Universités : austérité, cogestion et contre-réformes

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Fin août, 6 000 candidats n’avaient toujours pas obtenu d’affectation dans une formation universitaire, tandis que 11 000 y avaient renoncé, s’inscrivant dans l’enseignement privé ou remettant leurs études à un futur incertain.

Pour ceux qui ont réussi leur admission, la situation s’annonce critique. Alors que depuis trois ans le nombre d’étudiants croît de 20 000 à 40 000 chaque année (et on en prévoit entre 40 000 et 50 000 de plus en 2017), les budgets ont stagné, et le gouvernement a décidé de diminuer de 331 millions d’euros le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche, dont 95 millions en moins pour la recherche et les formations universitaires, et 46 millions pour la vie étudiante. Cela signifie : bâtiments délabrés, salles d’enseignement surchargées où beaucoup d’étudiants ne trouvent pas de place assise, cours ou travaux dirigés rabotés, désorganisation de la rentrée, etc. Par ailleurs la baisse des APL pénalise les étudiants, alors que les loyers augmentent et que le coût de la vie étudiante, selon l’UNEF, a augmenté de 2,09 %, (pour une inflation générale de 0,7 %).

Cette politique est aggravée par la mise en oeuvre par les Présidents-patrons d’université de la politique dite « d’excellence », à savoir soutenir certaines vedettes universitaires aux dépens de leurs collègues moins « célèbres ». Cela dans un contexte où les ministères successifs ont poussé aux fusions d’Universités (appelée ComUE : Communauté d’établissements universitaires), pour soi-disant améliorer la visibilité et l’attractivité des universités françaises à l’international. En réalité il s’agit surtout de faire des économies d’échelle par la mutualisation des moyens.

Cela s’accompagne d’investissements dans le tape-à-l’oeil ; par exemple, l’Université de Strasbourg a entrepris de démolir une bibliothèque en vue d’en reconstruire une nouvelle, dotée de salles de travail pour étudiants et de « lieux de convivialité », alors qu’il est plus urgent de construire des salles d’enseignement pour accueillir une population étudiante toujours croissante, et d’assurer l’accès de certains vieux bâtiments aux handicapés. Mais peut-être le pouvoir veut-il à terme réduire l’enseignement « présentiel » classique (un enseignant physiquement présent devant ses étudiants) au profit de l’auto-formation et des cours en ligne sur Internet.

Pour les personnels de l’Enseignement supérieur et de la recherche (hormis les enseignants-chercheurs pour l’instant), la hausse prévue de la CSG se conjugue avec la mise en place du RIFSEEP, système d’individualisation des primes en fonction du profil du poste et du dévouement à la tâche, en quelque sorte la transcription dans l’enseignement supérieur de l’inversion de la hiérarchie des normes. Et ce, à budget constant, conduisant au renforcement de la compétition entre les agents. Sans compter que l’agenda de mise en application du protocole PPCR (Parcours professionnels, carrières et emplois), déjà bien en deçà des besoins des personnels, a été remis en cause par Gérard Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics, lors du CCFP le 10 juillet dernier.

Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, a annoncé le 17 juillet la mise en place d’une « concertation » avec les « acteurs de l’enseignement supérieur » en vue de « réformer » l’accès en premier cycle de l’Université. Des « groupes de travail » se réunissent depuis le 11 septembre, ils devront faire leurs propositions fin octobre pour aider le gouvernement à mettre en place ses « réformes » à la rentrée 2018.

Certaines idées ont été lancées. Le tirage au sort serait abandonné et on instaurerait à la place une forme de sélection qui ne dit pas son nom. Chaque spécialité universitaire aurait ses « prérequis » qui pourraient combiner de façon variable les notes obtenues, les matières suivies au lycée, la motivation, voire l’engagement associatif. Les étudiants ne satisfaisant pas les « prérequis » se verraient dirigés vers d’autres filières, ou devraient faire une année de « mise à niveau » avant d’entrer en licence.

Simultanément, le ministre de l’Éducation nationale propose d’introduire dans le baccalauréat une part de contrôle continu. De telles épreuves seraient organisées à l’échelle locale et on peut craindre que la valeur d’un baccalauréat devienne variable en fonction du lieu où il est passé, et que cela entre ainsi en compte dans les « prérequis » de l’enseignement supérieur.

La ministre Vidal insiste à propos de la licence que « le système est à bout de souffle ». En fait, l’Université est étranglée financièrement depuis de nombreuses années, mais la ministre ne le dira pas, parce que ses « réformes » se placent dans le cadre de l’austérité imposée par le gouvernement, et comme toujours, les universitaires se verront à nouveau sommés de faire mieux avec moins de moyens.

Tant la ministre que les journalistes soulignent que de très nombreux bacheliers des séries technologiques et professionnelles, qui ont vocation à rejoindre des BTS et des IUT, en sont rejetés à cause du numerus clausus et du concours d’entrée ; ils finissent alors sans affectation en 1er cycle, ou bien sont dirigés vers une licence éloignée de leurs intérêts, ce qui les conduit à l’échec.

Mais personne ne proposera la solution d’ouvrir totalement l’admission en STS des lycées et dans les IUT en supprimant le tri sur dossiers, car cela va à l’encontre de la soi-disant « excellence » élitiste imposée par tous les gouvernements et de la sélection réclamée par la Conférence des présidents d’université, mais surtout parce que les conditions d’encadrement pédagogique pour préparer le BTS ou le DUT, bien meilleures qu’en licence, ont un coût et que l’État veut avant tout faire des économies.

Les syndicats des personnels et des étudiants n’ont pas dénoncé le leurre que représente cette soi-disant « concertation » dans le cadre de l’austérité et de la politique de destruction des acquis sociaux. Ils ouvrent ainsi la porte à l’illusion qu’à travers celle-ci on pourrait faire valoir les intérêts des personnels et des étudiants. Or il s’agit à nouveau de « faire mieux avec moins », c’est-à-dire de rentabiliser au maximum l’Université comme usine à fabriquer au moindre coût des travailleurs dotés des qualifications adaptées aux besoins du patronat et de l’État, ainsi que des prestations de recherche au bénéfice des entreprises privées.

    • Non à la sélection à l’entrée en STS, IUT, licence et master !
    • Droit pour tout bachelier de s’inscrire dans le premier cycle de son choix, pour tout licencié de continuer dans le master de sa spécialité !
    • Augmentation massive des moyens pour l’enseignement supérieur et la recherche !
    • Des bâtiments, des enseignants-chercheurs et des personnels BIATSS !
    • Non à la soi-disant « concertation » dans le cadre de l’austérité et des attaques gouvernementales contre les acquis !
    • Syndicats, rompez avec le gouvernement !
    • Assemblées générales démocratiques pour élaborer les cahiers de revendication des personnels et des étudiants !
    • Grève générale !

23 septembre 2017