L’émancipation totale des femmes passe par le communisme

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Les progrès sociaux et changements de période s’opèrent en raison du progrès des femmes vers la liberté ; et les décadences d’ordre social s’opèrent en raison du décroissement de la liberté des femmes. (Charles Fourier, Théorie des quatre mouvements, 1808)

Asservissement sexuel et supplément de travail

Tout en affichant la plus grande pruderie, les dirigeants islamistes du Califat de Daech transforment en esclaves sexuelles les femmes des minorités religieuses. Des milliers de réfugiés qui fuient l’EI ou le régime syrien se noient chaque année en Méditerranée à la suite de la fermeture des frontières de l’Union européenne, tant hommes que femmes. En outre, des milliers de filles et de femmes qui survivent sont violées par les passeurs et les membres des forces de répression, des milliers de mineurs tombent dans les mains des mafias.

L’espace public n’est toujours pas mixte dans le Maghreb et le Machrek, le patriarcat y étant renforcé par la version la plus réactionnaire de l’islam (wahhabisme, salafisme) répandu dans le monde entier par les monarchies du Golfe. Même ailleurs, comme le sait toute jeune fille et toute femme, il reste un terrain d’agressions diverses par des hommes. La violence sexuelle a été utilisée systématiquement par des délinquants, des bigots et des policiers contre les manifestantes du Caire depuis 2011. Des voyous ont agressé en bande les femmes qui participaient à la Fête de la bière en septembre 2015 et au Carnaval de Cologne en février 2016.

Une actrice marocaine a été agressée, avec la complicité de la police, en novembre 2015 pour un rôle dans le film Much Loved, puis refusée de soins dans des cliniques. Plusieurs militantes du principal parti écologiste français ont dénoncé en mai le harcèlement sexuel du vice-président EELV de l’Assemblée nationale, Baupin. En juillet 2012, des dizaines de députés LR avaient tenu des propos graveleux à l’égard de la ministre Duflot qui portait une robe à fleurs. Jamais des politiciens mâles n’ont à affronter de tels comportements. En mai 2011, le directeur du FMI (et meilleur candidat du PS à l’élection présidentielle) Strauss-Kahn agressa sexuellement une travailleuse d’un hôtel à New York. Le principal candidat du PR pour la prochaine élection présidentielle est un capitaliste et un misogyne.

Trump a acquis les sociétés organisatrices des compétitions Miss USA et Miss Univers. Malheur à celles qui n’ont pas le physique des concours de beauté ! L’animatrice de télévision Rosy O’Donnell est « une grosse truie », l’ex-candidate à la primaire républicaine Carly Fiorina a une tête qui la rend inéligible « Vous imaginez quelqu’un voter pour ça ? »… Une blonde journaliste de Fox News, Megyn Kelly, correspondait mieux aux canons de la beauté trumpienne, mais il a détesté son agressivité dans un débat télévisé. Il a suggéré qu’elle avait ses règles… (Le Monde, 22 mai 2016)

En novembre 2015, un fasciste chrétien a attaqué un centre du planning familial qui pratiquait des avortements à Colorado Springs : trois morts, neuf blessés. Le 19 avril 2016, une femme de 27 ans a été condamnée à 8 ans de prison par le tribunal de Tucuman en Argentine pour un avortement supposé. L’Église catholique réclame l’interdiction totale de l’avortement en Pologne.

L’Église polonaise et les organisations de « défense de la vie » mènent bataille pour durcir la législation encadrant l’avortement dans le pays, qui fait déjà partie des plus restrictives d’Europe. À l’approche de la « journée de la sainteté de la vie », qui sera célébrée lundi 4 avril, l’épiscopat polonais a lancé un appel au gouvernement l’incitant à légiférer pour l’interdiction totale de l’interruption volontaire de grossesse. Elle est déjà strictement limitée et autorisée dans trois cas : quand il existe un risque pour la vie ou la santé de la mère, lors d’une grave pathologie de l’embryon ou quand la grossesse est le résultat d’un viol ou d’un inceste. (Le Monde, 2 avril 2016)

Si on examine les positions de pouvoir et d’argent dans les pays impérialistes, grands patrons, députés, sénateurs, hauts fonctionnaires, on y voit majoritairement des hommes, généralement plutôt âgés. Par contre, les emplois les plus mal payés sont souvent dans des « métiers féminins » et les contrats précaires ou à temps partiel sont majoritairement occupés par des femmes.

Les femmes, de plus en plus qualifiées, représentent aujourd’hui 39 % des cadres contre 30 % il y a vingt ans. Parallèlement, la structure de l’emploi non qualifié, qui regroupe un salarié sur cinq, a changé : de plus en plus tertiaire, cet emploi est également plus féminin qu’il y a vingt ans. Il est occupé à 62 % par des femmes aujourd’hui, contre 56 % en 1990… Elles restent également trois fois plus souvent en sous-emploi que les hommes, sans que l’écart ne se réduise vraiment… Le marché du travail reste très clivé selon le sexe : peu de métiers approchent la parité. (INSEE, Femmes et hommes, regards sur la parité, 2012)

Au sein des ménages, la carrière de la femme est souvent subordonnée à celle de l’homme. Le travail non payé de gestion du ménage et d’éducation des enfants reste majoritairement assuré par les femmes, même dans les pays avancés comme la France.

Chaque jour, les femmes accomplissent 78 minutes de plus de travail domestique que leurs compagnons. Sur un an, la différence est colossale : les femmes accomplissent 728 heures de plus, l’équivalent de vingt semaines de 35 heures. (Le Monde, 5 mars 2016)

Maintenant si on regarde les pays dominés, les filles sont beaucoup plus souvent que les garçons privées de scolarité, devant travailler pour leur famille sans acquérir une instruction. Elles ont moins souvent une protection sociale.

200 millions de femmes ayant atteint l’âge de la retraite ne disposent d’aucune pension, un chiffre nettement plus bas chez les hommes, 115 millions. (Le Monde, 9 mars 2016)

Parfois elles sont mariées très jeunes, afin de servir la stratégie de leurs père et d’être dociles comme épouses et mères. De nombreuses femmes subissent la violence brutale des bigots et des partisans de la « tradition ». Dans des théocraties islamistes comme l’Arabie saoudite et d’autres alliés des « démocraties » occidentales, les femmes sont traitées comme d’éternelles mineures, placées sous la tutelle de leurs pères, frères et maris.

Toutes les sociétés de classes oppriment les femmes

Le capitalisme, tout comme la féodalité du Moyen-Age, le « mode de production asiatique » et l’esclavage antique, est une société basée sur l’exploitation par une classe dominante, propriétaire des moyens de production, du travail d’une classe dominée. Dans toutes ces sociétés, l’exploitation des travailleurs se combine avec la domination de l’homme sur la femme. Dans la classe dominante, l’homme est propriétaire et il commande, comme maître d’esclaves, seigneur féodal, patron, César, prince, homme politique, général, etc. Par contre, la femme a pour rôle premier de donner à son mari des héritiers légitimes et de les éduquer dans les valeurs de sa classe ; accessoirement, elle commande les travailleurs domestiques. Chez les princes, la chasteté de l’épouse a toujours été strictement contrôlée, et ses infidélités sévèrement réprimées, contrairement à celles de son noble mari qui pouvait prendre des maîtresses à sa guise. Dans la classe dominée, l’homme fournit sa force de travail au profit de son exploiteur, tandis que la femme mène une vie de double esclave, fabriquant la nouvelle génération de travailleurs et en même temps assurant les tâches les moins qualifiées.

Un tel état de choses ne procède pas de la « nature humaine ». Dans plusieurs anciennes sociétés tribales, qui ne connaissaient ni les classes sociales ni la propriété privée des moyens de production, les femmes jouissaient de nombreuses prérogatives, et d’un statut respecté. Un exemple célèbre est donné par la confédération des Iroquois étudiée par Lewis Morgan au 19e siècle, où les femmes administraient les richesses du clan tandis que leurs pères, frères et maris partaient chasser ou guerroyer.

Néanmoins, toutes les sociétés tribales pratiquaient une stricte division du travail entre les sexes, en particulier le maniement des armes lourdes, donc la guerre, et la politique extérieure étaient toujours des prérogatives masculines. Cela a conduit dans certaines de ces sociétés, par exemple les aborigènes d’Australie, de Nouvelle Guinée et de la Terre de Feu, à une domination des femmes par les hommes, souvent appuyée par des sociétés initiatiques masculines ou de bruyantes cérémonies où les hommes exhibaient leurs armes et objets rituels. Cependant, dans aucune société tribale sans classes, un homme n’a réussi à vivre oisivement du travail des femmes ; un tel miracle n’est possible que par la propriété privée des moyens de production.

La famille patriarcale, pilier de l’oppression des femmes

Les sociétés de classes ont connu diverses structures de famille, plus ou moins étendues. Mais elles sont toutes des formes de la famille patriarcale, qui conjugue la domination de l’homme sur la femme et celle des ainés sur les jeunes. Le père commande, son épouse le sert et le soulage des difficultés de la vie extérieure. Toute fille apprend de sa mère comment une femme doit servir un homme. Par ailleurs, les enfants apprennent vite que leurs parents sont détenteurs de l’autorité, et qu’à ce titre ils leur doivent une obéissance inconditionnelle et absolue. L’éducation autoritaire les habitue à se soumettre plus tard aux diverses formes d’autorité, les « saints pères » des Églises, les seigneurs et les patrons, les rois et les dictateurs qui se disent tous père de leur peuple.

La famille patriarcale reproduit toutes les hiérarchies et inégalités de la société, les inculque à ses membres. Dans la société capitaliste, elle prend sa forme la plus exiguë, qu’on appelle famille nucléaire, composée d’un homme, d’une femme et de leurs enfants. Quoique plus libre que les formes antérieures, car sa formation repose non sur la décision des parents, mais des personnes concernées, elle reste plus libre pour les hommes (qui abandonnent plus fréquemment leur progéniture que les femmes) et continue à remplir des fonctions économiques. Pour la classe capitaliste et la petite bourgeoisie, elle reste le cadre qui sert à la transmission du patrimoine, le mariage est souvent d’intérêt (tout en permettant aux hommes de satisfaire leurs caprices sexuels au détriment des femmes des autres classes). Pour les salariés, l’union est davantage basée sur l’amour, mais les différents types de famille (nucléaire hétérosexuelle, monoparentale, nucléaire homosexuelle, communauté…) servent à la production et à la reconstitution de la force de travail.

La consommation individuelle de la classe ouvrière est la transformation des subsistances qu’elle achète par la vente de sa force de travail, en nouvelle force de travail, en nouvelle matière à exploiter par le capital. C’est la production et la reproduction de l’instrument le plus indispensable au capitaliste, le travailleur lui-même. (Karl Marx, Le Capital, I, 1867, ch. 23)

La force de travail, dans le mode de production capitaliste, est vendue comme une marchandise à la classe capitaliste (qui avance pour cela du capital variable), mais elle n’est pas produite par le capital, au contraire des autres marchandises. Elle nécessite du travail, malgré l’équipement ménager grandissant et la tendance à la collectivisation privée ou même publique de certaines tâches (éducation, cuisine, santé…). Ce travail n’est donc pas rémunéré par le capital, il est majoritairement fourni gratuitement par les femmes.

L’État bourgeois prend certes en compte cette fonction en corrigeant la distribution des salaires sur le marché par des allocations familiales, la gratuité partielle de services publics, la différenciation de l’impôt sur le revenu suivant la composition du foyer fiscal, les obligations judiciaires de versement de pension alimentaire, les pensions de réversion des régimes de retraite… Néanmoins, la réaction contemporaine -qui se fait passer pour de la modernité « libérale »- tend à remettre en cause cette socialisation incomplète et insuffisante.

Le développement du capitalisme pose la question de l’égalité des sexes

Le capitalisme se base sur la liberté de mouvement des capitaux qui vont là où il y a du profit à tirer, et des travailleurs qui vont là où on leur offre du travail, c’est-à-dire là où leur travail peut générer du profit. Cela tend à égaliser les profits dans les différentes branches d’industrie, et les prix des différentes marchandises : chaque marchandise a une valeur mesurée en équivalent monnaie, qui correspond à la quantité de travail socialement nécessaire à sa production (en fonction du développement des forces productives du moment). La même chose se passe pour les différents travaux, et les différentes forces de travail : la valeur de la force de travail d’un prolétaire se mesure par la somme du nombre d’heures de travail nécessaires à sa formation dans sa jeunesse et du nombre de celles qui sont nécessaires à son maintien à l’âge adulte. Le travail devient abstrait, il n’y a plus des travaux spécifiques dans différents métiers, mais différentes formes d’équivalents monnaie de temps de travail assurés par la force de travail humaine.

Le capital a recouru aux femmes dans l’industrie, notamment durant la « révolution industrielle » puis pendant les deux guerres mondiales, où il fallait remplacer les hommes partis au front. Elles ont obtenu l’accès aux études supérieures, et actuellement dans les pays les plus avancés, elles sont au moins aussi diplômées que les hommes. Elles ont progressivement intégré, non sans de multiples efforts des pionnières, la plupart des métiers qualifiés autrefois masculins. De même, malgré les institutions religieuses et les partis réactionnaires qui ont freiné l’enseignement de la sexualité et la contraception, les femmes ont progressivement acquis la maîtrise de leur fécondité. L’instruction massive des filles, le travail salarié des femmes et la contraception ont alimenté la participation des femmes au mouvement ouvrier, aux luttes des nationalités opprimées et au mouvement de libération des femmes.

Ces raisons objectives et subjectives ont produit une tendance à l’indifférenciation entre les sexes dans la force de travail, que reflète la revendication « à travail égal, salaire égal ». Du point de vue économique du capitalisme, peu importe que la force de travail soit masculine ou féminine, blanche ou noire, nationale ou étrangère, du moment qu’elle peut être utilisée pour générer du profit. Cela permet d’accorder aux femmes les mêmes droits légaux qu’aux hommes et à instaurer des lois visant à interdire les discriminations (pas toujours bien appliquées et souvent contournées).

Une autre conséquence est l’acceptation grandissante de l’homosexualité. Alors que pendant deux millénaires, toutes les religions monothéistes ont stigmatisé l’homosexualité, surtout masculine, comme la trahison suprême du patriarcat, maintenant, si la différence entre les hommes et les femmes devient une affaire privée et familiale, l’orientation hétéro ou homosexuelle devient aussi une affaire privée.

Une contradiction du capitalisme

Cependant, les sociétés capitalistes et leur État sont incapables d’aller jusqu’au bout de cette logique d’égalisation des hommes et des femmes. En effet, les formations sociales ne sont pas un pur mode de production mais le produit historique de la lutte des classes, des femmes, des minorités nationales, des minorités sexuelles (homosexuels, transgenres).

Avec son déclin historique, la bourgeoisie tend à abandonner son scientisme pour régresser dans l’obscurantisme et le cléricalisme. Or, toutes les religions (israélite, chrétienne, bouddhiste, musulmane…) défendent le patriarcat.

Sois béni notre seigneur, qui ne m’a pas fait femme. (Torah)

Dieu est le chef du Christ, le Christ est le chef des hommes et l’homme est le chef de la femme. (Nouveau testament)

Il n’y a rien de pur dans le corps d’une femme. De même qu’un vase décoré rempli d’ordures peut plaire aux idiots, de même l’ignorant, l’insensé et le mondain désirent les femmes. La cité abjecte du corps, avec ses trous excrétant les éléments, est appelée par les stupides un objet de plaisir. (Précieuse Guirlande des avis au roi)

Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises. (Coran)

Pour empêcher l’unité des exploités et des opprimés, la bourgeoisie -qui est minoritaire dans la société- a besoin de diviser la classe ouvrière. Une minorité de travailleurs est généralement discriminée, stigmatisée et surexploitée, entrant ainsi en concurrence avec le reste de la classe ouvrière : ainsi il en va des immigrés sans papiers ou de certaines minorités comme les Noirs aux États-Unis. Les femmes subissent également ce jeu capitaliste de division des travailleurs, à laquelle s’ajoute parfois le harcèlement sexuel des collègues masculins et surtout des hommes cadres ou petits patrons. Évidemment, plusieurs oppressions (de genre, d’ethnie, de croyance…) peuvent peser sur une même personne.

De même que les mesures contre l’immigration n’empêche pas celle-ci mais fragilise certains travailleurs et les oppose à d’autres, l’appel au renforcement de « la » famille (en fait d’une forme de famille : la famille patriarcale), réaffirmant les rôles traditionnels des hommes et des femmes, remettant en cause le droit à la contraception et à l’IVG, propageant l’homophobie et la transphobie, ne conduit pas au retour au foyer et à la suppression de l’homosexualité, mais précarise les concernés et divise le prolétariat. Et de nombreux capitalistes continuent de discriminer les femmes, les Noirs et les Arabes.

Quand le mouvement ouvrier prit parti pour les femmes

Dans l’Association internationale des travailleurs (1re Internationale), les communistes s’opposèrent aux anarchistes à la Proudhon qui voulaient maintenir la femme au foyer ; en 1871, l’AIT encouragea, en plus de l’ouverture aux femmes des organisations affiliées, la création de sections de femmes.

Marx se fit le défenseur de la section féminine de l’Internationale. Il insista sur l’action des femmes pendant la Commune de Paris et fit l’éloge de leur héroïsme. Il ne cessa d’encourager le développement et les activités de ses filles. (Sheila Rowbotham, Féminisme et révolution, 1972, ch. 3)

En 1879, August Bebel, dirigeant du SPD (Allemagne), rédigea en prison La Femme dans le passé, le présent et l’avenir ; en 1885, Friedrich Engels publia Les Origines de la famille, de la propriété et de l’État. Le SPD mit en place une organisation de femmes socialistes semi-clandestine (toute organisation socialiste étant interdite), avec son organe Die Gleicheit (L’Égalité). La première organisation se réclamant du marxisme en France adopta un programme qui s’ouvrait ainsi :

L’émancipation de la classe productive est celle de tous les êtres humains sans distinction de sexe, ni de race. (Programme du Parti ouvrier, novembre 1880)

Au congrès fondateur de l’Internationale ouvrière (2e Internationale) en 1889, Clara Zetkin (SPD) prononça un discours contre l’oppression des femmes ; l’Internationale organisa dès 1907 une branche féminine (Internationale des femmes socialistes) qui, en plus d’intervenir dans les congrès de l’IO, tint ses propres conférences.

La tenue d’une conférence internationale des femmes socialistes à Stuttgart constitue une victoire politique… La délégation allemande était sur le pied de guerre, Ottilie Baader, Luise Zietz, Rosa Luxemburg étaient présentes… 15 nationalités différentes étaient représentées… L’Angleterre avait envoyé 19 représentantes, l’Allemagne 16, l’Autriche 7, la Hongrie 3, la France 3, la Bohême 2. La Belgique, la Hollande, la Suisse, la Finlande, les États-Unis avaient envoyé chacun une déléguée. L’Italie était représentée par Angelica Balabanov, la Russie par une déléguée estonienne qu’on entendit moins souvent qu’Alexandra Kollontaï et par trois observatrices. (Nicole Gabriel, « L’Internationale des femmes socialistes », Matériaux pour l’histoire de notre temps, 1989)

Au sein de l’IO et du POSDR russe qui lui était affilié, malgré certaines limites inhérentes à une organisation majoritairement masculine du début du 20e siècle, des centaines de femmes courageuses rejoignirent la fraction bolchevik.

La libération que des jeunes femmes ressentaient en devenant bolcheviks ne doit pas être sous-estimée ; elle était incroyable dans une société aussi traditionnelle que la Russie et en fait peu d’organisations politiques dans le monde à cette époque étaient si ouvertes à l’adhésion des femmes. (Barbara Clements, « Introduction », Bolshevik Women, 1997)

Le programme communiste de libération des femmes

Le développement vertigineux des forces productives sous le capitalisme met à l’ordre du jour le communisme, qui vise à abolir toute forme d’exploitation, de discrimination ou d’inégalité sociale.

Tout d’abord, le communisme réalisera complètement et effectivement le programme démocratique d’égalité sociale et politique complète des sexes, que le capitalisme est incapable de parachever. A part être enceinte, accoucher et allaiter, il n’y aura plus aucune tâche spécifiquement féminine, ni aucune tâche spécifiquement masculine d’ailleurs. Chacun exercera des métiers qui lui plairont, indépendamment de toute image masculine ou féminine de celui-ci.

Dès la période de la transition du capitalisme au communisme, le patriarcat sera combattu et dépérira, la maternité ne représentera plus un frein à la carrière professionnelle des femmes, la société mettra tout en œuvre pour faciliter le travail des mères : congés parentaux, crèches et garderies ouvertes à toute heure près du lieu de travail, pauses allaitement payées, etc.

Par ailleurs, la famille sera complètement bouleversée. Comme l’expliquait Charles Fourier il y a deux cent ans, l’économie domestique de la famille nucléaire est inefficace à deux titres. D’une part elle s’exerce à petite échelle avec des instruments en miniature, ce qui va à l’opposé de la logique de l’industrie, où tout se fait à grande échelle. D’autre part elle impose à la ménagère une polyvalence forcée, car celle-ci doit exercer une multitude de tâches différentes, alors qu’il est impossible qu’elle excelle dans toutes. Si elle est mauvaise cuisinière, son mari et ses enfants devront la subir tous les jours ; si elle est excellente, seuls son mari et ses enfants profiteront de ses talents. Ce travail exercé dans la solitude et souvent répétitif est également abrutissant. Comme le proposait Fourier, dans la société socialiste, chaque tâche ménagère sera assurée par une équipe formée de travailleurs les plus qualifiés, équipés des moyens techniques les plus performants, qui prendront en charge cette tâche pour des centaines de familles. Ces bouleversements de l’économie domestique s’accompagneront de profonds changements dans l’éducation des enfants et dans l’architecture de l’habitat.

La femme demeure l’esclave domestique en dépit de toutes les lois émancipatrices, puisque les petites besognes domestiques l’accablent, l’étouffent, l’abrutissent, l’humilient, l’enchaînant à la cuisine et à la chambre d’enfants, en gaspillant ses efforts dans un labeur absurdement improductif, mesquin, énervant, abrutissant et écrasant. La véritable émancipation de la femme, le véritable communisme ne commencent que là et au moment où s’engage une lutte généralisée (dirigée par le prolétariat détenant le pouvoir d’État) contre cette petite économie domestique, ou plutôt, sa refonte massive en une grande économie socialiste. (Vladimir Lénine, La Grande initiative, 28 juin 1919)

La mise en œuvre du programme communiste d’émancipation de la femme fut initiée en Russie après la prise de pouvoir des soviets en octobre 1917 organisée par Lénine et Trotsky. Les femmes obtinrent l’égalité juridique (elle n’a été achevée qu’en 2002 en France) et le droit de vote (1945 pour les femmes françaises) ; ce fut le premier pays où une femme (Alexandra Kollontaï) entra dans un gouvernement (composé alors du Parti ouvrier social-démocrate bolchevik et du Parti socialiste révolutionnaire de gauche). Les lois contre l’homosexualité furent abolies.

Aucun parti démocratique au monde, dans aucune des républiques bourgeoises les plus avancées, n’a fait, durant des dizaines d’années, sous ce rapport, la centième partie de ce que nous avons réalisé dès notre première année de pouvoir. Nous avons vraiment anéanti, de fond en comble, ces lois ignobles sur l’inégalité de la femme, les entraves au divorce, les formalités abjectes qui l’entourent, la non-reconnaissance des enfants naturels, la recherche de paternité, etc., lois dont les vestiges sont nombreux dans tous les pays civilisés, pour la honte de la bourgeoisie et du capitalisme. (Vladimir Lénine, La Grande initiative, 28 juin 1919)

Malgré la prégnance du christianisme et de l’Église orthodoxe, l’arriération de la société et de l’économie, les ravages des invasions étrangères et de la guerre civile, de gros efforts furent entrepris pour libérer la femme du ménage et l’intégrer dans la vie professionnelle : crèches, cantines, buanderies publiques, centres de vacances pour enfants, etc. Cette marche en avant fut interrompue par la contre-révolution politique de la bureaucratie nationaliste et conservatrice dirigée par Staline, le « petit père des peuples », qui réhabilita la famille nucléaire, interdit l’avortement, entrava le divorce, criminalisa l’homosexualité, etc.

L’émancipation de la femme et la réalisation pleine et entière de l’égalité des sexes exigent d’en finir avec le capitalisme, d’instaurer le socialisme. Cela ne peut se réaliser qu’en construisant l’internationale ouvrière révolutionnaire, regroupant les partis ouvriers révolutionnaires de tous les pays, basée sur un véritable programme marxiste, rejetant toutes les conceptions réactionnaires de la bourgeoisie et des bureaucraties, combattant avec les femmes travailleuses et étudiantes pour les droits de toutes les femmes.

De grands bouleversements sociaux sont impossibles sans le ferment féminin. (Karl Marx, Lettre à Kugelman, 12 décembre 1868)