Thèses centrales de la Fédération syndicale des travailleurs des mines de Bolivie (« Thèses de Pulacayo »)

Adoptées sur la base du projet présenté par la délégation de Llallagua lors du Congrès extraordinaire de la FSTMB, réuni à Pulacayo, novembre 1946

I.- Ses principes de base

1. Le prolétariat, en Bolivie comme ailleurs, constitue la classe sociale révolutionnaire par excellence. Les travailleurs des mines, secteur le plus avancé et le plus combatif du prolétariat de ce pays, déterminent le sens de la lutte de la FSTMB (1).

2. La Bolivie est pays capitaliste arriéré. Au sein de son économie coexistent différents stades d’évolution et différents modes de production, mais c’est le mode de production capitaliste qui est qualitativement dominant, les autres formes économico-sociales constituant un héritage de notre passé historique. L’hégémonie du prolétariat dans la politique nationale découle de cet état de choses.

3. La Bolivie, bien que pays arriéré, n’est qu’un maillon de la chaîne capitaliste mondiale. Les particularités nationales représentent en elles-mêmes une combinaison des traits essentiels de l’économie mondiale.

4. La particularité de la Bolivie réside dans le fait qu’aucune bourgeoisie capable de liquider le système des latifundia et les autres formes économiques pré-capitalistas, de réaliser l’unification nationale et la libération du joug impérialiste, n’est apparue sur la scène politique. Toutes les tâches que la bourgeoisie n’a pas accomplies constituent les objectifs démocratico-bourgeois qui doivent inéluctablement être réalisés. Les problèmes centraux qui se posent aux pays semi-coloniaux sont : la révolution agraire, c’est-à-dire la liquidation de l’héritage féodal, et l’indépendance nationale, à savoir balayer le joug impérialiste ; tâches qui sont étroitement liées les unes aux autres.

5. « Les caractéristiques propres de l’économie nationale, pour importantes qu’elles soient, sont partie intégrante – cela se confirme chaque jour – d’une réalité supérieure qui s’appelle l’économie mondiale ; tel est le fondement de l’internationalisme prolétarien ». Le développement capitaliste se caractérise par une imbrication croissante des relations internationales, qui trouvent leur expression dans le volume croissant du commerce extérieur.

6. Le développement des pays arriérés se fait sous le signe de la pression impérialiste et de manière combinée. Ces pays associent en même temps les formes économiques les plus primitives et le dernier mot de la technique et de la civilisation capitaliste. Le prolétariat des pays arriérés est obligé de combiner la lutte pour les tâches démocratico-bourgeoises, avec la lutte pour des revendications socialistes. Ces deux étapes – démocratique et socialiste – « ne sont pas séparées dans la lutte par des phases historiques mais elles découlent immédiatement les unes des autres ».

7. Les propriétaires féodaux ont mêlé leurs intérêts à ceux de l’impérialisme international, dont ils sont devenus les serviteurs inconditionnels. De là vient que la classe dominante est une véritable féodo-bourgeoisie (2). Etant donné le niveau très bas de la technique, l’exploitation des latifundia serait inconcevable si l’impérialisme n’entretenait artificiellement leur existence en leur jetant des miettes. On ne peut imaginer la domination impérialiste sans l’appui des gouvernants créoles (3). La concentration du capitalisme en Bolivie est très poussée : trois entreprises contrôlent la production minière, c’est-à-dire ce qui constitue l’axe de la vie économique du pays (4). La classe au pouvoir est bornée et incapable de réaliser ses propres objectifs historiques, et de ce fait, se trouve liée aussi bien aux intérêts des latifundistes qu’à ceux des impérialistes. L’Etat féodo-bourgeois est un organisme de violence destiné à maintenir les privilèges des « gamonales » (5) et des capitalistes. L’État est un puissant instrument aux mains de la classe dominante pour écraser son adversaire. Seuls les traîtres et les imbéciles peuvent continuer à soutenir que l’Etat a la possibilité de s’élever au-dessus des classes et de décider paternellement de ce qui revient à chacune d’elles.

8. La classe moyenne ou petite bourgeoise est la classe la plus nombreuse et, cependant, son poids dans l’économie nationale est insignifiant. Les petits commerçants et propriétaires, les techniciens, les bureaucrates, les artisans et les paysans, n’ont pu jusqu’à présent développer une politique de classe indépendante et ils le pourront encoremoins dans le futur. La campagne marche derrière la ville où l’initiative appartient au prolétariat. La petite bourgeoisie suit les capitalistes dans les périodes de « calme social » et quand l’activité parlementaire est prospère. Elle s’aligne derrière le prolétariat dans les moments d’extrême acuité de la lutte des classes (par exemple en période de révolution) et quand elle a la certitude que lui seul sera capable de lui indiquer la voie de son émancipation. Entre ces deux cas extrêmes, l’indépendance de la petite bourgeoisie est un mythe. Évidemment, les possibilités révolutionnaires de larges couches de la classe moyenne sont très grandes – il suffit de rappeler les objectifs de la révolution démocratico-bourgeoise – mais il est clair aussi qu’elles ne peuvent atteindre par leur seule force de tels objectifs.

9. Ce qui caractérise le prolétariat c’est qu’il est la seule classe dotée de la force suffisante pour réaliser non seulement ses propres objectifs mais également ceux des autres classes. Son énorme poids spécifique dans la vie politique est dû à la place qu’il occupe dans le processus de production et n’a rien à voir avec sa faiblesse numérique. L’axe économique de la vie nationale doit être aussi l’axe politique de la future révolution.

Le mouvement mineur en Bolivie est l’un des plus avancés du mouvement ouvrier en Amérique latine. Les réformistes avancent la thèse selon laquelle le mouvement social dans notre pays ne peut être plus avancé que dans les pays techniquement plus évolués. Une telle conception mécaniste des relations entre la perfection des machines et la conscience politique des masses a été démentie de très nombreuses fois par l’histoire.

Si le prolétariat bolivien a pu devenir l’un des prolétariats les plus radicaux, c’est à cause de son extrême jeunesse et de son incomparable vigueur, c’est parce qu’il n’a pas connu de traditions parlementaristes et de collaboration de classe et enfin c’est parce qu’il combat dans un pays où la lutte de classe acquiert un caractère extrêmement belliqueux. Nous répondrons aux réformistes et aux vendus à la Rosca (6) qu’un tel prolétariat ne peut que mettre en avant des exigences révolutionnaires et faire preuve d’une audace extrême dans la lutte.

II.- Le type de révolution que nous devons réaliser

1. Nous, travailleurs mineurs, ne cherchons pas à faire croire qu’on peut se passer de l’étape démocratico-bourgeoise, à savoir la lutte pour les droits démocratiques élémentaires et pour la réforme agraire anti-impérialiste. Nous ne nions pas non plus l’existence de la petite bourgeoisie, surtout des paysans et des artisans. Nous disons que si l’on ne veut pas étouffer dans l’oeuf la révolution démocratico-bourgeoise, on doit la coinsidérer seulement comme une phase de la révolution prolétarienne.

Ceux qui nous dénoncent comme défenseurs d’une révolution socialiste immédiate en Bolivie mentent. En effet, nous savons bien que les conditions objectives ne sont pas encore réunies pour cela. Nous disons clairement que la révolution sera démocratico-bourgeoise par ses objectifs et qu’elle ne sera qu’un épisode de la révolution prolétarienne, car elle aura le prolétariat à sa tête.

Parler de révolution prolétarienne en Bolivie ne signifie pas qu’on exclue les autres couches exploitées du pays, mais implique au contraire l’alliance révolutionnaire du prolétariat avec les paysans, les artisans et les autres secteurs de la petite bourgeoisie urbaine.

2. La dictature du prolétariat est l’expression au niveau de l’Etat de cette alliance. Le mot d’ordre de révolution et de dictature prolétarienne indique clairement le fait que c’est la classe ouvrière qui sera le moteur principal de cette transformation et l’axe central de cet État. Au contraire, soutenir que la révolution démocratico-bourgeoise, en tant que telle, sera réalisée par des secteurs « progressistes » de la bourgeoisie et que le futur Etat sera celui d’un gouvernement d’union et d’entente nationale, manifeste une ferme intention d’étrangler le mouvement révolutionnaire dans le cadre de la démocratie bourgeoise. Les travailleurs, une fois au pouvoir, ne pourront pas indéfiniment s’en tenir aux limites démocratico-bourgeoises et ils se verront obligé – chaque jour davantage – de faire toujours plus d’incursions dans le régime de la propriété privée, de telle sorte que la révolution acquerra un caractère permanent.

Nous, travailleurs de la mine, dénonçons devant les exploités ceux qui prétendent substituer à la révolution prolétarienne des révolutions de palais fomentées par les divers secteurs de la féodo-bourgeoisie.

III.- La lutte contre la collaboration de classe

1. La lutte de classes est en dernière analyse la lutte pour l’appropriation de la plus-value. Les prolétaires qui vendent leur force de travail luttent pour le faire dans les meilleures conditions et les détenteurs des moyens de production (capitalistes) luttent pour confisquer le produit du travail non payé ; ils poursuivent des objectifs opposés, ce qui rend leurs intérêts irréconciliables. Nous savons clairement que la lutte contre les patrons est une lutte à la mort, car dans cette lutte se joue le sort de la propriété privée. Dans la lutte de classes, contrairement à nos ennemis, nous ne connaissons pas de trêve. L’étape historique présente, qui est une période sombre de l’histoire de l’humanité, ne pourra être dépassée que lorsque les classes sociales disparaîtront et qu’il n’existera plus d’exploiteurs ni d’exploités. Ceux qui pratiquent la collaboration de classes font un jeu de mot stupide quand ils soutiennent qu’on ne doit pas supprimer les riches, mais convertir les pauvres en riches. Notre objectif, c’est l’expropriation des expropriateurs.

2. Toute tentative de collaboration avec nos bourreaux, toute tentative de concession à l’ennemi dans le cours de la lutte, signifie abandonner les travailleurs aus mains de la bourgeoisie. S’adonner à la collaboration signifie purement et simplement renoncer à nos objectifs. Toute conquête ouvrière, même la plus minime, ne s’obtient qu’après une lutte acharnée contre le système capitaliste. Il n’est pas possible d’envisager de conclure un accord avec nos oppresseurs parce que le programme de revendications transitoires est étroitement lié à la perspective de la révolution prolétarienne.

Nous ne sommes pas des réformistes, même si nous présentons aux travailleurs la plate-forme la plus avancée de revendications ; nous sommes, par-dessus tout, des révolutionnaires, car nous nous dirigeons vers la transformation de la structure même de la société.

3. Nous repoussons l’illusion petite-bourgeoise selon laquelle l’État ou d’autres Institutions, se plaçant au-dessus des classes sociales en lutte, peuvent régler le problème ouvrier. Une telle solution, comme nous l’enseigne l’histoire du mouvement ouvrier national et international, s’est toujours soldé par la soumission aux intérêts du capitalisme, et a eu pour prix la misère et l’oppression du prolétariat. L’arbitrage de l’Etat et la réglementation légale des moyens de lutte des travailleurs, marquent, dans la plupart des cas, le commencement de la défaite.

Dans la mesure du possible, nous luttons pour que soit supprimé l’arbitrage obligatoire. Les conflits doivent se régler sous la direction des travailleurs et par eux seuls !

4. La réalisation de notre programme de revendications transitoires, qui doit déboucher sur la révolution prolétarienne, est étroitement subordonnée à la lutte des classes. Nous sommes fiers d’être les plus intransigeants quand il s’agit de faire des compromis avec les patrons. Pour cette raison, la lutte contre les réformistes qui préconisent la collaboration de classes, contre ceux qui conseillent de se sacrifier sur l’autel de la prétendue sauvegarde nationale, constitue une tâche vitale. On ne peut parler de grandeur nationale dans un pays où les ouvriers connaissent la faim et l’oppression, mais bien plutôt de misère et de décrépitude nationales. Nous abolirons l’exploitation capitaliste.

Guerre à mort au capitalisme ! Guerre à mort aux collaborateurs réformiste ! Suivons la voie de la lutte de classes jusqu’à la destruction de la société capitaliste !

IV.- La lutte contre l’impérialisme

1. Pour les travailleurs des mines, la lutte de classes veut dire surtout, la lutte contre les grands truts miniers, c’est-à-dire contre un secteur de l’impérialisme yankee qui nous opprime. La libération des exploités est subordonnée à la lutte contre le capitalisme international.

Lorsque nous luttons contre le capitalisme international nous représentons les intérêts de toute la société et nos objectifs sont les mêmes que ceux des exploités du monde entier. La destruction de l’impérialisme est une condition préalable à l’introduction de la technique dans l’agriculture et à la création de la petite industrie et de l’industrie lourde.

Nous sommes partie intégrante du prolétariat international parce que nous sommes engagés dans la destruction d’une force internationale : l’impérialisme.

2. Nous dénonçons, comme ennemi déclarés du prolétariat, les « gens de gauche », vendus à l’impérialisme yankee, qui nous parlent de la grandeur de la « démocratie » du Nord et de sa prépondérance mondiale. On ne peut parler de démocratie dans un pays comme les Etats-Unis où soixante familles dominent l’économie, suçant le sang des pays semi-coloniaux, dont le nôtre. La prépondérance yankee engendre une accumulation démesurée et une acuité sans précédent des antagonismes et des contradictions du système capitaliste. Les États-Unis sont une poudrière qui n’attend que le contact d’une étincelle pour exploser. Nous nous déclarons solidaires du prolétariat nord-américain comme ennemis irréconciliables de sa bourgeoisie qui vit de rapine et d’oppression à l’échelle mondiale.

3. La politique des impérialistes qui dicte la politique bolivienne, est conditionnée par le stade monopoliste du capitalisme. Pour cette raison, la politique impérialiste ne peut signifier qu’oppression et rapine, transformation permanante de l’État pour en faire un instrument docile aux mains des exploiteurs. Les attitudes de « bon voisinage », « pan-américanisme », etc., ne sont que des masques dont se servent l’impérialisme yankee et la bourgeoisie féodale créole pour tromper les peuples d’Amérique latine. Le système de la consultation diplomatique réciproque, la création d’organismes bancaires internationaux avec l’argent des pays opprimés, la concession aux yankees de bases militaires stratégiques, les contrats léonins sur la vente des matières premières, etc., sont diverses formes du détournement honteux, au profit de l’impérialisme, des richesses des pays d’Amérique latine par ceux qui les gouvernent. Lutter contre ce détournement et dénoncer toute les tentatives de rapine de l’impérialisme est un devoir élémentaire du prolétariat.

Les yankees ne se contentent pas de faire et de défaire les cabinets ministériels, ils vont plus loin : ils se sont fixé pour tâche d’orienter l’activité policière des bourgeoisies semi-coloniales ; l’annonce du déclenchement de la lutte contre les révolutionnaires anti-impérialistes n’a pas d’autre signification.

Travailleurs de Bolivie : renforcez vos organisations pour lutter contre le rapace impérialisme yankee !

V.- La lutte contre le fascisme

1.- Nuestra lucha contra el imperialismo tiene que ser paralela a nuestra lucha contra la feudal-burguesía entreguista. El antifascismo se convierte, en la práctica, en un aspecto de tal lucha: la defensa y consecución de garantías democráticas y la destrucción de las bandas armadas y mantenidas por la burguesía.

1. Nous devons lutter en même temps contre l’impérialisme et contre la bourgeoisie nationale qui lui est soumise. L’antifascisme devient, dans la pratique, un aspect de cette lutte : la défense et l’obtention des garanties démocratiques et la destruction des bandes armées entretenues par la bourgeoisie.

2. Le fascisme est un produit du capitalisme international. Il est la dernière étape de la décomposition de l’impérialisme dont il fait intégralement partie. Un régime fasciste se caractérise par la violence organisée par l’État, pour défendre les privilèges capitalistes et détruire physiquement le mouvement ouvrier. La démocratie bourgeoise est un luxe trop couteux que peuvent seuls s’offrir les pays qui ont accumulé des bénéfices aux dépens d’autres pays où sévit la famine. Dans les pays pauvres, comme le nôtre, les ouvriers à un moment ou à un autre sont amenés à trouver en face d’eux des armes dirigées contre eux.

Peu importe le parti politique qui doive recourir aux méthodes fascisantes pour mieux servir les intérêts impérialistes. Une chose est certaine : si l’oppression capitaliste persiste à se maintenir, le caractère inévitable des gouvernements sera celui de la violence contre les ouvriers.

3. La lutte contre les bandes fascistes est subordonnée à la lutte contre l’impérialisme et la bourgeoisie féodale. Ceux qui, sous prétexte de lutter contre le fascisme font confiance à l’impérialisme « démocratique » et à la féodo-bourgeoisie « démocratique », ne font rien d’autre que de préparer la voie à l’avènement inévitable d’un régime fascisant.

Pour venir à bout définitivement du péril fasciste, nous devons détruire le capitalisme comme système.

Pour lutter contre le fascisme, loin d’atténuer artificiellement les contradictions entre les classes, nous devons aviver la lutte des classes.

Ouvriers et exploités : détruisons le capitalisme pour écarter définitivement le péril fasciste et les bandes fascisantes ! C’est seulement avec les méthodes de la révolution prolétarienne et dans le cadre de la lutte des classes que nous pourrons renverser le fascisme.

VI. La FSTMB et la situation actuelle

1. La situation révolutionnaire, créée le 21 juillet (7) par l’irruption dans la rue des exploités privés de pain et de liberté et par l’action armée défensive des mineurs contraints de défendre les conquêtes sociales et d’en arracher d’autres plus avancées, a permis aux représentants des grands propriétaires de mines de construire leur appareil d’Etat, avec l’aide des réformistes qui ont pactisé avec la bourgeoisie féodale (8). Le sang versé par le peuple a servi à ses bourreaux à consolider leur position au pouvoir. Le fait que la junte gouvernementale soit une institution provisoire ne modifie en rien la situation créée.

Les travailleurs de la mine ont raison d’adopter une atttitude de méfiance face aux gouvernants et d’exiger de leur part qu’ils obligent les entreprises à respecter les lois qui régissent le pays. Nous ne pouvons ni ne devons nous solidariser avec aucun gouvernement qui ne soit pas le nôtre, c’est-à-dire un gouvernement ouvrier, car nous savons que l’État représente les intérêts de la classe sociale dominante.

2. Les ministres « ouvriers » ne changent pas la nature des gouvernements bourgeois. L’État défendant la société capitaliste, les ministres « ouvriers » se transforment tout simplement en agents de corruption du mouvement ouvrier, au service de la bourgeoisie. L’ouvrier qui a la faiblesse d’échanger son poste de combat dans les rangs révolutionnaires contre un portefeuille ministériel bourgeois, trahit sa classe. La bourgeoisie a créé les ministres « ouvriers » pour mieux pouvoir tromper les travailleurs, et faire que les exploités abandonnent leurs propres méthodes de lutte, s’en remettant corps et âme à la tutelle du ministre « ouvrier ».

La FSTMB n’entrera jamais dans un gouvernement bourgeois, car cela signifierait la trahison la plus manifeste à l’égard des exploités et l’abandon de notre ligne révolutionnaire de lutte de classes.

3. Des prochaines élections sortira un gouvernement au service des grands entrepreneurs des mines, car ces élections n’ont rien de démocratiques. La majorité de la population, les indigènes et un énorme pourcentage du prolétariat, de par les obstacles que dresse la Loi électorale, et parce qu’ils sont analphabètes, se voient refuser le droit de vote. Ce sont des secteurs de la petite bourgeoisie, corrompus par la classe dominante, qui ont le poids déterminant dans l’issue des élections. Nous ne nous faisons aucune d’illusion à propos de la lutte électorale.

Nous, ouvriers, n’arriverons pas au pouvoir en jetant un bulletin de vote dans une urne, nous y arriverons par la révolution sociale. C’est pourquoi nous pouvons affirmer que notre conduite face au futur gouvernement sera la même que face à l’actuelle junte au pouvoir. Si les lois sont appliquées, tant mieux, les gouvernements sont là pour cela. Si elles ne le sont pas, ceux-ci se trouveront confrontés à notre protestation la plus énergique.

VII. Les revendications transitoires

Chaque syndicat, chaque région minière, a ses problèmes particuliers et les syndicalistes doivent ajuster leur lutte quotidienne à ces particularités. Mais, il existe des problèmes qui, par eux-mêmes, agitent et permettent d’unifier les cadres ouvriers de tout le pays : la misère croissante et le boycott patronal qui se font chaque jour plus menaçants. Contre ces menaces, la FSTMB propose des mesures radicales :

1. Instauration du salaire minimum de base et de l’échelle mobile des salaires.

La suppression du système des pulperias baratas (9) et l’extrême disproportion entre le coût de la vie et le salaire réel, exige de fixer un salaire de base minimum.

Une étude scientifique de ce dont une famille ouvrière a besoin pour vivre doit servir de base à la fixation du salaire minimum, c’est-à-dire, du salaire qui permettrait à cette famille de mener une existence humaine.

Comme l’a soutenu le Troisième Congrès (Catavi-Llallagua, mars 1946) (10), ce salaire doit être complété par le système de l’échelle mobile des salaires. Ainsi nous permettrons que les réajustements périodiques de salaires ne soient pas annulés par la montée des prix.

Nous mettrons fin à l’éternelle manœuvre qui consiste à annuler les réajustements périodiques de salaires par la dévaluation et par la hausse presque toujours artificielle des prix alimentaires.

Les syndicats doivent se charger de contrôler le coût de la vie et exiger des entreprises l’augmentation automatique de salaires en rapport avec ce coût. Le salaire de base, loin d’être statique, doit suivre l’augmentation des prix des articles de première nécessité.

2. Semaine de 40 heures de travail et échelle mobile des heures de travail

L’introduction de la technique dans les mines a pour conséquence l’accélération du rythme du travail de l’ouvrier. La nature même du travail au fond de la mine fait que la journée de 8 heures est en fait plus longue et qu’elle détruit la vitalité du travailleur de façon inhumaine. La lutte même pour un monde meilleur exige qu’on libère tant soit peu l’homme de l’esclavage de la mine.

C’est pourquoi la FSTMB luttera pour l’obtention de la semaine de quarante heures, complétée par l’échelle mobile des heures de travail.

L’unique façon de se prémunir efficacement contre le danger permanent du boycott patronal est d’obtenir l’échelle mobile des heures de travail qui réduira la journée de travail dans la même proportion qu’elle diminuera le nombre de chômeurs. Une telle réduction ne doit pas signifier diminution du salaire, puisque celui-ci est déterminé en fonction du minimum vital.

Seules ces mesures nous permettront d’éviter que les militants ouvriers soient écrasés par la misère et que le boycott patronal crée artificiellement une armée de chômeurs (11).

3. Occupation des mines

Les capitalistes prétendent contenir la montée du mouvement ouvrier avec l’argument selon lequel ils sont obligés de fermer les mines en cas de perte de profit. On prétend passer la corde au cou aux syndicats en mettant en avant le spectre de la mise à pied. La paralysie temporaire des exploitations n’a servi, comme l’expérience le démontre, qu’à se jouer de lois sociales dont la portée est réelle et qu’à réembaucher les ouvriers, sous la pression de la faim, dans des conditions véritablement honteuses.

Les grandes entreprises utilisent le système de la double comptabilité. L’une est destinée à être présentée aux ouvriers et à l’État lorsqu’il réclame les impôts ; l’autre est destinée à établir le montant de dividendes. C’est pour cette raison que les chiffres des livres de compte ne peuvent nous amener à céder sur nos aspirations légitimes.

Les ouvriers qui ont sacrifié leur vie au nom de la prospérité des entreprises, ont le droit d’exiger qu’on ne leur enlève pas le droit au travail, même dans les périodes qui ne sont pas rentables pour les capitalistes.

Le droit au travail n’est pas une revendication dirigée contre tel ou tel capitaliste en particulier, mais contre le système dans son ensemble, c’est pour cela que nous ne pouvons pas nous laisser arrêter par les lamentations de quelques petits fabricants en faillite.

Si les patrons se trouvent dans l’incapacité d’accorder à leurs esclaves un morceau de pain de plus, si le capitalisme pour subsister doit s’attaquer aux salaires et aux conquêtes ouvrières, si les capitalistes répondent à toute amorcfe de revendication par la menace du lock-out des établissements, les travailleurs n’ont plus d’autre recours que d’occuper les mines et de prendre en main, pour leur propre compte, la gestion de la production.

L’occupation des mines, en elle-même, dépasse le cadre du capitalisme, puisqu’elle pose la question de savoir qui est le véritable maître des mines : les capitalistes ou les travailleurs ? L’occupation ne doit pas être confondue avec la socialisation des mines, il s’agit seulement d’éviter que le boycott patronal, arrivant à ses fins, les travailleurs soient condamnés à mourir de faim. La grève avec occupation des mines devient l’un des objectifs centraux de la FSTMB.

Etant donné ses conséquences, il est évident que l’occupation des mines ne peut être considérée que comme illégale. Il ne peut en être autrement.

Une action qui, à tout point de vue, dépasse les limites du capitalisme, ne peut pas se trouver consignée dans une législation préétablie. Nous savons qu’en occupant les mines, nous violons le droit bourgeois et nous tendons à créer une nouvelle situation. Par la suite, les législateurs au service des exploiteurs se chargeront de la codifier et essaieront de l’étrangler au moyen de réglementations.

Le décret de la junte au pouvoir qui interdit l’expropriation des mines par les ouvriers n’affecte pas notre position. Nous savions en effet à ce moment-là qu’il n’est pas possible de compter, en pareils cas, avec la collaboration du gouvernement et, conscients de ce que nous n’oeuvrons pas sous la protection des lois, nous savions qu’il ne nous restait plus d’autre perspective que l’occupation des mines sans accorder la moindre indemnisation aux capitalistes.

Au cours de l’occupation des mines doivent surgir les Comités de mines formés avec le concours de tous les travailleurs y compris les non sindiqués. Les Comités de mines devront décider de l’avenir et des ouvriers qui interviennent dans la production.

Travailleurs de la mine : pour repousser le boycott patronal occupez les mines !

4. Les conventions collectives.

Dans notre législation, le patron peut librement choisir entre le contrat individuel et le contrat collectif. Jusqu’à présent, et parce que cela convient aux entreprises, il n’a pas été possible d’obtenir de conventions collectives. Nous devons lutter pour que s’instaure une seule forme de contrat de travail : le contrat collectif.

On ne peut pas permetre que le travailleur individuel se laisse confondre par la puissance du capitaliste. En effet, il est incapable de donner son libre consentement, puisque celui-ci n’existe pas lorsque la misère du foyer impose d’accepter le contrat de travail le plus ignoble.

Aux capitalistes organisés, qui oeuvrent de concert pour faire pression sur l’ouvrier à l’aide d’un contrat individuel, nous opposons le contrat collectif des travailleurs organisés dans les syndicats.

  1. Le contrat collectif de travail doit être surtout, révocable à tout moment par la seule volonté des syndicats ;
  2. Il doit être obligatoire y compris pour les non sindiqués. L’ouvrier qui va signer un contrat trouvera déjà établies les conditions qui conviennent ;
  3. Il ne doit pas exclure les conditions les plus favorables qui peuvent avoir été obtenues lors de contrats individuels ;
  4. Sa mise en pratique et le contrat lui-même doivent être contrôlés par les syndicats.

Le contrat collectif doit s’appuyer sur notre plate-forme de revendications transitoires.

Contre l’exploitation du capitalisme : contrat collectif de travail !

5. L’indépendance syndicale.

La réalisation de nos aspirations ne sera possible que si nous sommes capables de nous libérer de l’influence de tous les secteurs de la bourgeoisie et de ses agents de « gauche ». Le syndicalisme dirigé est le cancer du mouvement ouvrier. Quand les syndicats deviennent des appendices gouvernementaux, ils perdent leur liberté d’action et mènent les masses sur le chemin de la déroute.

Nous dénonçons la Confédération Syndicale de Travailleurs de Bolivie (CSTB) (12) comme agent du gouvernement dans les rangs ouvriers. Nous ne pouvons avoir confiance en des organisations qui ont leur secrétariat permanent au Ministère du Travail et qui envoient leurs membres faire de la propagande gouvernementale.

La FSTMB a une indépendance absolue par rapport aux différents secteurs de la bourgeoisie, au reformisme de gauche et au gouvernement. Elle pratique une politique syndicale révolutionnaire et dénonce comme une trahison tout accommodement avec la bourgeoisie ou le gouvernement.

Guerre à mort contre le syndicalisme sous la coupe du gouvernement !

6. Le contrôle ouvrier dans les mines.

La FSTMB appuie toute mesure que prennent les syndicats dans le sens de la réalisation d’un vrai contrôle ouvrier dans tous les aspects du fonctionnement des mines.

Nous devons dévoiler les plans secrets du patronat concernant l’exploitation, la comptabilité, la technique, la transformation des minéraux, etc., pour organiser l’intervention directe des travailleurs en tant que tels dans ces plans « secrets ». Notre objectif étant l’occupation des mines, nous devons nous fixer de faire la lumière sur les secrets patronaux.

Les ouvriers doivent contrôler la gestion technique des exploitations, les livres de compte, intervenir dans la désignation aux différentes catégories d’emplois et, surtout, ils doivent s’attacher à faire savoir publiquement les bénéfices que perçoivent les grandes entreprises et les fraudes qu’elles réalisent quand il s’agit de payer les impôts à l’État et de cotiser à la Caisse d’Assurance et d’épargne ouvrière.

Aux réformistes qui parlent des droits sacrés du patron, nous opposons le mot d’ordre de contrôle ouvrier dans les mines.

7. L’armement pour les travailleurs.

Nous Avons dit que tant qu’existera le capitalisme, le mouvement ouvrier sera menacé en permanence par la répression. Si nous voulons éviter que le massacre de Catavi (13) ne se répète nous devons armer les travailleurs. Pour repousser les bandes fascistes et les briseurs de grève, formons des piquets de grève ouvriers dûment armés.

Où nous procurer les armes ? Ce qui est fondamental c’est de montrer aux travailleurs de base qu’ils doivent s’armer contre la bourgeoisie, elle-même armée jusqu’aux dents. Une fois leur conviction acquise, les moyens matériels se trouveront. Aurions-nous oublié par hasard que nous utilisons quotidiennement dans notre travail de puissants explosifs ?

Toute grève est le commencement potentiel de la guerre civile, voie dans laquelle nous devons nous engager, armés comme il se doit. Notre objectif est de vaincre et pour cela nous ne devons pas oublier que la bourgeoisie peut compter sur son armée, sa police et ses bandes fascistes. Il nous revient donc d’organiser les premières cellules de l’armée prolétarienne. Tous les syndicats doivent organiser des piquets armés avec les éléments jeunes et combatifs.

Les piquets de grève syndicaux doivent être organisés militairement et le plus rapidement possible.

8. Caisse de solidarité pour les grévistes

Les magasins à prix réduits – pulperias baratas – et les bas salaires sont pour les entreprises des moyens de contrôle sur les ouvriers, dont le salaire quotidien constitue la seule ressource. La faim est le pire ennemi de la grève. Pour que la grève arrive à bon terme, il faut éliminer la pression de sa famille affamée sur le gréviste. Les syndicats doivent absolument réserver une part de leur budget pour alimenter les caisses de grève, destinées, le cas échéant, à offrir aux ouvriers l’aide nécessaire.

Brisons la pression par la faim qu’exercent les patrons sur les grèves, organisons immédiatement des caisses de grève !

9. Réglementation de la suppression de la pulperia barata (coopérative d’entreprise)

Nous avons déjà dit que le système d’épicerie bon marché permettait aux patrons des profits abusifs sur le salaire même du travailleur. Cependant la simple suppression de ces magasins ne fait qu’aggraver la situation des travailleurs et se transforme en une mesure allant à l’encontre de leurs intérêts.

Pour que la suppression des pulperias baratas corresponde aux intérêts des travailleurs, nous devons exiger que cette mesure soit complétée par l’échelle mobile des salaires et la recnaissance du salaire de base minimum.

10. Une suppression du travail a contrato

Les entreprises, pour rogner sur le salaire quotidien maximum légal et exploiter dans une plus grande mesure les travailleurs, ont imaginé différentes modalités de travail qu’on appelle a contrato (14). Nous nous voyons obligés de déjouer cette nouvelle manoeuvre capitaliste utilisée à des fins de rapine. Etablissons le système unique du salaire journalier.

VIII. Action directe des masses et lutte parlementaire

1. Parmi les méthodes de lutte du prolétariat, l’action directe des masses occupe pour nous une place centrale. Nous savons que notre libération sera avant tout notre oeuvre propre et que pour parvenir à cette fin nous ne pouvons compter sur l’aide d’aucune autre force que les nôtres. C’est pourquoi, en cette étape d’ascension du mouvement ouvrier, notre méthode préférée de lutte est l’action directe des masses, c’est-à-dire la grève et l’occupation des mines. Dans la mesure du possible, il nous faut éviter les grèves pour des motifs insignifiants afin de ne pas gaspiller nos forces. Il nous faut dépasser l’étape des grèves locales. En effet, les grèves isolées permettent à la bourgeoisie de concentrer son attention et ses forces en un seul point. Toute grève doit naître avec la volonté de se transformer en grève générale. Plus encore, une grève de mineurs doit s’étendre à d’autres secteurs ouvriers et à la classe moyenne. Les grèves avec occupation des mines sont à l’ordre du jour. Les grévistes, dès ledébut, doivent contrôler les points clés de la mine et surtout les dépôts d’explosifs.

Nous déclarons qu’en plaçant au premier plan l’action directe des masses, nous ne nions pas l’importance des autres méthodes de lutte.

Les révolutionnaires doivent être partout où la vie sociale place les classes en situation de lutte.

2. La lutte parlementaire est importante, mais dans les étapes de montée du mouvement révolutionnaire, elle acquiert un caractère secondaire.

Le parlementarisme, pour jouer un grand rôle doit être subordonné à l’action directe des masses. Dans les moments de reflux, quand les masses abandonnent la lutte et que la bourgeoisie reprend les places qu’elles ont abandonnées, le parlementarisme peut jouer un rôle de premier plan. D’une manière générale, le parlement bourgeois ne résoud pas le problème fondamental de notre époque : l’avenir de la propriété privée. Ce problème sera réglé par les travailleurs dans la rue. Si nous ne nions pas la lutte parlementaire, du moins la soumettons-nous à des conditions précises. Nous devons envoyer au parlement des éléments révolutionnaires éprouvés qui sont sont en plein accord avec notre ligne syndicale. Le parlement doit devenir une tribune révolutionnaire. Nous savons que nos représentants seront une minorité, mais nous savons aussi qu’ils se chargeront de démasquer, de l’intérieur même des assemblées, les manoeuvres de la bourgeoisie. Mais, surtout, la lutte parlementaire doit être directement liée à l’action directe des masses. Députés ouvriers et travailleurs de la mine doivent agir selon une seule ligne : les principes de la présente Thèse centrale.

3. Au cours de la prochaine lutte électorale, notre tâche consistera à envoyer au parlement un bloc ouvrier, le plus fort possible. Nous répétons que tout en étant anti-parlementaristes, nous ne pouvons pas cependant laisser ce champ libre à nos ennemis de classe. Notre voix se fera également entendre dans l’enceinte parlementaire.

Aux manoeuvres électorales des traîtres de la gauche, nous opposons la formation du bloc parlementaire des mineurs !

IX. Au mot d’ordre bourgeois d’Unité nationale, nous opposons le Front unique ouvrier

1.-Nous sommes des soldats de la lutte des classes. Nous avons dit que la guerre contre les exploiteurs est une guerre à une mort. C’est pourquoi nous détruirons toute tentative de collaboration dans les rangs ouvriers. La voie de la trahison s’est ouverte avec les fameux fronts populaires (15), fronts qui, s’abstrayant de la lutte de classes, réunissaient les prolétaires avec les petits-bourgeois et même certains secteurs de la bourgeoisie. La politique de front populaire a coûté beaucoup de défaites au prolétariat international. La soi-disant « unité nationale » est l’expression la plus cynique de la négation de la lutte de classes, de l’abandon des opprimés à leurs bourreaux, et l’aboutissement de la dégénérescence des fronts populaires. Ce mot d’ordre bourgeois a été lancé par les réformistes. L’ « unité nationale » signifie l’unité des bourgeois avec leurs laquais afin de museler les travailleurs. L’ « unité nationale » signifie la défaite des exploités et la victoire de la Rosca. On ne peut parler d’ « unité nationale » quand la nation est divisée en classes sociales engagées dans une guerre à mort. Tant que le régime de la propriété privée existe, seuls les traîtres et les agents à la solde de l’impérialisme peuvent oser parler d’ « unité nationale ».

2. Au mot d’ordre bourgeois d’ « unité nationale » nous opposons celui de Front unique prolétarien (FUP). L’unification en un bloc inébranlable des exploités et des éléments révolutionnaires est une nécessité impérieuse pour détruire le capitalisme qui, lui, est unifié en un seul bloc.

Parce que nous utilisons les méthodes de la révolution prolétarienne et parce que nous ne sortons pas du cadre de la lutte des classes, nous forgerons le Front unique prolétarien.

3. Pour empêcher que les influences bourgeoises ne s’exercent sur nos rangs, pour réaliser nos aspirations, pour mobiliser les masses dans la perspective de la révolution prolétarienne, nous avons besoin du Front unique prolétarien. Les éléments révolutionnaires qui se reconnaissent dans nos déclarations fondamentales et les organisations prolétariennes (de cheminots, des usines, du livre, du transport, etc.), ont leur place dans le Front unique prolétarien. Ces derniers jours la CSTB agite le mot d’ordre du Front des gauches. Jusqu’à maintenant, on ne sait toujours pas à quelles fins on prétend former un tel front. S’il s’agit seulement d’une manoeuvre pré-électorale et si l’on veut imposer une direction petite-bourgeoise – la CSTB est petite-bourgeoise – nous déclarons que nous n’avons rien à voir avec un tel Front des gauches. Mais s’il permettait que s’impose la conception prolétarienne et si ses objectifs étaient ceux que soutient cette thèse, nous irions avec toutes nos forces vers ce front qui, en dernière analyse, ne serait qu’un front prolétarien avec de petites variantes et dénomination différente.

Contre la Rosca coalisée en un seul un front, contre les fronts que régulièrement le reformisme petit-bourgeois imagine, forgeons le front unique prolétarien !

X. La centrale ouvrière

1. La lutte du prolétariat nécessite un commandement unique. Il est nécessaire de forger une puissante centrale ouvrière. L’histoire de la CSTB nous montre la manière dont nous devons procéder pour réussir dans notre entreprise. Quand les fédérations se sont converties en instruments dociles au service des partis politiques de la petite bourgeoisie, quand elles ont commencé à pactiser avec la bourgeoisie, elles ont cessé d’être représentatives des exploités. Il est de notre devoir d’éviter les manoeuvres des bureaucrates syndicaux et des couches artisanales corrompues par la bourgeoisie. La Centrale des travailleurs boliviens doit s’organiser sur une base véritablement démocratique. Nous sommes las des manipulations pour obtenir des majorités. Nous n’allons pas permettre qu’une organisation composée d’une centaine d’artisans puisse peser, dans la balance plébiscitaire, autant que la Fédération de Mineurs (FSTMB) qui compte près de soixante mille ouvriers (16). Les décisions des organisations majoritaires ne doivent pas être annulées par le vote d’organismes quasi inexistants. Le pourcentage d’influence des différentes fédérations doit être déterminé en fonction du nombre de leurs adhérents.

La conception prolétarienne, et non petite-bourgeoise, doit primer dans la Centrale ouvrière.

De plus, il est de notre devoir de lui fournir un programme véritablement révolutionnaire qui s’inspire de ce que nous exposons dans ce document.

XI. Les accords et les compromis.

1. Nous n’avons à réaliser aucun bloc ni aucun compromis avec la bourgeoisie.

2. Nous pouvons former des blocs et signer des compromis avec la petite-bourgeoisie comme classe et non avec ses partis politiques. Le Front de gauche, la Centrale ouvrière, constituent des exemples de ce type de blocs, mais il faut prendre soin de lutter pour que le prolétariat soit à leur tête. Si l’on prétend nous mettre à la remorque de la petite-bourgeoisie, nous devons refuser et rompre les alliances.

3. Il se peut que beaucoup de pactes ou de compromis avec différents secteurs ne puissent pas se réaliser. Cependant, même s’il en est ainsi, ils sont un puissant instrument entre nos mains. Ces compromis, si on les contracte dans un esprit révolutionnaire, nous permettent de démasquer les trahisons des chefs de la petite-bourgeoisie et d’entraîner la base sur nos positions. L’accord ouvriers-universitaires de juillet (17) est un exemple de la façon dont un accord non respecté peut se transformer en une arme contre nos ennemis. Lorsque certains universitaires sans prestige injurièren notre organisation à Oruro, les travailleurs et les éléments révolutionnaires de l’université attaquèrent les auteurs du coup et acquirent par là-même de l’influence sur les étudiants. Au point de départ de toute alliance, on doit placer les déclarations contenues dans le présent document.

Le succès d’un pacte dépend de ce que nous, mineurs, engagions l’attaque contre la bourgeoisie. Nous ne pouvons espérer que les secteurs de la petite-bourgeoisie franchissent ce pas. Le dirigeant de la révolution sera le prolétariat.

La collaboration révolutionnaire des mineurs et de paysans est une tâche centrale de la FSTMB. Une telle collaboration est la clef de la future révolution. Les ouvriers doivent organiser des syndicats paysans et travailler ensemble avec les communautés indigènes (18). Pour cela, il est nécessaire que les mineurs appuient la lutte des paysans contre la grande propriété rurale et épaulent leur activité révolutionnaire.

C’est un devoir pour nous de réaliser l’unité avec les autres secteurs ouvriers, ainsi qu’avec les secteurs exploités de l’artisanat : compagnons et apprentis.

Pulacayo, le 8 novembre 1946

(traduction collective sous la direction de François Chesnais, Bolivie : de la naissance du por à l’assemblée populaire, EDI, 1972, numérisée et revue par Kalachnikol GMI-CoReP)

Notes de 1972

(1) « Federacion Sindical de los Trabajadores Mineros de Bolivia ». Cf. glossaire.

(2) Terme utilisé dans la littérature politique marxiste pour désigner les classes dominantes liées à des formes de propriété et des rapports de production pré-capitalistes qui ont été intégrés dans le marché mondial capitaliste et dont le mode d’appropriation de la plus-value a été absorbé dans le système mondial du capital financier. Cf. Introduction, section II de l’ouvrage de Guillermo Lora, Bolivie : de la naissance du POR à l’Assemblée populaire, traduit et annoté par François et Catherine Chesnais,EDI, Paris, 1972.

(3) De « criollo », créole, terme latino-américain, désignant la bourgeoisie d’origine espagnole.

(4) Il s’agit des groupes Patino, Hochschild et Aramayo tous nationalisés en 1952.

(5) Vient de « gamonalismo » qui désigne en Bolivie le système de possession de la terre hérité de la colonisation espagnole, c’est-à-dire de l’hacienda, en vertu duquel les grands propriétaires du sol jouissaient de nombreux privilèges et de droits importants, de type seigneurial, sur les paysans indiens. Cf. également les Thèses de Caranavi, chapitre I, p. 111, et l’ouvrage de Guillermo Lora, Bolivie : de la naissance du POR à l’Assemblée populaire, traduit et annoté par François et Catherine Chesnais, introduction, section II., EDI, Paris, 1972.

(6) Terme de vocabulaire politique bolivien désignant l’oligarchie minière et terrienne dominante – la forme bolivienne de la féodo-bourgeoisie – dont l’âme était la famille Patino.

(7) Le 21 juillet 1946, le premier gouvernement à participation MNR, présidé par Villaroel, tombait (et Villaroel lui-même était pendu par la foule place Murillo en face du palais Quemado) sous l’effet combiné d’une oussée des masses et des coups des politiciens de la Rosca.

(8) Ici le texte se réfère au « Partido de la Izquierda Revolucionaria » (PIR), parti nationaliste petit-bourgeois, fortement manipulé par les staliniens. Artisan de la chue de Villaroel, le PIR devait former en 1947 un gouvernement de coalition avec les partis de la Rosca, et y occuper des postes-clé, notamment le ministère du travail. Les projets du PIR étaient connus lors du Congrès extraordinaire de Pulacayo et toute cette section est consacrée à dénoncer ces projets auprès de la classe ouvrière, à assurer l’indépendance de celle-ci par rapport à l’Etat et à anticiper sur les conséquences de la participation du PIR au gouvernement de la Rosca.

(9) Magasins d’entreprise dont certaines marchandises étaient subventionnées par l’Etat qui apportait ainsi une subvention indirecte aux entreprises et collaborait en même temps avec celles-ci au maintien des salaires au niveau le plus bas.

(10) Le IIIe Congrès de la FSTMB s’était tenu à Catavi dans les premiers mois de 1946, avant la mort de Villaroel.

(11) Le premierCongrès extraordinaire, complétant ce point, s’accorda pour demander la semaine de travail de trente-six heures pour les femmes et les enfants (GuillermoLora).

(12) « Confederacion Sindical de los Trabajadores de Bolivia » (cf. glossaire). Il s’agit de la première centrale ouvrière, constituée en 1936. Elle était tombée sous le contrôle du PIR, donc des staliniens, qui s’en servirent d’instrument pour tenter d’imposer à la classe ouvrière leur politique de collaboration avec les partis de la Rosca.

(13) Il s’agit d’une des grandes dates (décembre 1942) dans la lutte des mineurs boliviens pour arracher le droit à l’organisation syndicale oindépendante. Voici le récit qu’en donne l’historien américain Malloy : « En 1942, comme moment d’une campagne pour l’organisation, le syndicat de Catavi-Siglo XX (un campement Patino et le plus grand gisement de Bolivie) présenta une liste de revendications à l’entreprise. L’entreprise les rejeta et le syndicat transmit ses demandes au gouvernement qui ne donna aucune réponse. Pour tenter de briser la menace de grève, l’entreprise demanda l’aide du gouvernement et une importante force militaire fut envoyée à Catavi. En novembre, la situation se tendit et la direction dans sa tentative de briser les mineurs ferma le magasin d’entreprise, principale source de subsistance des mineurs. En décembre, les mineurs se mirent en grève. Le 21 décembre les grévistes se heurtaient violemment aux troupes d’occupation. Celles-ci ouvraient le feu sur les mineurs et en tuaient des dizaines. La grève fut finalement brisée, mais les retombées de ce qui vint à être nommé le « massacre de Catavi » parvinrent jusqu’à Washington ». James M. Malloy.

(14) A côté des grandes mines il est encore courant pour les entreprises de céder à des travailleurs indépendants des lots situés dans des zones de faible rendement, selon un système qui ressemble à un fermage, et qui laisse à ces travailleurs des revenus encore inférieurs aux salaires payés dans les mines.

(15) En réponse à une question sur ce point, Guillermo Lora a expliqué qu’ici les Thèses de Pulacayo se réfèrent avant tout aux expériences classiques de front populaire d’Espagne et de France.

(16) La CSTB fut marquée, de sa naissance en 1936 jusqu’à sa disparition en 1952, par le fait que les corporations artisanales qui avaient été à l’origine de sa constitution, ont cherché, avec l’appui de la plupart des gouvernements, et aussi des staliniens du PIR, à y maintenir une position privilégiée longtemps après que de nouvelles corporations d’un nombre et d’u poids beaucoup plus décisif (mineurs, cheminots) se soient constituées.

(17) Le premier Congrès extraordinaire a ratifié le pacte ouvriers-universitaires souscrit à Oruro le 29 juillet 1946. Le programme proposé par les mineurs et soussigné par les universitaires se fondait sur les décisions du Congrès des mineurs de Catavi qui se tint à l’époque du gouvernement de Villaroel et qui est entré dans l’histoire comme le IIIe Congrès des mineurs. (G. L.).

(18) Au sujet des communautés indiennes cf. Introduction section II, op. cit.

Glossaire de 1972

ACAT : « Asociacion Continental Americana de Trabajadores », fondée en 1929 au Congrès de Buenos Aires, affiliée à l’Association Internationale des Travailleurs (AIT) anarchiste L’ACAT eut une vie éphémère

COB : « Central Obrera Boliviana », fondée en 1952 à l’initiative d’Alandia Pantoja, militant du POR et présidée depuis sa fondation par Juan Lechin Oquendo

COMIBOL : « Corporacion Minera Boliviana », organisme d’Etat contrôlant les mines nationalisées en 1952.

CSLA : « Confederacion Sindical Latino Americana », fondée au Congrès de Montevideo de mai 1929 Section de l’Internationale syndicale rouge. Passe d’emblée sous contrôle stalinien.

CSTB : « Confederacion Sindical de los Trabajadores de Bolivia », fondée en 1936, très influencée par le PIR stalinien, elle soutient le gouvernement de la Rosca, ce qui provoque son éclatement en deux centrales qui se réclament du même sigle.

ELN : « Ejercito de Liberacion Nacional », fondé début 1967 par Che Guevara et dirigé plus tard par Inti et Chato Peredo, survivants de la guérilla de Nancahuazu.

ENAF : « Empresa Nacional de Fundicion », localisée à Vinto et créée en 1967, sous Barrientos, afin de traiter l’étain.

FOL : « Federacion Obrera Local », créée à La Paz par les anarchistes en 1926.

FOT : « Federacion Obrera del Trabajo », d’inspiration marxiste, fut créée à La Paz en 1918 à partir de la fusion de la FOT, déjà existante, avec la FOI : « Federacion Obrera Internacional ».

FSB : « Falange socialista Boliviana » : parti fasciste bolivien créé en 1937 sur le modèle de la Phalange espagnole, dirigé par Mario Gutierrez, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères du gouvernement Banzer.

FSTMB : « Federacion Sindical de los Trabajadores Mineros de Bolivia », créée en 1944. Est généralement connue comme la Fédération des mineurs.

MIR : « Movimiento de la Izquierda Revolucionaria », fondé en avril 1971 de la fusion de l’organisation Espartaco et du Parti démocrate-chrétien révolutionnaire (PDCR), scission du PDC.

MNR : « Movimiento Nacionalista Revolucionario », fondé en janvier 1941 par Hernan Siles Zuazo, V. Paz Estenssoro et C. Montenegro. Ce parti est porté au pouvoir par la révolution de 1952 et gouverne jusqu’en 1964.

PCB : « Partido Comunista de Bolivia », fondé en janvier 1950 par des militants précédemment membres du PIR.

PCB (ml) : Scission maoïste du PCB qui se constitue en parti en 1965 sous la direction de Frederico Escobar et O Zamora.

PDC : « Partido Democrata Cristiano », fondé en 1954.

PIR : « Partido de la Izquierda Revolucionaria », fondé en juillet 1940 par J A. Arce. Parti petit-bourgeois se réclamant du marxisme. Parmi ses fondateurs se trouvent des membres de l’ancien « Parti communiste clandestin », disparu à l’époque de la guerre du Chaco, passés sur la ligne stalinienne. Le discrédit où le PIR était tombé après ses années de collaboration avec la Rosca obligea le stalinisme à fonder tardivement le PCB.

PMNR ou PRA : « Partido Movimiento Nacionalista Revolucionario Auténtico », parti fondé en 1960 par Walter Guevara Arce à partir de l’aile droite du MNR.

POR : « Partido Obrero Revolucionario », fondé en 1934 au congrès de Cordoba (Argentine), par José Aguirre Gainsborg et Tristan Marof. Après son éclatement en 1956, il existe deux organisations portant le sigle de POR. L’un est le parti dirigé par G. Lora, Filemon Escobar, et, jusqu’à leur assassinat, Cesar Lora et I. Camacho. L’autre est un groupe petit-bourgeois dirigé par Hugo Gonzalez Moscoso, rattaché au Secrétariat international.

PRIN : « Partido Revolucionario de la lzquierda Nacionalista », fondé en mars 1964 par Juan Lechin Oquendo à partir de l’aile gauche du MNR.

PSD : « Partido social Democrata », fondé en 1944, dirigé par M. Quiroga Santa Cruz, ministre de l’Energie sous Ovando et ministre des Finances sous Torres.

PSOD : « Partido Socialista Obrero Boliviano », parti éphémère, créé par Marof en 1938 après sa rupture avec le POR.

PURS : « Partido de Union Socialista Republicana », fondé en 1946. Il exerce le pouvoir au compte de la Rosca de 1947 à 1951.

RADEPA : « Razon de Patria », organisation secrète de jeunes officiers, « victimes de la guerre du Chaco », fer de lance du coup d’Etat de décembre 1943 qui amène Villarroel au pouvoir.

YPFB : « Yacimientos Petroliferos Fiscales Bolivianos », entreprise créée en 1937, lors de la nationalisation du pétrole, sous le gouvernement du général Toro.