Grèce : les élections législatives redonnent la majorité relative à Syriza

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Syriza, vainqueur des élections législatives du 20 septembre

La Coalition de la gauche radicale (Syriza), le parti grec chéri du PCF, du PdG et du NPA, a trahi le 13 juillet, sous la pression des bourgeoisies française et allemande, les intérêts des travailleurs qui lui avaient fait confiance lors des élections législatives du 25 janvier et du référendum du 5 juillet [voir Révolution communiste n° 12].

Pourtant, Tsipras et son parti semblent avoir réussi leur pari électoraliste. Pour la deuxième fois cette année, ils sont sortis victorieux des élections législatives convoquées après la démission du gouvernement de front populaire Syriza-ANEL. Le soir même, dès les premiers résultats connus, Tsipras, débarrassé de l’aile europhobe de son parti (qui a formé l’Unité populaire, LAE), a renouvelé sa coalition avec le parti bourgeois nationaliste et xénophobe Grecs indépendants (ANEL). Ces élections faisaient suite à la capitulation du gouvernement le 13 juillet face aux gouvernements de la bourgeoisie, surtout français et allemand, associés aux agences impérialistes BCE, FMI et Commission européenne.

Une abstention populaire en forte progression

L’abstention a bondi de près de 8 % passant de 36 % à un record de 44 %. Cette abstention teintée d’une profonde désillusion touche en premier lieu la classe ouvrière qui avait massivement voté Syriza en janvier et Non au référendum. Par conséquent, tout en perdant plus de 320 000 voix (1 925 904 voix contre 2 246 064, sur 9,8 millions d’inscrits), Syriza l’a emporté avec 35,47 % des suffrages exprimés. Après la base militante qui a subi une véritable hémorragie (30 % de militants en moins, éclatement du mouvement de jeunesse, passage de nombreuses sections à la LAE), c’est au tour de la base électorale de s’effriter. Nul doute que ce processus va s’accélérer quand le programme capitaliste du mémorandum va s’appliquer pleinement contre les masses.

Au programme du nouveau front populaire Syriza-ANEL : privatisations portant sur 50 milliards d’euros, majoration significative du taux de la TVA et d’autres impôts, réduction des dépenses publiques et sociales, report de l’âge de la retraite à 67 ans, lois facilitant des licenciements collectifs, restriction des droits syndicaux et du droit de grève, remise en cause des conventions collectives.

Reconduit, faute de mieux

Comment expliquer un tel résultat alors que les masses grecques ont été trahies comme rarement après le référendum du 5 juillet ? Tout d’abord, Syriza a mené campagne sur le thème du moindre mal en expliquant qu’il limiterait la politique de la troïka, contrairement aux partis bourgeois Mouvement socialiste panhellénique (PASOK) et Nouvelle démocratie (ND). Cette pitoyable argumentation est relayée par le PCF qui continue à expliquer aux travailleurs grecs (et français) qu’il faut croire aux phrases des bonimenteurs réformistes.

Dans son nouveau « projet de programme de gouvernement », Syriza garde cependant la barre à gauche : « défense du régime des pensions ; défense des salariés du public et du privé ; aide accrue aux travailleurs indépendants ; lutte contre l’évasion fiscale ; système d’imposition plus efficace, et défense du patrimoine public ». Le tout agrémenté d’un renforcement des formes d’économie sociale et solidaire et de la protection des biens communs « à travers le soutien de l’État social ». (L’Humanité, 18 septembre 2015)

Ensuite, en politicien cynique, le Premier ministre sortant a convoqué des élections avant que les mesures contenues dans le 3e mémorandum ne produisent leurs premiers effets. Enfin, ses adversaires n’ont guère profité des volte-face de Syriza.

Les grands partis de la bourgeoisie, la ND et le Pasok n’ont pas surmonté leur crise. La ND se maintient à 28 % des suffrages exprimés mais perd 192 000 voix. Le Pasok regagne des voix (52 000) mais à un étiage très faible (6,3 %). Le parti nazi Aube dorée (XA) est le troisième parti avec 7 % des voix,

Du côté des organisations de la classe ouvrière, aucune perspective soviétique et révolutionnaire n’est avancée par la Coopération anticapitaliste de gauche (Antarsya) ou par le Parti communiste de Grèce (KKE), ni de front unique ouvrier et de rupture avec la bourgeoisie par la LAE (dont la moitié des députés avait voté le mémorandum et qui a choisi le nom de la coalition qui a trahi la révolution chilienne, donc mené le prolétariat à la défaite). Au contraire, le nouveau parti issu de Syriza s’est contenté de reprendre le programme politique réformiste dit de Thessalonique d’avant les élections de janvier 2015 en ajoutant la sortie de la zone euro. Ses candidats n’ont obtenu que 2,8 % des suffrages exprimés, aucun/e député/e n’a été réélu/e. Le KKE stagne à 5,5 % tout en perdant un nombre significatif d’électeurs (36 000). La coalition de groupes centristes Antarsya a progressé, mais sans toucher les masses : plus de 46 000 voix, 0,85 % des suffrages exprimés.

Pour une solution révolutionnaire

L’application effective du mémorandum va aggraver le sort de la masse de la population et entraînera probablement des luttes. Pour qu’elles soient efficaces, pour qu’elles débouchent sur un gouvernement ouvrier et paysan, et non sur une démoralisation qui ferait le jeu du fascisme, les travailleurs de Grèce ont besoin de mettre sur pied des comités malgré le frein de la Syriza et du KKE. Les plus avancés, dispersés dans des structures réformistes ou sociales-patriotes (KKE, LAE) dans un regroupement centriste (Antarsya) ou des groupes (EEK, OKDE-EP) doivent constituer un parti ouvrier révolutionnaire et internationaliste.

  • Non à la mise sous tutelle de la Grèce par les impérialismes allemand et français ! Front unique ouvrier contre le plan Merkel-Hollande-Tsipras ! Grève générale à l’appel de la GSEE, de la PAME et de l’ADEDY jusqu’à l’annulation de la dette et au retrait du plan impérialiste !
  • Séparation de l’Église et de l’État ! Annulation de la dette publique ! Expropriation des banques et des grandes entreprises, à commencer par les armateurs ! Suppression de la TVA sur les produits de consommation des travailleurs ! Plan économique d’urgence pour satisfaire les besoins sociaux !
  • Retrait de l’OTAN ! Dissolution de l’armée et de la police ! Armement du peuple contre la police et les fascistes ! Droits démocratiques pour les conscrits !
  • Augmentation des salaires ! Partage du travail jusqu’à disparition du chômage ! Unité des travailleurs locaux et immigrés ! 
  • Une seule centrale syndicale, démocratique et de lutte de classe ! Comités rassemblant tous les travailleurs dans les entreprises, les administrations, les quartiers, les villages, les universités, pour le contrôle ouvrier et populaire !
  • À bas l’État bourgeois grec et l’Union européenne ! Gouvernement ouvrier et paysan basé sur les comités et l’armement populaire ! États-Unis socialistes d’Europe !


23 septembre 2015