Roumanie : mobilisation ouvrière contre la baisse des salaires

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Le salaire brut minimum atteint à peine 322 euros (février 2017) et le salaire net moyen est de 488 euros ; la Roumanie a le deuxième coût horaire le plus bas en Europe (après la Bulgarie). Les pensions de retraite dépassent tout juste 200 euros, les différenciations dans l’accès aux soins s’accroissent au détriment des pauvres. Le taux de chômage, qui était assez bas avant la dernière crise capitaliste mondiale, a augmenté depuis 2008 pour atteindre 6,7 % en 2016, 20 % chez les jeunes. Avec 40 % de la population sous le seuil de pauvreté, la Roumanie reste l’un des pays les plus pauvres de l’UE.

Pour se faire élire aux législatives de décembre 2016, le Parti social-démocrate (PSD), héritier du PCR de Ceausescu, s’était engagé à augmenter les salaires de 25 % dans la fonction publique, par palier, sur quatre ans. Hausse purement et simplement annulée si le décret du 1er novembre entre en application. Notons au passage que tous les fonctionnaires n’étaient pas servis avec la même générosité : +20 % pour les militaires contre +10 % pour les enseignants du primaire et du secondaire…

La « réforme fiscale »

La coalition bourgeoise à majorité PSD qui gouverne en Roumanie a promulgué le 1er novembre 2017 une ordonnance qui abaisse les « cotisations patronales » de 35 % à 2,25 % et fait payer ce cadeau aux capitalistes par les salariés, en ponctionnant de la même somme leurs salaires. Le résultat serait une augmentation du taux d’exploitation et une chute du salaire net de 20 à 30 %.

Rien dans le texte n’oblige quelque employeur public ou privé à compenser les pertes de salaire. Si certains capitalistes (surtout les grandes entreprises exploitant de la main d’œuvre qualifiée) disent vouloir le faire, c’est pour répondre à leurs intérêts bien compris :

Vu le marché du travail, je ne veux pas prendre le risque de perdre mes employés. Les ouvriers qualifiés sont partis à l’étranger où les salaires sont bien plus importants. (Mirel Popa, directeur de Pass Auto Expert)

Mais pour les capitalistes étrangers et l’écrasante majorité des patrons roumains, la mesure du gouvernement PSD signifie baisse de la valeur de la force de travail, amélioration du rapport de force en leur faveur et il s’agit d’en profiter :

Et si demain nous décidons d’augmenter le salaire brut et que le gouvernement finit par changer sa feuille de route fiscale, il nous sera difficile de dire aux salariés : on vous reprend votre augmentation brute. (George Marina, directeur général de Rodex)

Beaucoup d’entreprises vont préférer mettre en place un système de rémunération basé sur des primes variables. (François Coste, dirigeant de Groupama Roumanie et président de la Chambre française du Commerce, de l’industrie et de l’agriculture en Roumanie)

C’est au compte de la classe exploiteuse que le gouvernement et sa majorité parlementaire légifèrent, pour combattre la tendance au ralentissement économique pronostiqué par le FMI : croissance du PIB de 3,8 % en 2018, contre 5 % en 2016. Ils mènent l’offensive contre le travail, en réduisant la part qui revient directement ou indirectement à la classe qui produit pourtant toutes les richesses et réaffirment ainsi leur objectif de rejoindre la zone euro en 2019.

La riposte de la classe ouvrière

À l’annonce de cette attaque en règle contre leurs salaires, les ouvriers ont massivement débrayé et manifesté dans les principales villes du pays. Les usines du secteur automobile, à commencer par Dacia-Renault, se sont fortement mobilisées (10 000 travailleurs en grève à Pitesti) et les deux principales centrales syndicales (BSN et Cartel Alfa) ont appelé à descendre dans la rue. Les travailleurs de la fonction publique, du textile et d’autres secteurs ont également arrêté le travail et participé aux manifestations.

La bureaucratie syndicale dénonce le décret tandis que la rue scande « À bas le gouvernement ». Elle se contente des chaînes humaines, des journées d’action, des manifestations au flambeau, des recours auprès de l’équivalent du Conseil constitutionnel tandis que le prolétariat, attaqué dans son entier, a besoin de faire masse, de dresser sa force collective contre le gouvernement des patrons. Les dirigeants syndicaux n’ont pas coupé les ponts avec le gouvernement bourgeois, ce pourquoi ils n’appellent pas à la grève générale qui l’abattrait à coup sûr. Ils le protègent alors qu’il est affaibli par la corruption de son personnel politique, à commencer par Liviu Dragnea, le chef du PSD président du Parlement, qui a été condamné pour fraude électorale, qui est soupçonné de détournements de fonds européens pour l’investissement dans la santé et l’éducation et dont la fortune colossale planquée au Brésil n’est un secret pour personne en Roumanie.

Retrait immédiat de la « réforme fiscale » ! Augmentation générale des salaires et des retraites ! Les patrons doivent payer pour la sécurité sociale ! À bas le gouvernement du capital ! Grève générale !

Un secteur du prolétariat d’Europe est menacé d’un recul sévère, il est nécessaire d’organiser un front uni à ses côtés, d’organiser la solidarité internationaliste :

Dirigeants des syndicats de Renault, annoncez au patron qu’il affrontera la grève générale des ouvriers de tout le groupe s’il baisse les salaires en Roumanie !

Dirigeants des syndicats de tous les groupes capitalistes français exploitant aussi en Roumanie, informez les travailleurs des mauvais coups qui s’annoncent, appelez les travailleurs à la grève de défense !

 3 décembre 2017