dans le camp du socialisme, qui met la science à contribution pour combattre le brouillard religieux et affranchit les ouvriers de la croyance en une vie dans l’au-delà, en les organisant pour une lutte véritable en vue de conquérir une meilleure existence terrestre. (Lénine, « Socialisme et religion », 3 décembre 1905, OEuvres, Progrès, t. 10, p. 81)

17 novembre 2019