Les migrants, matraqués à Paris, noyés en Méditerranée, électrocutés à Calais

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Depuis le printemps, les media se font l’écho avec des accents qui recherchent systématiquement l’effet émotionnel maximal, d’un véritable drame qui se joue dans notre pays, mais de façon plus générale dans cette forteresse que constituent les 28 pays de l’UE, en relation avec les soubresauts et les désastres (climatiques, économiques, géopolitiques) que multiplie la recherche effrénée et de plus en plus problématique de la valorisation du capital à l’échelle mondiale.

Pour nous en tenir à notre pays, les toponymes tels que : métro La Chapelle et Halle Pajol dans le XVIIIe arrondissement de Paris, quai d’Austerlitz dans le XIIIe, Calais, Vintimille… sont devenus familiers comme synonymes de la grande misère matérielle et morale que connaissent depuis des mois environ un millier de migrants, dont la majorité a bravé des dangers inouïs (d’après le HCR, on compterait près de 2 000 noyés en Méditerranée rien que pour les premiers six mois de l’année 2015) afin d’échapper aux persécutions, voire à la mort, dans ces pays misérables et instables comme l’Afghanistan ou en proie à de sanglantes dictatures que sont l’Érythrée, le Soudan…

Contrairement à la vague de migration en provenance de Tunisie auquel on assista en 2011 et 2012, ces nouvelles populations ne comptent pas seulement des hommes jeunes, mais aussi des femmes, des enfants en bas âge que les autorités ont laissés dans l’abandon le plus total pendant des mois, sans eau courante, sans sanitaires, contraints de coucher à même le sol et de compter sur la charité des populations pour se nourrir et se protéger un minimum de la chaleur accablante et des intempéries.

De plus, la très grande majorité de ces personnes, quoique souvent diplômée, n’est pas francophone et éprouve donc les plus grandes difficultés pour se déplacer dans des villes où elle ne peut en général pas communiquer valablement avec leur voisinage ou les représentants des autorités administratives et des organismes caritatifs qui daignent parfois leur rendre visite.

Comme si ces manquements inadmissibles aux dispositions des traités internationaux sur le droit d’asile et d’assistance aux populations migrantes ne suffisaient pas, il faut souligner que la police du gouvernement Hollande-Valls-Cazeneuve-Taubira n’a pas hésité à utiliser à plusieurs reprises la manière forte contre les migrants et leurs rares soutiens, en faisant usage de gaz lacrymogène, voire de la matraque. La police les a contraints à être dispersés entre divers centre d’hébergement, dont tout le monde sait bien qu’il s’agit plutôt de camps de rétention qui sont souvent l’antichambre de l’expulsion en catimini.

À cet égard, la mouvance anarchiste et autonome qui est la seule à avoir assuré une présence constante auprès des migrants, a parfaitement raison de souligner que cette politique xénophobe des autorités gouvernementales et municipales « de gauche » (du moins en ce qui concerne Paris) ont pour seul but de diviser les migrants afin de les empêcher de rester groupés et donc de peser d’un poids plus lourd, ne serait-ce que pour revendiquer les droits qui leur reviennent.

Dans les derniers jours, certains membres du gouvernement comme le sous-ministre PS Le Guen ou encore l’ex-bureaucrate étudiant de l’UNEF Bruno Julliard, recyclé à la mairie de Paris, se font plus patelins en allant même jusqu’à souligner que les migrants ont en général le désir de « travailler » et de « s’insérer », mais que malheureusement, les Anglais dans leur gestion de l’eurotunnel, ou encore les Italiens dans leur laxisme seraient les véritables responsables des tensions et des drames qui se produisent jour après jour. Ce en quoi ils collent à la mairie LR de Calais et aux propos de Xavier Bertrand.

Quelle répugnante hypocrisie, lorsqu’on sait que le gouvernement PS-PRG vient de faire voter le 15 juillet au Parlement deux nouvelles lois pour faciliter l’expulsion des réfugiés déboutés du droit d’asile et donner des pouvoirs supplémentaires (y compris de délation) aux chefs d’établissements scolaires, à EDF et même aux organisations caritatives pour exercer une surveillance et un contrôle plus stricts des populations étrangères !

Si on a vu des élus du PS, du PCF et du PdG participer à certaines manifestations de soutien aux migrants et même subir des brutalités de la part des forces « de l’ordre » qui, on le sait, dans leur fougue répressive, manquent parfois singulièrement de sens « politique » et cognent indistinctement sur tout ce qui se présente. Cela est vrai, mais comment ne pas remarquer en revanche que les dirigeants du mouvement ouvrier ne rompent pas pour autant les unions de gestion municipale et se sont surtout bien gardés de mobiliser les partis politiques qui se réclament des travailleurs, les syndicats, les associations pour organiser une solidarité concrète et politique avec les migrants qui aille au-delà des thèmes humanitaires chers aux organisations caritatives d’inspiration religieuse.

Les migrations sont destinées à s’amplifier. La bourgeoisie en déclin, qui les alimente par le pillage impérialiste, par les interventions militaires (comme celle de l’impérialisme français en Libye) et les guerres par procuration, par la destruction de l’environnement… s’en sert pour surexploiter, diviser et affaiblir l’ensemble de la classe ouvrière. Des fractions grandissantes de la classe dominante soufflent sur les braises du nationalisme, de la xénophobie, du cléricalisme et du racisme. L’absence de droits des sans-papiers, la discrimination entre nationaux et étrangers n’empêchent pas les migrations mais renforcent la concurrence entre les travailleurs et les affaiblissent tous.

Dans ces conditions, c’est à la classe ouvrière internationale, la classe de l’avenir, qu’il revient de défendre sa fraction la plus fragile et l’ensemble des étrangers vulnérables. Elle est entravée cependant par l’acception généralisée du chauvinisme, voire par la « politique de l’immigration » menée par les partis réformistes des pays impérialistes quand ils accèdent au pouvoir.

Dans notre pays comme partout où les circonstances l’exigent, il est urgent que les organisations ouvrières qui se réclament de l’internationalisme s’adressent directement, en leur nom propre et en brandissant leur programme de transformation sociale et politique internationale, aux travailleurs migrants, qu’ils contribuent à les organiser pour qu’ils obtiennent non seulement les droits élémentaires qui leur sont formellement reconnus, mais ceux qui leur reviennent de par leur appartenance à la classe internationale des exploités, des opprimés, des damnés de la terre.

D’ores et déjà, le mouvement ouvrier révolutionnaire a le devoir de harceler les directions des organisations de masse, syndicales et politiques, du mouvement ouvrier pour exiger :

  • Abolition des lois xénophobes ! Pleins droits de circulation, d’installation et d’emploi pour tous les travailleurs migrants et leurs familles, les étudiants qui désirent vivre un temps ou s’établir en France ou en Grande-Bretagne.
  • Pleins droits de citoyenneté pour tous les travailleurs quelle que soit leur nationalité ou leur confession religieuse
  • Organisation de la défense conjointe travailleurs français et migrants contre la répression policière et les agressions fascistes et racistes

Ces objectifs sont réalistes parce qu’ils contribuent à résoudre le problème historique des migrations humaines et avancent sur la seule voie de salut pour l’humanité : la République universelle des soviets !

5 août 2015