Comment LO et le NPA se sont opposé à la grève générale

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Le NPA a été fondé sur le reniement du communisme. La direction de LO pratique un double langage : elle parle de révolution dans sa revue et durant ses fêtes. Le reste du temps, l’hebdomadaire et les tracts invitent le « monde du travail » à voter pour « faire entendre le camp des travailleurs » (faire entendre à qui ?)et à suivre les consignes de la bureaucratie de la CGT.

LO et le NPA cautionnent déjà la prochaine initiative de Martinez et Mailly qu’ils font passer auprès des travailleurs et des étudiants pour une tactique avisée.

La seule voie pour faire reculer le gouvernement et le patronat, c’est de poursuivre la mobilisation, en faisant grève et en manifestant dès le 15 septembre, à l’occasion de la journée d’action organisée par plusieurs organisations syndicales pour exiger le retrait de la loi travail. (Lutte ouvrière, 10 août 2016)

L’intersyndicale appelle le jeudi 15 septembre à une nouvelle journée d’action… Dès maintenant, nous devons la préparer… En septembre, la jeunesse retrouvera le chemin des écoles et des universités, et il sera possible de discuter à nouveau de la convergence des luttes pour construire un mouvement de grève qui bloque l’économie. (L’Anticapitaliste, 13 juillet 2016)

À dire vrai, les petits appareils du NPA, de LO, du POID, du POI sont eux-mêmes intégrés de plus en plus à la bureaucratie syndicale (CGT, FO, FSU ou Solidaires). En témoigne la trajectoire de Jean-Pierre Mercier. LO, à la tête de la CGT de PSA-Aulnay, a limité en 2012 la grève à l’usine, refusant de se battre pour la grève générale du groupe et de l’automobile. Les ouvrières et ouvriers ont été licenciés ; Mercier est monté en grade dans la CGT.

Début mars, des militants LO arborent un autocollant « Pour éviter un nouveau Germinal, grève générale ! ». Toutefois, il s’agit, pour LO (une organisation structurée par des professeurs et, plus récemment, des permanents syndicaux) de faire la leçon aux travailleurs. Jamais LO n’affronte l’obstacle principal à la grève générale : la direction de la CGT qui cogère les grandes entreprises, qui siège dans toutes sortes d’organismes, qui se concerte en permanence avec le gouvernement sur ses projets, qui empêche la grève générale au moyen de 13 « journées d’action », de quelques grèves « reconductibles » dispersées et d’une « votation citoyenne », un dispositif aussi démoralisant qu’impuissant à vaincre le gouvernement PS-PRG.

En avril, au congrès de Marseille, les membres de LO, le NPA, le POID, le POI, AL et compagnie applaudissent la direction de la CGT. La fourberie du NPA et des POI consiste à brouiller les cartes, à faire passer l’exutoire des « journées d’action » pour une grève générale.

Sur la construction de la mobilisation, la discussion s’est concentrée sur l’Appel du congrès qui rend compte, tant bien que mal, de l’exigence d’une dénonciation virulente du gouvernement et tente de formuler de la façon la plus pertinente l’appel à la grève générale pour le 28 avril et la question de la reconduction. (L’Anticapitaliste, 28 avril 2016)

Les bureaucraties de la CGT et de FO, parce qu’elles défendent en dernière analyse le capitalisme français, refusent d’appeler à la grève générale. Plus que tout, elles redoutent le débordement des masses.

Ce ne sont pas des grèves corporatives, ce ne sont même pas des grèves. C’est la grève. C’est le rassemblement au grand jour des opprimés contre les oppresseurs, c’est le début classique de la révolution. (Trotsky, « La révolution française a commencé », 9 juin 1936, Le Mouvement communiste en France, p. 579-580)

Quand quelques secteurs se sont mis en grève en mai, LO titre : « Raffinerie, routiers, dockers, cheminots… Tous ensemble contre la loi El Khomri ! » (26 mai), mais comment se battre « tous ensemble » sans la grève de masse, la grève générale ? Après 9 journées d’action, LO enjoint toujours d’obéir à Martinez et à Mailly : « Face au chantage du pouvoir, manifestons le 14 juin » (9 juin). À ce moment-là, l’autocollant a disparu depuis longtemps.

Face à la répression systématique des manifestants et des grévistes, LO ne dit pas un mot de ce qu’il faut faire. Comme Martinez et Mailly, LO accuse seulement le gouvernement et exempte la police de toute responsabilité.

Le gouvernement – car c’est lui qui dicte l’attitude de la police – se sert de l’existence de « casseurs » pour mettre avec l’aide des médias l’accent sur les incidents autour des manifestations afin de ne pas parler de la mobilisation réelle. Heureusement, les travailleurs qui se mobilisent ne se laissent pas détourner de la lutte essentielle. (Lutte ouvrière, 25 mai)

Rappelons que, en 1977, LO a préconisé le contrôle populaire de la police et de l’armée ; en 2005 et en 2007, elle a soutenu les manifestations de policiers et leurs « revendications ».

Pour finir, les charlatans transforment la défaite en victoire. Dans un article laudateur qu’on croirait écrit par le PCF, la direction de LO vante les mérites de l’appareil CGT corrompu par l’État bourgeois et le patronat, qui a saboté le mouvement et qui a permis ainsi au gouvernement de faire passer la loi El Khomri.

Une fois son choix fait, la direction de la CGT a eu une tactique adaptée au mouvement. Les manifestations périodiques, annoncées à l’avance de façon à ce que chacune prépare la suivante, ont structuré le mouvement, lui ont permis de perdurer et de s’élargir, ne serait-ce qu’au sens de permettre à différents moments que telle ou telle catégorie des travailleurs entre dans l’action. (Lutte de classe, juillet 2016)

Selon les flancs-gardes du stalinisme, ce sont les travailleurs qui ont empêché la CGT d’aller plus loin.

En fait, la politique qu’elle proposait correspondait au mouvement lui-même, au niveau de la mobilisation. (Lutte de classe, juillet 2016)

Pour les centristes, la classe ouvrière a la direction qu’elle mérite.

Toutes les variétés de représentants désenchantés et apeurés du pseudo-marxisme partent du point de vue que la banqueroute de la direction ne fait que refléter « l’incapacité » du prolétariat à remplir sa mission révolutionnaire. Tous nos adversaires n’expriment pas clairement cette idée, mais tous, ultragauches, centristes, anarchistes, sans parler même des staliniens et des sociaux-démocrates – se déchargent de la responsabilité de la défaite sur le dos du prolétariat. Aucun d’eux n’indique dans quelles conditions précisément le prolétariat s’avérera capable de réaliser la révolution socialiste. (Trotsky, « L’URSS dans la guerre », 25 septembre 1939, Défense du marxisme, p. 114)

Il n’y aura pas de révolution victorieuse sans lutte préalable contre les directions traîtresses, une tâche qu’esquivent tant les centristes que les gauchistes.

Il faut absolument déshonorer complètement et faire chasser des syndicats tous les incorrigibles chefs de l’opportunisme et du social-chauvinisme. Il est impossible de conquérir le pouvoir politique (et il ne faut pas essayer de prendre le pouvoir) aussi longtemps que cette lutte n’a pas été poussée jusqu’à un certain degré. (Lénine, « La Maladie infantile du communisme », 1920, Œuvres t. 31, p. 46-47)

Militants de LO et du NPA, pour comprendre la lutte des classes et le rôle des agents de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier, pour intervenir au compte de la classe ouvrière mondiale, étudiez sérieusement Lénine (spécialement après 1914) et Trotsky (à partir de 1917), lisez Révolution communiste, discutez avec le Groupe marxiste internationaliste !

10 août 2016