Où en est l’économie française ?

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Le gouvernement Macron-Philippe n’est pas victime d’un aveuglement libéral, comme le proclament les benêts réformistes : il s’efforce, sur le dos des travailleurs, de surmonter les handicaps du capitalisme français dans un contexte mondial de plus en plus morose.

Une puissance en déclin

Tous les impérialismes dominants depuis la seconde guerre mondiale ont été relativement affaiblis mais à un rythme différent, et la France n’est pas la mieux lotie. Tout en admettant que le PIB n’est pas un critère parfait pour mesurer la puissance d’un État, il reste un indicateur de la richesse créée et donc de son poids dans les rapports internationaux. Or, d’après les données de la Banque mondiale, le PIB de la France en dollars était en 1966 le deuxième le plus élevé au monde après les États-Unis. En 2017 il est le septième, après l’Inde.

Depuis 2000, la production industrielle a augmenté de 30 % pour l’Allemagne alors qu’elle a diminué de plus de 10 % pour la France.

En 1999, les exportations françaises de marchandises sont passées de 6 % des exportations mondiales à 3 % en 2018. Elles représentaient en 1999 57 % des exportations allemandes, mais seulement 37 % en 2018. Depuis 2015, la France n’est plus le premier partenaire commercial de l’Allemagne, alors qu’elle l’était depuis 1975 ; elle est devancée par les États-Unis. Les balances commerciales des deux pays (échanges de biens) connaissent des trajectoires inverses. Pour l’Allemagne l’excédent ne cesse d’augmenter depuis 2008 et a dépassé 250 milliards d’euros en 2017, alors que le déficit commercial français atteint 60 milliards.

Fin 2018, la production industrielle française avait retrouvé son niveau de… 1997, bien en-dessous de 2008 avant la crise. Selon l’Observatoire français des conjonctures économiques et l’Insee, le revenu disponible brut moyen, celui qui peut être dépensé, a reculé en France de 440 euros entre 2008 et 2016, soit une baisse de 1,2 %.

Macron au service du grand capital

Le progrès technique et le chômage de masse servent, sur les lieux d’exploitation, à fragiliser les travailleurs. D’autant que presque la moitié (49,6 %) des 5,6 millions de chômeurs des catégories A-B-C ne sont pas indemnisés du tout (Pôle emploi, 22 janvier). La pression du chômage est bien plus importante que celle de l’immigration.

En plus, l’État vient au renfort des capitalistes en diminuant la fourniture de services publics, en transférant le poids des prélèvements de la classe capitaliste à la classe ouvrière ou aux classes petites-bourgeoises, en démantelant le droit du travail.

La prétendue loi des débouchés (tout offre crée sa propre demande) dont la stupidité a été démontrée depuis longtemps, est une des justifications théoriques de la politique économique du gouvernement Macron-Philippe.

L’économiste s’amène avec sa belle théorie de l’offre et de la demande, il vous démontre que « on ne peut jamais trop produire », et la pratique répond avec les crises commerciales qui reviennent aussi régulièrement que les comètes et telles qu’actuellement nous en avons une en moyenne tous les cinq ou sept ans. (Friedrich Engels, Esquisse d’une critique de l’économie politique, 1844)

Donc, il s’agirait de favoriser les conditions « de l’offre », qui est le fait des capitalistes, afin que toute la société en bénéficie. C’est la théorie fallacieuse du « ruissellement » : l’intérêt de tous serait que baisse la fiscalité sur le capital, sur les entreprises, sur les riches, « les premiers de cordée ».

Il est impossible de distribuer quand on ne produit pas assez. C’est pourquoi ceux qui risquent, qui osent, qui entreprennent doivent nous trouver à leurs côtés. (Emmanuel Macron, Discours au congrès, 9 juillet 2018)

En accordant des cadeaux à la classe capitaliste, le gouvernement affirme chercher à améliorer la croissance économique et le poids de la France dans le monde. En fait, il cherche à augmenter le taux de profit, avec la baisse de l’impôt sur les sociétés à 25 % d’ici 2022 (contre 33,33 % aujourd’hui), la suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières (actions, obligations…), le taux unique de l’impôt sur le capital et le CICE (20 milliards d’euros par an). Entré en vigueur en 2013 sous le gouvernement Hollande-Ayrault, il a été transformé en une baisse de cotisations patronales de 6 % sur les salaires inférieurs à 2,5 SMIC, si bien que les capitalistes en bénéficieront doublement en 2019.

Le mouvement des gilets jaunes tient pour une large partie à l’injustice du système fiscal, c’est-à-dire à son caractère régressif. En regroupant sous les termes de « prélèvements obligatoires » les impôts et taxes qui financent l’État et les cotisations sociales qui financent la Sécurité sociale, on peut constater qu’ils touchent moins les plus riches, qui rémunèrent des conseillers en optimisation fiscale pour payer moins d’impôts, qui pratiquent l’évasion fiscale, voire la fraude fiscale, d’un montant faramineux (de l’ordre de 200 milliards d’après Jean Gadrey, Alternatives économiques, 28 juin 2017) à comparer à ce que le gouvernement, les grands médias et les partis LREM, LR et RN-FN qualifient de fraude sociale, en fait aux allocations sociales (environ 400 millions selon le Comité national de lutte contre la fraude).

Des résultats limités

En 2018, la croissance économique de la France a été de 1,5 %, contre 2,3 % en 2017 et elle devrait ralentir à 1 % en 2019, essentiellement en raison du ralentissement de l’investissement des entreprises (+4,4 % en 2017, +3,7 % en 2018). Ce fléchissement de l’accumulation du capital est dû à l’insuffisance du taux de profit. En cause, le fonctionnement structurel du capitalisme, et non la crise sociale et politique de la fin d’année.

En 2016, le rapport du comité de suivi du CICE indiquait déjà que « l’impact du CICE… sur l’emploi et sur les salaires apparaît mesuré… les entreprises ont consacré une partie importante du CICE à la reconstitution de leurs marges », c’est-à-dire qu’elles ont augmenté leurs profits. De 29,7 % en 2013, le taux de marge (soit la part des profits dans la production) est passé à 31,9 % en 2017. Il faut noter que le taux de marge de l’INSEE sous-estime l’exploitation car il range dans les salaires les rémunérations des managers, qui sont en fait une part de la plus-value et non un véritable salaire et qui augmentent considérablement. Dans le même temps le taux d’investissement (la part du profit allouée à l’investissement) est passé de 22,6 % à 23,5 %, soit une augmentation sensiblement plus faible.

L’impact du CICE sur l’emploi est pour le moins incertain, l’OFCE l’a évalué à 140 000 emplois pour les deux premières années, l’INSEE l’estime à 50 000 emplois par an pour 2019-2021, soit 400 000 euros par emploi par an, c’est-à-dire plus de vingt ans de SMIC brut. C’est dire l’aubaine pour le patronat.

Les rémunérations versées aux actionnaires ont augmenté de 12 % sur un an. En comparaison, le salaire réel net moyen a progressé de 1,2 % la même année en France. Alors que les entreprises distribuaient environ un tiers de leurs profits au début des années 2000, elles n’ont cessé d’augmenter leur niveau de distribution d’année en année, passant à 40 %, puis 42 %, puis 48 %. En 2018, le taux de distribution a atteint un seuil symbolique : 50 %. En 2018, les groupes du CAC 40 ont versé 57,8 milliards d’euros à leurs actionnaires.

Des chômeurs accusés de fainéantise

Le chômage reste élevé avec 5,6 millions de personnes dont 3 418 600 sans emploi (catégorie A) et 2 186 400 qui exercent une activité réduite (catégories B, C) selon Pôle emploi (25 janvier). Il aurait légèrement baissé (-1,5 % sur un an pour la catégorie A), mais c’est au prix de la précarisation massive facilitée par les ordonnances de septembre 2017 prises par le gouvernement Macron-Philippe après consultation tout l’été des confédérations syndicales.

D’une part, au sein du salariat officiel, la part des contrats à durée déterminée et des contrats d’intérim augmente ainsi que les CDI précaires « de mission » ; d’autre part, nombre de « microentreprises », de plus en plus nombreuses (1,2 million, +28 % en un an selon l’INSEE), sont des salariés camouflés en autoentrepreneurs qui perdent presque tous leurs droits sociaux. Et il n’est pas sûr que cette dite amélioration de l’emploi se confirme en 2019.

Dans un contexte de ralentissement de l’activité, les créations d’emploi dans le secteur privé ont sensiblement diminué, passant de 341 000 en 2017 à 106 000 en 2018 (INSEE, 8 février).

Le patronat prétend que les barrières à l’embauche sont le « coût du travail » trop élevé, en accusant le salaire direct (les salaires nets) et collectivisé (les prestations sociales, ce que Macron appelle « un pognon de dingue ») ainsi que le « manque de main-d’oeuvre compétente » (INSEE, Note de conjoncture, décembre 2018). Comme si la classe capitaliste ne pouvait pas trouver des salariés compétents ou les former parmi les millions de chômeurs (toutes catégories confondues) que compte le pays, sans compter ceux qui ont cessé de chercher du travail !

D’ailleurs, les emplois non pourvus ne sont que 300 000. Après la fumeuse loi des débouchés, c’est la théorie du chômage volontaire, une autre antienne réactionnaire, qu’invoque le gouvernement. Cela permet de s’en prendre une fois de plus aux chômeurs qui refuseraient les emplois qui se trouvent, comme le dit Macron, de l’autre côté de la rue.

Un décret publié le 30 décembre sanctionne d’un mois de radiation la moindre absence à un rendez-vous (contre deux semaines auparavant), de suppression des allocations en cas de refus de deux offres jugées raisonnables, et surtout il sera jugé raisonnable de se voir offrir un emploi pour un salaire bien plus faible.

Impérialisme et militarisme

Le capitalisme français ne se réduit pas à l’économie nationale. Il exploite au-delà des frontières par ses groupes capitalistes transnationaux dont le CAC40 est une expression.

L’État français joue de ses atouts militaires et diplomatiques pour tenter de contrebalancer la suprématie économique de l’Allemagne, d’où ses expéditions militaires multiples (Opex) et le poids des dépenses militaires qui augmentent sans cesse, avec l’assentiment du PS, du PCF et de LFI. Macron a annoncé qu’il voulait les porter à plus de 2 % du PIB. En 2019, le budget de la défense s’élève officiellement à 35,9 milliards d’euros, en fait plus parce qu’une partie des dépenses affectées à la recherche est en fait militaire et parce que les Opex débordent toujours le budget prévu.

Macron a cru pouvoir profiter de l’affaiblissement de Merkel pour prendre l’initiative dans l’UE, mais le traité d’Aix-la-Chapelle est d’une portée réduite.

Malgré les sacrifices de la classe ouvrière de ce pays (de nationalité française ou pas), le capitalisme français continue à décliner face à ses concurrents. La bourgeoisie mondiale menace d’entraîner l’humanité dans la barbarie (crises, destruction de l’environnement, guerres, fascisme…).

8 février 2019