1936-1938 : la coalition de Front populaire empêche la classe ouvrière de prendre le pouvoir en France

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Depuis 1936, les partis ouvriers bourgeois ne cessent de seriner aux masses que le gouvernement de Front populaire était leur gouvernement, que c’est à lui que l’on doit les « avancées » sociales obtenues en 1936 et qu’il faut recommencer. Rien n’est plus faux .

Ainsi, le 1er mai, Cambadélis avait déposé, en levant le poing, une gerbe à la statue de Blum : « Léon Blum c’est la gauche unie, la gauche qui agit ! ». Le Premier secrétaire du PS a comparé Hollande à Blum et dénoncé ceux qui divisent « la gauche ».

Quelques semaines plus tard, le 37e congrès du PCF se prononce pour la formation d’un nouveau « Front populaire et citoyen, à la fois fait de mobilisations sociales, de constructions citoyennes et d’alliance avec des courants transformateurs et réformistes prêts à agir pour un projet de transformation sociale ».

Alors que la chambre de Front populaire élue en avril-mai 1936 a voté en juillet 1940 les pleins pouvoirs à Pétain, le Parti radical ayant repris dès 1938 toutes les conquêtes obtenues par la grève générale de 1936, d’ailleurs absentes du programme du Front populaire.

Ne pas confondre la poussée révolutionnaire de 1936 et la coalition contre-révolutionnaire qui l’a bloquée

Les communistes internationalistes ont défini la nature bourgeoise et contre-révolutionnaire du Front populaire en ces quelques mots :

Le « Front populaire » est une alliance du prolétariat avec la bourgeoisie impérialiste représentée par le Parti radical et d’autres débris plus petits, de la même espèce. Cette alliance s’étend au domaine parlementaire. Dans tous les domaines, le parti radical qui conserve, lui, sa liberté d’action, limite brutalement celle du prolétariat ». (Lev Trotsky,« Pour les comités d’action, pas le Front populaire»,26 novembre 1935, Le Mouvement communiste en France, Minuit,p. 535)

Le Front populaire, c’est-à-dire la politique de soumission à l’ordre bourgeois qu’il défend, est toujours, de nos jours, promu comme la voie de l’amélioration du sort du prolétariat au sein du capitalisme par la bureaucratie des partis réformistes et des syndicats de salariés.

Ainsi, le dernier et récent congrès du PCF, en juin 2016, se prononce pour la formation d’un nouveau « Front populaire et citoyen, à la fois fait de mobilisations sociales, de constructions citoyennes et d’alliance avec des courants transformateurs et réformistes prêts à agir pour un projet de transformation sociale ». Cette bouillie indigeste limite le programme du PCF à des objectifs vaguement démocratiques bourgeois. Se prononcer pour une politique « d’alliance » avec des « courants transformateurs et réformistes » ne vise qu’à embrouiller la conscience ouvrière qui, ces derniers mois, a cherché, mais en vain, une issue à la crise sur le terrain de la lutte de classe, notamment pour arracher le retrait de la loi travail, machinerie législative dirigée contre le prolétariat et ses acquis. Le seul moyen pour l’obtenir, à savoir la grève générale, a été et est toujours farouchement combattu par les staliniens qui dirigent la CGT et la FSU,comme par les réformistes de FO et de SUD.

Le PS ne pouvait faire moins qu’inaugurer en juin au Palais Bourbon, une plaque à Léon Blum, Président du conseil des ministres (Premier ministre) du gouvernement de Front populaire de 1936-38. Claude Bartolone, président PS de l’Assemblée actuelle, présente Blum comme celui qui « avait appris à la République ce que pouvait faire un peuple quand la gauche s’unit » Et d’enfoncer le clou : « La victoire et les réformes sociales demeurent : seule l’unité les permit ».

Victoire ? Alors que la même chambre de Front populaire élue en avril-mai 1936 votait en juillet 1940 les pleins pouvoirs à Pétain, la bourgeoisie ayant repris dès 1938 toutes les conquêtes antérieures, les fameuses « réformes sociales ». Unité ? Unité avec qui ? Avec la bourgeoisie « antifasciste », « anti-impérialiste » ou « progressiste » ? Ou bien unité révolutionnaire de la classe pour arracher le pouvoir, seul moyen d’en finir avec le capitalisme ?

Revenons à la situation des années 1930, en France et en Europe, pour comprendre comment le puissant mouvement de classe de mai-juin 1936 a été freiné, canalisé, dévoyé et finalement détruit par le Front populaire, ce qui aboutit à la terreur fasciste en 1940, les pleins pouvoirs étant confiés au maréchal Pétain par l’Assemblée élue en1936.

La classe ouvrière aspire à l’unité de combat contre la menace fasciste

De 1928 à 1933, la 3e Internationale dirigée par Boukharine et Staline, au nom de la révolution, use d’une terminologie gauchiste, parle de barricades et autres assauts purement verbaux contre les bastilles du capital. La bureaucratie étatique qui a pris le contrôle du Parti communiste et de l’URSS en 1924, après avoir ménagé les commerçants et les paysans riches, collectivise brutalement l’agriculture en 1928-29. Staline chasse Boukharine du pouvoir. L’Internationale communiste stalinisée entame la politique dite de la « 3e période » : elle prédit l’imminence de la révolution, prône l’offensive indépendamment des circonstances concrètes.

Certes, la crise économique mondiale de 1929 secoue l’Europe capitaliste et l’Amérique du Nord. Mais comment la révolution serait possible si Hitler prend le pouvoir dans la principale économie d’Europe, là où le mouvement ouvrier compte les deux plus grands partis d’Europe, le parti social-démocrate SPD et le parti communiste KPD ? Or, loin de mesurer le danger, la direction de l’IC et celle de sa section allemande se déchaînent contre la social-démocratie, accusée d’être l’aile gauche du fascisme, d’être « social-fasciste ».Le stalinismetourne le dos au front unique ouvrier du 4e congrès au profit du « front unique à la base », qui exige en préalable à toute action commune que la base du SPD dénonce sa direction au lieu de faire la preuve de sa trahison dans l’action commune. Il arrive même que le KPD s’allie au NSDAP nazi contre la social-démocratie.

L’Opposition de gauche de l’Internationale communiste tente d’empêcher la catastropheet d’ouvrir la voie de la révolution socialiste en demandant au KPD de combattre le NSDAP par le front unique ouvrier avec le SPD (et les syndicats).

Nous, marxistes, considérons Brüning [Zentrum] et Hitler [NSDAP] ainsi que Braun [SPD] comme les tenants d’un même système… Mais, aujourd’hui, ces éléments sont en conflit, et le parti du prolétariat doit absolument utiliser ce conflit dans l’intérêt de la révolution… Il faut se dresser contre le fascisme en formant un seul front. Et ce front de lutte directe contre le fascisme, commun à tout le prolétariat, il faut l’utiliser pour une attaque de flanc, mais d’autant plus efficace contre la social-démocratie… (Lev Trotsky, « En quoi la politique du KPD est-elle erronée ? », 8 décembre 1931, Contre le fascisme, p. 189-190)

Le capitalisme français avait été relativement protégé en 1929 de la crise capitaliste mondiale par son retard industriel et son empire colonial (grossi après la 1re Guerre mondiale du Togo, du Cameroun, de la Syrie et du Liban). Mais, dans une économie mondiale déjà internationalisée, il ne peut y échapper, ce que la petite bourgeoisie rurale et la classe ouvrière paient.

Ce n’est qu’à l’automne de 1931 que la France prend à son tour conscience de la crise économique. Tardive, la crise est aussi pernicieuse. Elle se manifeste par une chute de la production. Dans le domaine agricole, elle atteint les trois produits clés (le blé, le vin et la betterave)… Dans l’industrie, ce sont les branches anciennes, les plus importantes par le nombre de salariés et la valeur de la production qui sont touchées : charbon, fer, acier, textiles s’effondrent, faute de débouchés… Le budget de l’État devient déficitaire en 1931… la balance des paiements se détériore… le chômage atteint environ 500 000 personnes en 1936. (Serge Bernstein & Pierre Milza, Histoire du XXe siècle, 1996, Hatier, t. 1, p. 273)

Après la défaite en 1933 sans combat du prolétariat allemand faceaux bandes armées du NSDAP d’Hitler, le fascisme autrichien écrase la milice du SPO. En outre, les fascistes se renforcent en France, en Belgique, dans les Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Suisse, au Danemark, en Norvège, en Irlande… Le gouvernement de Daladier (PR) laisse les mains libres à Mussolini en Éthiopie, un des rares pays indépendants d’Afrique, si bien que l’armée impérialiste italienne l’envahit en octobre 1935. Les troupes allemandes, de leur côté, reprennent en mars 1936 la Rhénanie, qui avait été démilitarisée.

Les communistes internationalistes qui s’étaient battus, en Allemagne, en Autriche, en France, en Espagne… pour redresser l’Internationale communiste et pour le front unique ouvrier tirent la leçon de la défaite sans combat en Allemagne, de l’absence d’autocritique du KPD et de la direction de l’IC ou deprotestation d’une quelconque section de l’IC. Les « trotskystes » se résolvent à la perspective d’une nouvelle internationale (et d’un nouveau parti dans chaque pays) pour conduire la révolution prolétarienne, seul moyen de faire barrage au fascisme et d’échapper au risque de guerre qui grandit.

En France, les « ligues » fascistes (Action française, Croix de feu, Jeunesses patriotes, Solidarité française) se sentent à tel point galvanisées par la victoire des nazis en Allemagne qu’elles manifestent le 6 février 1934 place de la Concorde avec l’objectif avoué de renverser le régime parlementaire de la 3e République. Or, le 12 février, malgré les années de division ouvrière, malgré la politique criminelle et paralysante du « social-fascisme » initiée par les staliniens, avec un sûr instinct de classe, les cortèges ouvriers séparés de la SFIO et du PCF fusionnent à Paris et bientôt en province. Cette riposte s’inscrit dans une poussée des luttes à l’échelle internationale,durant 1934,contre les conséquences de la crise capitaliste et contre le fascisme : insurrection ouvrière aux Asturies en Espagne, vague de grèves dans l’industrie automobile et le transport aux États-Unis…

Le 12 février, le jour de la grève générale et des manifestations monstres, les ouvriers de France ont imposé pour 24 heures le front unique aux deux appareils bureaucratiques. Mais ce fut de l’improvisation et, pour vaincre, il faut de l’organisation… La défense révolutionnaire doit devenir la grande école de l’offensive. Les ouvriers de France ont montré que brûle encore dans leur sang la flamme des révolutions que couronna la Commune de Paris. Mais il ne suffit pas d’être seulement prêts à se battre, comme le montre l’exemple de l’Autriche. Il faut de la technique, il faut de l’organisation, il faut un plan, il faut un état-major. (Lev Trotsky, « Manifeste des communistes internationalistes au prolétariat mondial »,mars 1934, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 427)

Les staliniens détruisent le front unique ouvrier et imposent la coalition avec le principal parti bourgeois

La situation politique est ainsi radicalement changée et la direction de l’IC doit s’y adapter en opérant un tournant à 180 degrés. Dans un premier temps, le Parti communiste signe avec la SFIO un pacte d’unité d’action en juillet 1934. La Ligue communiste (bolchevik-léniniste), pour influencer la classe ouvrière, entre dans le front unique dont elle est écartée par le PC-SFIC en rejoignant le PS-SFIO (l’adhésion collective au PCFest impossible car la direction stalinienne traite les BL de fascistes et lesfait agresser physiquement).

Le Groupe bolchevik-léniniste (GBL),avec son organe La Vérité, combat pour le front unique organise la milice ouvrière, la défense contre les organisations fascistes. Il défend la perspective d’une nouvelle internationale et d’un parti ouvrier révolutionnaire regroupant les fractions et les militants arrachés auxbureaucraties du PC-SFIC et du PS-SFIO.Mais les appareils ne l’entendent pas de cette manière. Ils s’empressent de rendre le front unique ouvrier inopérant, inoffensif.

Tandis que les ouvriers, endormis par des phrases générales sur le front unique, s’occuperont de parades, les fascistes multiplieront leurs cadres et leurs provisions d’armes, attireront de nouveaux contingents de masses et, à l’heure convenablement choisie, déclencheront l’offensive. Ainsi le front unique a été pour les staliniens français une forme de leur capitulation devant la social-démocratie. Les mots d’ordre et les méthodes du front unique actuel expriment la capitulation devant l’État bonapartiste lequel, à son tour, fraye la voie au fascisme. (Lev Trotsky, « SFIO et SFIC, la voie du débouché », août 1934, Le Mouvement communiste en France, Minuit,p. 437)

La base de petits patrons, d’agriculteurs, de cadres, de fonctionnaires du Parti radical est écartelée entre le fascisme et la révolution. La classe ouvrière peut en attirer un grand nombre si elle est résolue. Elle semble s’engager dans cette voie avec des grèves en 1935 (Brest, Toulon, fonctionnaires), des affrontements avec les fascistes (Limoges le 17 novembre) et la mise sur pied de la milice de la SFIO (TPS) sous l’impulsion des bolcheviks-léninistes du GBL.

La bureaucratie stalinienne veut en finir avecle front unique ouvrier à cause de l’impulsion qu’il peut donner à la classe ouvrière. Une révolution socialiste mettraiten cause non seulement le capitalisme français, mais l’ordre européen et doncle pouvoir de la caste étatique de l’URSS. La bureaucratie usurpatrice redoute la révolution prolétarienne et la combat.

La trahison de Staline et de la direction de l’Internationale communiste s’explique par le caractère de la couche dirigeante actuelle en URSS. C’est une bureaucratie privilégiée et incontrôlée, qui s’élève au-dessus du peuple et qui opprime le peuple… La bureaucratie est sans pitié lorsqu’elle voit approcher une menace contre sa domination et ses privilèges.(Lev Trotsky, « Lettre ouverte aux ouvriers français », 10 juin 1935, Le Mouvement communiste en France, Minuit,p. 506, 510)

Staline mise, pour contrer la menace fasciste à l’ouest, sur l’alliance avec les vieilles bourgeoisies impérialistes anglaise et française. Les partis « communistes » des pays impérialistes deviennent des partis sociaux-impérialistes, comme auparavant les partis « socialistes ».

En octobre 1934, le secrétaire général du PCF Thorez prend l’initiative de tendre la main au Parti radical, un parti bourgeois « de gauche ». C’est la reprise de la politique du Parti menchevik russe sans même l’excuse d’une révolution démocratique à accomplir puisque celle-ci a eu lieu en France 150 ans auparavant. En mai 1935, Staline approuve la politique militariste de l’État impérialiste français (pacte franco-soviétique Laval-Staline). Le membre du bureau politique du PCF Cachin retrouve le temps où il soutenait, comme dirigeant de la SFIO, le militarisme français de 1914 à 1918. Le parti stalinien met en veilleuse l’antimilitarisme et l’anticolonialisme. Le 14 juillet 1935, Duclos, du bureau politique, revendique le drapeau tricolore et la Marseillaise.

Sur l’ordre de Staline, Cachin, Thorez et consorts appellent à présent les ouvriers français à soutenir leur militarisme national, c’est-à-dire l’instrument de leur oppression de classe et de l’avilissement colonial. (Lev Trotsky,« Lettre ouverte aux ouvriers français », 10 juin 1935, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 502)

Sous la dénomination de « Rassemblement populaire » puis de « Front populaire », un accord politique est passé en juillet 1935entre le PS-SFIO,le PC-SFIC, la CGT (dont la direction est proche de la SFIO), la CGTU (dont la direction est au PCF) d’une part etd’autre part le PR et d’autres débris bourgeois, surun programme proche de celui du PR, respectueux des institutions de la 3e République, des colonies et du « droit » de propriété.La direction du PC s’oppose même aux nationalisations proposées par la SFIO et la CGT.

Que propose ce programme ? Un ensemble de mesures qui sont, en partie d’utopiques illusions petites-bourgeoises, en partie des mesures qui serviront bien la bourgeoisie. En tout cas, on n’y trouve rien qui serve réellement les intérêts du prolétariat… Pas un mot sur le budget de guerre ! Pas un mot sur la politique militaire en France et aux colonies. (Pierre Naville, « Que signifie le programme du Front populaire ? », 17 janvier 1936, L’Entre-deux guerres, p. 503-505)

Trotsky écrit au secrétariat international de la Ligue des communistes internationalistes qu’il faut désormais lever le drapeau de la 4e Internationale.

Non seulement la SFIO n’est pas un parti révolutionnaire, mais même pas un parti prolétarien. Elle est petite-bourgeoise, non seulement par sa politique, mais aussi par sa composition sociale. Le prestige acquis par le GBL doit se transformer en rayonnement parmi les ouvriers. (Lev Trotsky, « Une nouvelle étape », 10 juin 1935, Œuvres, t. 5, EDI, p. 327)

En effet, la direction de la SFIO commence à s’en prendre aux bolcheviks-léninistes devenus gênants. Faure et Blum bénéficient de la complicité de leuraile gauche : Zyromski aligne la Bataille socialiste sur le PC et attaque vigoureusement les bolcheviks-léninistes ; Pivert constitue la Gauche révolutionnaire (GR) dont la fonction est de retenir dans le parti réformiste et le Front populaire les jeunes et les travailleurs séduits par l’activité et la théorie des BL, en copiant leur langage et en reprenant une partie de leur programme.

Les raisonneurs de la « gauche révolutionnaire », devant l’exclusion des internationalistes, font du va-et-vient entre sociaux-patriotes et internationalistes, mais invariablement concluent en se désolidarisant… des exclus. Pourquoi ? Parce que excluent sont politiquement plus proches d’eux. (Lev Trotsky,« La voie des socialistes révolutionnaires », 7 novembre 1935, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 531)

En mars 1936, la CGT et la CGTU fusionnent, ce qui attire 250 000 adhérents nouveaux. Les élections législatives d’avril-mai 1936 témoignent des rapports changeants entre les classes. Elles donnentla majorité à « la gauche ». Au premier tour, le PR chute (1,4 million, -350 000 voix), le PS-SFIO se maintient (1,9 million) et le PC, qui a déjà une meilleure implantation chez les salariés que la SFIO,progresse car ilusurpele prestige de la Révolution d’Octobre (1,5 million, +600 000 voix). Le pacte de Front populaire assure le désistement au second tour pour le candidat le mieux placé, si bien que le PR, avec moins de voix que le PC, obtient 115 députés alors que le PC n’en a que 72.

Si socialistes et communistes avaient mené une politique de classe, c’est-à-dire s’ils avaient lutté pour l’alliance des ouvriers et des éléments semi-prolétariens des villes et des campagnes contre la bourgeoisie dans son ensemble, y compris son aile radicale pourrie, ils auraient eu infiniment plus de voix, et les radicaux ne seraient revenus à l’Assemblée qu’en nombre insignifiant. (Lev Trotsky, « L’Étape décisive », 5 juin 1936, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 573)

Les travailleurs ne veulent pas attendre alors que le PCF se refuse de gouverner et que la SFIO discourt beaucoup en attendant l’autorisation de gouverner. Ils déclenchent la grève générale.

La grève générale de juin 1936 pose la question du pouvoir

La grève qui commence le 11 mai 1936 à l’usine Bréguet du Havre, et qui succède d’ailleurs à de nombreux conflits entre salariés et patrons depuis deux ans, s’accompagne, phénomène nouveau, de l’occupation des locaux, une méthode probablement importée par les ouvriers d’origine italienne. Comme toutes celles qui vont suivre rapidement : chez Latécoère à Toulouse, aux usines Bloch à Courbevoie. Grèves souvent victorieuses que passe d’abord sous silence puis minimise L’Humanité, l’organe du PC,comme Le Populaire, celui de la SFIO. Encore plus significatif, le Parti radical s’opposeà la date du 24 mai, retenue pour célébrer la Commune de Paris par une grande manifestation au mur des Fédérés et lui opposent le 14 juin. Malgré les bureaucraties du PCF et de la SFIO prêtes à céder, les travailleurs se pressent le 24 mai au Père-Lachaise par centaines de milliers. La classe ouvrière se sent forte et engage un immense mouvement d’une ampleur nouvelle, inconnue : la grève générale.

C’est alors que les 33 000 ouvriers de chez Renault-Billancourt, le cœur du prolétariat parisien, entrent en grève, ils occupent l’usine, hissent le drapeau rouge. Le même jour, la grève fait tache d’huile dans toute la métallurgie parisienne : Fiat, Chausson, Talbot, Citroën, Gnome et Rhône… Les grèves s’étendent à toutes les entreprises privées, au cœur de l’exploitation capitaliste : manufactures, chantiers, mines, ports, grands magasins, etc. même si la fonction publique, plus contrôlée par la bureaucratie syndicale, est peu touchée.

Les cheminots, les PTT, les services publics, les enseignants, respectivement syndiqués à hauteur de 22 %, 44 %, 36 %, 35 % n’entrent pas en action. La métallurgie, le textile, l’alimentation, qui fournissent en revanche les plus forts contingents de grévistes, sont syndiqués à hauteur de 4 %, 5 %, 3 %. Plus le mouvement gagne en ampleur, plus les secteurs touchés sont faiblement syndiqués. (Danielle Tartakowsky, Le Front populaire, 1996, Gallimard, p. 64)

Le patronat est impuissant. À la suggestion de faire appel à la police, voire à la troupe pour faire évacuer les entreprises, Albert Sarraut, Premier ministre (PR) jusqu’en juin, rétorque : « Non, surtout pas cela… Nous risquons le conflit sanglant… C’est du sang qui rejaillira sur nous et cela nous interdira peut-être de reprendre la direction de nos usines ».

Le 27 mai, alors que le mouvement s’approfondit, englobant des milliers de sites de travail occupés (on en compte 9 000 le 4 juin sur 12 000 grèves), Pivert, dirigeant de l’aile gauche de la SFIO, et qui se réclame de la « révolution », lance dans Le Populaireun appel : « Tout est possible ». La formule est frappante mais le contenu de cet « appel » reste creux, sans perspective d’armement, de comités. Pivert appuie le Front populaire, l’union de son parti, « à la pointe du mouvement », des « amis radicaux », lesquels, selon lui, « ne désirent pas s’opposer aux nationalisations », et des « frères communistes », lesquels, selon lui, ne sauraient « retarder l’heure de la révolution sociale en France ». Tel est le contenu du « Front populaire de combat », la ligne de la GR. Pivert se voit offrir en récompense un poste au gouvernement SFIO-PR.

Les centristes ont beau bavarder sur « les masses », c’est toujours sur l’appareil réformiste qu’ils s’orientent. (Lev Trotsky,« Pour les comités d’action, pas le Front populaire»,26 novembre 1935, Le Mouvement communiste en France, Minuit,p. 540)

Pourtant, en quelques jours, tout a changé : les opprimés prennent conscience de leur force, de la puissance de l’action collective contre le capital.

Ce qui s’est passé, ce ne sont pas des grèves corporatives, ce ne sont même pas des grèves. C’est la grève. C’est le rassemblement au grand jour des opprimés contre les oppresseurs, c’est le début classique de la révolution. (Lev Trotsky, « La révolution française a commencé », 9 juin 1936, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 579)

Jouhaux et les dirigeants de la CGT réunifiée sont submergés par la grève générale mais l’appareil résiste.Les dirigeants syndicaux et politiques refusent que soit posée la question du gouvernement ouvrier comme solution à la crise politique. Ils sont suivis et protégés par les centristes (Bataille socialiste-SFIO de Zyromski, GR-SFIO de Pivert, PUP de Louis et Juncker, Que faire de Ferrat…) et les anarchistes (FA, CGTSR) qui se félicitent que les grèves restent sur le terrain économique.

Face à la grève qui continue à s’étendre, la bourgeoisie exige de Blum qu’il œuvre à son compte. Il constitue son gouvernement le 4 juin et parle aux grévistes le 5 à la radio. Rien n’y fait. Le 7 juin, la Confédération Générale du patronat français s’affole et pour sauver l’essentiel, la propriété etl’État bourgeois, elle se décide à céder ce qu’elleavait refusé la veille encore. Tous les partis du Front populaire s’emploient à présenter l’État comme un arbitre au-dessus des classes. Or, sans prise du pouvoir par la classe ouvrière, sans destruction de l’État bourgeois, les concessions peuvent être reprises.

Les « Accords Matignon » du 7 juin salués chaleureusement par les dirigeants de la CGT, de la SFIO, du PC, ne s’accompagnent pas de la reprise du travail. Pourtant, les concessions de la bourgeoisie sont considérables : établissement immédiat de contrats collectifs de travail, reconnaissance du droit à se syndiquer, majoration des salaires de 7 à 15 %. Le 9 juin, l’AG de 700 délégués des métallos parisiens en grève refuse de reprendre le travail. La direction de la CGT s’incline. Les travailleurs envisagent une puissante manifestation de rue, de « descendre sur Paris ». Le 12 juin, le patronat cède sur tous les points qui restaient en litige. Le 12 juin, à l’initiative du comité de grève des usines Hotchkiss se forme un comité d’entente entre les usines, un embryon de soviet qui risquait de se développer, de s’étendre et de poser la question du pouvoir.

La veille, le 11, le PCF a rassemblé ses partisans au gymnase Jean Jaurès et met la classe ouvrière en garde contre la poursuite de la grève. L’Humanité polémique contre la formule de Pivert :« Non, tout n’est pas possible… Il n’est nullement question de chambardement ni d’anarchie ». Et le secrétaire général du PCF d’appuyer sur le frein de toutes ses forces :

Notre but reste le pouvoir des soviets, mais ce n’est pas pour ce soir, ni pour demain matin… Alors, il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir un compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées, mais que l’on a obtenu la victoire sur les plus essentielles des revendications.(Maurice Thorez, « Discours », 11 juin 1936, cité par Georges Lefranc, Histoire du Front populaire, Payot, 1974, p. 164)

Et dès le lendemain, partout, les cadres du PCF martèlent : « Il faut savoir terminer une grève ».Les royalistes et les staliniens demandent des mesures contre les « provocateurs trotskystes ». Le 12 juin au soir, le gouvernement de Front populaire fait saisir l’hebdomadairedu Parti ouvrier internationalisteLa Lutte ouvrière qui titre : « Dans les usines et dans les rues, le pouvoir aux ouvriers » et engage des poursuites judiciaires contre le Parti ouvrier internationaliste (4e Internationale). Le cas échéant, l’ordre sera maintenu par la force, affirme le ministre de l’Intérieur, Salengro. Duclos, du bureau politique du PCF, crie à tue-tête : « Nous sommes là pour maintenir l’ordre ». Et de soutenir qu’en maints domaines (salaires, lutte contre le chômage, défense de la propriété), « les radicaux ont raison » (L’Humanité, 27 juin).

Au congrès du PS-SFIO, le premier ministre oppose le parlement bourgeois à la révolution sociale.

Il n’y a pas de majorité prolétarienne, il y a une majorité de Front populaire. Il s’ensuit que nous agissons à l’intérieur du régime social actuel. (Léon Blum, « Discours », 31 juin 1936, cité par Danielle Tartakowsky, Le Front populaire, 1996, Gallimard, p. 71)

Malgré le matraquage politique des sociaux-démocrates et des staliniens, la classe ouvrière continue à combattre. Mais la bourgeoisie commence à relever la tête. Il est temps pour le patronat de frapper car Faute de parti révolutionnaire implanté, les masses restent désorientées et le mois de juillet voit la grève s’étioler, se diviser, se fragmenter.

En désarmant politiquement le prolétariat, les Blum, Paul Faure, Cachin, Thorez tiennent surtout à ce qu’il ne s’arme pas physiquement. (Lev Trotsky,« La France à un tournant », 28 mars 1936, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 511)

La révolution espagnole qui éclate le l7 juillet 1936, en réponse à la rébellion militaire du Maroc et au coup d’Etat fasciste de Franco, est combattue par l’Allemagne et l’Italie fascistes comme par l’Angleterre « démocratique ».Sous la pression diplomatique du Royaume-Uni et sous les menaces de démission des ministres radicaux, Blum se refuse à écouter les cris de solidarité des masses en France et se rallie le 7 août à la politique de « non-intervention ». Les députés PCF s’abstiennent. Le gouvernement de FP, avec la caution du Parti « communiste » refuse toute indépendance aux peuples coloniaux. Autre coup porté au prolétariat révolutionnaire, lors du premier procès ouvert à Moscou le 19 août1936, la bureaucratie stalinienne calomnie, condamne à mort et exécute seize dirigeants du Parti bolchevik et de l’IC. Dans cette situation internationale, Thorez lance la perspective du « Front des Français »,du PCFaux Croix-de-Feu (la principale organisation fasciste). Il s’agit de désorienter au maximum afin de faire refluer le prolétariat et paralyser sa lutte.

Février 1937 : la bourgeoisie repart à l’offensive

En septembre 1936, les masses laborieuses ont repris le travail. Malgré d’importantes conquêtes, l’ordre social reste le même. Les patrons s’organisent sous le mot d’ordre : « Patrons, soyez des patrons ». Le 7 octobre, pour la première fois, une entreprise, – la Chocolaterie des Gourmets – occupée par des grévistes, est « libérée » par la police. Au congrès du Parti radical, à Biarritz, les délégués condamnent « l’occupation des usines, des magasins et des fermes, qui constitue une atteinte à la liberté ».

Le 26 janvier 1937, le gouvernement Front populaire interdit l’Etoile nord-africaine. Les staliniens calomnient l’ENA remplacée par le PPA en insinuant qu’elle converge avec les colons fascistes.

Le 22 janvier, « L’Humanité » déclarait : « Des correspondants nous expriment leur indignation de voir les dirigeants de l’ENA prendre la même position que les gros colons Croix-de-feu d’Algérie et les fascistes d’ici »… L’Etoile est remplacée le 11 mars par le PPA (Parti populaire algérien) que le PCF affecte d’appeler Parti populaire pour l’assimiler à celui de Doriot… Contrairement aux accusations du PC, Messali a toujours refusé toute compromission avec le fascisme et l’Allemagne et il sera condamné sous Vichy à seize ans de travaux forcés. (Claude Liauzu, Histoire de l’anticolonialisme en France, Pluriel, 2010, p. 348-349)

La répression n’est pas moins sévère en Indochine.

Le ministre Mouet repousse la légalisation du syndicalisme et toute réforme vers l’indépendance. Les arrestations reprennent rapidement. Les prisons et les bagnes se remplissent rapidement. Ta Tu Thau [un dirigeant bolchevik-léniniste] y retourne avec des milliers de Vietnamiens. (Claude Liauzu, Histoire de l’anticolonialisme en France, p. 350)

Le 13 février, Blum estime « qu’un temps de pause est nécessaire », c’est-à-dire l’arrêt pur et simple de toute nouvelle réforme, ouvrant la voie à la dislocation et à l’affaiblissement de la force des masses, alors que même les 40 heures votées par l’Assemblée nationale ne sont toujours pas appliquées et que le chômage est loin d’être résorbé.

La bureaucratie du parti stalinien se consolide au sein du capitalisme français.

Le siège, en 1937, était transféré au carrefour Châteaudun : symbole d’enrichissement que ce grand immeuble moderne… Le Front populaire, pour le parti, n’est pas seulement le temps des grandes initiatives, le temps de l’enrichissement, de la conquête de positions économiques et matérielles, c’est aussi le temps où le formalisme et la hiérarchie deviennent envahissants… (Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, t. 1, Fayard, 1980, p. 478-479)

Les dirigeants du PCF approuvent la « pause » de Blum, calomnient tous ceux qui s’y opposentet demandent une fois de plus que l’on élargisse le gouvernement vers la droite. Pivert, le chef de la GR de la SFIO,se prononce contre mais il se refuse à couper ses liens avec la bourgeoisie « démocratique » (il reste franc-maçon comme tant de dirigeants du PS et du PR) et à rompre avec le Parti radical, à ouvrir la perspective d’un gouvernement sans ministre représentant la bourgeoisie.

Des journaux se livrent à une débauche de mensonges et d’antisémitisme contre le gouvernement qui a cédé aux travailleurs, sachant que Blum est d’origine juive. Les organisations fascistes, dissoutes, se reconstituent sous de nouveaux noms. De nouvelles apparaissent publiquement (PPF fondé par Doriot, un ancien dirigeant du PCF) ou agissent secrètement (CSAR, dit « Cagoule »). Les prix grimpent en flèche, les salaires ne suivent pas. Les travailleurs de l’Exposition des arts et des techniques se mettent en grève et, devant Jouhaux, Blum et Gitton, du bureau politique du PCF, accourus sur le chantier, ils s’écrient : « Nos 15 % ! ».

De frein, le Front populaire passe en 1937 à la répression ouverte. C’est le cas de manière sanglante à Barcelone, car une véritable révolution a éclaté en Espagne en 1936 (armement du peuple, contrôle ouvrier des entreprises, expropriation de terres…) ; c’est le cas à moindre échelle en France où la classe ouvrière est potentiellement plus puissante mais où la situation était seulement prérévolutionnaire.

L’affrontement est inéluctable. Le 16 mars 1937, le Parti social français (ex-Croix-de-Feu) décide de tenir meeting à Clichy, véritable provocation contre ce bastion ouvrier. Le gouvernement ne l’interdit pas mais à l’appel du maire socialiste et du député communiste, une contre-manifestation est organisée. La police du ministre PS Dormoy ouvre le feu : 5 morts (dont une militante de la GR) et des centaines de blessés (dont Blumel, SFIO, qui tentait à ce moment de calmer les manifestants).

L’émotion est immense dans la classe ouvrière mais Blum se refuse à sanctionner les responsables de la fusillade. L’UD-CGT de la région parisienne décide une grève limitée à une demi-journée le l8 mars. Le stalinisme défend l’ordre bourgeois et fait diversion en demandant au gouvernement l’interdiction du PSF.

Le peuple de France veut l’ordre et la tranquillité, il veut vivre en paix dans le travail et le respect de l’ordre républicain. Afin de mettre hors d’état de nuire ceux qui veulent troubler l’ordre en France pour favoriser les desseins d’asservissement de notre pays que poursuit le fascisme international, nous demandons, en application du «programme du Front populaire» : Le désarmement et la dissolution des Ligues factieuses camouflées en partis. (PCF, Proclamation, 20 mars 1936, http://lesmaterialistes.com/sang-coule-parti-communiste-sfic-mars-1937)

Le 21 mars, un immense cortège accompagne les corps des victimes. Le 23, à l’Assemblée, députés PCF, SFIO et PR votent la confiance au gouvernement des fusilleurs de Clichy. Seuls le POI (4e Internationale), les JS et la GR fustigent les « assassins de Clichy ». Les dirigeants du PCF dénoncent… les « trotskystes ».

Vaillant-Couturier, le 30 mars, dans l’éditorial de « L’Humanité », affirme solennellement… : « La sous-estimation du trotskisme serait l’un des atouts du fascisme international ». (Philippe Robrieux, Thorez, Fayard, 1975, p. 212)

En juin 1937, le Sénat renverse le gouvernement Blum avec les voix des sénateurs PR. La SFIO s’incline. Malgré cette politique des chefs du PS-SFIO et du PC qui a sauvé la bourgeoisie et désarmé politiquement le prolétariat, l’aspiration des masses à la révolution n’a pas été encore étouffée.

En décembre 1937, les grévistes deGoodrichfont appel à la solidarité ouvrière de la région parisienne et l’obtiennent. Les dirigeants de l’UD-CGT, avec l’aide de la SFIO et du PCF, imposent la reprise du travail.Le 29 décembre 1937, un autre conflit spontané se déclenche dans les services publics qui n’étaient pas entrés en grève en 1936. Paris est privé d’eau, de gaz, d’électricité et de transports. Malgré le refus du gouvernement, des partis du Front populaire et des dirigeants syndicaux CGT et CFTC, devant la puissance de la grève, satisfaction est finalement donnée et les travailleurs des services publics obtiennent ce qu’ils réclament, une indemnité de vie chère de 1 200 F.

1938 : les radicaux annulent les conquêtes de juin 1936

Le 12 mars, au conseil national de la SFIO, Blum propose l’union sacrée à tous les partis pour redresser l’économie capitaliste préparer la guerre inter-impérialiste. La GR s’y oppose, sur une base pacifiste.

Une nouvelle vague de grèves débute le 24 mars 1938 chez Citroën et s’étend à la métallurgie. Mais les appareils veillent. Le directeur du cabinet de Blum, Blumel(SFIO) menace les responsables des amicales socialistes d’entreprise : « Si lundi 28 mars, la grève n’est pas terminée, Blum s’en va et vous aurez Pétain ». En fait, les travailleursaurontBlum quelques jours puis Pétain pendant quatre longues années.

En avril 1938, Blum constitue un gouvernement « d’union nationale ». De nouveau, il est renversé par le Sénat grâce au vote des sénateurs PR. De nouveau, la SFIO s’incline.Le 10 avril 1938, Daladier (PR) constitue un nouveau gouvernement avec de fieffés réactionnaires, Reynaud, Sarraut, Ramadier, des « centristes catholiques » et autres « modérés ». La SFIO soutient le gouvernement Daladier « d’union nationale ». C’est celui de la revanche dont le programme préconise l’augmentation de la production, le blocage des salaires, la restauration de l’ordre. Le gouvernement prend aussi des mesures contre les immigrés : le décret-loi du 2 mai, l’arrestation et l’expulsion de dizaines de milliers de réfugiés.

La direction de la SFIO se débarrasse en juin 1938 de son aile gauche, qui lui a rendu service pour étouffer la crise révolutionnaire et isoler les travailleurs d’avant-garde des bolcheviks-léninistes. La GR devient gênante au moment de l’union sacrée. Les centristes partent à reculons.

Au cours d’une réunion à Nice, le 8 mai, notre chef de file [Marceau Pivert] crut devoir démentir les « intentions trotskistes » qu’on nous prêtait généreusement de vouloir faire un parti révolutionnaire. (Daniel Guérin, Front populaire, révolution manquée, 1970, Maspero, p. 194)

Sur la question de l’union nationale, notre texte, largement emprunté à la Bataille socialiste, ne contenait aucune condamnation, même implicite de l’initiative de Blum et du vote du 12 mars. (Lucien Hérard, « Editorial », Juin 36, 17 juin 1936)

Pivert, Hérard, Lefeuvre, Collinet, Nicolitch et Guérincréent en juin 1938 le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) avec plusieurs milliers de membres, une bonne partie de la base de la GR refusant de les suivre. Pivert ne parvient pas à persuader le congrès de fondation d’adhérer au Front populaire. La section française de la 4e Internationale, qui ne comporte que quelques centaines de militants, propose au PSOP d’envisager une fusion sur la base du programme communiste révolutionnaire.

L’action pour le front unique prolétarien passe d’abord par le regroupement de l’avant-garde. Nous proposons la fusion entre Parti ouvrier internationaliste et PSOP par la voie d’un congrès préparé en commun. Nous proposons qu’une discussion soit engagée dès à présent, au sommet comme à la base, sur le programme général, et sur le programme d’action (mots d’ordre immédiats). Notre parti propose le programme de la 4e Internationale. (Pierre Naville, « Le front unique de défense et l’unité organique avec le PSOP », 18 novembre 1938, L’Entre-deux guerres, p. 588-589)

La direction du PSOP refuse.

Marceau Pivert propose, au lieu de la fusion des organisations, un « front unique ». Cela a un air solennel, mais ne contient pas grand-chose. Un front unique a un sens quand il s’agit d’organisations de masse. Mais ce n’est pas le cas… Ici, ce qui nous intéresse, c’est toute la politique… Il faut une concentration des forces sur un programme déterminé pour pénétrer avec des forces unies dans les masses… (Lev Trotsky, « Lettre à Daniel Guérin », 10 mars 1939, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 629)

Le PSOP exclut des communistes internationalistes qui l’avaient rejoint individuellement sur consigne du secrétariat international. En réalité, ce qui sépare Pivert de la 4e Internationale est la question du front populaire, le PSOP persistant dans la soumission de la classe ouvrière à la bourgeoisie « antifasciste ». Le PSOPrefusera de passer à la clandestinité quand la 2e Guerre mondiale éclatera en 1940 et de disparaîtra sans gloire.Son noyau dirigeant retournera à la SFIO, tandis que celui de la BS passera au PCF.

Malgré la politique du premier ministre Daladier, le PC et la SFIO ne rompent toujours pas avec le PR. C’est lui qui, en octobre 1938, décide de quitter le Front populaire. La bourgeoisie veut en finir avec les 40 heures. Elle l’obtient le 1er novembre : Reynaud publie une première série de décrets-lois, et déclare, triomphant : « C’en est fini de la semaine des deux dimanches ».

Le 21 novembre, des grèves éclatent partout en région parisienne, le 23, les ouvriers de chez Renault débraient, occupent l’usine de Billancourt qu’ils organisent tel un bastion armé. Mais les dirigeants sabotent : aucun tract ne sera tiré, aucun appel à la solidarité des autres entreprises n’est lancé. Le gouvernement approuvé par l’Assemblée à majorité Front populaire a ainsi les mains libres :1 500 policiers attaquent l’usine, blessent des centaines d’ouvriers, arrêtent 300 d’entre eux et l’évacuent. 285 travailleurs sont condamnés par les tribunaux correctionnels pour « violences ».

Le 25, la direction de la CGT décide une grève de 24 heures prévue seulement 5 jours après, sans occupation ni manifestation.

Jouhaux, Blum et Thorez sont contraints de faire quelque chose pour ne pas perdre définitivement leur crédit… Protestation légale, pacifique, tout à fait inoffensive ! « Pour 24 h seulement » explique Jouhaux avec un sourire déférent à l’égard de la bourgeoisie. (Lev Trotsky, « L’heure de la décision approche », 18 décembre 1938, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 604)

Le 30 novembre 1938, le gouvernement répond en mobilisant l’armée. Le patronat et la justice bourgeoise répriment sévèrement : plusieurs centaines de militants sont condamnés à des peines de prison ferme, d’autres sont licenciés par milliers, arrêtés, pourchassés. L’ordre patronal règne à nouveau dans les usines, comme en 1934-35.

Face au prolétariat aux bras croisés, la bourgeoisie, affranchie de sa panique grâce au Front populaire, ne se prépare nullement, elle, à croiser les bras ; elle a l’intention d’utiliser la démoralisation engendrée par le Front populaire dans les rangs ouvriers pour porter un coup décisif. Dans ces conditions, la grève ne pouvait se terminer que par un échec. (Lev Trotsky, « L’heure de la décision approche », 18 décembre 1938, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 605)

Une situation révolutionnaire n’est pas éternelle. Celle de 1936 en France, faute d’une direction révolutionnaire, d’un parti de type bolchevik, capable de conduire les travailleurs à la prise du pouvoir, a reflué en un an et s’est transformée en trois ans, en situation contre-révolutionnaire. C’est l’œuvre des agents de la bourgeoisie au sein de la classe ouvrière.

Le grandiose tournant des grèves de 1936 a montré que le prolétariat français était prêt à la lutte révolutionnaire et qu’il était déjà entré dans la lutte. En ce sens, nous avions le plein droit d’écrire : « La Révolution française a commencé ». Mais si « la révolution ne naît pas de toute situation révolutionnaire », toute révolution commençante n’est pas non plus assurée d’un développement ultérieur continu… Quand on mène une lutte révolutionnaire pour le pouvoir, il faut voir clairement la classe à laquelle le pouvoir doit être arraché. Les ouvriers ne reconnaissaient pas l’ennemi, car il était déguisé en ami. Quand on lutte pour le pouvoir, il faut, en outre, des instruments de combat, le parti, les syndicats, les soviets. Ces instruments ont été enlevés aux ouvriers, car les chefs des organisations ouvrières ont construit un rempart autour du pouvoir bourgeois afin de le masquer, de le rendre méconnaissable et invulnérable. Ainsi la révolution commencée s’est trouvée freinée, arrêtée, démoralisée. (Lev Trotsky,« L’heure de la décision approche », 18 décembre 1938, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 607-608)

Que signifie aujourd’hui commémorer Juin 1936 ?

Nous avons vu comment les bureaucraties des partis ouvriers-bourgeois, le PS, le PdG et le PCF, héritiers de ceux des années 1930, continuent à doter la collaboration de classes, le Front populaire, de toutes les vertus. Et pourtant, depuis 1935, le bloc des partis d’origine ouvrière avec les bonapartes et les partis bourgeois « progressistes », « antiimpérialistes » ou « antifascistes » a conduit plus d’une fois le prolétariat à la défaite en France et dans le monde.

Ne serait-ce qu’en Espagne, à la même époque, où le Frente popular (propulsé par le PCE contre l’alliance ouvrière, rejoint par le PSOE, la CNT et le POUM) a désarmé politiquement la classe ouvrière insurgée au profit de la reconstitution de l’État bourgeois et qui prépara politiquement les conditions de la victoire du fascisme. Il faudrait être aveugle pour ne pas reconnaître cette funeste politique dans la participation du Parti communiste indonésien PKI à l’alliance Nasakom de Sukarno qui débouche sur le massacre d’au moins 500 000 communistes en 1965 [voir Révolution communiste n° 16] ; au gouvernement l’Unidad Popular du Chili du PS et du PCCh avec le PR et le MAPU, soutenue par le MIR, qui aboutit à la dictature de Pinochet en 1973 [voir Cahier révolution communiste n° 3]  ; dans le pacte de la Moncloa signé par le PSOE et le PCE qui permet en 1977 à la monarchie de succéder à Franco en Espagne ; dans la constitution d’un gouvernement avec la bourgeoisie « démocratique » par le FSLN au Nicaragua en 1979 qui a sauvé le capitalisme en Amérique centrale ; dans le soutien du parti stalinien Tudeh et des organisations de guérilla Fedayin et Peykar aux ayatollahs « anti-impérialistes » en Iran qui aboutit à la contre-révolution islamo-fasciste en 1979, etc.

Seul le Parti bolchevik, d’avril à octobre 1917, sut combattre l’alliance contre-révolutionnaire (on ne disait pas encore « front populaire »)passée avec le parti bourgeois KD par le Parti menchevik et le Parti socialiste-révolutionnaire dès le renversement du tsarisme en février en lui opposant l’armement du peuple et le pouvoir des soviets. Le Parti bolchevik sut guider les masses ouvrières et paysannes par une politique révolutionnaire intelligente, jusqu’à l’unité avec le PM et le PSR contre le coup d’État (on ne disait pas encore « fasciste ») de Kornilov, ce qui lui permit de conquérir la majorité dans les soviets. Alors, il renversa le gouvernement de « front populaire » de Russie par l’insurrection organisée par Trotsky et il donna le pouvoir aux soviets.

C’est pour suivre cet exemple que la 4e Internationale fut conçue. Son programme de 1938 explique que ses sections n’ont place dans aucun front populaire.

La politique conciliatrice des « fronts populaires » voue la classe ouvrière à l’impuissance et fraie la voie au fascisme. (L’Agonie du capitalisme et les tâches de la 4e Internationale, 1938, GMI, p. 7)

À l’encontre de la 4e Internationale, LO, le NPA et bien d’autres relaientla propagande du PCF selon lequel ilse situe à gauche du PS. Ils reprochent régulièrement au PCF de s’allier… au PS.Mais, depuis 1934, PS et PCF sont des étoiles jumelles, deux partis ouvriers bourgeois. D’ailleurs, à chaque crise révolutionnaire en France, en 1936, en 1944-45, en 1968), le stalinisme s’est montré l’agent le plus résolu de la défense de l’ordre bourgeois.

Le stalinisme est maintenant la plaie principale du mouvement ouvrier mondial. (Lev Trotsky,« Lettre ouverte aux ouvriers français », 10 juin 1935, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 511)

Les « réformistes »contemporains (bureaucraties syndicales de différents acabits, partis travaillistes au programme bourgeois dès l’origine, partis renégats de la social-démocratie fondée comme marxiste, staliniens défroqués) continuent à trahir. Pour tromper la classe ouvrière et la jeunesse, les « partis ouvriers bourgeois » identifient leur politique contre-révolutionnaire à l’objectif des masses luttant pour leur émancipation, ils dressent des fronts populaires et des fronts unis antiimpérialistes comme barrage à la révolution sociale. Ils sont toujours aidés par la mouvance anarchiste et semi-anarchiste (gauchiste), qui prétend que la révolution se déclare sur commande mais refuse en pratique de combattre les bureaucraties ainsi que par le centrisme, une constellation de formations intermédiaires entre réforme et révolution, verbalement radicales mais attachées viscéralement aux bureaucraties syndicales et politiques et,par-là,à la société bourgeoise.

Ce terme n’est pas une injure mais une conception tout à fait scientifique. Nous appelons centristes les tendances qui oscillent entre le marxisme (internationaliste) et le réformisme (patriotisme), mais qui, dans leur essence, sont généralement plus près du réformisme. (Lev Trotsky,« Aux jeunes socialistes et communistes qui veulent penser », 22 juillet 1935, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 517)

Le POUM, durant la révolution espagnole de 1936-37, avait déjà pris une apparence faussement « trotskyste » alors qu’il entrait, avec la CNT bakouniniste, dans le Frentepopular, une politique condamnée et combattue par la seule 4e Internationale. En 1964, l’organisation « trotskyste » du Sri Lanka LSSP,la plus grosse section de la « QI » pabliste (celle des fondateurs du NPA),forme un gouvernement de front populaire avec le parti bourgeois SFLP. Dans les années 1970, le groupe « trotskyste » MWT d’Afrique du Sud, affilié au CIO grantiste, rejoint le parti nationaliste bourgeois ANC, ce qui l’empêche évidemment de se battre pour l’indépendance de la classe ouvrière ; le MWT reste jusqu’en 1999 dans l’ANC alors que le SACP et le COSATU ont formé un gouvernement de front populaire avec l’ANC.En 2004, le groupe « troskyste » CR du Venezuela, de la TMI grantiste, soutient le colonel Chavez, un nationaliste bourgeoise et rejoint le parti nationaliste bourgeois PSUV. En 2004, l’organisation « trotskyste » SWP de Grande Bretagne, inspiratrice de la TSIcliffiste, lance un mini-front populaire avec un député travailliste chrétien (Galloway) et la branche locale des Frères musulmans (MAB). En France, l’organisation « trotskyste »LO, tête de file de l’UCI hardyste,participe en 2008 à des listes aux élections municipales avec le PRG (ce qui reste du Parti radical), EELV (écologistes) ou le MRC (néo-gaullistes)…

Aujourd’hui, dans le monde, la plupart des partis et groupes centristes se réclament de Trotsky car l’étoile des Staline, Tito, Hoxha, Hô, Mao, Kim, Kroutchev, Castro et Pol a singulièrement pâli. Mais le « trotskysme » du centrisme contemporain n’est pas plusauthentique que le « marxisme » de Guesde quand il entre au gouvernement d’union sacrée en 1914, de Blum au congrès de Tours en 1920, le « marxisme-léninisme » de Thorez quand il se subordonne au PR en 1935 ou quand il devient ministre de De Gaulle en 1945, le « marxisme » de Mollet quand il mène la guerre d’Algérie en 1956, le « marxisme-léninisme » de Waldeck qui soutient à bout de bras le régime gaulliste contre la grève générale en 1968, le « marxisme-léninisme » de Marchais qui s’allie aux débris du PR (le MRG) en 1972 et qui fait voter en catimini Giscard en 1981…

Qu’en est-il de la position des révisionnistes du programme de la 4e Internationale à l’occasion du 80e anniversaire de la grève générale de 1936 ? Pour le NPA dont le mensuel L’Anticapitaliste de juin 2016 titre sur « La grève générale de mai-juin 1936 », le bolchevisme, c’est du passé. L’article se conclut sur une phrase creuse sur « la nécessité, toujours aussi actuelle, d’envisager un mai-juin 36 qui aille jusqu’au bout ». Quel « bout » ? Si c’est la révolution socialiste, la dictature du prolétariat, le socialisme-communisme mondial, pourquoi ne pas le dire ? Et surtout, comment aller au bout, en s’opposant comme le NPA, tout le printemps 2016, à la grève générale, en se refusant à affronter la bureaucratiede la CGT ?

LO est encore plus capitularde envers l’appareil corrompu de la CGT. Son mensuelLutte de classe (un titre usurpé à la LC-BL de 1928-1934) adopte volontiers un vocabulaire marxiste (à destination de ses militants et de son audience internationale) dont l’hebdomadaire Lutte ouvrière (un titre usurpé au POI-SFQI de 1936-1940) se dispense. Mais son numéro de juin 2016 ne définit pas le rôle contre-révolutionnaire joué par le Front populaire de 1935-1938 et ne dit pas un mot de la nécessité du combat pour la grève générale aujourd’hui. Il s’agirait pour le prolétariat « de se renforcer, d’acquérir une conscience politique qui lui permette de contester le pouvoir de la bourgeoisie ».Or,la direction de LO, durant des mois cruciaux, a demandé aux travailleurs de suivre les consignes de Martinez, le Jouhaux d’aujourd’hui. L’alignement de LO, du NPA, du POID, du POI, etc. sur la direction de la CGT et de FO, la défaite dont ils sont complices, amoindrissent la « conscience politique », renforcent le FN et éloignent le moment de la prise du pouvoir.

« Contester », « aller jusqu’au bout », « se renforcer » sans préciser les objectifs du mouvement (la dictature du prolétariat, l’expropriation du capital, les États-Unis socialistes d’Europe, le socialisme mondial), en s’opposant aux méthodes à employer pour y parvenir (la grève générale, l’armement du peuple, de nouveaux organes démocratiques de lutte et de pouvoir, l’insurrection) : les bavards centristes complètent toujours la besogne des traîtres sociaux-impérialistes.

Oui, nous sommes encore isolés des masses. Par qui ou par quoi ? Par les organisateurs du réformisme, du stalinisme, du patriotisme, du pacifisme et par les groupements centristes intermédiaires de tout genre dans lesquels s’exprime- parfois sous une forme extrêmement indirecte et complexe – le réflexe d’autodéfense du capitalisme expirant. (Lev Trotsky, « Lettre à Daniel Guérin », 10 mars 1939, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 627)

La tâche de l’avant-garde, que les centristes compliquent, est de tirer les leçons de la grève générale de 1936,de la trahison du Front populaire, des multiples gouvernements bourgeois ultérieurs avec la participation conjointe du PS et du PCF (1945, 1981, 1997), de combattre les bureaucraties syndicales qui accompagnent désormais les attaques anti-ouvrières, d’ouvrir la voie de l’auto-organisation, de recréer une internationale communiste, de construire dans ce pays un parti ouvrier révolutionnaire, afin que le prochain assaut du prolétariat français soit victorieux..

15 juillet 2016

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