Face au soulèvement populaire, le régime islamiste massacre
Le 28 décembre, la plupart des commerçants du bazar de Téhéran ferment leur boutique pour protester contre l’inflation galopante (officiellement 52 % en 2025) et la disparition des clients. La Bank Markazi Iran (la banque centrale) dévalue la monnaie nationale (le rial) sur les marchés des changes. Le pouvoir tolère initialement le mécontentement car il s’agit d’un pilier social du régime. Mais son attitude change quand la masse des étudiants et des travailleurs s’engouffre dans la brèche ouverte en manifestant dans tout le pays (Ispahan, Chiraz, Kermanshah, Yazd…)
Dès le 31 décembre, les bassidji (milices islamistes tirées du lumpen) et la police officielle tirent à Kouhdasht. Aux obsèques d’une victime, la foule chasse les forces de l’ordre en lançant des pierres. À Malekshahi, le 2 janvier, les manifestants prennent d’assaut le commissariat. Trump menace de frapper l’Iran. Cela conforte le « guide suprême de la République islamique » qui accuse le soulèvement d’être manipulé depuis l’étranger : « les « émeutiers… doivent être remis à leur place » (Ali Khamenei, 2 janvier).
Le 3 janvier, dernier de 3 jours fériés religieux chiites, on décompte plus de 30 villes où des manifestations se tiennent. À Darehshahr, dans l’ouest, les contestataires lancent des cocktails Molotov. Malgré les coups de feu, les manifestations grossissent et défient la République islamique au cri de « Mort à Khamenei ! » . À partir du 4, les opposants se rassemblent le soir. À Ilam, les mercenaires du régime n’hésitent pas à poursuivre les blessés jusque dans l’hôpital matraquant les soignants.
Les 5 et 6 janvier, plus de 40 villes connaissent des manifestations. Mais l’élan révolutionnaire se mélange avec des courants réactionnaires. De nombreux participants demandent la fin de toute aide aux Palestiniens ou aux minorités chiites de la région et le retour du fils du chah. Comme en 2022, les travailleurs du Kurdistan sont à l’avant-garde. L’Etat déploie dans cette province les pasdarans (gardiens de la révolution, les troupes d’élite du régime). Le 7 janvier, plusieurs sources iraniennes relatent des grèves spontanées.
Un parti réformiste (PCI-Komala) et des partis nationalistes bourgeois kurdes (PKDI, PJAK…) appellent ensemble toutes les classes sociales à une « grève » d’un seul jour.
Le jeudi 8 janvier a été marqué par les manifestations les plus importantes et les plus nombreuses, avec la participation de villes telles que Tabriz, Urmia et Ardabil. Le même jour, au moins 50 villes kurdes ont pris part à une grève générale à l’appel de sept groupes politiques kurdes. Au moins 36 universités iraniennes ont participé à des manifestations et utilisé des slogans antigouvernementaux au cours des treize derniers jours. (Iranian Human Rights, 9 janvier)
Cela n’arrête pas le massacre. Les morts se comptent par centaines, les blessés par milliers.
Pour que la classe ouvrière s’organise et se défende
La fils du chah se propose pour remplacer le guide suprême et assurer la continuité de l’État bourgeois (comme l’ayatollah Khomeiny y était parvenu quand le monarque avait été chassé par une révolution), avec l’aide de Trump : « Veuillez-vous tenir prêt à intervenir pour aider le peuple iranien » (Reza Pahlavi, 9 janvier)
Face aux pasdarans, aux bassidjis, aux policiers, toutes les organisations des travailleurs et des opprimés doivent organiser en commun l’autodéfense des manifestants, la création des milices ouvrières et étudiantes, leur armement. Au sein de l’armée, il faut mener un travail systématique d’agitation et de propagande pour gagner les conscrits à la révolution, pour qu’ils retournent leurs armes contre les généraux et les dirigeants politiques qui sont les bourreaux des femmes, des travailleurs et des minorités nationales.
Sans tarder, qu’elles appellent à la grève générale, pour créer des conesil (shoras) dans les entreprises, les administrations, les universités, les quartiers populaires, les villages, les centraliser. C’est la voie pour prendre la tête de tous les exploités : paysans pauvres, chômeurs, jeunesse, petite-bourgeoisie urbaine et pour offrir une autre solution que la restauration monarchique.
Sinon, le terrain sera occupé par des « réformateurs » du régime, par des royalistes soutenus par Washington, par des bourgeois « démocratiques » ou des nationalistes bourgeois qui veulent leur mini-État qui divisera le prolétariat par de nouvelles frontières et qui sera dépendant des puissances régionales et impérialistes.
- Solidarité internationaliste du mouvement ouvrier de tous les pays avec les masses iraniennes !
- Aux États-Unis et partout, campagne des syndicats et des partis ouvriers pour interdire tout bombardement impérialiste et sioniste, pour la levée du blocus économique
Pour un parti ouvrier révolutionnaire
La bourgeoisie iranienne a survécu à la révolution de 1978-1979. Face à la menace d’une révolution sociale, elle s’en est remise au clergé et à ses bandes fascistes, et au bout du compte à la dépendance aux impérialismes russe et chinois.
Les courants issus du stalinisme capitulaient en 1978-79 au nom de « l’antiimpérialisme » devant les mollahs ; aujourd’hui, au nom de « la démocratie », les opportunistes misent sur les États impérialistes « démocratiques », certains font même bloc avec les royalistes antidémocratiques. Aucune confiance envers les États-Unis ou toute autre bourgeoisie impérialiste ! Rupture avec tous les secteurs des capitalistes locaux !
Sans parti de type bolchevik, la classe ouvrière, sans parler des étudiants, est sans mémoire, sans stratégie. La leçon de toute l’histoire mondiale et nationale est qu’il faut que la classe ouvrière dirige le mouvement de tous les opprimés, de tous les exploités. C’est pourquoi il faut des organismes d’autodéfense et d’auto-organisation. C’est pourquoi il faut une stratégie de révolution permanente. C’est pourquoi il faut un parti, en lien avec les travailleurs conscients de tous les pays.
- À bas la dictature islamiste ! Dissolution des corps de répression ! Les religions, affaire privée ! Séparation de l’État et du clergé chiite !
- Pour la libération des prisonniers politiques ! Pour toutes les libertés démocratiques (liberté d’expression liberté d’organisation, droit des femmes, droit de grève, droit de manifester…) ! Droit à l’autodétermination des minorités nationales !
- Blocage des loyers ! Indexation immédiate des salaires sur le cout de la vie ! Contrôle des travailleurs sur la production, la distribution ! Expropriation des grandes entreprises et des fondations ! Une seule banque publique !
- Expropriation des propriétaires fonciers des villes qui vivent des loyers, des grandes fermes capitalistes et des fondations religieuses ! Gestion collective de l’eau ! Coopératives basées sur le volontariat !
- Fermeture de toutes les bases militaires (française, chinoise, russe, britanniques, américaines) au Proche-Orient et en Méditerranée, départ de la flotte américaine du golfe Arabo-persique, de l’océan Indien et de la mer Méditerranée !
- Grève générale ! Autodéfense des manifestations ! Création de shoras sur les lieux de travail, de vie et d’étude, dans les casernes !
- Gouvernement ouvrier et paysan basé sur les shoras ! Fédération socialiste d’Asie de l’ouest !

