L’école Jacques Decour de Nanterre garde sa classe !

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Jeudi 6 septembre, trois jours après la rentrée des élèves, enseignants et parents de l’école élémentaire Jacques Decour A, à Nanterre, apprennent par les délégués syndicaux Snuipp-FSU que la Direction académique départementale (DASEN) vient de décider brutalement la fermeture d’une classe au titre d’effectifs trop bas.

Dans ce groupe scolaire classé en REP+ (Réseau d’éducation prioritaire renforcée), l’ensemble des enseignants du groupe scolaire Jacques Decour décide de déposer une intention collective de grève pour le lundi 10 septembre. Une demande d’audience est aussi adressée à la DASEN.

Dès vendredi 7, une pétition pour le maintien de la classe est rédigée. 500 signatures seront récoltées. Malgré une venue de l’inspectrice tentant de faire accepter la sentence, les enseignants et les parents refusent cette décision. La grève des enseignants débute donc lundi. Une réunion d’organisation commune avec les parents d’élèves est mise en place. À l’ordre du jour, comment faire annuler la décision qui conduit à :

  • éjecter une enseignante de l’école,
  • refaire les compositions de classes,
  • instaurer des doubles niveaux,
  • payer de nouvelles fournitures ou manuels.

En plus de la pétition, les parents décident d’occuper l’école le lendemain et les grévistes informent les médias. Ils organisent ainsi le rassemblement le soir même devant la Préfecture, responsable de la fermeture, où une délégation d’enseignants doit être reçue.

La question du soutien au mouvement est primordiale : le lundi est consacré à la visite des autres écoles et du collège pour collecter des signatures et au collage d’affiches dans le quartier. Les enseignants adoptent aussi un appel à tous les syndicats enseignants du département pour demander de faire signer et diffuser la pétition. Le soir même, devant la préfecture, plus de 100 personnes exigent la réouverture de la classe. La délégation enseignante accompagnée d’un délégué syndical Snuipp-FSU remet les signatures de la pétition et argumente pour le maintien de toutes les classes.

Le lendemain, jour du blocage de l’école par les parents, c’est au tour de ces derniers d’être reçus par la DASEN. Une seconde fois, enseignants grévistes et parents d’élèves mobilisés se rendent devant le siège des responsables de l’attaque. La délégation ressort avec la seule assurance d’une réponse donnée d’ici au lendemain.

Rien n’est gagné, il faut maintenir la grève. Elle est décidée par une large majorité des enseignants qui constitue une caisse de grève et demande le soutien financier des syndicats enseignants. De plus, anticipant un refus éventuel, un courrier est préparé pour une audience auprès du recteur d’académie et les grévistes demandent le soutien des enseignants du quartier. En fin d’après-midi, l’immense majorité de ces derniers déclare son intention de faire grève jeudi 13.

À 19h, le 11 septembre, la Direction académique cède.

Cette grève est une preuve que la mobilisation et la spontanéité d’enseignants et de parents peuvent créer l’unité pour faire face à l’aggravation des conditions de travail et, dans ce cas, des conditions d’enseignement. Tout cela serait facilité si les organisations syndicales assumaient leur rôle et organisaient la lutte en unifiant toutes les écoles concernées, en refusant systématiquement toute fermeture de classe et suppression de postes d’enseignants.

Cette occasion se présentera très prochainement car le gouvernement prépare des suppressions de postes dans son budget 2019 et compte s’attaquer au statut des enseignants : recours accru aux CDD, salaire au mérite, flexibilité renforcée.

La principale leçon de la grève victorieuse du groupe scolaire Decour : il est primordial d’associer les parents à la lutte, d’unifier les rangs des enseignants. Pour gagner partout, il faut que les syndicats rompent avec le gouvernement et ses attaques, que la lutte soit organisée démocratiquement par des AG dans chaque ville qui élisent leurs délégués ; qu’elle s’unifie par département et nationalement autour de mots d’ordre assurant le droit aux études avec moins de 20 élèves par classe en REP et maternelle et moins de 25 dans les autres cas.

26 septembre 2018, correspondants