Les exigences croissantes de l’appareil répressif de l’État

Macron passe pour moderne, alors qu’il ne fait que rejouer le sabre et le goupillon. Non seulement il a adressé des « voeux aux autorités religieuses », mais il y a glissé des attaques à la Sarkozy contre la laïcité, pourtant bien incomplète (la 5e République finance les établissements d’enseignement catholiques et le clergé d’Alsace et de Moselle). L’austérité budgétaire est épargnée au coeur de l’État bourgeois : police, armée, prisons, tribunaux… avec l’approbation du PS, du PCF et de LFI [voir Révolution communiste n° 26]. Macron a renouvelé, lors des « voeux aux armées », la promesse d’augmenter chaque année ce budget de 1,7 milliard d’euros, pour atteindre une dépense officielle de 190 milliards sur le quinquennat. Mais les échecs de l’armée française, en particulier au Mali, servent à l’état-major à exiger encore plus. Or, Macron, pour défendre les intérêts généraux des groupes transnationaux français, a besoin de l’armée.

Le gouvernement a promis l’embauche de 10 000 policiers durant le quinquennat. Des policiers et des femmes de policiers ont de nouveau manifesté début janvier, à l’occasion de suicides ou d’une agression de policiers par des voyous le nuit du réveillon. Les demandes d’Alliance, de l’Unsa, de l’Unité-SGP-FO, du FPIP sont plus de recrutement, des peines exemplaires pour les agresseurs des forces de l’ordre, le rétablissement des peines planchers, que les outrages soient systématiquement verbalisés… Les policiers, le FN et LR réclament toujours plus d’emprisonnements et des peines toujours plus longues (pas pour les patrons qui licencient ou poussent au suicide, pas pour l’ancien tortionnaire Le Pen, pas pour le fraudeur Fillon…).

La population carcérale est passée de 20 000 en 1955 à 68 974 au 1er janvier 2018. Les premières victimes de la surpopulation sont évidemment les condamnés et les prévenus qui sont entassés par l’État bourgeois dans des conditions ignobles (le record étant, d’après le ministère de la Justice, la maison d’arrêt de Nîmes avec une densité carcérale de 213 %). Le 15 janvier, malgré la promesse de 1 100 nouveaux postes pour les 4 ans à venir, les surveillants pénitentiaires ont bloqué les maisons d’arrêt et les centres de détention, avec le soutien du FN et de LR, mais aussi de LFI, du PCF, du POID et de LO : « les gardiens aux effectifs insuffisants et dont les salaires, ceux de fonctionnaires de catégorie C, sont indignes. Ils ont raison de ne pas l’accepter » (Lutte ouvrière, 24 janvier 2018). Dans ce mouvement qui suspendait le droit de visite des familles et des avocats, FO (2e organisation aux élections professionnelles) a renchéri sur l’UFAP-UNSA (1er) et la CGT (3e) : elle demandait, entre autres, 2 500 matons de plus et des pistolets à électrochocs (tasers). Le 26 janvier, l’UFAP-UNSA a signé un accord avec la ministre de la Justice Belloubet : 450 places supplémentaires dans les « quartiers étanches » pour détenus « radicalisés », équipements (des tenues pare-coups, etc.), augmentation des primes (en moyenne, un gain de 1 150 euros par an), 100 postes supplémentaires en 2018 et au total 1 100 postes supplémentaires sur le quinquennat, fouilles inopinées dans les cellules…

Les doléances des matons, des flics et des généraux aboutissent non seulement à augmenter la charge de l’impôt sur les travailleurs, mais à renforcer la base sociale du parti fascisant et des groupes fascistes, à diminuer les libertés et à renforcer les moyens de répression des luttes sociales.