ABC du marxisme : l’internationalisme

En 1914, le PS-SFIO et la direction de la CGT bradèrent les intérêts de la classe ouvrière en soutenant la guerre de leur bourgeoisie impérialiste. En 1934, le PC, fondé contre cette trahison, succomba à son tour au patriotisme. En 1944, le PS-SFIO et le PCF fournirent des ministres au général De Gaulle pour reconstruire l’État bourgeois, le capitalisme national et l’empire colonial. En 1956, le PS-SFIO et le PCF votèrent « les pouvoirs spéciaux » qui avalisèrent la guerre contre les Algériens et la torture de masse (à laquelle participa Le Pen père). En 1980, le PCF mena campagne pour « produire français » et rasa un foyer de travailleurs immigrés. Les bureaucraties syndicales de la CGT et de FO, plus leurs adjoints du PCF, du PdG, du POID, du PRCF… proclamèrent que le référendum français de 2005 ou le britannique de 2016 constituaient des victoires pour la classe ouvrière. En 2017, Mélenchon entonne La Marseillaise, agite le drapeau tricolore, prône le protectionnisme et le retour au franc, préfère que les migrants restent chez eux. Toutes ces positions tournent le dos à l’internationalisme prolétarien.

Le capitalisme a eu le mérite de mettre en relation l’humanité entière

Les êtres humains se sont toujours déplacés. L’art, la science et la technique n’ont jamais été étroitement locaux. Le capitalisme est né des échanges internationaux du 16e au 18e siècle, par le pillage des colonies et le « commerce triangulaire » basé sur la colonisation du continent américain et le trafic d’esclaves africains. À partir de la révolution industrielle, les échanges internationaux s’intensifièrent, les puissances industrielles (en premier lieu la Grande-Bretagne) important leurs matières premières des pays moins industrialisés, en particulier de leurs colonies, et exportant leurs produits finis vers ces pays. Actuellement, s’est établie dans le monde une division internationale du travail, chaque pays ayant ses spécialités minières, manufacturières ou agricoles. Les monnaies doivent être échangées. Tout produit complexe implique la collaboration économique de plusieurs pays. Le téléphone et Internet reposent sur des réseaux internationaux. Les besoins, sur cette base, se sont développés, laissant entrevoir ce que pourrait devenir l’humanité débarrassée de l’exploitation et de l’inégalité.

Certes, les bourgeoisies du 17e au 19e siècle se sont révélées capables d’unifier des grandes villes et des petits États dans des structures étatiques plus larges (Suisse, Pays-Bas, États-Unis, Allemagne, Italie, Belgique…). Certes, les économies nationales sont plus interdépendantes que jamais : exportations, importations, présence de filiales de groupes étrangers, croissance à l’étranger des grandes entreprises nationales… Certes, après la 2e Guerre mondiale, les principales bourgeoisies se sont accordées pour mettre en place diverses institutions pour tenter de réguler leurs relations politiques (ONU) et économiques (BRI, BM, FMI, OMC…). Malgré cela, elles restent fatalement divisées entre leurs divers États, elles sont incapables de faire dépérir les frontières (même dans l’Europe très morcelée) et elles finissent toujours par s’entre-déchirer. Cela a produit les deux guerres mondiales, l’éclatement de plusieurs États (la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, l’Irak, de l’Ukraine, la Syrie, le Soudan…), la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, les tensions entre les États-Unis et la Russie ou la Chine, la montée du militarisme.

La classe ouvrière est par essence internationale

Contrairement à ce que proclament les sociaux-chauvins, adeptes des devises « mon pays avant tout » et « chacun maître chez soi », le mouvement ouvrier a une origine internationale et toutes ses grandes évolutions et scissions ont pour origine des grandes questions mondiales.

Plus de 65 millions de personnes (la taille de toute la population française) ont dû fuir leur foyer, dont 22 millions se sont réfugié à l’étranger. De chaque pays, des jeunes vont étudier ailleurs et des salariés gagner leur vie ailleurs (par exemple, 3,5 millions de Français vivent à l’étranger, dont la plupart sont des salariés) ; dans tout pays, la classe ouvrière a une composante de nationalité étrangère (ainsi, 5,8 millions d’étrangers vivent en France, dont la majorité sont des salariés).

Dès le début du mouvement ouvrier, sa lutte, ses succès et ses échecs ont pris un caractère international. Par exemple, la grève générale de 1968 en France a inspiré toute l’Europe et au-delà. Inversement, le rétablissement du capitalisme en Russie et en Chine en 1992 a renforcé la bourgeoisie mondiale au plan économique et idéologique. Entretemps, la guerre étasunienne contre la révolution vietnamienne a stimulé, après le consensus anticommuniste et patriotique du départ, les luttes des Noirs et des étudiants menacés de conscription. Celles-ci ont fait renaître le mouvement révolutionnaire aux États-Unis et ont contribué à la première défaite militaire de l’impérialisme hégémonique en 1975, laissant derrière lui une Indochine ravagée.

Le « marxisme » est l’expression consciente de la lutte de classe des travailleurs salariés du monde entier. Au milieu du 19e siècle, Engels et Marx firent leur apprentissage politique au contact du chartisme britannique pour l’un, du socialisme français pour l’autre. Ils rejoignirent en 1847 une petite organisation internationale, la Ligue des communistes. Puis Marx réussit en 1864 à fédérer presque toutes les organisations ouvrières d’Europe et d’Amérique du Nord dans l’Association internationale des travailleurs au sein de laquelle il lutta contre l’idéologie réactionnaire de Proudhon, la fraction secrète et la ligne aventuriste de Bakounine, défendit les grèves et les syndicats, l’émancipation des femmes, l’indépendance de la Pologne et de l’Irlande, l’émancipation des esclaves aux États-Unis, tira les enseignements de la Commune de Paris, etc.

En 1889, l’Internationale ouvrière, fondée par le vieil Engels et une jeune équipe internationale (Adler, Bernstein, Guesde, Kautsky, Labriola, Lafargue, Plekhanov, Turati…), œuvra à la construction de partis ouvriers dans de nombreux pays contre tous les partis bourgeois et aussi contre les courants petits-bourgeois (anarchistes, populistes…). L’Internationale ouvrière fut le théâtre de combats politiques des internationalistes contre le protectionnisme, la confiance dans l’État bourgeois, la participation à des gouvernements dans le cadre du capitalisme, le colonialisme… C’est dans son cadre que furent élaborées les premières théories de l’impérialisme (Hilferding, Luxemburg…) et de la révolution permanente (Parvus, Trotsky…). Luxemburg et Lénine participèrent à la direction de l’IO (au titre respectivement de la SDKP de Pologne et du POSDR de Russie). L’Internationale unifia les différents courants du socialisme français et fut la matrice du Parti bolchevik.

Après la trahison de la majorité des partis socialistes, qui se rangèrent du côté de leur bourgeoisie dans la guerre inter-impérialiste en 1914, la Gauche de Zimmerwald (autour de Lénine, Radek et Zinoviev) posa dès 1915 les jalons d’une nouvelle internationale. L’Internationale communiste prit son essor en 1919 grâce à l’impact mondial de la révolution russe, créant des partis ouvriers révolutionnaires dans le monde entier contre le colonialisme et le capitalisme, pour la destruction des États bourgeois et pour le socialisme mondial.

Après l’adoption du « socialisme dans un seul pays » en 1924 par la bureaucratie de l’URSS et la division systématique des rangs ouvriers en Allemagne par la 3e Internationale stalinisée qui permit la victoire des nazis en Allemagne en 1933, suivie de la politique de « Front populaire » avec la bourgeoisie à partir de 1935, les bolcheviks-léninistes autour de Trotsky fondèrent la 4e Internationale. Celle-ci ne trouva pas la voie des masses et fut détruite après la 2e Guerre mondiale sous la pression du stalinisme mondial qui était à son apogée : les bureaucraties usurpatrices et privilégiées régnaient sur une grande partie de l’Europe et de l’Asie où le capital avait été exproprié ; dans les pays capitalistes, le stalinisme dominait le mouvement ouvrier en Indonésie, en Inde, au Vietnam, en Italie, en France, en Grèce, au Japon, en Espagne, en Bolivie…

L’organisation internationale est le cadre impératif de l’internationalisme

Pour vaincre, la classe ouvrière doit rompre avec toute la bourgeoisie, y inclus les fractions qui, dans les pays dominés, font mine un temps de s’opposer à l’impérialisme, a fortiori avec son organisation internationale (ONU) qui est sous le contrôle des puissances impérialistes surarmées (américaine, britannique, chinoise, française et russe).

Le prolétariat ne peut utiliser les vieilles directions sociales-patriotes, politiques et syndicales, qui ont de façon répétée montré leur traîtrise. Il ne peut se fier à la soi-disant « extrême-gauche » qui se subordonne périodiquement à des fractions de la bourgeoisie et en permanence aux agents de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier, refuse de se prononcer pour le gouvernement ouvrier et la destruction de l’État bourgeois, de combattre pratiquement pour la révolution socialiste mondiale.

Sans un cadre international, aussi réduit soit-il au départ, il n’y pas d’internationalisme réel, ni d’orientation juste possible dans un quelconque pays. Les travailleuses et les travailleurs ont besoin d’une internationale ouvrière, démocratique et révolutionnaire. C’est à cette tâche que s’attèle le Collectif révolution permanente dans la lignée de la Ligue des communistes (1847-1850), l’Alliance internationale des travailleurs (1864-1876), l’Internationale ouvrière (1889-1914), la Gauche de Zimmerwald (1915-1919), l’Internationale communiste (1919-1923), l’Opposition de gauche internationale de l’IC (1928-1933), la 4e Internationale (1933-1953).