Impasse à l’Assemblée nationale
Avant les fêtes de fin d’année, l’Assemblée nationale a adopté le budget de la Sécurité sociale 2026 (loi de financement de la sécurité sociale) ainsi qu’une loi spéciale permettant d’assurer le fonctionnement courant de l’État en l’absence de budget.
Le débat a repris à l’Assemblée sur le budget de l’État 2026, mais la perspective d’une adoption n’est pas meilleure en janvier qu’en décembre. Au contraire, après un nouveau rejet du projet de loi de finances par les députés de la commission des finances les 9 et 10 janvier, le premier ministre Lecornu a mis fin aux débats parlementaires sur ledit projet le 15. Le gouvernement s’oriente donc vers le passage du budget par l’article 49.3 qui fait adopter un projet du gouvernement sauf à le renverser (ce que ni LR, ni le PS ne veulent) ou par ordonnances, se donnant jusqu’à mardi 20 janvier pour choisir entre les deux options et présenter un budget « de compromis ». L’enjeu est d’éviter la censure, en fournissant des gages au PS, comme la généralisation du repas universitaire à 1 euro ou l’augmentation de la prime d’activité et à LR, avec le refus de toute augmentation de la fiscalité sur les grosses fortunes et la reconduction des exemptions de cotisations sociales des entreprises, que Lecornu appelle « charges » comme les patrons eux-mêmes. Parallèlement, le gouvernement démantèle la régulation sanitaire des activités agricoles.
Cependant, si le 49.3 semble acceptable pour le PS, « seule procédure qui permette démocratiquement de faire adopter le budget » selon François Hollande sur France Inter le 11 janvier, les ordonnances ne le sont pas autant. Pour le président des sénateurs PS, Patrick Kanner, ce serait « une brutalité démocratique inédite » (Le Monde, 15 janvier). Lecornu, qui a joué le refus du recours au 49.3 depuis sa nomination par Macron, se trouve ainsi dans une situation incertaine.
Affaiblissement sur la scène internationale
Au plan international, l’État qui représente la bourgeoisie française est aussi en difficulté. Macron fait aveu de faiblesse : il a été contraint de désavouer l’accord UE-Mercosur face à la mobilisation de la fraction des agriculteurs craignant l’accroissement de la concurrence, qui est soutenue côte à côte par la Coordination rurale, noyautée par le RN, et par la Confédération paysanne, appuyée par LFI, PCF et Ecologistes.
Le vote « non » de la France au Conseil de l’Europe, le 9 janvier, est un alignement sur les secteurs les moins performants et mondialisés. Macron ne parvient plus à se poser en champion des secteurs les plus avancés du capital, qui, eux, ont beaucoup à gagner de l’ouverture de nouveaux marchés permise par l’accord. Ni d’ailleurs comme celui d’une diplomatie ambitieuse de l’UE, pour laquelle cet accord est une possibilité de résistance à la volonté étatsunienne d’expulser d’Amérique latine tout concurrent. Devant la politique des Etats-Unis en Amérique du Sud, l’affaiblissement de l’impérialisme français est particulièrement manifeste, comme le montre la première réaction de Macron après le coup de force au Venezuela : « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir », sans mention de son enlèvement ou du rôle des États-Unis.
Le réformisme sans réforme
Macron et Lecornu, fragilisés sur tous les fronts, se maintiennent grâce à la couverture des partis réformistes. Les gesticulations se poursuivent autour du budget, pour maintenir l’illusion d’une issue possible par le parlementarisme. Dès que Lecornu lâche des miettes, le PS s’empresse de se féliciter :
Depuis plusieurs mois, nous avons entamé un bras de fer avec le gouvernement pour transformer le budget en profondeur. Cette méthode a payé ! Ce budget n’est pas le nôtre et reste insuffisant mais les avancées sont réelles. Nous continuons le combat. (PS, 16 janvier)
LFI multiplie les motions de censure à l’Assemblée, généralement votées conjointement avec le RN qui peut le faire parce qu’il n’est jamais question de la lutte entre les classes, mais de chauvinisme. La dernière en date, déposée parce que « Emmanuel Macron ne s’est jamais donné les moyens pour constituer un front solide anti-Mercosur » et, sur le Venezuela, pour dénoncer que « la France est humiliée dans le monde » (LFI, 9 janvier), a ainsi recueilli les votes, outre LFI, du PCF, des Ecologistes, du RN et de l’UDR, sans menacer pour autant Lecornu, puisque PS et LR avaient annoncé qu’ils ne feraient pas tomber le gouvernement sur cette question.
Faisant pendant à la politique de collaboration de classes des partis politiques réformistes (soit avec le gouvernement, soit avec le RN), les directions syndicales réformistes entretiennent les illusions des mêmes victoires de pacotille. Le syndicalisme de proposition fait passer pour des victoires l’aménagement des plans de licenciement et des lois antisociales.

Par exemple, le tract de rentrée de la CGT enchaine les mystifications :
- Sur la contreréforme des retraites :
La mobilisation a conduit au vote par l’assemblée d’une résolution en faveur de l’abrogation. Le premier ministre a fini par annoncer un simple décalage de l’application. C’est une première brèche dans la retraite à 64 ans. Poursuivons. (CGT, 14 janvier)
- Sur la Sécurité sociale :
Face à la violence sociale portée par le gouvernement, les travailleur·ses se sont massivement mobilisé·es : pétition, journées de manifestations totalisant près de 2 millions de grévistes… Si le budget de la Sécurité sociale voté est loin d’être satisfaisant, la mobilisation et le débat parlementaire ont permis de supprimer les pires horreurs.
- Sur les licenciements :
D’importantes victoires ont déjà été arrachées, sauvegardant l’activité et les emplois.
La continuité de l’État bourgeois et le militarisme accru
Lors du dernier débat à l’Assemblée sur la défense, un député de LFI a réclamé plus d’armes.
Pour les obus de 155, ça fait deux ans qu’on attend ! (Aurélien Saintoul, 10 décembre)
La divergence de LFI avec le gouvernement porte sur la question des alliances militaires : elle est contre l’OTAN et contre l’UE, comme le RN. Comme le RN, LFI est pour l’arme nucléaire quand elle est française.
Vous parlez d’économie de guerre, mais ce sont des mots aussi ronflants que creux. Il n’y a rien de concret derrière ces termes puisque vous laissez partir nos actifs stratégiques à l’étranger… Votre loi de programmation militaire ne répondait pas aux besoins réels de nos forces armées. (Bastien Lachaud, 10 décembre)

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Si les grandes attaques sont repoussées à l’échéance de la présidentielle, le gouvernement poursuit dans la voie de l’État policier et de la préparation de la guerre, avec l’approbation de tous les partis bourgeois (Écologistes, Renaissance, LR, RN…) mais aussi des « réformistes ».
Nous assumons des exceptions. Plusieurs ministères voient ainsi, malgré ce contexte budgétaire difficile, leurs crédits augmenter. En premier lieu, les armées. Un effort considérable qui va permettre à notre système de défense de changer de dimension. ..Avec la sécurité extérieure, autre préoccupation majeure, la sécurité intérieure, la police, la gendarmerie comme la justice ont besoin de crédits supplémentaires. (Sébastien Lecornu, Allocution, 16 janvier)
- Pas un centime pour l’armée impérialiste et les corps de répression !
- Défense des manifestations, des grèves et des locaux, à l’exemple de la Jeune Garde dissoute par le gouvernement en juin 2025 !
- Armement du peuple, comme en 1789, 1871, 1945 !
Pour défaire le gouvernement Macron-Lecornu, et en particulier son budget qui reste militariste et antisocial, pour interdire les licenciements, la dispersion cas par cas et le parlementarisme sont des impasses.
La voie efficace est d’unifier nos rangs, d’isoler le pouvoir en rompant toute collaboration syndicale et politique avec lui, d’affaiblir Le Pen-Bardella en préparant la grève générale jusqu’à satisfaction des revendications urgentes :
- Augmentation générale des salaires et interdiction des licenciements ; stop aux subventions aux patrons, ces assistés qui paient peu d’impôts,
- Création de tous les postes nécessaires à l’école et à l’hôpital, des moyens pour éduquer et soigner ; expropriation des cliniques privées, des laboratoires qui font de l’argent sur le dos des malades,
- Réquisitions des logements vides pour abriter ceux qui sont dehors,
- Régularisation de tous les travailleurs sans papiers, fermeture de tous les centres de rétention.

