R. Paris, Lettre aux militants du GMI, 8 mai 2015

Chers camarades,

Afin de préparer la prochaine AG commune GMI-VDT et afin de remettre en mémoire le débat qui nous a opposé à GMI-COREP, quelques rappels aux camarades de VDT comme à ceux de GMI :

Le texte principal de discussion venu du COREP, auquel appartient GMI, se trouve à l’adresse suivante :

http://www.matierevolution.org/IMG/pdf/2014_08_11_CoReP_Lettre_a_VdT_FRA2-2.pdf

Quels sont les points essentiels de critique du COREP à notre égard :

1°) nous n’avons pas cosigné leur texte du la guerre de Gaza sans avoir proposé de texte alternatif valable

2°) nous serions un groupe franco-français ayant une vision purement nationale

3°) nous serions une espèce de secte avec un gourou empêchant la fusion qui, elle, irait vers la construction de l’internationale communiste

4°) nous serions confus, flous et ambiguës, lançant des affirmations absurdes du type :

- le capitalisme est mort (c’est vrai que nous avons avancé cette hypothèse comme explication des politiques des Etats et des bourgeoisies et que nous l’avons mise en discussion)

- l’impérialisme fait la guerre pour contrer la révolution (c’est même grâce au GMI-COREP que nous avons développé notre argumentation sur ce thème en particulier sur la première guerre mondiale)

- Israël et la Palestine sont les deux bouts d’un même bâton (c’est une erreur d’interprétation de nos écrits et nullement notre position)

- Gaza serait soutenue, dans la dernière guerre menée par Israël, par le camp Russie-Chine (là aussi une erreur d’interprétation) que nous aurions le tort d’appeler BRICS et, plus encore, d’y adjoindre l’Iran.

5°) Le plus grave à leurs yeux : nous ne nous conformerions pas aux règles clairement établies par Lénine et Trotsky des relations entre groupes et, en particulier, nous répondons à des courriers d’organisation par des réponses personnelles, nous ne donnons pas toujours une réponse de groupe à leurs demandes.

Il est exact que nous ne mettons nullement comme base de départ des objectifs organisationnels, que nous n’avons qu’une très faible cohésion et discipline organisationnelle même si nous avons une assez importante cohésion sur l’accord politique.

On a même dit que VDT n’est pas formellement une organisation. Même si nous, cela ne nous empêche pas d’avoir périodiquement des éditoriaux, des tracts et des interventions publiques, nous tenons à préciser ce fait. Nous n’en faisons pas une théorie. Nous ne sommes pas contre l’existence de groupes révolutionnaires ou de partis révolutionnaires. Nous sommes pour quand c’est une réalité mais ce n’est pas aujourd’hui notre réalité et nous ne nous en cachons nullement. Libre à GMI d’accepter ou de refuser cette réalité. Libre à eux de nous la reprocher et de faire pression pour que nous obéissions à une discipline organisationnelle et à des buts organisationnels plus forts, s’il parvient de nous en convaincre.

Nous ne lisons pas, sur ce plan, les leçons du passé de la même manière et nous savons que tous les grands leaders révolutionnaires ont, durant de longues phases, été en dehors de toute logique organisationnelle, ce qui ne veut pas dire qu’ils étaient des intellectuels coupés de la lutte des classes et ne faisant que discuter ou de faire des analyses de laboratoire.

Nous ne sommes nullement touchés par les arguments nous accusant de nationalisme pro impérialisme français ni de défauts de manque de vision internationale car ce n’est pas fondé. Nous sommes en relations en notre propre sein avec des militants de divers pays et régions du monde et nos préoccupations ne concernent pas particulièrement la France comme nos multiples écrits par exemple sur le Maghreb et l’Afrique le montrent. Les « preuves » qu’avance GMI concernent seulement le fait d’avoir écrit un édito pour des bulletins d’entreprise diffusés seulement en France ou des tracts diffusés seulement dans des manifestations en France. Les preuves sont d’ailleurs du genre : le nombre de fois qu’on cite la France, pour la dénoncer, et Hollande, pour le démolir. Si c’est ça du nationalisme, on aimerait en lire davantage !

Nous pensons œuvrer à notre manière à reconstruire la confiance dans une politique révolutionnaire, ce qui nous semble une étape obligatoire de la reconstruction des idées et de la conscience prolétarienne révolutionnaire. Trop de groupes, dont les « internationales » d’où viennent nos camarades, ont mis en premier la construction du regroupement le plus nombreux possible avant la discussion et l’accord politique. Nous sommes contents qu’avec GMI la prochaine étape soit une assemblée commune car nous pensons que la lecture des textes et de mails polémiques ne peut remplacer, pour construire la confiance mutuelle indispensable, l’échange libre entre militants.

Par contre, nous estimons que la discussion doit se faire de bonne foi, en ne prêtant pas à l’interlocuteur des propos qu’il n’a pas émis.

Par exemple, quand nous écrivons : « La guerre de Gaza s’intègre dans la montée d’un affrontement mondial qui se profile. Et, fait nouveau, la guerre oppose ouvertement le camp des puissances occidentales et le camp des nouvelles puissances capitalistes et impérialistes. », le COREP affirme comprendre : « la guerre de Gaza… oppose ouvertement le camp des puissances occidentales et le camp des nouvelles puissances capitalistes et impérialistes. » ce qui est un contresens.

Il nous faut préciser que, même si notre texte est peut-être confus, il ne voulait pas du tout dire cela. Nous expliquions que, si l’impérialisme a donné sa caution à la guerre d’Israël, par les voix de Obama, Cameron et Hollande notamment, alors que c’est une guerre particulièrement meurtrière pour les civils et dont les justifications sont particulièrement mensongères, cela doit être mis en rapport avec la poussée dans le monde vers des affrontements guerriers voulus par les impérialistes occidentaux.

Le COREP écrit « La symétrie affichée par l’éditorialiste est une spéculation ».

En fait, pour nous, même dans l’affrontement entre les deux camps impérialistes, il n’y a pas de symétrie, car c’est le camp occidental qui est entièrement à l’offensive et l’autre totalement sur la défensive pour le moment. D’autre part, nous ne disons pas que, du côté palestinien, ni la Russie ni la Chine soient intervenus directement ou indirectement.

Nous disions dans ce texte qu’il y a un lien entre la crise capitaliste mondiale et les montées guerrières, aussi bien en Palestine qu’ailleurs…

Ceci dit, vous ne risquez pas de nous suivre dans ce raisonnement, vu que vous pensez que la crise mondiale est complètement terminée, en attendant la prochaine crise.

Je cite : « Le capitalisme européen a du mal à sortir de la crise capitaliste mondiale et, en son sein, le capitalisme français n’arrive pas à s’en remettre…. Cependant, à l’échelle mondiale, l’économie capitaliste est sortie de « son effondrement de 2007-2009 », certes temporairement, certes au détriment de la classe ouvrière mondiale, certes en recourant à des palliatifs étatiques nationaux qui ont limité la destruction du capital et qui préparent la prochaine crise mondiale. »

Et le COREP relève que notre position va a contrario des positions classiques révolutionnaires, affirmant qu’aucune crise capitaliste n’est fatale ni finale.

Mais le COREP n’a pas relevé l’essentiel dans notre position : nous estimons que la crise n’a pas eu lieu en 2007-2008, les autorités capitalistes mondiales n’ayant pas laissé les faillis chuter, ce qui est cependant l’un des points essentiels de la nouveauté de la situation.

Citons VDT :

« Il est en effet remarquable que le système a fait, pour la première fois, le choix de « sauver » tous les trusts et toutes les grandes banques ou assurances, ce qui va a contratio de ce que ce système a toujours fait en laissant chuter les faillis, même s’il s’agissait de grandes banques, de grandes assurances, de grands financiers ou de trusts. On a même vu les Etats et les banques centrales dépenser des sommes colossales en pure perte pour sauver trois ou quatre fois le même trust ou la même banque, comme c’est le cas pour la banque Dexia. Les fonds d’Etat ou des banques centrales ont alors agi a contrario de l’intérêt capitaliste qui consiste à agir uniquement pour ce qui est profitable. Au cours des multiples crises capitalistes de l’Histoire, les chutes des sociétés en faillite ont servi à débarrasser le marché des poids morts pour permettre au capitalisme de repartir de plus belle. Une analyse de la situation actuelle nécessiterait d’interpréter cette toute nouvelle politique qui n’est pas le seul fait de l’Etat américain ou de sa banque centrale, la FED, mais tout le monde capitaliste, y compris l’Europe et la Japon, y compris même les nouveaux impérialismes chinois, russe, brésilien, etc… Alors que ces politiques d’intervention financière massive des Etats et des banques centrales sont extrêmement couteuses et dangereuses pour les finances publiques et la crédibilité financière des Etats, alors que ces politiques d’intervention centrale et institutionnelles sont menées par des partis qui ont toujours eu comme idéologie le laisser-faire, le « libéralisme », la non intervention de l’Etat, il est indispensable de nous expliquer le pourquoi de ces interventions qui n’ont pas cessé depuis 2008, soit depuis six ans et qui représentent des sommes bien plus colossales que les valeurs de l’ensemble de la production de richesses…. Les Etats et les capitalistes, eux-mêmes, admettent que l’on ne peut plus se fier aux bilans des sociétés, des banques, des banques centrales ou des Etats car y sont cumulés des vrais capitaux et des « titres pourris », des actifs fictifs (pas seulement virtuels ou financiers mais fallacieux, mensongers, ou inexistants). Le PIB, qui totalise ces sommes fictives, est encore plus opaque. Il totalise des dettes avec des crédits, des valeurs fausses avec des valeurs réelles. On ne peut même pas se fonder sur les chiffres du PIB pour estimer la croissance ou la décroissance des investissements productifs privés car les interventions massives des Etats se font sans considérer que les trusts et banques, même entièrement financés par des institutions centrales, sont des capitaux d’Etat. Ainsi, les statistiques comptabilisent les trusts automobiles américains comme capital privé alors que l’Etat et le syndicat UAW s’en sont portés acquéreurs, comme ils comptabilisent tout le capital de Renault ou PSA comme des capitaux privés. Et on ne parle pas de la banque Dexia, elle aussi comptabilisée comme du capital privé… Bien entendu, nous savons bien que tout au long de l’Histoire, il y a eu des interventions d’Etat pour aider l’économie, pour aider les intérêts privés, pour prendre en charge des secteurs non immédiatement rentables et nécessaires au fonctionnement d’ensemble. Nous savons aussi que l’existence de titres pourris n’existe pas seulement depuis quelques années de même que la ponction des spéculations financières sur l’ensemble des capitaux investis, les profits issus de l’exploitation du travail humain étant répartis entre l’ensemble des capitaux, y compris les capitaux financiers et spéculatifs. Mais il y a une grande différence entre ces ponctions sur la plus-value et une situation où l’essentiel des profits sont réalisés par des investissements fondés sur les dettes, sur les pertes, sur les chutes, c’est-à-dire un fonctionnement nécrophile du capital privé qui agit en sciant la branche du système, les Etats se contentant de nourrir par leurs interventions ces capitaux nécrophiles. Ce sont également les Etats et les banques centrales qui nous montrent qu’ils n’ont plus aucune confiance dans la dynamique des investissements privés puisque, depuis 2008, ils ne cessent d’injecter des milliers de milliards de dollars dans les circuits financiers et économiques… Tous les Etats et toutes les banques centrales de la planète n’ont pu faire durer le système depuis l’effondrement de 2007-2008 qu’en s’engageant sans cesse plus dans l’économie, en suppléant sans cesse plus à la défaillance des capitalistes privés qui, pour leur part, misent sur les effondrements, les faillites, les titres pourris et les dettes. Il a fallu des sommes colossales pour faire tenir le système Madoff mondial mais cela n’a pas suffi à faire repartir le moins du monde une économie capitaliste viable et, au contraire, cela pousse encore plus les capitalistes privés à continuer à vivre sur les dos des fonds d’état. Ce château de carte finira bien par s’effondrer de lui-même, y compris sans une poussée révolutionnaire des masses. Par contre, les classes dirigeantes savent parfaitement qu’un nouvel effondrement économique, causé par exemple par une perte de confiance dans les fonds d’Etat ou par un effondrement économique d’une grande banque ou d’une monnaie importante, entraînerait inévitablement l’ensemble de l’économie dans le gouffre et les prolétaires du monde vers la révolution sociale. Ils n’attendront donc pas d’en arriver là pour s’attaquer au prolétariat et tenter de leur couper les ailes. Ils préparent déjà les guerres, les guerres civiles et les fascismes. Ils préparent même la guerre mondiale. Les mesures qu’ils prennent n’ont pas un but économique mais un but politique et social. Il s’agit de détruire la classe ouvrière dans ses capacités révolutionnaires potentielles, de la soumettre à l’Etat sauveur, de lui imposer l’idée que ses ennemis sont étrangers, de la pousser vers les idéologies nationalistes, racistes, xénophobes. Or toutes ces tendances préparent un certain type d’avenir qui va bien au-delà d’une récession ou d’un recul du capitalisme et qui prépare une barbarie infra-capitaliste, une société qui ressemblerait plutôt à un monde des féodaux armés, une espèce d’Afghanistan mondial… En tout cas, le capitalisme n’attendra pas la montée de la révolution pour attaquer le prolétariat et les peuples. Dès qu’il se rendra compte que la perfusion mondiale ne suffit plus à faire tenir le château de cartes économique, il lancera son offensive contre le prolétariat et les peuples. Il deviendra alors clair que ce qui remplace le capitalisme est devenu la barbarie. Marx n’a jamais dit que le socialisme devait fatalement remplacer le capitalisme mais seulement que c’est dans des conditions objectives données (celles d’une crise du système) que le prolétariat pouvait se poser le problème de son remplacement. »

Voici quelques points que je souhaitais rappeler en préambule à nos débats et, bien entendu, ceci est un courrier personnel. Libre à GMI de le communiquer ou pas à ses camarades avant l’AG.

Salutations communistes révolutionnaires

Robert Paris