Documentaire : 1525, la révolution oubliée

Documentaire France 3 Grand Est écrit par Yannis et Alexis Metzinger et réalisé par Alexis Metzinger. Diffusé le 9 octobre 2025, disponible jusqu’au 3 septembre 2026 sur France.tv (replay TV France 3) ou web.

Un pays socialement et politiquement arriéré qu’enflamma la Réforme

À la fin du 15e siècle, le Saint-Empire romain germanique était un patchwork de principautés aux mains de princes, dont les plus élevés étaient électeurs de l’empereur. Les paysans restaient réduits au servage, astreints à de multiples corvées et taxes, subissant diverses brimades de la noblesse et du clergé. À titre de comparaison, le servage avait été aboli en France et avait quasiment disparu en Angleterre, et depuis la guerre de Cent Ans les deux pays avançaient vers un État national centralisé.

Aussi vit-on dès 1476 plusieurs révoltes paysannes qui culminèrent au printemps 1525 en une véritable guerre civile appelée Guerre des Paysans sur un arc allant du Tyrol à la Thuringe en passant par l’Alsace.

Étendue géographique de la guerre des Paysans de 1524 à 1525

La réforme protestante initiée par Luther en 1517 s’étendit rapidement dans l’Allemagne (l’imprimerie permettant de diffuser massivement les nouvelles idées), ralliant un partie de la bourgeoisie et de la noblesse, qui souhaitaient s’affranchir de la tutelle des princes et du haut clergé (et lorgnaient les richesses de l’Église). Désormais il était possible de remettre en cause le pouvoir spirituel de l’Église catholique, et certains allèrent plus loin : au nom de la Bible, ils affrontèrent le pouvoir temporel et les richesses de la noblesse et du clergé.

En 1850, Friedrich Engels a analysé cette guerre civile, ses origines, son contexte social, et les leçons à en tirer dans son livre La Guerre des Paysans en Allemagne, disponible sur AIM.

Un documentaire pour commémorer les 500 ans

À l’occasion du semi-millénaire de cet épisode de l’histoire de l’Alsace qui n’a pas disparu de la mémoire collective, France 3 Grand Est a diffusé le documentaire « 1525, la révolution oubliée » écrit par Yannis et Alexis Metzinger et réalisé par Alexis Metzinger. Celui-ci relate les principaux évènements de juin 1524 à mai 1525 dans trois régions : le sud de l’Allemagne, l’Alsace et la Thuringe. La narration, illustrée par des dessins de John Howe et quelques gravures d’époque, s’attache au destin de quatre protagonistes de l’insurrection populaire. Comme ceux-ci n’ont laissé aucun portrait, la représentation picturale qu’en donne Howe est purement imaginaire.

Tout d’abord, Margarete Renner, veuve d’un paysan près de Stuttgart. Depuis plusieurs années, elle faisait la grève des taxes et corvées, se défendant dans les tribunaux avec persévérance malgré la coupure de ses moyens de subsistance. Lors de la guerre civile, elle se joignit à une bande armée de paysans et encouragea ceux-ci lors du massacre du comte et des chevaliers à Weinsberg. Lors de la répression suivant la défaite des paysans, sa vie fut épargnée parce qu’elle était une femme.

Ensuite Hans Müller, fils de paysan à Stühlingen dans le sud de l’Allemagne. Il avait fait carrière comme mercenaire et connaissait bien la discipline et les tactiques militaires. Quand les paysans de la région se révoltèrent à l’été 1524, ils le choisirent comme chef, et il mena le combat jusqu’à sa défaite en aout 1525.

Un protagoniste important de cette guerre civile est Érasme Gerber, tanneur en Alsace. Tirant la leçon de l’échec de la conjuration de 1493, il avait constitué une organisation clandestine dont les émissaires parcouraient toute la région pour recruter des partisans. En avril 1524 il lança l’insurrection, en quelques jours 100 000 hommes occupèrent toutes la région. Début mai, il convoqua les chefs des 13 bandes alsaciennes en congrès à Molsheim, où fut instauré une sorte de république paysanne. Il fut défait peu après par les armées du duc de Lorraine.

Enfin, le plus connu d’entre eux, le prédicateur protestant Thomas Müntzer. D’abord disciple de la réforme religieuse de Martin Luther, il s’opposa à lui sur le plan politique et les deux hommes devinrent ennemis acharnés. Luther défendait les intérêts des bourgeois et des nobles qui souhaitaient seulement s’affranchir de la tutelle parasitaire du Vatican. Il se montra en 1524 tout d’abord favorable à des concessions aux griefs des paysans dans son Exhortation à la paix. Suite aux premiers massacres de nobles, il proclama dans Contre les bandes meurtrières et pillardes des paysans le devoir des paysans d’obéir à leurs seigneurs et exhorta la noblesse à massacrer les insurgés.

Au contraire, Müntzer épousa la cause des opprimés et devint partisan résolu de la violence révolutionnaire contre la noblesse et du partage des richesses, et s’opposa toujours à toute tentative de compromis. Dès 1523, ses sermons à Allstedt (dans le Saxe-Anhalt) attirèrent des partisans et provoquèrent la colère de Luther, et en 1524 il partit pour Mülhausen (en Thuringe) où il continua ses prêches, puis se rendit dans le sud de l’Allemagne où il rencontra les insurgés. Hans Müller aurait été impressionné par sa rhétorique, tout en rejetant ses appels au meurtre de nobles et de prélats. En 1525, Müntzer retourna à Mülhausen pour y diriger la révolution, qui fut défaite le 15 mai dans la bataille de Frankenhausen.

Gravure censée représenter Thomas Müntzer (après 1525)

Ce n’est pas une jacquerie, mais une révolution

Les paysans allemands du début du 16e siècle sont bien éloignés des caricatures sur le Moyen-Âge. Comme le soulignent les intervenants du documentaire, dont l’historien Georges Bischoff, ils avaient une culture essentiellement religieuse, ils connaissaient les nouvelles et les procédures juridiques. Nombre d’entre eux savaient porter les armes, ayant servi dans des milices villageoises, et certains avaient même exercé le métier de soldat. Dans certains villages, 30 % de l’armement consistait en armes à feu (essentiellement des arquebuses).

La Guerre des paysans ne fut pas une nouvelle jacquerie ou émeute de la faim. Au contraire, elle montre les traits d’une véritable révolution : organisations secrètes pour préparer l’insurrection, constitution d’armées de masse, assemblées de délégués, élaboration de programmes, etc. À juste titre, le documentaire la présente comme « le soulèvement populaire le plus important en Europe avant la Révolution française de 1789 ».

Par ailleurs, les femmes participèrent au mouvement, et pas seulement en prenant en charge la ferme pendant que leur mari était parti combattre. Parfois, comme Margarete Renner, elles rejoignaient les bandes armées et certaines participèrent aux combats.

Le Bundschuh

En mars 1493, se constitua en Alsace une ligue secrète de paysans et plébéiens visant un soulèvement dans toute la région. Une centaine de conjurés se réunissaient secrètement la nuit au sommet de l’Ungersberg. Ils projetaient de s’emparer de la forteresse de Sélestat et d’autres villes. Ils adoptèrent comme bannière le Bundschuh, la chaussure nouée à lacets longs des paysans, par opposition aux bottes des nobles et aux délicats souliers des prélats de l’Église. La conspiration fut vite éventée et les conjurés sévèrement réprimés.

Par la suite, les révoltes paysannes en Alsace et dans la Forêt-Noire (le massif montagneux à l’est du Rhin, face aux Vosges) se firent sous cette bannière, et c’est toujours sous le nom de Bundschuh que l’insurrection de 1525 est remémorée en Alsace.

Des paysans insurgés brandissant la bannière du Bundschuh encerclent un chevalier, gravure sur bois du maitre dit « Petrarca » tirée du Trostspiegel (1539)

Une corvée de trop… et le sud de l’Allemagne s’embrase

Le documentaire démarre sur un évènement en apparence anodin qui déclencha la révolte : le caprice d’une châtelaine. À Stühlingen, dans le sud de l’Allemagne près de la frontière suisse, en juin 1524, en pleine période de moisson, une comtesse ordonne à ses paysans de récolter des coquilles d’escargot. Les paysans refusent, prennent les armes et se rendent chez la comtesse qui n’admet pas qu’on remette en cause ses privilèges. Les paysans prennent comme chef Hans Müller, fils de paysan ayant fait carrière dans les armées, qui se révèlera un chef militaire de valeur. Village après village, les paysans rejoignent sa bande, le sud de l’Allemagne se soulève. Pendant l’hiver 1524-25, d’autres bandes se forment, les châteaux sont brulés et les monastères pillés.

À ce moment, les seigneurs n’ont pas les moyens de résister. La Ligue souabe, qui regroupe les princes, prélats et villes libres de la région, ne peut pas utiliser ses forces armées, car celles-ci sont mobilisées en Italie dans la guerre que le Saint Empire mène contre la France. Quant à l’empereur Charles Quint, il réside en Espagne et voit la situation de loin. Début 1525, quatre bandes paysannes regroupant plusieurs dizaines de milliers d’hommes contrôlent le sud de l’Allemagne.

Thomas Müntzer, ayant prêché contre la noblesse et le clergé à Allstedt et Mülhausen, regroupe des partisans et se rend au sud, haranguant les bandes paysannes, encourageant la violence révolutionnaire contre les nobles et prélats (ce qui n’était pas au gout de Müller).

Les douze articles

En mars 1525, les délégués de plusieurs bandes se rencontrent à Memmingen, dans la Bavière actuelle. Il y a opposition entre les partisans de la confrontation violente et ceux du compromis. Après discussion, ils se mettent d’accord le 20 mars sur un programme commun, les douze articles de la paysannerie (en vieil allemand : Die Zwölf Artickel der Pawerschaft). Ce cahier de revendications en douze points, posé au nom de toute la paysannerie, réclame l’abolition du servage, la suppression de la « petite dime » (taxe sur le bétail) et de la mainmorte (appropriation totale des héritages par le seigneur), le droit de chasse et de pêche, le retour à la communauté des forêts et pâtures accaparées de force par les nobles et les prélats, le droit de chaque communauté d’élire son pasteur, la fin des abus et la réforme de la justice.

Ce document sera imprimé et diffusé massivement, et s’accompagnera d’un règlement fédéral. Il inspirera des documents semblables rédigés par diverses bandes, et certains seront bien plus radicaux.

On considère actuellement que les douze articles sont la première formulation des droits fondamentaux en Europe, en quelque sorte l’ancêtre de la Déclaration universelle des droits de l’homme de la Révolution française.

Page de titre des 12 articles de la paysannerie, Strasbourg, M. Schürer (1525)

Le massacre de Weinsberg

À Weinsberg, près de Stuttgart, le comte Ludwig von Helfenstein avait fait arbitrairement exécuter plusieurs paysans. En représailles, le 16 avril, la bande paysanne de la région incendia son château, le captura et le tua à coup de piques avec 13 de ses chevaliers. Le documentaire rapporte que Margarete Renner participait à cette bande, et qu’elle encouragea les paysans à utiliser la graisse du ventre du comte pour astiquer leurs fourches et cirer leurs chaussures.

Cet évènement, appelé « massacre de Weinsberg » fut un tournant, il horrifia les classes dominantes. Les quelques sympathies que les paysans avaient auprès de la bourgeoisie et de la petite noblesse s’évanouirent. Les seigneurs, soutenus par Luther, se résolurent à écraser la paysannerie par la force.

Soulèvement en Alsace

Érasme Gerber, artisan tanneur originaire de Molsheim, avait tiré les leçons de l’échec de la conspiration de 1493. Il a patiemment constitué un réseau clandestin, ses émissaires écumant les tavernes et les foires dans toute la région afin de recruter des partisans. Alors que les autres régions se sont embrasées, l’Alsace est restée calme. Le 16 avril, l’insurrection éclate, le monastère d’Altdorf près de Molsheim est investi et pillé. Des soulèvements éclatent dans d’autres localités. En quelques jours 100 000 hommes regroupés en 13 bandes occupent toute la région. Les seigneurs se retranchent dans leurs châteaux. Les monastères sont systématiquement pillés, ce qui est une façon de détruire la puissance temporelle de l’Église. En effet, les moines avaient stocké d’immenses quantités de graines et de vin afin de spéculer sur le dos des paysans ; par exemple dans un monastère, il y avait 4 moines et 40 000 litres de vin. Pour Gerber, ces pillages étaient acte de justice : les curés et les moines sont punis, et la dime revient aux pauvres.

Début mai, Gerber convoque à Molsheim les meneurs des 13 bandes, c’est ce qu’on a appelé le congrès de Molsheim. Une république paysanne se met en place. La révolution se donne ses penseurs (des prêtres, lettrés, etc.), et on débat. Le congrès décrète la mobilisation générale, et Gerber est nommé commandant en chef (« capitaine général »).

Révolution en Thuringe et dans la Forêt-Noire

Au printemps 1525, Thomas Müntzer revient à Mülhausen. Avec ses partisans il renverse le conseil municipal aux mains des patriciens et le remplace par un nouveau pouvoir, le « Conseil éternel » élu par le peuple. Il met en place son programme égalitaire, pillant les églises et redistribuant le grain et les tissus aux plus pauvres. Il se prononce pour la violence révolutionnaire contre la noblesse, et jusqu’à la fin, il s’opposera avec la plus grande énergie à toute forme de concession.

Pendant ce temps, Hans Müller, à la tête d’une armée de 12 000 hommes, conquiert la Forêt-Noire.

Avril 1525 marque l’apogée de la guerre des Paysans. À ce moment, l’empereur se dit prêt à abolir le servage.

Mai 1525 : victoire de la contrerévolution

La fin de la guerre contre la France permet aux troupes de la Ligue souabe de revenir en Allemagne. Contrairement aux promesses de l’empereur, les seigneurs n’ont pas l’intention de renoncer au servage et rejettent toute concession aux paysans. Ils nomment à leur tête le sénéchal Georg von Waldburg qui lance une longue campagne de répression féroce. Lui-même a une revanche à prendre, car ses serfs ont participé à la révolte. Il venge la massacre de Weinsberg. Les meneurs sont brûlés vifs, sauf Margarete Renner, dont la vie est épargnée parce qu’elle est une femme, ses juges opinant qu’elle avait seulement « la langue trop pendue ». À l’issue de la guerre, von Waldburg sera célébré et recevra le titre de « sauveur de l’empire ».

En Thuringe, l’affrontement avec l’armée des nobles a lieu à Frankenhausen le 15 mai. Thomas Müntzer a rallié 10 000 paysans et plébéiens en armes. Ne possédant aucune connaissance militaire et se fiant à ses visions religieuses, il est persuadé de la victoire. Dès le premier choc, la panique s’installe dans ses troupes et en quelques minutes 6 000 combattants tombent. Müntzer est arrêté, torturé plusieurs jours, puis décapité, et sa tête est exposée.

Au 20e siècle, la bureaucratie de la RDA voua un culte à Thomas Müntzer, imprimant des timbres commémoratifs et les billets de 5 marks à son effigie (telle qu’on l’imagine). Dans les années 1970-80, elle érigea sur le site de la bataille de Frankenhausen un monument à sa gloire avec une fresque panoramique circulaire de près de 1 800 m² relatant la guerre des Paysans, le rôle de Müntzer et la bataille finale.

En Alsace, l’insurrection franchit les Vosges et menace les terres du très catholique duc Antoine de Lorraine. Avec l’aide de son frère Claude, comte de Guise, il monte une armée pour mener une croisade contre la paysannerie alsacienne hérétique. En cinq jours, trois affrontements font 25 000 morts. Avec 15 000 hommes, Érasme Gerber se rend à Saverne pour barrer la route à l’armée ducale. La confrontation a lieu près de Lupstein, et les cavaliers du duc mettent le feu au village, faisant 4 000 morts, dont femmes et enfants. Cette atrocité démoralise les paysans et Gerber se résout à capituler. Lors de la reddition, un incident se produit, et les lansquenets (mercenaires allemands) du duc massacrent 15 000 paysans désarmés. Gerber est pendu.

Une bataille a ensuite lieu à Scherwiller, où le duc perd 500 hommes (contre plus de 4 000 chez les paysans). Démoralisé (par le cout de l’expédition ou par le nombre de morts ?), le duc rentre en Lorraine. Les révoltes paysannes subsisteront un temps dans le sud de l’Alsace, et seront défaites par les nobles locaux et les troupes de l’empire.

C’est en Alsace que la contrerévolution nobiliaire a été la plus sanglante, et la guerre des Paysans a laissé jusqu’à aujourd’hui une trace dans la conscience populaire.

Image de propagande ducale : l’attaque de Saverne, gravure de Gabriel Salmon illustrant la Relation de la guerre des Rustauds par Nicolas Volcyr (1526)

Dans le sud de l’Allemagne, les armées paysannes sont défaites en aout, et Hans Müller est exécuté.

Finalement, l’ordre féodal sera rétabli dans tout l’empire en 1526. Durant la guerre, 100 000 insurgés sont morts en quelques semaines sur les champs de bataille, et après les survivants ont été traqués, jugés et condamnés, les plus chanceux à une amende, les autres à mort.

Il faudra attendre des années pour que le servage soit progressivement abandonné et que les taxes abusives soient supprimées.

Une guerre civile longtemps occultée

Pendant plusieurs siècles, l’histoire officielle, qui ne s’intéressait qu’aux princes, effaça la guerre des Paysans. Ce n’est qu’au 19e siècle que les historiens la redécouvrirent. En Alsace et en Allemagne, rares sont les monuments consacrés à cette guerre et célébrant ses héros.

Vous avez oublié le Tyrol

Le documentaire omet entièrement de parler de la guerre dans les Alpes autrichiennes, qui continua jusqu’à l’automne 1526. Son chef Michael Gaismair, ancien secrétaire d’un prince-évêque, se montra un commandant militaire de valeur. En 1526, il rédigea la Constitution territoriale du Tyrol.

Celle-ci prévoit, sous un voile théocratique, une république, l’abolition de l’Église catholique et des titres de noblesse, l’expulsion des nobles, la saisie des monastères, châteaux et maisons de l’Ordre teutonique et leur conversion en hospices pour malades, vieillards et orphelins, la nationalisation des mines, la socialisation de l’artisanat et du commerce, la mise à bas des forteresses et des murs d’enceinte de villes, et le retour de la population aux villages.

Les causes de la défaite

Le documentaire explique la défaite des paysans uniquement par une cause militaire : les armées des nobles non seulement étaient formées de soldats de métier expérimentés, mais elles disposaient d’un élément essentiel, la cavalerie, tandis que la paysannerie n’en avait pas.

Dans son ouvrage La Gerre des Paysans en Allemagne, Engels analyse aussi les causes politiques de la défaite. Premièrement, de nombreux chefs paysans recherchaient un compromis avec la noblesse. Mais tout accord signé avec un seigneur faisait baisser la garde de l’armée paysanne, et démobilisait une partie de ses combattants, qui rentraient alors chez eux. Au contraire, les nobles ne voyaient dans les accords et les trêves qu’une ruse pour gagner du temps, leur objectif restait d’écraser les paysans. Aussi, dès que la situation le leur permettait, ils reniaient leur parole et attaquaient l’armée paysanne prise au dépourvu.

Deuxièmement, le provincialisme dominait dans la paysannerie. Les bandes armées opéraient dans une région et ne se coordonnaient pas avec celles des autres régions. Si une région était attaquée, les autres ne venaient pas à son secours. Aussi les nobles, avec des armées comptant moins d’hommes, purent vaincre la paysannerie en attaquant les bandes une région après l’autre.

Ce même provincialisme se manifeste encore aujourd’hui chez les villageois alsaciens qui expriment un ressentiment confus contre « les Lorrains » indépendamment de leur classe sociale.

Leçons de la guerre des Paysans

Il ne faut pas attendre de miracle de la part de France Télévision, le documentaire se montre très faible dans l’analyse politique de cette guerre civile. Une intervenante l’explique en termes de manque d’écoute et de dialogue : les nobles ne faisaient pas l’effort de comprendre la situation des paysans.

Pour les leçons à en tirer, deux intervenants soulignent que la révolte des paysans pose des questions toujours d’actualité (sans détailler lesquelles), mais insistent qu’il ne faut pas faire une révolution et qu’on ne peut pas utiliser la violence pour instaurer la justice. Georges Bischoff, qui a souligné le caractère communiste du programme de Thomas Müntzer, y voit un « espoir » et évoque « l’utopie » sans avancer quoique ce soit de pratique.

Au contraire, dans son ouvrage, Engels a analysé finement l’attitude des diverses classes sociales et le comportement des chefs, et a fait un parallèle édifiant avec les classes sociales et les dirigeants politiques lors de la révolution allemande de 1848.

11 novembre 2025

Dowson

Pour plus d’informations sur l’élaboration du documentaire, voir le site de l’association « 1525 — une révolution oubliée »

Source des images

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Karte_bauernkrieg3.jpg

https://1525-2025.fr/portfolio-item/gravure-censee-representer-le-theologien-et-theoricien-revolutionnaire-thomas-muntzer-apres-1525/

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