Trump, Netanyahou, bas les pattes devant Jérusalem !

(Version espagnole / Versión española)

Où mènent les accords d’Oslo

Après avoir dénoncé le 17 juillet l’accord avec l’Iran, le président américain Trump a annoncé le 6 décembre qu’il allait transférer l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem. Autrement dit, la principale puissance du monde a reconnu officiellement Jérusalem comme la capitale d’Israël.

Le Premier ministre israélien Netanyahou a salué un « jour historique ». Israël a conquis totalement Jérusalem en 1967. Depuis, méthodiquement, l’État sioniste persécute et chasse la population arabe de la partie est de la ville, tout en favorisant la colonisation hébreue qu’il poursuit aussi en Cisjordanie.

Face à la décision des États-Unis, les autres puissances impérialistes (Chine, Russie, Allemagne, Japon, France, Grande-Bretagne…) ont exprimé leur mécontentement. Le secrétaire général de l’ONU a condamné la décision de Trump, comme contraire à la « solution de deux États ». L’assemblée générale l’a suivi le 21 décembre. Mais l’ONU a entériné la conquête violente d’une partie de la Palestine en 1947 en reconnaissant Israël. Jamais les nombreuses résolutions antérieures condamnant Israël n’ont eu de conséquence pratique ; jamais le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pris de sanction contre les États-Unis ni contre Israël.

Cette décision n’est pas une simple excentricité. Trump a satisfait le Parti républicain et il a appliqué ce qu’avaient proposé auparavant Obama et le Parti démocrate. Il tente de consolider les positions de sa bourgeoisie et de l’État américain dans une région où celui-ci a considérablement reculé. Les véritables cibles de Trump et du Parti républicain sont l’Iran et la Russie ; les Palestiniens sont des victimes collatérales. En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, la « démocratie » américaine approuve l’épuration ethnique qui est en cours dans cette ville.

L’Autorité palestinienne a appelé à un « jour de rage ». Le Fatah qui la dirige est un parti nationaliste palestinien bourgeois usé jusqu’à la corde. Son fondateur Arafat a conclu en 1993, avec l’État américain et l’État israélien, les accords d’Oslo. Ce traité reconnait Israël et sa mainmise sur une partie de la Palestine. En échange, il promet un État palestinien.

La solution « des deux États » a été approuvée par l’ONU. En fait, il y a d’un côté un véritable État, surarmé, doté de l’arme nucléaire, appuyé par les États-Unis. De l’autre, il y a un gigantesque camp de rétention pour Arabes, sans armée, sous dépendance économique d’Israël, sous perfusion de l’Union européenne et des monarchies du Golfe. La Cisjordanie et Jérusalem sont séparées de la bande de Gaza. La Cisjordanie est elle-même quadrillée par des colonies sionistes et par l’armée israélienne. La police du Fatah est l’auxiliaire de l’armée coloniale et des services secrets israéliens.

Le Hamas a prédit que la décision de Trump « ouvrait les portes de l’enfer pour les intérêts américains dans la région ». Le Hamas est un parti bourgeois clérical fondé par les Frères musulmans. Il prétend que la Palestine doit être musulmane, alors qu’y ont toujours vécu des Juifs israélites, des Arabes et des Arméniens chrétiens. Ce parti réactionnaire a pu prendre le contrôle de la bande de Gaza en 2007 à cause de la trahison de la cause nationale par le Fatah.

Si le Hamas était capable de faire reculer l’impérialisme américain, cela se saurait depuis longtemps. En fait, il est même incapable d’empêcher l’État israélien (avec l’aide de l’État égyptien) de transformer la vie des Gazaouis en enfer. En particulier, l’armée israélienne est intervenue militairement dans la bande de Gaza en 2008, 2012 et 2014, en massacrant sa population et en détruisant ses infrastructures.

Le Fatah et le Hamas ont en commun d’être dirigés par des bourgeois, de s’opposer à la lutte du prolétariat palestinien, de dépendre d’États bourgeois voisins et d’être incapables de s’adresser aux travailleurs d’Israël (arabes ou juifs). D’ailleurs, ils se sont rapprochés ces derniers mois sous la pression du général Al-Sissi, le président de l’Égypte qui réprime toute opposition politique.

Pour le front unique ouvrier contre la poursuite de la colonisation et l’oppression sioniste

Les monarchies du Golfe et de Jordanie ont protesté contre la décision de Trump, ainsi que les républiques islamistes d’Iran et de Turquie. Mais les Palestiniens ne peuvent pas se fier aux États bourgeois de la région.

La monarchie a écrasé la résistance palestinienne en Jordanie en 1970-1971. Les chrétiens-fascistes du Liban ont liquidé en 1982 des milliers de réfugiés palestiniens avec l’aide de l’armée israélienne. Le régime du Baas syrien a frappé militairement la résistance palestinienne en 1983. Les gouvernements égyptien et syrien ont réprimé le mouvement révolutionnaire de 2011 dont la victoire pouvait ouvrir une perspective aux Palestiniens. La plupart des États voisins surexploitent les réfugiés ou travailleurs immigrés palestiniens et les discriminent. L’Arabie saoudite vient de renforcer ses liens avec les États-Unis et Israël ; elle intervient militairement au Yémen et son blocus cause des ravages dans la population civile ; elle menace ouvertement l’Iran. L’Iran et la Turquie oppriment leurs minorités nationales, dont les Kurdes. La Turquie est toujours membre de l’OTAN dirigée par les États-Unis. La Turquie et les monarchies du Golfe ont aidé les islamo-fascistes qui ont opprimé en Syrie et en Irak les femmes, qui ont exterminé les militants ouvriers, les minorités religieuses, les minorités nationales. L’Égypte reçoit des armes et de l’argent des États-Unis, elle bloque la bande de Gaza.

Des milliers d’arabes palestiniens ont protesté à Jérusalem et à Gaza. Le 15 décembre, l’armée israélienne a blessé 160 d’entre elles et en a tué 4. Des centaines de milliers de personnes, en particulier dans les pays arabes ou musulmans, ont manifesté contre la décision du gouvernement étasunien. Mais la colonisation de la Palestine, l’oppression des Palestiniens, les menaces contre l’Iran, les interventions militaires en Syrie et en Irak des impérialistes américain, russe, britannique, français… doivent devenir l’affaire de tout le mouvement ouvrier mondial.

La meilleure aide aux Palestiniens est la lutte pour renverser les gouvernements qui soutiennent l’État sioniste. Dans le monde entier, au premier chef aux États–Unis et en Israël, toutes les organisations qui se réclament des travailleurs doivent exiger :

•             Fin de la colonisation en cours de Jérusalem Est et de la Cisjordanie !

•             Levée du blocus de Gaza par Israël et l’Égypte !

•             Destruction du mur de l’apartheid !

•             Libération de tous les prisonniers palestiniens !

•             Droit au retour des réfugiés et de leurs descendants !

•             Aucune arme, aucune aide militaire à Israël !

•             Aucune menace militaire envers l’Iran !

Pour la destruction du dernier État colonial

La classe ouvrière mondiale est, sur cette question comme les autres, paralysée par la politique de ses directions. Les partis travaillistes ou sociaux-démocrates, les partis issus du stalinisme, plusieurs organisations centristes (SPEW, SAlt, LO, NPA…) soutiennent la solution « des deux États » de l’ONU.

Nous ne considérons pas que la disparition de l’État d’Israël soit nécessaire ou souhaitable. Nous pensons même que son existence pourrait être bénéfique à toute la population arabe et juive du Moyen-Orient. (Lutte de classe, juillet 1967) ; Un pouvoir des travailleurs en France soutiendrait l’établissement de l’État palestinien dans les frontières de 1967. (Arthaud, candidate de LO à l’élection présidentielle, 2 avril 2012)

Cela revient à entériner la colonisation violente d’une partie de la Palestine et la création de bantoustans sous la botte d’Israël. Des directions de partis réformistes expulsent même des militants qui les gênent en les accusant d’antisémitisme : par exemple, Tony Greenstein a été exclu du Parti travailliste britannique, Gérard Filoche du Parti socialiste français…

Partout, l’État israélien et le mouvement sioniste tentent d’assimiler les antisionistes à des racistes anti-juifs. Le président français Macron a repris cette calomnie. L’État autrichien, qui n’a jamais épuré vraiment les nazis et qui a aujourd’hui à sa tête un gouvernement qui comprend un parti fascisant, a même poursuivi comme « antisémites » des militants qui défendent les droits des Palestiniens.

L’antisémitisme est la haine pour les Juifs comme  Juifs. L’anti-sionisme est l’opposition à Israël comme un pouvoir (une puissance) colonial et comme un État juif exclusif. (Avi Shlaim, professeur à Oxford)

Certes, on trouve des antisionistes qui sont antisémites, mais il y a aussi beaucoup de pro-sionistes qui sont antisémites, dans la lignée de Lord Arthur Balfour ou Lord Winston Churchill. Les gouvernements pro-sionistes des États-Unis et de l’Union européenne entretiennent des liens étroits avec les monarchies absolues et islamistes qui diffusent dans le monde entier le Protocole des sages de Sion, un faux antisémite fabriqué en 1901 par la police tsariste et cité abondamment par Hitler.

Les communistes internationalistes qui depuis 170 ans combattent le racisme et le colonialisme n’ont aucune leçon à recevoir de Macron, Trump et Netanyahou. Le mouvement sioniste lui-même s’est souvent accommodé de l’antisémitisme au début du XXe siècle car ces deux courants réactionnaires partageaient l’idée que les Juifs étaient inassimilables dans les pays où ils vivaient. Face au pire antisémitisme de l’histoire, le nationalisme bourgeois juif ne s’est guère opposé au 3e Reich et certains de ses dirigeants ont même collaboré avec les nazis. C’est après la 2e Guerre mondiale que l’Holocauste a servi de prétexte à la bourgeoisie sioniste pour coloniser la Palestine. Les réseaux terroristes sionistes ont exterminé des villages entiers, chassé des centaines de milliers de personnes… Le Parti travailliste israélien et le syndicat sioniste ont alors réclamé l’exclusion des Arabes de l’emploi. L’État bourgeois hébreu discrimine ses citoyens en fonction de leur ethnie et il poursuit l’épuration raciale.

Ainsi, le nationalisme bourgeois juif a transformé une toute petite minorité des Juifs du monde en oppresseurs. La conséquence a été la persécution et l’émigration forcée des Juifs installés depuis deux millénaires en Afrique du Nord et au Proche-Orient qui n’étaient pas des colons mais qui ont servi de boucs émissaires aux régimes nationalistes bourgeois arabes. Le sionisme a aussi facilité l’antisémitisme nauséabond des islamistes partout dans le monde.

Israël a été fondé avec l’aide des puissances impérialistes occidentales (qui ont recyclé les anciens nazis) et la complicité de la bureaucratie de l’URSS. Il a mené des guerres contre tous ses voisins. Il a bénéficié de l’aide de l’impérialisme français pour se doter de l’arme nucléaire. Il a collaboré avec le régime d’apartheid d’Afrique du Sud, avec la contre-révolution en Amérique latine, etc.

La fin de l’oppression nationale dont sont victimes les Arabes palestiniens passe par la destruction de l’État d’Israël, raciste, belliciste et colonialiste, instrument de l’impérialisme occidental en Asie de l’ouest. Contre toutes les bourgeoisies (américaine, hébreue, arabe, turque, perse…), la mobilisation des travailleurs à Jérusalem, en Cisjordanie, à Gaza, en Israël, en Jordanie, en Turquie, en Égypte, en Tunisie… permettra d’instaurer une Palestine laïque et multiethnique sur tout le territoire de la Palestine, dans laquelle pourront vivre ensemble Arabes et Juifs, musulmans, israélites, chrétiens et athées. Jérusalem, avec ses traditions multiculturelles serait probablement la capitale de cet État des travailleurs. Une telle Palestine ne serait viable que par l’extension de la révolution, l’abolition des frontières héritées de la colonisation et l’instauration de la fédération socialiste du Levant.

À la fin du XXe siècle, des organisations révolutionnaires ont défendu courageusement une perspective de ce type en Israël (ex-Matzpen) ou dans les camps palestiniens (ex-FDPLP). À l’opposé, la bourgeoisie palestinienne, qu’elle soit panarabe (Fatah) ou islamiste (Hamas), ne peut libérer la Palestine parce qu’elle a toujours préféré la collaboration avec les États bourgeois voisins à la mobilisation des travailleurs des villes et des campagnes qui aurait débouché sur la mise en cause de la propriété privée. La bourgeoisie nationale, en prêchant l’unité trompeuse de tous les Arabes ou de tous les musulmans, s’est révélée incapable de s’adresser à la classe ouvrière de toute la région.

La classe ouvrière, ralliant les paysans et les étudiants, est la force sociale qui est capable de liquider la colonisation sioniste et la domination impérialiste, d’émanciper les jeunes et les femmes, de donner la terre aux paysans, la formation à la jeunesse, l’emploi à tous et d’assurer le développement économique.

22 décembre 2017

Collectif révolution permanente

Patronsuz Dünya / Turquie