Le Front national : une ligne réactionnaire au service de la bourgeoisie nationale

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La riche héritière Marine Le Pen, qui refuse de rembourser 300 000 euros d’argent public qu’elle a utilisé pour financer son parti, est candidate à l’élection présidentielle pour l’organisation dont elle a également hérité de son père.

Le Front national (FN) fut fondé en 1972 à l’initiative d’Ordre nouveau, une organisation fasciste. Le FN était composé de partisans du maréchal Pétain, d’anciens tortionnaires de la guerre d’Algérie (comme Le Pen père lui-même), d’intégristes catholiques… avec à sa tête Jean-Marie Le Pen. Sa fille lui a succédé en 2011. Ce parti est depuis l’origine un parti contre le mouvement ouvrier, un parti de division de la classe ouvrière.

Il se distingue des partis bourgeois traditionnels parce qu’il fait de la xénophobie anti-immigrés son axe, alors que c’est un aspect secondaire des autres. Il se différencie d’un parti fasciste parce qu’il se plie au cadre de la démocratie bourgeoise et ne repose pas sur l’attaque physique des luttes sociales et des partis ouvriers.

« Dédiabolisation » ou fascisation ?

Mais, avec Marine Le Pen, il ne s’est pas éloigné du fascisme, comme le disent les journalistes qui confondent le fascisme avec une de ses formes, l’antisémitisme. Il s’en est plutôt rapproché du fascisme par l’intégration dans son appareil de cadres fascistes (du GUD et du Bloc identitaire) et par le tournant protectionniste assaisonné de démagogie sociale qui remplace désormais le libéralisme économique affiché par Le Pen père. Ce que n’ont pas manqué de remarquer Sarkozy, ancien président de la république – « Marine Le Pen est d’extrême gauche, son programme économique est celui de Jean-Luc Mélenchon » (discours à Nancy, 3 novembre 2014) –, et François Hollande, actuel président de la république – « Mme Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 1970 » (Canal +, 19 avril 2015). Elle cultive elle-même l’ambiguïté en déclarant que « l’extrême gauche fait souvent le bon constat mais elle ne va pas au bout de la logique » (Journal du dimanche, 2 novembre 2014).

À leur origine, le parti fasciste et le parti nazi adoptaient un programme étatiste et prétendument anti-finance.

Dissolution des sociétés anonymes… suppression de toute forme de spéculation… paiement des dettes du vieil État par les possédants… interdiction de travailler pour les enfants de moins de 16 ans… réorganisation du système de production par la voie associative… (« Revendications de l’Union italienne du travail », 1919, in Robert Paris, Les Origines du fascisme, Flammarion, 1968, pp. 83-84)

La suppression de l’esclavage de l’intérêt… la nationalisation de toutes les entreprises appartenant aujourd’hui à des trusts… une participation aux bénéfices des grandes entreprises… la remise immédiate des grands magasins à l’administration communale et leur location, à bas prix, aux petits commerçants… la promulgation d’une loi permettant l’expropriation, sans indemnité, de terrains à des fins d’utilité publique. (« Programme en 25 points du Parti national-socialiste », 1920, in Marlis Steinert, L’Allemagne nationale-socialiste, 1933-1945, Richelieu, 1972, pp. 97-98)

Une fois au pouvoir, ces partis ont liquidé physiquement l’aile qui prenait la démagogie sociale au sérieux, ont gouverné au compte du grand capital et interdit les organisations ouvrières, partis et syndicats. Comme l’autarcie est impossible, l’Italie de Mussolini et l’Allemagne de Hitler ont commencé à envahir et coloniser d’autres pays.

Le FN prétend défendre le « capitalisme national » contre « la finance » et le « capitalisme mondialisé » (Discours de Marine Le Pen à Fréjus, 18 septembre 2016). Il réclame un État fort qui incarnerait « la Nation ». Il protège le grand capital national en faisant diversion (en accusant l’Union européenne au lieu des capitalistes qui licencient et baissent les salaires) en désignant des boucs émissaires (« les étrangers » qui ont osé s’installer sur le sol de la Nation).

Le vrai modèle de Le Pen, c’est le raciste, homophobe, mysogyne Trump, c’est l’UKIP xénophobe qui a rallié une aile du Parti conservateur au Brexit.

Capter une fraction de la petite-bourgeoisie et de la classe dominante

Beaucoup de paysans travailleurs sont en difficulté à cause des entreprises capitalistes qui sont leurs clients et leurs fournisseurs, de la concurrence d’entreprises agricoles capitalistes à la productivité supérieure qui accaparent les aides de l’Union européenne [voir Révolution communiste n° 13]. La plupart des boutiquiers des centres des villes sont ruinés par les grandes surfaces des périphéries. Nombre de PME sont menacées par la concurrence de grandes entreprises et se voient refuser les crédits par les grands groupes bancaires français. Le grand capital industriel français lui-même souffre de la montée en puissance de l’Allemagne et de la Chine. Le FN s’estime bien placé pour prendre leurs voix… et celles de leurs salariés les moins conscients qui votaient autrefois UMP-LR.

À cet égard, le FN prône la réindustrialisation et le soutien aux PME, réclame « l’allègement de la complexité administrative et fiscale pesant sur les TPE-PME… l’accès au crédit pour les petites et très petites entreprises grâce à des taux préférentiels sous la supervision de la Banque de France afin de remettre la finance au service de l’économie réelle » (Projet présidentiel). Il est aussi question de baisser encore l’impôt sur les sociétés (à 15 % pour les TPE et à 24 % pour les PME), de faciliter les héritages.

Il ne faut pas regarder la lutte des entreprises moyennes contre le grand capital comme une bataille en règle où la partie la plus faible verrait de plus en plus diminuer et fondre ses troupes en nombre absolu ; c’est plutôt comme si de petits capitaux étaient périodiquement fauchés pour s’empresser de repousser afin d’être fauchés à nouveau par la grande industrie. Des deux tendances qui se disputent le sort des classes moyennes capitalistes, c’est finalement la tendance descendante qui l’emporte. L’évolution est ici inverse de celle de la classe ouvrière. (Rosa Luxemburg, « Réforme sociale ou révolution ? », 1898-1899, Œuvres tome 1, Maspero, 1976, pp. 30-31)

L’objectif proclamé du FN est celui d’un « bon » capitalisme articulé autour des PME, de l’industrie et du capital national, contre un « mauvais » capitalisme étranger à dominante financière, pour « privilégier l’économie réelle face à la finance spéculative ». Il veut donc diminuer encore les cotisations patronales qui financent la sécurité sociale des travailleurs salariés « en exonérant totalement de charges la première embauche d’un jeune de moins de 21 ans par une entreprise… en abaissant les charges sociales des TPE-PME… ».

Le FN veut limiter la formation des enfants d’employés et d’ouvriers en « supprimant le collège unique » qui est censé fournir le même enseignement à tous les élèves, offrir de la main-d’oeuvre très bon marché aux artisans, TPE et PME, en « autorisant l’apprentissage à partir de 14 ans ». Il s’agit aussi de barrer l’accès des enfants de prolétaires à l’enseignement supérieur en favorisant « une sélection au mérite… et en revalorisant les bourses au mérite » au détriment des bourses sur critères sociaux.

C’est tout le capital national que défend le FN, y compris et surtout les grands groupes capitalistes français. Le Pen, au nom de l’association capital-travail, veut affaiblir les syndicats de travailleurs salariés, dans la mesure où, dans les moyennes et les grandes entreprises, ils limitent l’exploitation et parce qu’ils incarnent tant bien que mal la lutte entre les classes, l’unité des travailleurs nationaux et immigrés. Il veut donc « la suppression du monopole de représentativité » et la limitation de la représentation des salariés.

Un État fort

Le Pen croit et fait croire que l’État peut faire tout cela et qu’il peut d’autant mieux le faire qu’il est réduit aux étroites frontières de la France. Selon Le Pen, l’État serait aux manettes en « assurant la protection des secteurs stratégiques et porteurs par un contrôle des investissements étrangers qui portent atteinte aux intérêts nationaux grâce à une Autorité de Sûreté Économique ».

Il a aussi pour rôle de mater la jeunesse : « rétablir l’autorité et le respect du maître et instaurer le port d’un uniforme à l’école ».

L’État, c’est une machine destinée à maintenir la domination d’une classe sur une autre. (Lénine, « De l’État », 11 juillet 1919, in Œuvres tome 29, Éditions sociales, 1976, p. 482)

Le Pen veut encore renforcer les organes répressifs de l’État. D’abord, revaloriser le budget de la justice (en supprimant au passage l’École nationale de la magistrature jugée trop laxiste), « appliquer la tolérance zéro et en finir avec le laxisme judiciaire par l’abrogation des lois pénales laxistes… le rétablissement des peines planchers et la suppression des remises de peine automatiques… créer 40 000 places de prison supplémentaires ». Ensuite, renforcer le pouvoir de la police, « réarmer massivement les forces de l’ordre : en personnels… en matériels », notamment avec le droit de tuer en invoquant la « légitime défense ». Enfin, « augmenter… le budget de la Défense ».

Quand un jeune Noir d’un quartier populaire se fait violer par des policiers à Aulnay, Le Pen se rend dans un commissariat pour plaindre les flics. Voilà le vrai visage du FN : État policier, racisme, guerre aux pauvres.

La préférence nationale

La défense de la bourgeoisie française passe par une symbolique réactionnaire : « défense de l’identité nationale, des valeurs et des traditions de notre civilisation française… promotion du roman national… ».

Surtout, les attaques se concentrent contre les travailleurs venus d’autres États. D’où la surenchère de mesures xénophobes qui dépassent même celles de LR : « rétablissement des frontières nationales et la sortie de l’espace Schengen… suppression de l’enseignement des langues et cultures d’origine… impossibilité de la régularisation ou la naturalisation des étrangers en situation illégale… suppression du droit du sol… ».

Le FN entend réduire leurs droits en limitant le bénéfice des mesures sociales aux travailleurs de nationlaité française, en « garantissant la Sécurité sociale pour tous les Français, en supprimant l’aide médicale d’État réservée aux migrants sans-papiers », en conditionnant le droit au minimum vieillesse à la nationalité française (ou vingt ans de résidence), en limitant le regroupement familial et le droit d’asile, en limitant les naturalisations, en interdisant la double nationalité pour des personnes issues de pays hors-Union européenne, en supprimant la possibilité de régularisation des sans-papiers.

En outre, il assimile les musulmans à des terroristes : « expulsion de tous les étrangers en lien avec le fondamentalisme islamiste (notamment les fichés S)… déchéance de la nationalité française, expulsion et interdiction du territoire pour tout binational lié à une filière djihadiste… ».

La sortie de l’euro

Cherchant à faire diversion, le FN accuse l’Union européenne : « Les peuples européens ont fait tomber le mur de Berlin, il ne reste plus qu’à faire tomber le mur de Bruxelles » (L’Opinion, 18 mai 2014).

Il veut « instaurer un vrai patriotisme économique en se libérant des contraintes européennes ». Le Pen préconise le protectionnisme, avec notamment une loi « Achetons français », la sortie de l’euro et de l’Union européenne pour « rendre à la France sa souveraineté nationale » (Projet présidentiel).

En réalité, un pays comme la France, à lui tout seul, ne pèsera pas lourd face à la Russie, le Japon, la Chine et les États-Unis.

Lors de son discours de Lyon, le 5 février, Le Pen a annoncé qu’elle allait procéder à la « déconstruction ordonnée de l’euro » et au « rétablissement d’une monnaie nationale ».

Ce que Le Pen ne dit pas, c’est que cela se traduira par le renchérissement des importations, la hausse des taux d’intérêt, la « fuite des capitaux » et l’inflation dont les travailleurs salariés feront les frais, mais aussi les retraités et les petits épargnants.

Contre le FN

Le FN s’adresse à la petite bourgeoisie, aux petits et moyens capitalistes, pour défendre en réalité le capital national et à cette fin pour renforcer les fonctions répressives de l’État.

À ce titre, ce parti est un ennemi des travailleurs. Il est favorable à un affaiblissement des syndicats ouvriers, il veut une association entre capital et travail, il divise la classe ouvrière en s’en prenant aux travailleurs étrangers, il la trompe en désignant l’UE comme coupable en lieu et place de la bourgeoise française et des gouvernements à son service.

Le mouvement ouvrier ne peut le combattre en imitant son programme (à la façon de Mélenchon) mais en revenant au sien : mêmes droits pour tous les travailleurs, baisse du temps de travail avec embauche, fin des interventions militaires, ouverture des frontières, expropriation du grand capital, République des travailleurs, États-Unis socialistes d’Europe.

8 février 2017