Brésil : front unique ouvrier et autodéfense contre le président fasciste et l’état-major !

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Dimanche 28 octobre, a eu lieu le second tour des élections générales au Brésil. Bolsonaro, le candidat favori du capital, partisan de la dictature militaire, a remporté l’élection présentielle avec 56 % des voix. L’ensemble des partis issus de la classe ouvrière (PT-PCdoB, PDT, PSOL…) n’avait obtenu au premier tour de la présidentielle que 42 % des voix. L’abstention a dépassé 21 % des inscrits. Les votes nuls ou blancs s’élevaient à presque 10 % des suffrages. Le PSL de Bolsonaro a recueilli moins de 12 % des voix aux législatives, le PT plus de 10 %, aucun autre parti n’obtenant plus de 10 % des voix.

Bolsonaro prépare une nouvelle dictature anti-ouvrière

Le geste fétiche du candidat Bolsonaro était de simuler une exécution au révolver. Le vice-président Hamilton Mourão est un ancien général. Le nouveau président a clairement annoncé son programme : « préparer une purge comme le Brésil n’en a jamais connu, accélérer le grand nettoyage du pays des rouges marginaux », en finir avec le mouvement des paysans sans terre qualifié de « terroriste ». Il veut nommer le juge Moro, qui a destitué Rousseff et emprisonné Lula, ministre de « la Justice ». Sous couvert de lutter contre l’insécurité, Bolsonaro entend créer ses milices et lâcher la police et l’armée contre le mouvement ouvrier. Il veut autoriser le libre accès aux armes à ses partisans, il donne carte blanche aux flics et aux militaires pour abattre les criminels et les délinquants présumés. Déjà, de nombreuse agressions contre des militants du mouvement ouvrier, des homosexuels, des féministes, des Noirs, des étudiants… ont eu lieu au cours de la campagne électorale.

Si Bolsonaro souhaite se débarrasser « des rouges », c’est pour avoir les mains libres au compte de sa classe, la bourgeoisie. Épaulé par l’état-major, soutenu et financé par les grands groupes et les propriétaires fonciers, encouragé par l’État impérialiste du continent, Bolsonaro veut privatiser les entreprises publiques, limiter les retraites et les bourses scolaires, baisser les impôts sur les entreprises, augmenter les impôts directs, flexibiliser le travail, réduire les dépenses d’enseignement, autoriser sans entrave le pillage tous azimuts de l’Amazonie en déniant tout droit aux peuples indigènes, etc. Sa victoire attendue à l’issue du premier tour a d’ailleurs été saluée par une hausse spectaculaire de la Bourse.

La soumission de Lula et du PT à la bourgeoisie a pavé le chemin de la réaction

Comment en est-on arrivé là ? comment est-on passé de la première élection de Lula comme Président en octobre 2002 à la menace de l’écrasement du mouvement ouvrier fin 2018 ?

C’est la conséquence de la trahison de Lula et du PT, de l’acceptation de l’État bourgeois (dont la magistrature, la police, l’armée…), de la défense du capitalisme brésilien, du refus de s’en prendre aux exploiteurs (capitalistes agrariens, industriels, financiers…), des alliances gouvernementales avec des partis bourgeois (PSDB, PMDB…). Lula et le PT n’ont jamais osé armer le peuple ni commencé à exproprier les capitalistes.

La minorité capitaliste a donc conservé tout le pouvoir économique (la propriété des moyens de production, la capacité d’exploiter et de licencier) et elle a préservé l’essentiel du pouvoir politique (les corps de répression à son service).

La politique des gouvernements de type « front populaire » a fait fondre comme neige au soleil les premières mesures prises en faveur des plus pauvres à mesure que la crise capitaliste a frappé le Brésil. En 2010, la croissance économique, portée par les exportations de matières premières, est encore de 7,5 %. Elle permet, tout en préservant le capitalisme, une redistribution limitée des revenus. Mais, après l’élection de Rousseff en 2010, la croissance n’est plus que de 0,2 % en 2014, avant d’entrer en récession.

La classe dominante destitue en août 2016 la présidente élue

Avec la crise économique, la bourgeoisie brésilienne a exigé que les masses payent à sa place, tout en tolérant de moins en moins que le PT soit au gouvernement. L’argent public n’a pas manqué en 2013 pour financer les juteux travaux pour accueillir la Coupe de monde de football avec 11 milliards d’euros versés aux grandes entreprises du bâtiment, les mêmes qui aujourd’hui soutiennent Bolsonaro. Par contre, le gouvernement de collaboration de classe de Rousseff a taillé en 2015 dans le programme Bolsa Familia et dans l’Éducation publique, a libéralisé la déforestation…

Au contraire de ce que font mine de croire les dirigeants des partis « réformistes » du monde entier quand ils accèdent au pouvoir, la bourgeoisie, bien loin de restreindre ses prétentions en remerciement des concessions qui lui sont faites, s’en nourrit au contraire pour préparer sa contre-offensive.

Le PT a-t-il réussi à se concilier l’état-major en augmentant le budget de l’armée de 42 % ? A-t-il réussi à amadouer les Églises évangélistes lorsqu’elle s’était engagée, entre les deux tours de l’élection d’octobre 2010, à ne pas légaliser l’avortement et le mariage homosexuel ? Le PT a-t-il réussi à faire du PMDB, du PP, du PRB, des alliés fidèles en les incluant dans le gouvernement et en nommant Temer, du PMDB, vice -Président au côté de Dilma Rousseff ? Ces partis ont fomenté en 2016 le coup d’État à froid aboutissant à la destitution de Rousseff, à son remplacement par Temer, à la procédure pour interdire à Lula de se représenter et finalement le jeter en prison ! Pourtant, le PT et le PCdoB ont noué avec un parti du même genre une coalition électorale en 2018, le PROS.

C’est bien la bourgeoisie, ses grandes entreprises, ses dirigeants, qui depuis des lustres surfacturent, achètent des passe-droits pour mener de gigantesques opérations notamment de travaux publics. Et c’est encore la bourgeoisie, son État, sa justice qui monte l’opération Lava Jato, censée faire la lumière sur la corruption dans laquelle les élus de tous bords trempent allègrement, mais concentre ses coups sur le seul PT et ses dirigeants.

Sous la devise nationaliste et cléricale qu’il a apprise à l’armée, « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous », l’ancien militaire médiocre et député marginal Bolsonaro peut se poser alors en champion de la lutte contre la corruption, d’autant que l’essentiel des médias privés qui appartiennent à quelques familles tiennent le haut du pavé et lui emboitent le pas. Le front populaire, comme en France en 1936-1937, en Espagne en 1936-1938, au Chili en 1971-1973… a frayé la voie à la réaction, a éloigné une partie des masses du PT et a permis le succès électoral de Bolsonaro.

Mobiliser tous les exploités et tous les opprimés contre la réaction

En 2016, la classe ouvrière et la jeunesse du Brésil ont subi une défaite, ce que confortent les élections générales de 2018, mais elles ne sont pas écrasées. Leur volonté et leur capacité de mobilisation restent fortes comme ils l’ont démontré en 2016 et aussi en 2018 comme l’ont montré les femmes mobilisées sous le slogan #EleNão. Les travailleurs et les étudiants peuvent empêcher le pire, la fin des libertés démocratiques, la répression de masse, l’interdiction de ses organisations.

À condition de s’organiser sur un axe clair : indépendance de la classe ouvrière, unité de tous les exploités et opprimés autour de la classe ouvrière ! Or, le PT ne tire aucune leçon et veut continuer à paralyser les travailleurs en leur faisant espérer dans tel ou tel secteur des exploiteurs.

La direction de la principale confédération syndicale, la CUT, a appelé le 28 octobre à « l’unité des forces démocratiques-populaires ». Les principaux responsables de la défaite de 2016, les chefs du PT réunis le 31 octobre, dans la panique, poursuivent dans la soumission et veulent élargir l’alliance réalisée avec le PROS à « tous les démocrates » pour constituer un « front de résistance démocratique ». Haddad, le candidat du PT à la présidentielle, déclare qu’il veut « représenter une opposition qui place les intérêts de la Nation au-dessus de tout », reprenant curieusement ainsi la lettre même du slogan de Bolsonaro ! Les « intérêts de la nation » signifient précisément la poursuite de la politique d’alliance avec la bourgeoisie, bras dessus bras dessous, qui toujours enchaîne le prolétariat à sa propre exploitation, à sa propre oppression.

Le PT, le PCdoB, le PSOL… prêchent le pacifisme, ce qui revient à laisser les mains libres à Bolsonaro, à l’état-major, aux flics, aux hommes de main des latifundiaires.

Dans le monde entier, les bourgeoisies mènent l’offensive contre les conquêtes du mouvement ouvrier telles qu’elles ont été obtenues dans chaque pays : santé publique, enseignement public, sécurité sociale, retraites, garanties juridiques contre les licenciements abusifs, les limites au temps de travail, les conventions collectives, etc. Partout, les gouvernements adoptent des lois qui taillent dans les libertés et les droits démocratiques qui sont aussi des conquêtes décisives de la lutte du mouvement ouvrier contre le capital. Le gouvernement américain impose un nouveau blocus à l’Iran. Le gouvernement turc déclenche à nouveau la guerre contre les Kurdes. La tendance générale est au militarisme, aux États forts et au renforcement consécutif des corps de répression.

Le saut est qualitatif. Le renversement de Rousseff et la victoire électorale de l’armée déguisée en civil s’inscrivent dans le sillage de l’élection d’al-Sissi, de Trump et de Duterte, du gouvernement Salvini-Di Maio et du gouvernement Modi, de régimes islamistes au Pakistan, en Iran et en Turquie, du référendum pour le Brexit…. Partout dans le monde, des fractions de la bourgeoisie basculent dans la religion, la xénophobie, le protectionnisme, la destruction accélérée de l’environnement, la haine des migrants, l’anti-socialisme pour maintenir à tout prix la propriété privée et le règne du profit.

Contre la barbarie qui monte, il faut que le prolétariat rouvre la voie de la lutte contre le capitalisme, du pouvoir des travailleurs, du socialisme.

L’indispensable lutte de la classe ouvrière, des paysans travailleurs, de la jeunesse étudiante, des habitants des bidonvilles, des Amérindiens, des conscrits… implique d’abord l’indépendance de classe.

Unité des organisations de travailleurs CUT, CTB, CSP-Conlutas, PT, PSOL, PCdoB, PSTU, PCB, PCO… pour réaliser immédiatement le front unique ouvrier !

Création et centralisation de comités d’autodéfense dans les entreprises, les quartiers, les favelas, à la campagne, dans les écoles, dans les universités, les régiments… ! Préparation de la grève générale !

Toutes les libertés démocratiques ! Libération de Lula !

Aucune proposition syndicale à Bolsonaro ! Défense de la sécurité sociale et de toutes les conquêtes sociales ! Toutes les revendications ouvrières ! À bas Bolsonaro et le gouvernement militaire ! Pour un gouvernement ouvrier et paysan issu de la mobilisation !

Construction d’un parti ouvrier révolutionnaire sur le modèle du Parti bolchevik dans tout le pays !

5 novembre 2018
CoReP (Allemagne, Autriche, Canada, France, Turquie) IKC (État espagnol) TML (Brésil) FT-VP (Brésil)