Les ouvriers en surnombre ne sont pas embauchés soit en raison du faible degré d’exploitation du travail auquel on pourrait les employer, soit en raison du faible taux de profit qu’ils fournissent pour un degré d’exploitation donné. (Karl Marx, Le Capital, III, ch. 15, ES poche, p. 249)
L’appareil de la CGT et ses adjoints (PCF, LO, etc.) répètent, à toute occasion : « De l’argent, il y en a », comme si les crises économiques capitalistes ne résultaient pas d’un problème de rentabilité, comme si le maintien du profit n’exigeait pas de contraindre les salaires ou de licencier la main-d’œuvre devenue superflue, comme si aucune entreprise capitaliste ne faisait faillite.
La faillite de Brandt
Brandt subit le sort d’une autre marque emblématique française, Caddie, il y a tout juste un an. Le tribunal des affaires économiques de Nanterre (Hauts-de-Seine) a prononcé ce jeudi la liquidation du groupe centenaire de gros électroménager. (Les Échos, 11 décembre 2025)
En 2014, Brandt (marques Sauter, Vedette et De Dietrich) devient la filiale d’un groupe étranger. Lorsque le gouvernement Montebourg-Hollande soutient le rachat de Brandt par Cevital (le premier groupe privé du capitalisme algérien), déjà 600 emplois sont sacrifiés.
Le 1er octobre 2025, l’entreprise est placée en redressement judiciaire parce qu’elle a enregistré entre 2020 et 2023 des pertes annuelles entre -12,5 millions d’euros et -27,5 millions d’euros. Sa dette s’élève aux alentours de 100 millions d’euros. L’affaissement des transactions immobilières (qui font renouveler les appareils) et la concurrence (européenne, chinoise) nuisent à ses ventes. Pour rappel, la fortune de Rebrab père, le fondateur de Cevital, a augmenté de 500 millions de dollars entre 2024 et 2025.
Le 11 décembre 2025, la justice prononce la liquidation. Les deux sites de fabrication (Saint-Jean-de-la-Ruelle et Vendôme), le centre de service après-vente (Saint-Ouen) et le siège (Rueil-Malmaison) ont fermé. Les 700 salariés touchent leur dernière paye le 15 décembre.
Il n’y a pas que Brandt

Les plans antisociaux se multiplient. Pour des raisons de rentabilité capitaliste, le 16 octobre dernier, le groupe danois Carlsberg a décidé de transférer la production de l’entreprise Teisseire (une de ses filiales française) de Crolles (Isère) au Havre (Seine-Maritime). Fin 2025, la CGT recense 483 plans de licenciement, concernant 107 562 emplois. La majorité des secteurs industriels étaient concernés : Brandt, Arcelor Mittal, Novasco, Erasteel, Forcia, Michelin, Stellantis, Sanofi… ainsi que le BTP et le commerce (14 081 défauts) dont Auchan, Casa, Claire’s, IKKS, Alinea… a
Le capitalisme repose sur l’expropriation des producteurs. L’écrasante majorité des travailleurs est salariée. N’ayant pas les moyens de production, elle est contrainte de se mettre au service de la minorité qui les détient, les capitalistes. Suivant leurs besoins, les patrons les embauchent ou s’en débarrassent.
Le licenciement des 700 de Brandt, comme les autres licenciements collectifs, concerne toute la classe ouvrière. Laissés seuls dans une entreprise en faillite ou dans un seul établissement qu’un groupe veut fermer pour augmenter sa rentabilité globale, les travailleuses et les travailleurs concernés sont sur la défensive.
Alors que Brandt était depuis une décennie une entreprise étrangère sur le sol français, les partis sociaux impérialistes (LFI, PS, PCF) et leurs semblables dans les directions syndicales rejettent la faute sur la « perte de souveraineté ». Ils s’inscrivent entièrement dans le cadre du capitalisme et du soutien à « leur » bourgeoisie par des discours protectionnistes et nationalistes.
Brandt est un des fleurons de l’industrie française… Malgré ce naufrage économique hors norme et la perte très inquiétante de souveraineté industrielle de la France, le Président de la République et son gouvernement persistent à nier la réalité des faits, comme en témoigne la dernière prise de parole du Ministre délégué chargé de l’industrie. (Fédération CGT métallurgie, Comité régional CGT Centre Val de Loire, CGT Loir et Cher, CGT Loiret, Communiqué, 31 décembre 2025)
Une table ronde pour Brandt ?
À l’annonce du dépôt de bilan, un projet de Scop soutenu par le groupe Revive maintenait les deux sites industriels en supprimant la moitié des emplois. Le tribunal des affaires économiques (ancien tribunal de commerce) rejette ce projet qu’elle juge non viable
En décembre, Stéphan Français, le président du groupe français Metavisio-Thomson Computing, tel un vautour, propose 25 millions d’euros afin de prendre le seul site de Saint-Jean-de-la-Ruelle (avec 150 travailleurs sur 600) et de racheter les marques.
Le président (PS) de la région Centre-Val de Loire propose une réorientation vers la production de drones, pour bien s’armer français.
Une des hypothèses était de diversifier le site de Vendôme, avec de la fabrication de drones. Les drones font partie des éléments de fort développement sur le plan industriel. On le voit très fortement sur des sites dans l’industrie de défense, des sites militaires. On le voit dans les conflits qui sont malheureusement autour de nous aujourd’hui. (François Bonneau, La République du Centre, 15 décembre 2025)
Les salariés de Brandt se sont mobilisés à plusieurs reprises pour tenter de sauver leur emploi. Les bureaucrates syndicaux, comme auparavant à Michelin, Auchan… ont refusé d’appeler à leur secours les travailleurs de la branche et de toute la classe ouvrière. La seule perspective qu’ils ont donnée est une prière vaine envers l’État bourgeois et le gouvernement Macron-Lecornu.
Comme exprimé à plusieurs reprises, nous demandons expressément à Madame la Préfète de la région Centre Val de Loire d’organiser au plus vite à Orléans une table ronde avec l’ensemble des acteurs concernés par cette situation, en présence du ministre délégué à l’industrie, ainsi qu’une représentation des salarié·es. Nous réitérons également notre demande à Madame la préfète, conformément à ses prérogatives, de « mettre sous cloche » les outils industriels dans les deux sites de production afin d’éviter un départ précipité de ce matériel qui, de fait, réduirait à néant toutes perspectives de nouveau projet industriel pour Brandt et ses 700 salarié·es. (Fédération CGT métallurgie, Comité régional CGT Centre Val de Loire, CGT Loir et Cher, CGT Loiret, Communiqué, 31 décembre 2025)
Une table ronde pour « réfléchir au projet industriel » n’est qu’une fumisterie. Dans le meilleur des cas, il y aura des licenciements. Aucun projet qui ne soit soutenable du point de vue de la rentabilité du capitaliste repreneur ne sera approuvé par la justice bourgeoise.
Une nationalisation partielle et contre indemnité à Arcelor ?

Dans la même veine, LFI a soumis une proposition de loi « visant à la nationalisation d’ArcelorMittal France afin de préserver la souveraineté industrielle de la France » qui a été adoptée le 28 novembre par l’Assemblée nationale, grâce à l’abstention du RN.

Il ne s’agit pas pour LFI d’exproprier mais d’indemniser, alors que le groupe indien (dont le siège social est à Luxembourg, un paradis fiscal de l’UE) a empoché subventions (392 millions d’euro depuis 2013), aides publiques et crédits d’impôt.
Il est constitué une commission administrative chargée de déterminer la valeur à laquelle l’État achète la société. Cette valeur ne peut excéder la valeur réelle moyenne des actions de la société entre le 1er octobre 2024 et le 30 septembre 2025. (art. 1)
Pour « indemniser » le groupe capitaliste, LFI propose d’augmenter un impôt qui pèse avant tout sur la population laborieuse.
La charge pour l’État est compensée à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs. (art. 3)
La proposition sera retoquée par le Sénat. En attendant, le licenciement de 600 travailleurs se poursuit.
Contrôler, exproprier !
Le soutien réel aux salariés victimes des plans de licenciement et des liquidations, c’est la grève générale de toute l’entreprise quand il s’agit d’un site, de la grève générale de toute la branche d’activité quand il s’agit d’une firme. Les syndicats à notre service ! Quand les licencieurs sont des groupes capitalistes implantés dans plusieurs pays, il faut tenter de mobiliser l’ensemble des exploités. Agiter le drapeau français et défendre « la nation » s’y opposent radicalement.
Si elle se dote de comités de grève élus et révocables, la grève générale débouchera sur la mise en question du droit de la minorité exploiteuse et richissime de décider du sort des salariés et de continuer à délabrer la planète.
Dans les ateliers, les bureaux, les hypermarchés… organisons des comités de lutte s’appuyant sur les syndicats et sur les assemblées générales sur les lieux de travail en y intégrant les chômeurs et les futurs travailleurs des zones concernées.
Seul un mouvement d’ensemble de la classe ouvrière, devenant forcément politique, peut mettre en cause le droit des patrons de licencier, indissociable du capitalisme.
- Annulation de tous « les plans de sauvegarde de l’emploi », interdiction des licenciements collectifs !
- Expropriation, sous contrôle des travailleurs, des grands groupes capitalistes comme Michelin, ArcelorMittal, Auchan… !
- Comités élus et composés par les travailleurs dans tous les sites, dans toutes les filiales des groupes ! Réouverture de tous les sites fermés sous le contrôle des comités ! Centralisation des comités pour contrôler les embauches, la production et les investissements !
- Fin de la cogestion des groupes capitalistes ! Aucun « représentant du personnel » dans les conseils d’administration, les conseils de surveillance, etc. !
- Plan de production ménageant l’environnement, dans les mains des producteurs !
- Contre le chômage, baisse du temps de travail sans perte de salaire !
- Gouvernement ouvrier ! Etats-Unis socialistes d’Europe ! Fédération socialiste mondiale !

