1965-1966 : le massacre de centaines de milliers de communistes indonésiens

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L’Indonésie regroupe 13 000 îles situées entre le continent asiatique (l’État de Malaisie) et le continent océanique (l’État d’Australie), s’étalant sur 3 fuseaux horaires. Le pays est le principal État du sud-est asiatique, comprend aujourd’hui plus de 250 millions d’habitants, pour 100 millions en 1965 et aux alentours de 35 millions en 1900. Plus de 80 % de la population aurait pour religion l’islam, ce qui en fait le plus grand État musulman du monde. L’archipel comporte des détroits importants (Sunda, Lombok, Ombar-Wetar) et recèle d’énormes quantités de ressources naturelles.
Les Pays-Bas l’avaient colonisé au 17e siècle et ont réprimé à partir de 1918 tant les nationalistes bourgeois (PNI) que le mouvement ouvrier (PKI).

1927 : le parti communiste est stalinisé

À la moitié des années 1920, la caste privilégiée qui avait usurpé le pouvoir des travailleurs en Union soviétique transforma tous les partis communistes à travers le monde en appendices de la diplomatie de l’URSS puis, dans les années 1930, en leur contraire, c’est-à-dire en organisations contre-révolutionnaires.

En 1927, après l’échec de l’insurrection indonésienne par le Parti communiste (PKI), l’Internationale communiste dirigée par Boukharine et Staline traita de gauchistes les membres du CC qui avaient décidé l’insurrection, nomma à la direction du PKI Darsono et exclut Tan Malaka. Celui-ci, resté influent, prôna alors un « national-communisme » qui réclamait l’indépendance.

Le PKI fut pour un temps disloqué par la répression. Quand il renaquit, il n’était plus un parti ouvrier révolutionnaire, même s’il avait gardé le nom, mais un parti stalinien inféodé à la bureaucratie de l’URSS et contraint à des zigzags sans aucun rapport avec les besoins du prolétariat indonésien.

Sukarno et Hatta fondèrent en 1927 le Partai Nasional Indonesia (PNI, Parti national indonésien), un parti nationaliste bourgeois. Comme il revendiquait l’indépendance, le PNI fut immédiatement persécuté par l’État néerlandais. Entre autres, Hatta, Sjahrir, Sukarno furent arrêtés.

Initialement, en 1927, le PKI tenta de se rapprocher du PNI. Mais en 1929, Staline collectivisa brutalement l’agriculture de l’URSS, rompit avec Boukharine et confia l’IC à Molotov. En 1930, le présidium de l’IC exclut Darsono et porta à la direction Musso. Le PKI rompit avec le PNI. À partir de 1935, l’IC tourna de nouveau et exigea une subordination systématique du prolétariat aux bourgeoisies y compris dans les pays impérialistes. Dans le cas de l’Indonésie, Musso rechercha fébrilement l’accord avec le PNI.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, l’Allemagne s’empara des Pays-Bas en 1940 et le Japon envahit en 1942 sa colonie asiatique.

Dans l’ouverture de la troisième phase du versant asiatique de la Seconde Guerre mondiale, celle que l’on appelle la « guerre du Pacifique », les Indes néerlandaises constituèrent le principal enjeu économique de l’affrontement. À l’impérialisme nippon, elles offraient les ressources en matières premières stratégiques qui lui manquaient, le pétrole en premier lieu. (Patrice Jorland, « Massacres exquis », Recherches internationales n° 76, 2006)

Le PNI dirigé par Sukarno collabora avec l’occupant, en espérant en retirer une certaine autonomie. Durant cette période, le PKI s’attela à appliquer les directives staliniennes de soutenir l’impérialisme néerlandais contre l’impérialisme japonais, directives également respectées par le Parti « communiste » néerlandais (CPN).

Des groupes armés qui s’opposaient à la colonisation japonaise et néerlandaise fusionnèrent en 1945 dans le Partai Sosialis Indonesia (PSI, Parti socialiste d’Indonésie).

1948 : le passage du pouvoir à la bourgeoisie indonésienne

Sous l’égide officielle de l’ONU, en fait sous l’impulsion de l’impérialisme américain qui affirmait son hégémonie mondiale, les Pays-Bas et la République d’Indonésie (PNI-PS) concluent l’Accord du Renville en janvier 1948. Le traité fut critiqué par certains nationalistes et par des islamistes. Une partie du PS, dirigée par le premier ministre Amir, rejoignit le front impulsé par le PKI. Le reste, dirigé par Sjahrir prit le nom de Partai Sosialis Indonesia (PSI).

Au compte de la bourgeoisie nationale émergente, le PNI décida de prévenir toute possibilité de révolution sociale comme celle qui se profilait au même moment au Vietnam et en Chine. Sukarno et Hatta ordonnèrent la purge de l’armée de la nouvelle République. De nombreux membres du PKI, officiers ou syndicalistes, disparurent.

Cela entraîna des affrontements en septembre 1948 dans la ville de Surakarta (Java) entre les troupes proches du PKI ou du PS et « l’armée loyaliste » de Nasution. À Madiun (Java), le PKI prit la sage décision de désarmer les troupes contre-révolutionnaires (armée du PNI, milices du Masjumi et de son organisation de jeunesse GPII). Sukarno et Hatta crièrent au coup d’État et mandèrent Nasution pour écraser le PKI. L’attaque de la coalition réactionnaire causa 8 000 morts dans les rangs du PKI. Parmi les victimes, figuraient le secrétaire général du PKI Musso et l’ancien premier ministre PS Amir.

Le 31 octobre, Musso fut tué alors qu’il tentait de s’évader… Amir et 300 soldats furent capturés par les troupes de la division Siliwangi [le fer de lance de la contre-révolution bourgeoise] ; Amir fut fusillé plus tard avec d’autres dirigeants importants du PKI. Au cours des arrestations consécutives, environ 35 000 personnes furent arrêtées. Combien moururent durant l’événement n’est pas connu, mais l’estimation est d’au moins 8 000. Autre conséquence : des paysans santri [musulmans fondamentalistes] de Surakarta profitèrent de l’occasion pour tuer les sympathisants abangan du PKI [musulmans dont la religion syncrétique comporte des éléments hindouistes, bouddhistes ouanimistes]. (Merle Calvin Ricklefs, A History of Modern Indonesia, Palgrave, 2001, p. 281)

En décembre 1948, le gouvernement PvdA-KVP néerlandais, convaincu que ces événements avaient affaibli la république indonésienne qui venait d’être proclamée, lança un nouvel assaut.

La guérilla du PNI et du PKI, avec l’appui d’une grande partie de la population, les battit en 6 mois. La bourgeoisie des États-Unis, qui affirmait son hégémonie sur le monde capitaliste, appuya le PNI. Elle suspendit son aide aux Pays-Bas et convoqua un conseil de sécurité de l’ONU qui vota une résolution pour le retrait des troupes néerlandaises et la libération des dirigeants de la République.

En novembre 1949, la Conférence de la Table ronde de La Haye accorda l’indépendance politique, à condition que le nouvel État s’engageât à reconnaître la dette envers son colonisateur et à protéger le capital néerlandais. Le PNI accepta également que la Nouvelle-Guinée occidentale resterait sous contrôle néerlandais. À l’ouest de Java, le Darul Islam opposé au compromis avec les Pays-Bas, décréta la naissance d’un État islamique d’Indonésie en août 1949, mais la révolte prit fin en décembre. Le PKI dirigé par Aidit soutint le traité.

Ainsi, en 1948, le pouvoir était passé de la bourgeoisie néerlandaise à une classe nouvelle, la bourgeoisie et les grands propriétaires indonésiens. Ces derniers n’avaient pas hésité à écraser la révolte des exploités incarnée par le parti ouvrier de masse, le PKI.
En ce sens, la révolution nationale était accomplie et la révolution socialiste était désormais à l’ordre du jour en Indonésie. Mais, faute d’une internationale ouvrière révolutionnaires, aucune force politique n’y défendait cette perspective.

La politique de collaboration de classes du PKI durant les années 1950

Les concessions de la bourgeoisie locale envers l’asservisseur néerlandais apparurent comme une trahison aux yeux de larges masses. Le parti communiste (PKI) animait la plus grande centrale syndicale (SOBSI). Des millions de travailleurs des campagnes et des villes espéraient qu’il expulserait complètement l’impérialisme et exproprierait les grands propriétaires et les capitalistes comme au Vietnam du Nord, en Chine et en Corée du Nord. Il devint le plus grand parti stalinien d’un pays capitaliste (1 million d’adhérents), devant le PCI d’Italie.

Il restait sous l’influence des bureaucraties staliniennes d’URSS et de RPC. Dans ce pays qui restait économiquement dominé par l’impérialisme mondial, le PKI pesa de tout son poids pour empêcher les masses de s’en prendre au gouvernement, à la police et à l’armée, adoptant le mot d’ordre « Pour l’ordre public, aidez la police ». Tel était le contenu concret de la prétendue stratégie de la « révolution par étapes » : une fois la bourgeoisie nationale confortablement installée et l’étape démocratique réalisée, après des décennies de règne de la bourgeoisie nationale, il suffirait de faire pression sur elle pour passer pacifiquement à la seconde étape, le socialisme.

Le parti doit aussi résolument empêcher la déviation « de gauche », prévenir le sectarisme, c’est-à-dire l’attitude qui néglige la politique de front unique avec la bourgeoisie nationale ; le parti doit préserver ce front unique de toute ses forces. (Aidit, 1953, cité par Rex Mortimer, Indonesian Communism under Sukarno, Equinox, 2006, p. 48)

Certes, Trotsky et une poignée de cadres issus de l’Internationale communiste avaient proclamé en 1938 la 4e Internationale dans le but d’empêcher de nouvelles trahisons par la sociale-démocratie et le stalinisme (du type Chine en 1927, Allemagne en 1933 ou Espagne en 1937) et de construire de nouveaux partis aptes à conduire les exploités à des victoires (semblables à la révolution russe).

Mais la 4e Internationale, sous la direction de Pablo et Mandel, avait cédé au stalinisme en 1949-1951. En particulier, le congrès mondial de 1951 avait réhabilité la politique du « front uni anti-impérialiste », c’est-à-dire l’alliance de la classe ouvrière avec la bourgeoisie nationale. Le centre révisionniste présenta à partir de 1959 comme « section indonésienne de la 4e Internationale » Acoma, une organisation fondée en 1946 par des partisans de Tan Malaka. Mais l’internationale de Pablo et Mandel s’en remettait au PKI stalino-maoïste.

À chaque aggravation de la situation, les masses auront tendance à pousser le SOBSI [la centrale syndicale] et le PKI plus loin. (Sal Santen, « La révolution indonésienne en marche », Quatrième Internationale, janvier 1958)

En 1954, l’Indonésie ouvrit une ambassade à Moscou et noua des liens commerciaux avec la Chine. Elle participait au « Mouvement des non-alignés » qui tint sa conférence de fondation en 1955 à Bandung, dans l’ouest de l’île de Java. À l’échelle internationale, comme Nasser au même moment, le président PNI chercha à jouer de l’URSS et de la RPC pour contrer la pression impérialiste. Il se rendit à partir de 1961 à Moscou et à Pékin.

Toutes ces initiatives n’étaient pas du goût de l’impérialisme hégémonique. Il avait déjà renversé Mossadegh en Iran en 1953 et Árbenz au Guatemala en 1954. En Asie de l’Est, il soutenait des régimes militaires en Birmanie, en Corée du Sud, au Laos, au Pakistan, à Taiwan, en Thaïlande et au Vietnam du Sud. L’État américain, qu’il eût à sa tête le Parti républicain (1953-1961) ou le Parti démocrate (1961-1969), tout à sa stratégie de contre-révolution dans le monde et dans la région, faisait pression sur le gouvernement indonésien et préparait l’élimination du PKI, en dépit de sa politique de collaboration de classes.

La stratégie américaine se traduisit par d’importants financements à l’armée (64 millions de dollars entre 1959 et 1965), son équipement et sa formation. Plus de 200 hauts-gradés et des milliers de soldats se rendirent entre 1956 et 1959 dans des bases américaines ; en outre, l’armée américaine influença la création à Bandung de l’école de l’état-major (SESKOAD) qui forma, entre autres, le colonel Suharto. Les États-Unis, par la fondation Ford, façonnèrent aussi des cadres civils, surtout des économistes, qui serviront de hauts fonctionnaires (la « mafia de Berkeley ») à partir de 1965.

En guise de « révolution démocratique », le PNI gouverna sans aucune élection de 1949 à 1955. Aux élections législatives de 1955, le PKI obtint 6,2 millions de voix ─soit 16,4 % des suffrages─ et 39 sièges au parlement. Mais il restait nettement derrière trois partis bourgeois (dont deux islamistes) : le PNI (8,4 millions de voix ; 22,3 %), le Majelis Syuro Muslimin Indonesia (Masjumi, Assemblée des musulmans d’Indonésie ; 7,9 millions ; 20,9 %) et le Nahdlatul Ulama (NU, Renaissance des oulémas ; 6,9 millions ; 18,4 %).

1957-1958 : une occasion ratée

Encerclée par le capitalisme décadent et empêtrée dans les conditions impérialistes, l’indépendance d’un État arriéré sera à moitié fictive et son régime politique, sous l’influence des contradictions de classe internationales et de la pression internationale, tombera inévitablement dans une dictature contre le peuple. (4e Internationale, Manifeste, 1940, GB, p. 22)

En 1957-58, le pays subit un effondrement économique, la roupie ne valait plus rien et de nombreuses révoltes éclatèrent. Sukarno tenta de réagir en jouant du sentiment national. Il décréta l’état de siège et appela à une grève générale dans les entreprises néerlandaises le 2 décembre 1957. Les travailleurs se saisirent de l’occasion pour aller plus loin et les occuper. Voyant que la situation lui échappait, le gouvernement envoya l’armée briser la grève. Le prétendu parti communiste, le PKI, lui apporta toute son aide et dénonça des « méthodes anarchistes ». De même, il s’efforça de freiner les paysans pauvres qui veulaient s’emparer des terres.

En 1957, et de nouveau en 1959, Aidit souligna la nécessité de subordonner la révolution agraire aux exigences prioritaires de la révolution nationale contre l’impérialisme. (Rex Mortimer, Indonesian Communism under Sukarno, Equinox, 2006, p. 316)

Cette orientation était à l’opposé de celle qu’avait suivie le Parti bolchevik en Russie en 1917.

Le parti du prolétariat lutte de toutes ses forces pour la confiscation immédiate et complète de toutes les terres des grands propriétaires fonciers de Russie et aussi des terres des apanages, de l’Église, de la couronne, etc., etc. (POSDR, « Résolution sur la question agraire », 13 mai 1917, Vladimir Lénine, OEuvres, Progrès, t. 24, p. 293)

En défendant la propriété privée des moyens de production, en s’opposant à la mobilisation des travailleurs salariés et des travailleurs des campagnes, le parti stalinien empêchait en fait toute révolution et protégeait le système impérialiste. En dépit de l’évidence de la politique contre-révolutionnaire du PKI, la révolution était conçue par la prétendue « 4e Internationale » de Pablo et Mandel comme un processus objectif qui devait entraîner le stalinisme à remplir la fonction d’une direction révolutionnaire.

Contrairement à certains « orthodoxes » sectaires, l’Internationale… s’est orientée, avant tout, sur le dynamisme de la situation même, un dynamisme qui pousserait les masses, et à travers les masses le PKI même, en contradiction avec l’ordre actuel. (Sal Santen, « La révolution indonésienne en marche », Quatrième Internationale, janvier 1958)

En 1957-1958, une situation révolutionnaire avorta, le pouvoir de Sukarno fut consolidé, l’armée se renforça. Le contrôle des anciennes entreprises néerlandaises, après la répression militaire, resta aux mains de l’état-major qui, comme les armées turque et égyptienne, s’intégra ainsi directement aux capitalistes locaux. Le gouvernement Sukarno interdit la grève dans les « entreprises stratégiques », sans que le PKI y trouva à redire. En outre, l’armée fonda en 1961 un syndicat jaune (SOKSI).

1959-1965 : les contradictions grandissantes du bonapartisme de Sukarno

Le Bonaparte indonésien ne toléra pas longtemps la démocratie bourgeoise : après quatre ans, il choisit de dissoudre le parlement élu en 1955. En 1959, Sukarno prétendit réaliser l’alliance des nationalistes, des islamistes et des « communistes » (Nasakom).

En fait, il instaura une nouvelle constitution par décret ─la « Démocratie dirigée » (sic)─ qui conférait énormément de pouvoir à l’armée. Les organisations, pour être autorisées, devaient jurer allégeance au pouvoir, à la nation et reconnaître Dieu, toutes choses que le PKI accepta.

Loin d’en vouloir à Sukarno, la direction du PKI l’invita au 6e congrès du parti. Trois dirigeants du PKI (le président du parti Aidit, le vice-président Njoto, Lakman) entrèrent au gouvernement présidé par Sukarno qui comprenait également 15 militaires ou ex-militaires (dont le général Nasution qui avait écrasé les milices dirigées par le PKI en 1948). Les trois ministres sans portefeuille du PKI n’avaient aucune fonction étatique effective, contrairement aux généraux.

Le parti stalinien avait décidé de sacrifier les classes prolétarienne et paysanne pauvre à la bourgeoisie exploiteuse incarnée par Sukarno et le PNI.

Le principe de base qui nous guide dans la poursuite de la lutte nationale est que la lutte des classes est subordonnée à la lutte nationale. C’est seulement en plaçant les intérêts de la classe et du parti après les intérêts nationaux, c’est-à-dire les intérêts du peuple révolutionnaire et en préservant dans des limites définies les intérêts de la classe et du parti que notre coopération avec d’autres classes et organisations sera efficace et qu’il sera possible d’accomplir cette alliance. (Aidit, « Toujours de l’avant pour liquider l’impérialisme et le féodalisme », 1961, cité par Rex Mortimer, Indonesian Communism under Sukarno, Equinox, 2006, p. 161)

À la recherche de diversions patriotiques, Sukarno envoya l’armée reprendre la Papouasie Nouvelle Guinée aux Pays-Bas en 1962. En 1963, il décida la Konfrontasi (confrontation) avec la Malaisie voisine.

C’est dans une atmosphère de crise et de tension que la Fédération de Malaisie a commémoré, il y a quelques jours, son premier anniversaire. Le conflit qui l’oppose, depuis sa naissance, à l’Indonésie voisine s’est en effet sérieusement aggravé cet été. L’Indonésie a étendu ses activités hostiles des jungles de Bornéo à la presqu’île de Malacca elle-même, forçant ainsi le gouvernement de Kuala-Lumpur à en appeler à l’ONU. (Le Monde diplomatique, octobre 1964)

Le général Suharto était le responsable militaire de l’immixtion de l’Indonésie en Malaisie. Celle-ci entraîna la rupture en 1965 avec l’ONU. La crise économique s’aggrava : l’inflation dépassait 100 %, les échanges maritimes étaient perturbés par le conflit avec la Malaisie, le déficit budgétaire était même supérieur aux recettes fiscales, les États-Unis cessèrent de prêter à l’État (tout en continuant à former les militaires).

À partir de 1961, le PKI choisit Pékin plutôt que Moscou. La direction du parti stalinien, inspirée par la bureaucratie chinoise, justifiait sa soumission de type menchevik à la bourgeoisie nationale au nom du front uni anti-impérialiste. L’État était censé être celui du peuple entier, contre toute la théorie marxiste.

Le problème décisif en Indonésie actuellement n’est pas de détruire le pouvoir d’État… mais de renforcer et consolider son côté propopulaire et d’éliminer le côté antipopulaire. (Aidit, novembre 1964, cité par Rex Mortimer, Indonesian Communism under Sukarno, Equinox, 2006, p. 135)

Le PKI prétendait que l’armée indonésienne était au service du peuple, une stupidité criminelle que le Parti socialiste et le Parti communiste chilien répétèrent tout le long de 1972-1973.

Le PKI considère que l’armée indonésienne n’est pas identique aux armées des pays impérialistes ou de l’Inde d’aujourd’hui, tant du point de vue de sa genèse que de son bilan contre l’impérialisme et contre le féodalisme, et aussi si on considère sa composition, puisque les soldats viennent surtout de la classe ouvrière ou paysanne. (Njoto, entrevue au Tokyo Evening News, 2 décembre 1965)

Malgré le frein stalinien, le mouvement des masses reprit. Le gouvernement Sukarno interdit les grèves. Fin 1964-début 1965, des centaines de milliers de paysans appliquèrent la réforme agraire de Sukarno à leur manière. Ils se saisirent des terres des grands propriétaires, donnant lieu à de violents affrontements avec la police. Aidit, le secrétaire général du PKI, dénonça l’action des paysans. Dans les premiers mois de 1965, les travailleurs du pétrole et du caoutchouc prirent le contrôle des entreprises américaines. Le PKI soutint la répression et l’envoi des troupes contre les paysans et les salariés.

La recherche par le bonaparte Sukarno d’un équilibre à l’échelle nationale entre les classes possédantes et exploitées, à l’échelle internationale entre les États ouvriers bureaucratiques et les puissances impérialistes se révélait intenable. Si le PKI n’était pas disposé à dénouer au compte des travailleurs la crise économique et politique de la classe dominante, l’armée et les islamistes s’étaient préparés, eux, à la contre-révolution.

1965-1967 : le massacre d’au moins 500 000 communistes

Le 30 septembre 1965, un groupe d’officiers subalternes dirigé par Untung, lieutenant-colonel de la Garde présidentielle, arrêta et exécuta six généraux qui auraient préparé un complot contre le président Sukarno, prit le contrôle de points stratégiques de la capitale et annonça la création d’un conseil révolutionnaire. Le PKI, pris au dépourvu, approuva le coup, parce qu’il comptait sur la loyauté de l’armée envers le peuple et savait que des généraux complotaient contre Sukarno. Mais les officiers soulevés ne tentèrent pas de s’emparer de la garnison de Jakarta et de la Kostrad (troupes d’élite) toutes les deux voisines. En outre, Sukarno déclina l’offre de se placer à la tête du prétendu conseil révolutionnaire, ce qui ôta toute légitimité à l’opération menée en son nom.

Quel que fût le rôle de la CIA dans cette aventure, le général Suharto, chef de la Kostrad, qui avait été informé de leurs intentions par les putschistes, mit en fuite les comploteurs le 1er octobre. Les cartes étaient en place pour le plus grand massacre anti-communiste de l’histoire avec la complicité de l’ambassade des États-Unis. Le but était clairement de ne pas permettre au PKI de se remettre, comme il l’avait fait après les répressions de 1926 et 1948. Cette fois la purge devait être totale ; le communisme (PKI, Acoma…) devait être éradiqué. La CIA fournit une liste à l’état-major, des moyens de transport et de communication.

Le général Suharto prit la tête de la contre-révolution, par-dessus la tête de ses supérieurs et du président. Le 4 octobre, il prétendit mensongèrement, pour mener son propre coup d’État et déclencher un massacre gigantesque, que le PKI était à l’origine de la tentative avortée de putsch et que l’organisation des femmes du PKI (la Gerwani) avait mutilé les cadavres des généraux. Il décréta l’état de siège à Djakarta et interdit les journaux ouvriers et progressistes… qui ne reparaitront plus.

L’extermination des « infidèles », des « traîtres à la patrie » et des « sorciers » s’étendit progressivement à tout l’immense territoire jusqu’en novembre 1967. Comme la tâche d’extermination était colossale, l’état-major s’assura le concours de bandes fascistes, généralement vêtus de chemises noires : jeunesses du PNI, islamistes du Muhammadiyahdu (Ensemble des partisans de Mahomet) ou du Nahdlatul Ulama (NU) et de son organisation de jeunesse (Ansor), fanatiques chrétiens et hindous, pseudo-syndicat lié à l’armée (SOKSI), organisations de tueurs mises en place par Suharto chez les étudiants et lycéens (KAMI, KAPPI).

Le 8 octobre 1965 à Jakarta, les islamistes du NU et les fanatiques du Parti catholique brûlèrent le siège du PKI et exécutèrent ses militants. Les massacres furent particulièrement cruels dans les fiefs islamiques comme à Aceh, où les milices musulmanes exterminèrent les membres du PKI et leurs conjoints ou conjointes en quelques jours sans intervention militaire. Dans les régions dominées par le NU, les communistes furent massacrés souvent par famille entière et avec mutilation sexuelle, les bandes d’Ansor en profitèrent pour massacrer leurs adversaires politiques ou religieux comme des membres du PNI et des hindouistes. Dans le centre et l’est de Java, l’amoncellement de cadavres obstrua même des cours d’eau.

On rapporte que des régiments de l’arrière-pays ont exécuté des milliers de communistes après leur interrogatoire dans des prisons éloignées. Armées de sortes de machettes appelées parangs, des bandes islamistes ont encerclé la nuit les maisons des communistes, massacrant les familles entières et enterrant les cadavres dans des fosses communes. La campagne de meurtres perdit toute vergogne dans l’est de Java où les milices musulmanes empilèrent les têtes de leurs victimes sur des piques et les exhibèrent dans les villages. Les massacres atteignirent une telle échelle que la multiplication des dépouilles a créé un problème sérieux d’hygiène dans l’est de Java et le nord de Sumatra, où l’air humide empestait la putréfaction. Les voyageurs de ces régions racontent que les rivières et les fleuves furent littéralement obstrués avec des cadavres, entravant le transport fluvial. (Time, 17 décembre 1965)

À d’autres endroits, moins acquis aux islamistes, d’autres organisations prirent le relais, ainsi à Bali, les membres du PNI eux-mêmes prirent l’initiative du massacre, certains pour se dédouaner aux yeux du nouveau pouvoir, ainsi que les hindouistes, qui y jouèrent le même rôle que les islamistes à Java. Au nord de Sumatra, les travailleurs agricoles sympathisants du PKI et du SOBSI furent exterminés par les membres de la confédération SOKSI, proche de l’armée. À l’Ouest du Timor, des fanatiques catholiques menèrent la purge ; au Nord de Sulawesi, ce furent les protestants; à l’ouest de Bornéo, l’armée utilisa les dayaks qui exterminèrent au passage les Chinois. Dans les villes, les jeunes réactionnaires musulmans, catholiques et nationalistes exultèrent dans l’écrasement des syndicalistes qui y avaient mené de nombreuses grèves.

L’armée interdit tout déplacement aux journalistes étrangers, y compris des médias les mieux disposés à son égard.

Le stalinisme invente une « révolution » qui continuerait

Alors que le carnage avait débuté, la direction du PKI, sous l’influence de Moscou et de Pékin, imposa aux paysans et aux travailleurs de n’opposer aucune résistance.

Les premières consignes du parti après le 1er octobre avaient été de temporiser, et ensuite plus rien n’est venu… la résistance fut très limitée, et on n’essaya pratiquement nulle part de recourir aux armes à feu. (Jean-Louis Margolin, « Indonésie 1965 : un massacre oublié », Revue internationale de politique comparée, vol. 8, n°1, 2001)

Alors qu’en coulisse Soekarno collaborait avec l’état-major en vue de sauver sa propre tête, le PKI persista à demander à ses membres de soutenir le « chef de la révolution indonésienne ». Le 15 octobre, le président nomma Suharto à la tête de l’armée. Le 24 novembre Aidit, dirigeant du PKI fut arrêté et exécuté, mais le PKI maintint le cap, jurant fidélité au président sur la touche, dont la seule fonction pour la junte était de cautionner le massacre.

Les bureaucraties étatiques qui avaient imposé au PKI la révolution par étapes, le front uni anti-impérialiste, la subordination à la bourgeoisie nationale et au bonaparte Sukarno, camouflèrent leur responsabilité dans la défaite historique du prolétariat indonésien. Pour cela, ils s’obstinèrent à prétendre qu’une révolution pouvait rester démocratique et qu’elle se poursuivait alors qu’en réalité, la classe ouvrière était écrasée sans pitié par une fraction de la bourgeoisie nationale, après avoir été paralysée par une autre.

La trahison du PKI fut entérinée et renforcée par les bureaucraties staliniennes à Moscou et à Pékin. Le Kremlin blâma les éléments « putschistes » et « aventuristes » du PKI pour la défaite et appela sans se lasser à « l’unité » de la « révolution indonésienne » autour de Sukarno et du Nasakom (nationalisme, islam et communisme)… À une conférence tricontinentale à La Havane en février 1966, la délégation de l’URSS tenta par tous les moyens d’empêcher une condamnation publique de la terreur contre-révolutionnaire contre les masses indonésiennes. (Terri Cavanagh, Lessons of the 1965 Indonesian Coup, 1991, SLL / Australie, p. 28)

Faute d’internationale ouvrière révolutionnaire, aucun parti indonésien n’avait pu prévenir du danger, défendre l’indépendance du prolétariat et sa prise en charge de la lutte nationale et démocratique, lutter pour la mobilisation des ouvriers et des paysans pauvres, proposer un front unique au PKI contre les menaces militaire et celles des fascistes mobilisés sous le drapeau du nationalisme et du fondamentalisme religieux.

La plus grosse section (LSSP) de la prétendue 4e Internationale des révisionnistes pablistes ─les ancêtres du NPA / France d’aujourd’hui─ venait de constituer au Sri Lanka en 1963 un gouvernement de front populaire avec le parti stalinien (CPSL) et un parti bourgeois (SLFP de Sirima Bandaranaike). Après avoir chargé le parti stalinien d’accomplir la « révolution permanente », les révisionnistes minimisèrent, comme la direction du PKI, la contre-révolution. Ils soutinrent l’orientation du stalinisme vers la guérilla rurale qui les avait tant séduits à Cuba.

La lutte n’est pas terminée en Indonésie. Une partie des cadres communistes a pu prendre le maquis. Le mécontentement des masses affamées augmente de jour en jour… (Ernest Mandel, « Leçons de la défaite indonésienne », La Gauche, novembre 1965)

1966 : l’Ordre nouveau du sanglant Suharto

Le massacre fit 200 000 morts selon les estimations les plus basses mais les dernières enquêtes prenant en compte le massacre et ses suites portent ce bilan à 1 million de victimes.

Les plus pauvres (paysans sans terre, micro-exploitants), les marginaux en tout genre paraissent avoir fourni le gros des victimes. (Jean-Louis Margolin, « Indonésie 1965 : un massacre oublié », Revue internationale de politique comparée, vol. 8, n°1, 2001)

Outre les assassinats massifs, 1 500 000 personnes furent arrêtées au moment du coup d’État ou dans les années qui suivirent, au moins 750 000 personnes furent internées et torturées pour la plupart dans le camp de concentration de l’île de Buru. Les survivants qui furent libérés les années (voire les décennies) suivantes restaient signalés comme anciens prisonniers politiques par une mention sur leurs papiers d’identité (ET, Ex-Tapol), surveillés et interdits de travail dans certaines institutions (secteur public, université…) jusqu’en 1999. Durant une vingtaine d’années, des procès eurent lieu condamnant des membres du PKI ou d’organisations ouvrières, paysannes, féminines et de jeunesse, souvent à mort.

Aujourd’hui encore, la haine des communistes est toujours enseignée dans les écoles, les mêmes justifications et calomnies sont véhiculées par les médias, les manuels d’histoire, les partis islamistes.

En mars 1966, la junte militaire dirigée par le général Suharto destitua Sukarno et proclama « l’Ordre nouveau ». La première mesure fut d’interdire le PKI.

Bien sûr, les entreprises capitalistes profitèrent de la situation pour se débarrasser des organisations syndicales. Par exemple, dans l’usine Goodyear de Sumatra où les travailleurs étaient massivement organisés dans le SOBSI dirigé par le PKI, les militants syndicaux furent assassinés en 1965 et les autres ouvriers vinrent travailler encadrés par des militaires armés, au moins jusqu’en 1967.

L’Indonésie n’était plus neutre ; la dictature sanglante et totalitaire se rattacha au « monde libre ». Dès l’annonce des massacres, la bourgeoisie impérialiste par intermédiaire de ses médias exulta, le New York Times félicita « les modérés » indonésiens, parla d’une « coulée de lumière en Asie », le Time salua « la meilleure nouvelle depuis des années pour l’Occident en Asie », The Economist s’enthousiasma pour le « bienveillant général ». Le futur président américain républicain Nixon tira un bilan favorable du coup d’État soutenu par le président démocrate Johnson.

Avec ses 100 millions d’habitants et son arc insulaire de 4 500 km renfermant le plus riche trésor de ressources naturelles de la région, l’Indonésie constitue le gros lot. (Richard Nixon, « Asia after Vietnam », Foreign Affairs, octobre 1967)

L’écrasement sans combat des travailleurs indonésiens et de toutes leurs organisations démoralisa le mouvement ouvrier mondial et facilita l’intervention américaine au Vietnam.

Le pays retrouva la bénédiction de la Banque mondiale et du FMI, des investisseurs étrangers, en particulier les groupes capitalistes des États-Unis et du Japon. L’armée fut plus que jamais équipée par les États-Unis, ce qui lui permit d’envahir le Timor-Oriental en 1975 et d’y mener un génocide jusqu’en 1978.

Le régime militaire s’appuya, au fil de son déclin, sur les agents locaux de la réaction islamiste internationale.

Au milieu des années 1980, la position du pouvoir à l’égard de l’islam militant changea du tout au tout. Se sentant menacé par le mécontentement d’une large partie de l’armée à l’égard de la mainmise croissante de ses proches sur l’économie du pays, le président Suharto voulut s’appuyer sur le renouveau islamique du pays pour rééquilibrer son régime. (Rémy Madinter, L’État indonésien face à l’extrémisme religieux, Ministère de la défense français, 2011, p. 16)

1998 : la chute de Suharto et la montée de l’islamisme

Il a fallu attendre 1997 pour que le despotisme de l’Ordre nouveau, la corruption de la famille Suharto, la crise économique est-asiatique, alimentent les manifestations de nouvelles générations qui ont chassé le vieux dictateur en 1998 et reconquis certaines libertés. Mais la réaction islamiste donne le ton de la transition et protège la bourgeoisie.

Les explosions de violence se multiplièrent de 1996 à 2004. Leurs deux cibles préférées furent les hommes d’affaires d’origine chinoise, dont la prospérité était de longue date jalousée, et les chrétiens qui, bien que minoritaires (autour de 9 %) et vulnérables, étaient accusés de conspiration contre l’islam. Les moments les plus spectaculaires de ces violences furent, d’une part, la « guerre sainte » (djihad) contre les chrétiens des Moluques et des Célèbes de 1998 à 2001 qui fit entre 5 000 et 10 000 morts et un demi-million de personnes déplacées ; et, d’autre part, les sanglants attentats de Bali en 2002, puis ceux de Jakarta en 2003 et 2004 … Ce déchaînement de violence commença avec la décomposition du régime de Suharto, puis la tentative islamiste de son successeur réformiste Habibie (1998-1999) ; il se poursuivit sous les deux présidents suivants, le religieux fantasque Abdurrahman Wahid, puis Megawati, fille de Sukarno. (Marc Gaborieau, Archives de sciences sociales des religions, octobre 2006)

En 2009, le général Yudhoyono (PD, un parti bourgeois), lui-même un militaire de l’ère Suharto, a gagné de nouveau l’élection présidentielle. La police a toléré les agissements des islamistes contre les loisirs et contre les minorités.

Le retard économique a contraint plus d’un million de travailleurs indonésiens (et autant de malaisiens) à trouver un emploi (travail domestique, chantiers…) dans les monarchies islamistes du Golfe arabo-persique (Arabie saoudite, Émirats arabes unis…) qui les traitent souvent comme des esclaves.

Des millions de travailleurs contractuels en provenance d’Asie et d’Afrique, y compris environ 2,4 millions de travailleuses domestiques dans les pays du Golfe, sont soumis à toutes sortes d’abus, notamment au non-paiement de leurs salaires, à la confiscation de leurs passeports, à des sévices physiques et au travail forcé. (HWR, Pays du Golfe : Il faut améliorer la protection des travailleurs migrants, 23 novembre 2014)

La hausse des salaires en Chine a conduit à un transfert vers le Vietnam et l’Indonésie de la production de chaussures et de vêtements, ce qui augmente la classe ouvrière industrielle.

En 2014, Joko Widodo (PDI-P, un parti bourgeois qui se revendique de Sukarno) a été élu président. Le mouvement ouvrier et le mouvement étudiant, sans lui accorder la moindre confiance, doivent profiter de ce répit pour :

  • se rappeler que les gouvernements des pays dominants ne défendent pas la démocratie, mais les intérêts de leurs groupes capitalistes et qu’ils recourent à toutes les manoeuvres, à toutes les violences, à tous les régimes pour les préserver s’ils les estiment menacés ;
  • comprendre que l’armée est une institution au service des exploiteurs indonésiens et de la bourgeoisie impérialiste, qu’il faut disloquer en s’appuyant sur les masses et leurs enfants conscrits ;
  • identifier le fondamentalisme religieux comme un faux anti-impérialisme et une véritable contre-révolution comme l’ont montré le rôle des fanatiques musulmans, chrétiens et hindouistes dans la contre-révolution sanglante de 1965 et aussi, à l’étranger, le rôle du fascisme « islamiste » en Iran, en Syrie, en Irak ;
  • tirer les leçons de la faillite du stalinisme dans le pays et aussi dans les pays proches  : le PCJ a soutenu l’occupation du Japon par les États-Unis et reconnu l’empereur ; le PCK a réduit le peuple cambodgien en esclavage, le PCC et le PCV ont rétabli le capitalisme en Chine et au Vietnam, etc. ;
  • retrouver l’esprit révolutionnaire de l’ISDV-PKI du début, revenir au marxisme de l’Internationale communiste du temps de Lénine et de Trotsky.

L’avant-garde doit se regrouper dans un parti ouvrier communiste, révolutionnaire et internationaliste.

Sa stratégie reposera sur la révolution permanente : aucune confiance à une aile quelconque de la bourgeoisie, alliance des travailleurs salariés avec les paysans pauvres et les étudiants, transformation de la lutte pour les revendications économiques et démocratiques en révolution socialiste.

Son programme comprendra l’expropriation des propriétaires fonciers, la rupture avec l’impérialisme, l’émancipation des femmes, la fin des castes là où elles subsistent, la séparation de l’État d’avec toutes les religions, la satisfaction des revendications des ouvriers et des employés, les droits démocratiques des conscrits, le démantèlement de l’armée, l’armement du peuple, le gouvernement ouvrier et paysan, la fédération socialiste d’Asie de l’est et d’Océanie.

8 mars 2016