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Le nouveau régime de Damas, dirigé par HTS issu d’Al-Qaïda, a étendu à l’ouest du Kurdistan, appelé Rojava, l’offensive lancée cette année à Alep contre les quartiers contrôlés par les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les forces kurdes.
Ce qui se passe aujourd’hui est une guerre d’extermination totale contre le peuple kurde. Avec le soutien direct ou indirect des États-Unis, de l’Union européenne, d’Israël et de la République turque, ce processus orchestré par l’organisation terroriste djihadiste HTC est une tentative de génocide contre l’existence nationale du peuple kurde.
Dans ce contexte, il n’y a pas de place pour la neutralité. Soit on se range aux côtés du peuple kurde qui lutte pour sa survie dans un cycle d’occupation, d’élimination et de destruction, soit on se range du côté des milices djihadistes soutenues par l’impérialisme et les forces réactionnaires régionales.
Il n’y a pas de troisième voie. Les camps sont clairement définis.
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Tom Barrack, principal représentant du président américain Donald Trump au Proche-Orient, ambassadeur des États-Unis en Turquie et également représentant spécial pour la Syrie, a admis mardi soir dans une déclaration que l’attaque militaire du HTC avait été menée avec l’accord explicite des États-Unis. Barrack a déclaré que Washington était fermement opposé à toute forme de « sécession » ou de « fédéralisme » en Syrie. Invoquant l’accord du 18 janvier, il a exigé que les combattants des FDS rejoignent individuellement l’armée syrienne et que les prisons de l’EI sous le contrôle des FDS soient transférées au régime du HTC à Damas.
Cette déclaration fait suite à l’échec des pourparlers entre le chef des FDS, Mazloum Abdi, et le chef du HTC et « président par intérim » Ahmed al-Shara, auxquels participait également Barrack, à Damas, dans un contexte de conflits persistants. Cette situation montre clairement que les FDS se sont vu imposer une capitulation sous couvert de négociations.
Le fait que Barrack a rencontré le ministre turc des affaires étrangères Hakan Fidan à Ankara juste avant de faire ces déclarations et les propos tenus le même jour par Erdoğan à l’encontre des FDS montrent que l’attaque a été menée de manière coordonnée par les puissances impérialistes et régionales. Le fait qu’Erdoğan ait utilisé l’expression « éléments armés occupant le nord de la Syrie » pour désigner les forces kurdes est une déclaration ouverte de la satisfaction d’Ankara face à l’attaque du HTC.
Cette situation montre une fois de plus comment le soutien apporté par les États impérialistes occidentaux et les puissances impérialistes régionales à HTC a conduit l’humanité à la barbarie et à la destruction. Les classes dominantes n’ont même plus besoin de recourir aux contes de fées de la démocratie et de la liberté pour mettre en œuvre leurs politiques impérialistes avec toute leur arrogance.
C’est clair, sans lutter contre l’impérialisme et ses collaborateurs régionaux, le HTC ne peut être vaincu. La défaite du HTC, soutenu par les puissances impérialistes et les États réactionnaires régionaux, fait partie intégrante d’une lutte révolutionnaire contre l’ensemble de cet ordre contrerévolutionnaire.
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Au cours du premier quart du 20e siècle, le Kurdistan a été confronté à l’une des plus grandes tragédies de l’histoire du Proche-Orient et du monde. Après la Première Guerre mondiale, le peuple kurde a été fragmenté, divisé et colonisé entre quatre États distincts par les plus grandes puissances impérialistes de l’époque et leurs représentants locaux dans la région. Enfermés à l’intérieur des frontières de la Turquie, de l’Iran, de l’Irak et de la Syrie, les Kurdes ont été soumis à un régime colonialiste fragmenté sans précédent.
Depuis lors, ces quatre États colonialistes ont systématiquement appliqué des politiques de déni, d’assimilation, d’extermination et de répression à l’encontre du peuple kurde. L’existence d’une nation kurde a été niée ; on a prétendu que les Kurdes étaient turcs, arabes ou perses. La langue, la culture, l’histoire et l’identité nationale ont été prises pour cible ; on a voulu effacer l’existence du peuple kurde.
Cependant, malgré toutes ces pressions, le peuple kurde n’a jamais renoncé à sa lutte. Aucune nation n’accepte l’esclavage et l’extinction. Face aux révoltes et à la quête de liberté des Kurdes, les États colonialistes ont chaque fois demandé l’aide des puissances impérialistes et se sont appuyés sur elles. Ainsi, les quatre États qui se partagent le Kurdistan sont étroitement liés entre eux par l’impérialisme.
Même si des contradictions et des conflits ponctuels ont éclaté entre ces États, ils ont agi de concert lorsqu’il s’agissait de la lutte pour la liberté nationale du peuple kurde. Dans les quatre régions, la moindre revendication nationale a été réprimée par la terreur d’État ; le peuple kurde a été isolé, divisé et coupé du système international.
Bien que le peuple kurde ait subi des dizaines de massacres, de pogroms et de génocides, aucune institution internationale, ni l’ONU, ni l’Union européenne, ni l’Organisation de la coopération islamique, n’a pris de position réelle face à ces crimes. En effet, le moindre geste en faveur des Kurdes mettrait en péril les relations politiques, diplomatiques et commerciales de ces institutions avec la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie.
Compte tenu notamment du fait que la Turquie possède l’une des plus grandes armées de l’OTAN et qu’elle a conclu une alliance historique avec l’impérialisme américain et européen, il a toujours été facile pour les centres impérialistes de renoncer aux droits des Kurdes. Même si les États européens ont parfois joué un rôle de sensibilité à la question kurde, ils se sont rapidement rangés du côté d’Ankara dès la moindre tension avec la Turquie. La désignation des organisations kurdes comme « organisations terroristes » et la criminalisation de l’activité politique kurde en Europe aujourd’hui en sont une preuve flagrante.
En résumé, le Kurdistan libre et uni est en contradiction irréconciliable avec les intérêts de l’impérialisme au Proche-Orient. Peu importe les efforts déployés par les dirigeants politiques kurdes pour établir des relations harmonieuses avec les États impérialistes, dès que la lutte pour la liberté du peuple kurde gagne du terrain, les puissances impérialistes n’hésitent jamais à prendre des mesures pour saboter ce processus.
La leçon de l’histoire est claire : les centres impérialistes ne sont pas des alliés, mais des ennemis sur la voie d’un Kurdistan uni et libre. Chaque alliance conclue avec l’impérialisme a produit de nouvelles défaites pour les nations opprimées, et non des gains durables. La liberté du Kurdistan est incompatible avec les intérêts du système impérialiste mondial.
C’est pourquoi la lutte pour un Kurdistan libre et uni doit nécessairement revêtir un caractère antiimpérialiste. Les alliés du peuple kurde ne se trouvent pas dans les gouvernements impérialistes ou dans les dictatures bourgeoises réactionnaires du Proche-Orient, mais parmi la classe ouvrière, les travailleurs et les peuples opprimés du Proche-Orient. La cause d’un Kurdistan libre ne peut gagner une véritable perspective de libération que dans la mesure où elle s’inscrit dans cette perspective de classe et internationaliste.
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Les propos de Tom Barrack annoncent clairement un tournant dans la politique impérialiste des États-Unis envers la Syrie et les Kurdes :
Aujourd’hui, la situation a fondamentalement changé. La Syrie dispose désormais d’un gouvernement central reconnu qui a rejoint la coalition internationale pour vaincre Daech, s’est tourné vers l’Occident et s’est engagé à coopérer avec les États-Unis dans la lutte contre le terrorisme. Cette situation a modifié la justification du partenariat entre les États-Unis et les FDS. Damas étant disposée et prête à assumer ses responsabilités en matière de sécurité, y compris le contrôle des centres de détention et des camps de l’EI, la mission des FDS en tant que principale force anti-EI sur le terrain a largement pris fin. (Tom Barrack)
Avec cette déclaration, Barrack admet que les États-Unis ont jusqu’à présent utilisé les forces kurdes uniquement comme supplétives contre Daech et qu’ils ont mis fin à leur alliance avec les Kurdes en s’orientant vers une coopération avec le gouvernement central syrien.
L’impérialisme américain a fait le choix de se ranger du côté de l’appareil d’État syrien, et donc de la Turquie, principal soutien régional de cet État. En effet, pour établir une hégémonie totale au Proche-Orient, les États-Unis ont autant besoin de la Turquie que d’Israël. Il ne reste plus qu’un caillou dans leur chaussure, l’Iran.
Les États-Unis ont fait le choix de soutenir HTC dans le cadre de cette stratégie. L’impérialisme ne souhaite pas une Syrie hétérogène et démocratique, mais une Syrie qui serve ses intérêts et repose sur le pouvoir absolu des organisations terroristes djihadistes. Son objectif est de transformer la Syrie en une base impérialiste afin d’encercler l’Iran et d’assurer sa domination absolue au Proche-Orient.
C’est pourquoi les États-Unis considèrent comme une nécessité stratégique l’élimination de tous les acteurs qui ne reconnaissent pas le pouvoir du HTC en Syrie ou qui ne peuvent s’y conformer. Le pouvoir absolu du HTC signifie pour les Kurdes, les Alaouites, les Druzes, les Syriaques, les Arméniens, les minorités chrétiennes, les Arabes laïques, les femmes et les personnes LGBTQI+, un risque de massacres, de pogroms et de génocide.
Mais aucun peuple n’accepte volontairement l’esclavage. Le pouvoir absolu du HTC, représentant de l’impérialisme et des forces réactionnaires régionales, n’apportera ni stabilité ni fin à la guerre civile en Syrie. Au contraire, il fera entrer la guerre civile syrienne dans une nouvelle phase encore plus sanglante. Avec ce processus, les acteurs de la résistance se révèlent de plus en plus clairement.
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En Syrie, l’intervention impérialiste, le conflit entre le djihadisme réactionnaire et les dictatures bourgeoises régionales ne produisent pas la libération des peuples, mais seulement de nouvelles formes de destruction. Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas seulement une guerre civile ou une crise locale, mais aussi la manifestation d’une guerre impérialiste de partage du gâteau en Syrie. Dans ces conditions, les questions démocratiques les plus fondamentales, telles que la paix, la démocratie, la liberté des minorités nationales et religieuses, la libération des femmes et la véritable indépendance du pays, ne peuvent être résolues que sous le pouvoir de la classe ouvrière. L’ère de l’impérialisme est aussi l’ère des révolutions prolétariennes.
C’est pourquoi l’objectif stratégique à adopter en Syrie est l’élimination radicale de la domination impérialiste sur le pays. Cet objectif ne peut être atteint ni par des manœuvres diplomatiques ni par une « politique d’équilibre » entre les puissances impérialistes. La seule voie possible est la révolution prolétarienne.
Cette réalité impose une distinction fondamentale quant à la nature d’un front de résistance qui pourrait se former en Syrie. Un front de résistance véritable et progressiste ne peut naitre ni de projets libéraux-démocrates conciliants avec les impérialistes, ni de structures sectaires ou djihadistes. Il est absolument indispensable que les forces révolutionnaires de la classe ouvrière prennent la tête du front de résistance.
La classe ouvrière syrienne, bien que divisée sur le plan ethnique, confessionnel et religieux, repose sur un fondement de classe objectif qui unit les travailleurs kurdes, arabes, alaouites, sunnites, chrétiens et druzes dans des relations d’exploitation communes. L’impérialisme et ses sous-traitants locaux gouvernent en approfondissant la division. C’est pourquoi la première tâche révolutionnaire de la classe ouvrière syrienne est de construire une ligne de lutte unifiée, fondée sur la classe, qui dépasse les barrières sectaires et identitaires.
Le HTC et les structures djihadistes similaires ne servent pas les intérêts des classes laborieuses, mais ceux de la bourgeoisie commerciale, des profiteurs de guerre et des puissances impérialistes. Ces structures visent les femmes, les minorités nationales et religieuses, le mouvement ouvrier organisé, dans le but de condamner la société syrienne à un régime d’esclavage permanent. C’est pourquoi la classe ouvrière ne peut pas séparer la lutte contre la réaction djihadiste de la lutte contre l’impérialisme.
Le front de résistance qui s’est formé en Syrie peut s’appuyer sur les acquis progressistes de la lutte pour la liberté des Kurdes, les expériences d’autodéfense des femmes, les comités populaires locaux et les pratiques de résistance spontanées des travailleurs. Cependant, ce front ne peut produire de solution durable s’il n’est pas associé à un programme révolutionnaire défendant la nationalisation des moyens de production, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et la démocratie ouvrière, et non à des programmes nationalistes bourgeois ou libéraux.
Tout foyer de résistance dépourvu de perspective de classe est entrainé, dès le premier seuil critique, dans la recherche d’une puissance impérialiste qui le mettra en sécurité. Cette situation reproduit les rapports de dépendance et fait de la résistance l’objet de marchandages impérialistes. Les expériences vécues en Syrie en regorgent d’exemples.
Dans ce contexte, la tâche historique des forces révolutionnaires syriennes est claire :
Construire un front révolutionnaire uni sur la base d’une politique de classe indépendante contre l’occupation impérialiste, la réaction djihadiste et les dictatures bourgeoises locales et régionales ; fonder la perspective du pouvoir sur les conseils ouvriers et faire partie d’une ligne révolutionnaire internationaliste à l’échelle du Proche-Orient.
L’avenir de la Syrie ne se joue pas sur les tables de négociation impérialistes, mais dans la mobilisation révolutionnaire des travailleurs, des pauvres et des opprimés.
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La structure politique qui a émergé au Rojava est une forme intermédiaire politico-militaire qui s’est développée dans le vide politique créé par la guerre civile syrienne. Ce processus n’est pas une révolution aboutissant au pouvoir de la classe ouvrière, mais une expérience de gestion locale apparue dans un contexte d’effondrement de l’appareil d’État. Les relations de production n’ont pas été liquidées, la propriété bourgeoise n’a pas été abolie, le pouvoir n’a pas été confié aux conseils ouvriers. C’est pourquoi le processus du Rojava est resté une structure qui n’a pas dépassé les limites du système capitaliste, qui a cherché à coexister avec lui plutôt qu’à le transformer.
Cette réalité est la clé pour comprendre pourquoi le Rojava n’a pas pu produire de solution politique durable et de ligne d’indépendance.
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Dès le début du processus, les dirigeants du Rojava ont rejeté l’objectif de l’indépendance nationale, d’un Kurdistan unifié ou d’un statut national explicite ; ils se sont définis comme « faisant partie de la Syrie » en toutes circonstances. Cette position n’a pas changé, ni sous le régime d’Assad, ni après l’arrivée au pouvoir du HTC. Ce choix est stratégique, et non tactique.
Non seulement aucune perspective claire de libération nationale n’a été présentée pour mettre fin à un siècle de fragmentation coloniale du peuple kurde, mais cette revendication historique a été remplacée par des concepts postmodernes et non classistes tels que le « confédéralisme démocratique » et la « modernité démocratique ». Un mouvement qui évite délibérément la perspective d’un statut national ne peut aboutir à la libération nationale.
Le fait de rendre la question nationale aussi floue a fait des revendications légitimes du peuple kurde un objet de négociation pour les puissances impérialistes et régionales.
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Le processus du Rojava n’a pas pris pour cible le capitalisme ; il n’a pas inscrit à son ordre du jour la nationalisation des moyens de production et le pouvoir de classe. Les pratiques coopératives ont fonctionné comme des mécanismes réformistes compatibles avec le marché capitaliste, remplaçant la lutte des classes.
Toute structure politique qui ne vise pas le pouvoir de classe a besoin d’un soutien extérieur plus fort pour assurer sa survie. Les relations établies par le Rojava avec les États-Unis impérialistes sont le résultat de cette dépendance structurelle. Le problème n’est pas seulement une « mauvaise alliance », mais aussi l’absence de perspective de classe qui rend cette alliance nécessaire.
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Les Forces démocratiques syriennes (FDS) sont devenues une force militaire dépendante des États-Unis ; elles ont joué le rôle d’une force terrestre dont les décisions stratégiques étaient déterminées par Washington. L’occupation d’Afrin par la Turquie s’est déroulée avec le silence et l’approbation délibérés des États-Unis.
Le problème ici n’est pas seulement que « les États-Unis ont trahi les Kurdes ». Le véritable problème est que les dirigeants du Rojava ont lié leur propre destin aux intérêts régionaux d’une puissance impérialiste. Les États-Unis ont utilisé les FDS, mais celles-ci avaient accepté ce rôle dès le départ.
Cette relation établie avec l’impérialisme a fait de la liquidation du Rojava une nécessité plutôt qu’un choix.
Le processus de négociation mené par le PKK en Turquie, les appels au désarmement et l’orientation politique axée sur une « Turquie démocratique » ont conduit à l’abandon effectif de la perspective de libération nationale. Cette ligne a été transposée au Rojava. Un mouvement qui abandonne son objectif national le laisse à l’initiative de ses ennemis. Le processus d’élimination en cours au Rojava est le résultat inévitable de cette continuité idéologique et politique.
Si le Rojava est aujourd’hui confronté à la menace d’une liquidation, c’est parce qu’il n’est ni indépendant, ni antiimpérialiste, ni anticapitaliste. Resté sans statut, sans garantie et dépendant dans les négociations impérialistes, le Rojava est sacrifié par le HTC, la Turquie et les États-Unis.
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Cependant, cette défaite n’est pas celle du peuple kurde. Ce qui a été vaincu, c’est une ligne politique dépourvue de perspective nationale et de classe, compatible avec l’impérialisme. La question du Kurdistan reste d’actualité dans toute son acuité. Le peuple kurde mène aujourd’hui une lutte pour sa survie à Rojava. La lutte du peuple kurde pour son existence et sa liberté est légitime et doit être défendue.
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L’expérience du Rojava a démontré une fois de plus que l’absence de statut, la complaisance envers l’impérialisme et la politique non classiste ne mènent pas à la libération des nations opprimées, mais à leur liquidation. La liberté du peuple kurde est indissociable de la lutte indépendante, internationaliste et révolutionnaire de la classe ouvrière syrienne et proche-orientale.
La véritable libération n’est pas possible dans les limites du système impérialiste, mais seulement à travers la lutte révolutionnaire prolétarienne menée contre celui-ci.
Pourquoi la Turquie attaque-t-elle le Rojava depuis des années ?
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Le Rojava réduit à néant la doctrine de déni de la question kurde et d’extermination de la République turque fondé.
Depuis sa création, l’État turc a géré la question kurde non pas sur la base des droits politiques, mais à travers des politiques de sécurité et d’extermination. L’établissement d’une autonomie effective par le peuple kurde au Rojava a brisé le mensonge selon lequel « les Kurdes doivent vivre sans État » et a créé un précédent qui va idéologiquement démanteler le régime de déni en Turquie.
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Le Rojava constitue un exemple politique contagieux pour les travailleurs et les pauvres kurdes du Kurdistan turc. L’existence du Rojava est une source d’espoir non seulement national, mais aussi politique pour la classe ouvrière et les masses laborieuses kurdes de Turquie. Cette situation signifie pour la bourgeoisie turque un approfondissement des contradictions de classe et nationales à l’intérieur du pays. La liquidation du Rojava vise à éliminer cet « effet contagieux ».
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La Turquie vise à démanteler le mouvement kurde et à l’isoler en éliminant le Rojava. L’existence du Rojava établit des liens moraux, politiques et concrets entre les différentes composantes du mouvement kurde. En écrasant le Rojava, l’État turc cherche à diviser le mouvement kurde, à affaiblir la résistance au Kurdistan turc et à faire passer le message au peuple kurde qu’il « n’y a pas d’autre voie ».
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Le Rojava propose un modèle social incompatible avec l’idéologie nationaliste et islamiste du régime AKP-MHP. Le rôle social et politique des femmes au Rojava, les modes de vie laïques et le pluralisme ethnique et religieux constituent une menace idéologique directe pour le régime islamiste d’Erdoğan instauré en Turquie. C’est pourquoi le Rojava est visé non seulement sur le plan militaire, mais aussi sur le plan idéologique.
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En attaquant le Rojava, la Turquie renforce sa position dans les négociations impérialistes en Syrie. La Turquie n’est pas un acteur indépendant dans la guerre en Syrie ; c’est une puissance sous-impérialiste qui négocie avec les États-Unis, la Russie et les puissances régionales. Les attaques contre le Rojava donnent à la Turquie un avantage dans ces négociations ; les zones occupées servent les intérêts régionaux de la bourgeoisie turque.
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La liquidation du Rojava signifie de nouveaux domaines de pillage et d’exploitation pour le capital turc. Dans les régions occupées par la Turquie : les marchés publics dans les domaines de la construction et des infrastructures,
la production et le commerce agricoles, le secteur de la logistique et de la sécurité sont directement placés sous le contrôle du capital turc. Les attaques contre le Rojava sont autant une opération de pillage militaire qu’économique. Dans les régions occupées par la Turquie au Rojava, celle-ci construit son propre État pirate et y installe ses institutions étatiques. À Afrin, le turc est devenu l’une des langues officielles.
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Le Rojava représente une menace pour la pérennité du régime d’Erdoğan en Turquie. L’existence du Rojava rend le problème kurde insoluble, affaiblit la légitimité idéologique du régime d’Erdoğan et renforce le potentiel de lutte commune de la classe ouvrière. C’est pourquoi l’élimination du Rojava n’est pas un choix temporaire du gouvernement, mais une politique stratégique permanente de l’État.
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La Turquie n’attaque pas le Rojava pour des raisons de « sécurité », mais parce qu’elle craint la possibilité d’une libération du peuple kurde, la lutte commune de la classe ouvrière et la désintégration idéologique du régime d’Erdoğan. Les attaques contre le Rojava sont l’une des conditions nécessaires à la poursuite du régime d’Erdoğan et de l’ordre capitaliste en Turquie.
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La guerre contre le Rojava s’inscrit dans la lutte des classe bourgeoise menée contre la classe ouvrière turque. Les opérations militaires contre le Rojava se répercutent sur cette dernière sous forme de nouvelles taxes, de politiques d’austérité et de dégradation sociale. Les budgets de guerre sont financés par des coupes dans les salaires, les droits des retraités et les services publics. La guerre contre le Rojava est le prolongement extérieur de la guerre contre la classe ouvrière. L’élimination du Rojava signifie la consolidation du régime autoritaire en Turquie. Les attaques contre le Rojava sont instrumentalisées pour attiser l’hystérie nationaliste, réprimer l’opposition et écraser la résistance ouvrière. La défense du Rojava est indissociable de la lutte contre le fascisme en Turquie. La lutte du peuple kurde pour la liberté et la libération de la classe ouvrière turque sont objectivement liées. La classe ouvrière turque est divisée et affaiblie par l’oppression de la nation kurde. Les attaques contre le Rojava contribuent au maintien de l’ordre capitaliste en semant la discorde entre les travailleurs turcs et kurdes. Il est essentiel de ne pas oublier cette vérité : le travailleur d’une nation qui en opprime une autre ne peut être libre. Défendre le Rojava, c’est défendre l’unité de la classe ouvrière. Malgré ses limites, le Rojava est un foyer de résistance de fait contre l’ordre impérialiste et réactionnaire. Il est devenu une cible commune des puissances impérialistes, des États bourgeois régionaux et des djihadistes réactionnaires.
Cette situation démontre que le Rojava est objectivement un bastion progressiste. Les socialistes devraient adopter une position critique, tout en se fondant sur le principe de la défense inconditionnelle. Le silence concernant le Rojava reproduit les défaites historiques du mouvement socialiste turc. Si aucune voix organisée ne s’élève contre l’occupation du Rojava, le nationalisme et le chauvinisme se feront entendre avec plus de force. Par conséquent, la neutralité ou le silence à l’égard du Rojava reviennent de fait à se rendre complice de la politique de guerre de l’État.
L’internationalisme n’est pas un principe abstrait, mais une pratique éprouvée par des luttes concrètes. La position adoptée face aux attaques contre le Rojava témoigne du véritable caractère internationaliste du mouvement socialiste turc. Un socialisme qui ne défend pas le Rojava ne peut transcender les frontières nationalistes et étatiques. La défaite du Rojava signifierait le renforcement de la réaction et de l’impérialisme au Proche-Orient. La liquidation du Rojava légitimerait les structures djihadistes, anéantirait les acquis des femmes et entrainerait les minorités nationales et religieuses dans de nouveaux massacres. Ce scénario assombrirait également l’avenir de la classe ouvrière turque. Défendre le Rojava est une occasion pour le mouvement socialiste de renforcer sa ligne de classe indépendante. Une défense du Rojava contre la guerre, contre l’impérialisme et contre le fascisme permet au mouvement socialiste de constituer un pôle de classe indépendant face à l’État. Cette position marque une rupture nette avec l’opposition bourgeoise et le discours de « paix » au sein du système. Défendre le Rojava élargit l’horizon révolutionnaire international de la classe ouvrière turque. Le Rojava démontre à la classe ouvrière turque que les destins sont liés au Proche-Orient ; la libération sera collective ou impossible. En défendant activement le Rojava, la classe ouvrière turque devient actrice du processus révolutionnaire au Proche-Orient.
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Actions révolutionnaires concrètes pour la défense du Rojava
Briser le mensonge de la neutralité et établir un alignement politique clair : des approches telles que « les deux camps sont fautifs », « un processus complexe » et « l’équilibre des pouvoirs » face à la guerre d’anéantissement contre le Rojava reviennent à prendre parti pour l’agresseur. L’action révolutionnaire consiste à établir un alignement politique clair et sans ambigüité contre l’axe HTC-Turquie-États-Unis-Israël.
Mettre en place une ligne de mobilisation de classe contre la guerre. Le cout de la guerre contre le Rojava doit être illustré par des exemples concrets : hausses de prix, impôts, appauvrissement, oppression et fascisme, autant de conséquences supportées par la classe ouvrière turque.
L’opposition à la guerre doit s’exercer non par des appels abstraits à la paix, mais par une mobilisation de classe. Repenser la « question kurde » dans une perspective de classe révolutionnaire
La défense du Rojava ne saurait se limiter aux politiques identitaires libérales ni à la « peur de la division » étatique. La tâche est claire : redéfinir la lutte de libération nationale kurde comme partie intégrante de la lutte révolutionnaire unifiée de la classe ouvrière. Il faut contraindre les syndicats et les organisations ouvrières à s’engager dans la lutte contre la guerre. Les forces révolutionnaires doivent dénoncer la direction syndicale, organiser la pression populaire et construire des actions ouvrières contre les budgets de guerre, les déploiements militaires et la production d’armements. La défense du Rojava est un levier pour politiser la lutte des classes dans la sphère syndicale.
Malgré la répression d’État, la solidarité concrète avec le mouvement kurde est essentielle.
Défendre le Rojava exige non seulement des paroles, mais aussi la mise en place de réseaux de solidarité concrète contre les détentions, les arrestations et les interdictions.
C’est une épreuve de courage et de rupture pour le mouvement révolutionnaire.
Mobilisation internationale au sein de la diaspora et à l’international. La guerre contre le Rojava est internationale ; sa défense doit l’être aussi.
La tâche est claire : organiser des actions communes avec les travailleurs kurdes et turcs d’Europe, des manifestations dans les centres impérialistes et des campagnes de dénonciation contre les entreprises d’armement et les États.
Une défense critique, mais inconditionnelle, du Rojava !
Les limitations de classe et politiques au Rojava doivent être ouvertement critiquées. Cependant, cette critique ne doit pas affaiblir la défense ni l’assimiler à l’agresseur.
Le principe est clair : « Critique de l’intérieur, défense vis-à-vis de l’extérieur ».
Inscrire la défense du Rojava dans la perspective révolutionnaire du Proche-Orient. Le Rojava n’est pas seulement un territoire, mais aussi un point névralgique du processus révolutionnaire au Proche-Orient. La mission : lier la défense du Rojava à l’avenir révolutionnaire commun de la classe ouvrière en Syrie, au Kurdistan, en Turquie et au Proche-Orient. Lever l’étendard d’un Proche-Orient socialiste. Cet étendard n’est ni un slogan nostalgique ni une utopie irréaliste, mais le seul mot d’ordre réaliste pour éradiquer l’impérialisme du Proche-Orient. Le moment est venu de parler de soviets socialistes du Proche-Orient. L’objectif ultime : passer d’une logique défensive à une logique de puissance. Défendre le Rojava ne se limite pas à préserver les acquis ; il s’agit de lier cette lutte aux conseils ouvriers, aux milices ouvrières et à une perspective de puissance révolutionnaire. La défense ne peut être durable que si elle est liée à une offensive révolutionnaire.
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Comment pouvons-nous accomplir notre mission de défense du Rojava au sein de la classe ?
Pour dissocier la guerre du mensonge de la « sécurité nationale » et la transformer en enjeu de classe, nous devons mener des actions d’agitation et de propagande systématiques. L’État turc légitime ses attaques contre le Rojava par la rhétorique de la « lutte contre le terrorisme » et de la « sécurité nationale ». La tâche des révolutionnaires prolétariens est de démanteler cette rhétorique et de révéler la véritable nature de classe de cette guerre : c’est la guerre des patrons et de l’État. Le prix à payer est acquitté par les travailleurs, les pauvres et les jeunes. Cette révélation doit se propager des lieux de travail aux quartiers.
Créer des cellules et des comités antiguerre sur les lieux de travail
La défense du Rojava doit s’organiser non seulement dans les rues, mais aussi sur les lieux de production. La tâche des révolutionnaires prolétariens est d’établir des comités ouvriers antiguerre dans les usines, les ateliers, les lieux de travail, les chantiers et les entrepôts. Ces comités publieront des communiqués, organiseront des réunions sur les lieux de travail et exerceront des pressions sur les structures syndicales. Dénoncer la bureaucratie syndicale et mobiliser la base
En Turquie, la bureaucratie syndicale reste muette face à la guerre, se soumet à la ligne officielle et agit sous l’influence de réflexes nationalistes. La tâche des révolutionnaires prolétariens est d’inscrire cette question à l’agenda des travailleurs à partir de la base, de promouvoir des pétitions contre la guerre, la résistance et des débats appelant à une action contre le conflit. Il faut expliquer que la « lutte pour le pain » ne peut être gagnée en temps de guerre.
Établir une unité pratique entre les travailleurs kurdes et turcs. L’arme la plus puissante de l’État est la division nationaliste. Pour la contrer, il est essentiel de créer une unité de classe réelle en organisant des actions communes sur les lieux de travail, des déclarations communes, des marches et des grèves communes. Cette unité repose non pas sur une fraternité abstraite, mais sur une lutte commune.
Il est nécessaire d’impliquer les jeunes travailleurs, les chômeurs et les étudiants dans ce processus, et de diffuser systématiquement l’idée que la guerre contre le Rojava compromet l’avenir des jeunes, le chômage et le service militaire obligatoire. La tâche des révolutionnaires prolétariens doit consister à organiser des comités antiguerre dans les universités, parmi les stagiaires et les travailleurs précaires, et à établir des liens avec les familles de militaires. Créer des réseaux de solidarité contre la répression d’État.
Les prises de position contre la guerre entraineront inévitablement des détentions, des arrestations et des licenciements. La tâche des révolutionnaires prolétariens est de contrer cette répression par la solidarité juridique, le soutien financier et la sensibilisation du public. Il est essentiel de lier la défense du Rojava à la lutte antiimpérialiste. La défense du Rojava doit s’accompagner d’une lutte non seulement contre l’État turc, mais aussi contre l’OTAN, les bases américaines et les monopoles des armes. Le slogan « Cette guerre n’est pas notre guerre » doit se traduire par des objectifs concrets. Il est vital de mettre en lumière le problème de la direction révolutionnaire indépendante au sein de la classe ouvrière et d’organiser chaque action de manière à contribuer à sa résolution. Les structures socialistes actuelles – parlementarisme, compromis, chauvinisme social et lâcheté – doivent être ouvertement condamnées. La défense du Rojava souligne l’impératif de construire une direction révolutionnaire au sein de la classe ouvrière.
Compléter la défense par une perspective révolutionnaire. La défense du Rojava est vouée à l’échec si elle se limite à l’objectif de « stopper l’attaque ». La tâche des révolutionnaires prolétariens est claire : les conseils ouvriers, les milices ouvrières doivent mener la défense dans une perspective de puissance révolutionnaire. Les révolutionnaires prolétariens ne peuvent défendre le Rojava ni en applaudissant de loin, ni par solidarité libérale, ni par des appels diplomatiques, mais en intensifiant la lutte des classes contre leur propre État bourgeois. Le destin du Rojava et la libération de la classe ouvrière turque sont indissociables.
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Les tâches révolutionnaires concrètes des forces révolutionnaires internationales (en particulier européennes) face au Rojava.
Les attaques contre le Rojava constituent un crime impérialiste. La guerre d’extermination menée contre le Rojava n’est pas seulement le fait des forces réactionnaires régionales, mais aussi le crime commun du système impérialiste centré sur les États-Unis, l’Union européenne, l’OTAN et Israël. Même si les États européens n’interviennent pas directement militairement, ils participent activement à ce crime par le commerce des armes, en lui accordant une légitimité diplomatique et en criminalisant les organisations kurdes. La première tâche des organisations révolutionnaires en Europe est de dénoncer cette réalité. La « neutralité », c’est se ranger du côté de l’impérialisme
En Europe, les syndicats et les partis de gauche se réfugient derrière des discours sur « l’équilibre », « l’appel à la paix » et « les deux parties doivent cesser la violence » à propos du Rojava. Cette attitude est une collaboration de fait. Aujourd’hui, il n’y a pas de neutralité face au Rojava : il y a soit le camp des impérialistes et des djihadistes, soit le camp du peuple kurde et des opprimés. Les camps sont clairs.
La tâche des organisations révolutionnaires en Europe est de régler leurs comptes avec leur propre État bourgeois. Défendre le Rojava signifie pour la classe ouvrière européenne lutter contre son propre État, contre les accords militaires conclus avec Ankara, contre les exportations d’armes, contre la coopération avec l’OTAN. Aujourd’hui, la défense du Rojava est un maillon important de la lutte de classe antiimpérialiste en Europe.
Il faut mener une lutte concrète contre la criminalisation du mouvement kurde. En Europe, les organisations kurdes sont systématiquement réprimées : elles figurent sur les listes « terroristes », leurs associations sont fermées, leurs actions sont interdites.
La tâche du mouvement ouvrier européen est de ne pas reconnaitrai ces interdictions, d’organiser une solidarité ouverte avec le mouvement kurde et de rendre la criminalisation effective. Cette lutte n’est pas une question de liberté d’expression, mais de solidarité de classe.
Les syndicats doivent être transformés en bastions antiguerre.
Jusqu’à présent, le mouvement syndical européen est resté silencieux face aux guerres de l’OTAN et s’est conformé aux politiques impérialistes. La tâche révolutionnaire consiste à mettre l’ordre du jour de Rojava à l’ordre du jour des syndicats, à faire adopter des résolutions contre la guerre et à organiser des grèves contre la production et l’expédition d’armes. La résistance dans les usines d’armement est la forme la plus concrète de la défense de Rojava.
Il faut établir un lien de classe entre la diaspora kurde et la classe ouvrière européenne. La diaspora kurde en Europe : elle travaille dans les emplois les plus précaires, les moins bien rémunérés et les plus pénibles. La tâche révolutionnaire : s’approprier les luttes des travailleurs kurdes dans une perspective de classe, transformer la solidarité ethnique en solidarité de classe, briser la ghettoïsation. Sans ce lien, l’internationalisme reste lettre morte.
La défense du Rojava doit s’allier à la lutte contre la xénophobie. Les forces qui attaquent le Rojava sont également celles qui génèrent des migrations. La montée du racisme en Europe est le prolongement politique interne des guerres impérialistes. La tâche de la classe ouvrière européenne est de s’opposer à la xénophobie, de dénoncer le lien entre guerre, migration et racisme, et d’associer la défense du Rojava à la lutte antifasciste.
Une organisation révolutionnaire internationale est indispensable. L’expérience du Rojava l’a clairement démontré : les mouvements qui s’appuient sur l’impérialisme sont vaincus, les résistances qui restent confinées à l’intérieur des frontières nationales sont étouffées.
La tâche historique des organisations révolutionnaires en Europe est de défendre le Rojava en le combinant avec la lutte des classes au Proche-Orient, dans une perspective révolutionnaire internationale. Il s’agit là d’une question de direction révolutionnaire internationale.
Pas de solidarité, mais une lutte commune.
Pour le Rojava, les campagnes de dons et les déclarations symboliques ne suffisent pas. Ce qu’il faut, c’est une lutte de classe commune, basée sur des actions simultanées, des grèves et une coordination internationale. Le destin du Rojava ne se jouera pas dans les parlements européens, mais dans la confrontation de la classe ouvrière européenne avec les États impérialistes. Chaque jour où le mouvement ouvrier international ne défend pas le Rojava, il abandonne son propre avenir à l’impérialisme.
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La cause fondamentale des défaites n’est pas la faiblesse, mais la crise de direction. Les reculs et les défaites subis au Proche-Orient, au Kurdistan et au Rojava ne sont pas dus au manque de volonté de lutte des peuples ou à la « maturité insuffisante des conditions objectives », mais à l’absence d’un sujet révolutionnaire organisé. Le problème n’est pas l’absence de résistance, mais l’absence d’une direction révolutionnaire de classe capable de combiner la résistance avec une perspective de prise du pouvoir.
La résistance spontanée est vouée à l’échec face à une contrerévolution organisée. L’impérialisme et les dictatures bourgeoises régionales agissent selon des stratégies contrerévolutionnaires centralisées, planifiées et à long terme.
En revanche, les formes de résistance locales, défensives et idéologiquement ambigües ne peuvent produire de victoire durable. L’héroïsme spontané est historiquement insuffisant face à la contrerévolutions organisée.
L’expérience du Rojava est l’expression concrète du problème du sujet.
Au Rojava : il y avait un sacrifice massif, une grande résistance des femmes et des travailleurs, des pratiques progressistes. Cependant, ce processus n’a pas été dirigé par un sujet qui organisait la classe ouvrière dans le but de prendre le pouvoir, qui rompait tous les liens avec l’impérialisme et qui avait une stratégie révolutionnaire internationale. Résultat : les acquis sont devenus l’objet de négociations impérialistes.
Les directions bourgeoises et petites-bourgeoises sont historiquement limitées.
Les politiques nationalistes, postmodernes, centrées sur l’identité ou « tiers-mondistes » ne visent pas le pouvoir de classe, ne démantèlent pas l’État et ne s’opposent pas à l’impérialisme.
C’est pourquoi, au mieux, elles créent des zones d’autonomie, recherchent un garant impérialiste en cas de crise et finissent par être éliminées. Ce n’est pas une erreur, mais la conséquence inévitable de leur caractère de classe.
Le sujet révolutionnaire ne nait pas spontanément, il se construit.
Le parti révolutionnaire n’est pas le produit de l’action, mais le résultat d’une construction consciente. Cette construction nécessite un programme, des cadres, de la discipline et une perspective internationale. L’idée selon laquelle « nous nous organiserons lorsque les conditions seront réunies » est en fait une attitude de capitulation.
Sans sujet révolutionnaire, l’internationalisme n’est pas possible.
La solidarité internationale ne se construit pas avec de bonnes intentions, des campagnes ou des déclarations symboliques. Pour cela, il faut un sujet révolutionnaire organisé, agissant avec le même programme dans différents pays, menant une lutte coordonnée contre un ennemi commun, dépassant les frontières nationales.
Sinon, l’internationalisme se réduit à un vœu pieux.
La tâche d’aujourd’hui : passer de la défense à la construction.
Le manque d’un sujet révolutionnaire organisé et le problème de sa construction.
La guerre d’extermination menée contre le Rojava ne peut être combattue uniquement de manière défensive. La tâche historique d’aujourd’hui consiste à combiner la défense avec la construction d’un sujet révolutionnaire. Cela signifie s’organiser autour du même programme révolutionnaire au Kurdistan, en Turquie, en Syrie et en Europe.
En dehors de la classe ouvrière, aucun sujet ne peut apporter de solution durable.
Ni les mouvements nationaux, ni les résistances confessionnelles, ni les projets libéraux-démocrates ne peuvent dénouer le nœud du Proche-Orient. La seule force capable de trancher ce nœud est la classe ouvrière, qui peut arrêter la production, réorganiser la société, démanteler l’État et mettre en place ses propres organes de pouvoir. Mais cela ne peut se réaliser que dans la mesure où elle dispose d’un programme organisé et révolutionnaire.
Le destin du Rojava et du Proche-Orient dépend avant tout de l’existence d’un sujet révolutionnaire organisé, plus que des équilibres militaires. Aujourd’hui, le problème fondamental est le suivant : soit on construit un sujet révolutionnaire, soit chaque résistance aboutira à une nouvelle liquidation.
L’histoire n’attend pas. La construction ne peut être reportée.
22 janvier 2026

