La recherche sous Macron-Vidal

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Le projet de loi de finances 2018 présenté en Conseil des ministres, le 27 septembre 2017 confirme que la recherche publique va continuer à souffrir de la double contrainte de l’austérité budgétaire et du règne du profit sous le président Macron, le gouvernement Philippe et la majorité de République en marche de l’Assemblée nationale (y compris un ou deux députés enseignants-chercheurs soit naïfs, soit arrivistes).



La recherche scientifique et technique, fondamentale et appliquée est évidemment subordonnée au capital quant à sa partie financée par les entreprises, soit 62 % de la « dépense intérieure de recherche et développement » (Note d’information enseignement supérieur et recherche, décembre 2016). Même quand elle se déroule au sein des organismes publics, elle est de plus en plus soumise au capital, orientée vers la rentabilité, victime de l’accaparement par les « jeunes pousses » et les grands groupes français (par le biais de la « recherche partenariale »). Ainsi, 14 % des entreprises qui innovent ont un contrat avec la recherche publique ; pour 44 % d’entre elles, cela aboutit à un dépôt de brevet sur une période de 3 ans (Note d’information enseignement supérieur et recherche, février 2017).

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, a annoncé une hausse de 712 millions d’euros dans le budget 2018 de la MIRES (mission recherche et enseignement supérieur), sur lesquels 501 millions d’euros seraient affectés à la « recherche », dont 87 millions aux organismes publics de recherche.

Mais à bien y regarder, ces prétendues hausses ne sont qu’un tour de passe-passe lorsqu’est analysé de plus près ce projet de budget, notamment la partie qui concerne l’essentiel des organismes publics de recherche (CNRS, INSERM, INRA, INRIA, IRD), l’ANR (Agence nationale pour la recherche), certains EPIC (CEA, CIRAD, IFREMER) : cette augmentation n’est plus en effet que de 46 millions d’euros (+0,9 %) et couvre surtout le financement des mesures liées aux décisions du protocole PPCR (parcours professionnels carrières et rémunérations, signé par CFDT, FSU, UNSA, CFTC). Les laboratoires de recherche devront attendre encore pour voir leurs moyens budgétaires satisfaire leurs besoins.

Sans moyens récurrents stables et pérennes, les équipes de recherche devront continuer à faire la manche auprès de l’ANR ou candidater aux appels d’offres du PIA3 (programme investissement avenir). L’ANR, voit son budget augmenté de 134 millions d’euros (+22 %), et si ses crédits sont injectés dans la recherche, leur affectation est fortement orientée sur des thématiques portées par les entreprises privées ou sujets à des effets de mode.

Du côté de l’emploi scientifique, la disette se confirme puisqu’aucune création de postes dans l’enseignement supérieur et la recherche ne verra le jour en 2018. Pire, l’État s’oriente vers une diminution de 30 postes dans les EPST, dont 21 au CNRS, ou 8 à l’INRA, redistribués au bénéfice de l’ANR, strate bureaucratique qui distribue les deniers aux « bons candidats », c’est à dire ceux qui auront orientés leur recherche vers les intérêts directs et immédiats du capital. Autant dire que les conditions de travail des salariés dans les laboratoires de recherche publics vont encore se dégrader, et que les nombreux précaires qui y sont employés, et représentent 30 % des effectifs totaux, ne sont pas près de voir leur avenir professionnel s’améliorer.

Ensuite, s’ajoute une profonde démotivation, ou une perte de sens dans l’activité scientifique, lorsque la majorité des chercheurs doit passer leur temps à remplir de la paperasse pour obtenir d’hypothétiques financements, pour poursuivre leurs travaux, ou pour les personnels techniques subissant une pression croissante pour l’obtention de résultats de programmes à court-terme.

Enfin, de nouvelles mesures d’individualisation des primes (RIFSEEP) s’appliquent aux ingénieurs et aux techniciens de l’ESR, à budget constant, renforçant la concurrence entre les agents. Pour l’instant, à l’INRA, où une très forte mobilisation des personnels a poussé à l’union entre les principales organisations syndicales, sa mise en œuvre a été différée.

Cet exemple devrait pourtant convaincre les travailleurs de la recherche que nulle paupérisation salariale, ni précarité galopante, ni mal-être au travail ne sont une fatalité. Il faudrait, pour les empêcher, que les syndicats des personnels commencent par cesser de « faire des propositions » à la ministre et au gouvernement, refusent de participer aux tours de table du soit disant « dialogue social » qui ne servent qu’à faire accepter les mesures d’austérité et de destruction des garanties collectives encore existantes, se battent ensemble pour les revendications de la base, fusionnent en un seul syndicat démocratique et de lutte de la recherche.

De la même manière, il faut exiger que les confédérations de salariés rompent la concertation permanente avec le gouvernement et engagent le combat uni contre le projet de budget 2018, taillé pour les riches, l’armée et la police.

Augmentation massive des crédits récurrents pour les laboratoires de recherche publique !

Titularisation immédiate de tous les personnels précaires des laboratoires publics !

Abrogation du dispositif RIFSEEP, intégration de toutes les primes dans les salaires, fin du blocage des salaires des fonctionnaires, rattrapage du pouvoir d’achat perdu !

Syndicats, cessez toute pseudo-concertation avec le gouvernement !

Assemblées générales démocratiques pour établir de véritables cahiers de revendication à la hauteur des besoins des personnels, pour imposer l’indépendance des directions syndicales et préparer la grève générale !


Photo : Rassemblement intersyndical devant le CT MESR 2017