Québec Solidaire, un piège pour la classe ouvrière

Le parti Québec Solidaire (QS), qui résulte depuis maintenant douze ans de la fusion de sociaux-démocrates, de staliniens et de nationalistes petits-bourgeois, suscite un certain engouement dans une frange de la classe ouvrière et de la petite bourgeoise québécoises. Il a obtenu 7,6 % des voix au Québec lors des élections d’avril 2014.

Ce succès a rallié la plupart des courants prétendument trotskystes qui cherchent éperdument un substitut à la classe ouvrière et à la difficile construction de son parti mondial de la révolution socialiste :

  • Gauche Socialiste (rattachée au secrétariat unifié de la « 4e Internationale » constitué en 1963 par Mandel, Hansen et Moreno),
  • Socialisme International (rattaché à la Tendance Socialiste Internationale fondée par Cliff dans les années 1990),
  • Alternative Socialiste (rattachée au Comité pour une Internationale Ouvrière fondé en 1973 par Grant),
  • La Riposte Socialiste (rattachée à la Tendance Marxiste Internationale fondée en 2006 par Grant).

Ils ont été autorisés, comme les défenseurs des droits des animaux, à former des « collectifs » à l’intérieur du parti.

QS se présente comme une alternative aux partis de la bourgeoisie au Québec, c’est-à-dire le Parti Libéral, le Parti Québécois et la Coalition Avenir Québec. Mais est-ce vraiment le cas ? C’est ce que nous allons examiner.

Québec Solidaire se situe sur les plans idéologique et programmatique dans le courant de la « nouvelle gauche post-soviétique », qui ne se réclame pas du socialisme et qui craint comme la peste d’être associée non seulement au stalinisme et à l’ancien État ouvrier dégénéré mais à tout ce qui évoquerait le bolchevisme, les soviets et la révolution russe, c’est-à-dire le seul cas de prise de pouvoir par la classe ouvrière à l’échelle de tout un pays.

« Humaniser » l’exploitation ?

Le capitalisme est caractérisé par le fait que l’égalité juridique est une fiction tant que la majorité des humains est obligée de vendre sa force de travail à une minorité qui détient les moyens de production. Or, le programme économique de QS prétend « humaniser le travail » (p. 15), « rééquilibrer » la relation « entre employés et employeurs » (p. 18), sans remettre en cause le fait qu’il y ait des « employeurs » et des « employés ».

Pour faire contrepoids à cette domination patronale, il est essentiel de revoir et d’étendre les droits syndicaux des salarié-es. (QS, Pour une économie solidaire, écologique et démocratique, novembre 2009–mai 2016, p. 18)

QS pérennise l’exploitation capitaliste. La hausse du salaire minimum à 15$/heure est endossée par QS. Nous avons traité de cette revendication à courte vue dans un article précédent (1).

Le plein emploi fait partie des objectifs affichés par de QS, mais le Parti Libéral, le Parti Québécois, le Parti Conservateur ne sont pas non plus avares de promesses sur l’emploi.

Mais QS se distingue des partis bourgeois en avançant le moyen la réduction de la semaine de travail à 35 heures et ensuite 32 heures sans perte de salaire. Au Canada comme ailleurs, la classe ouvrière a en effet lutté, dès son apparition, pour limiter le temps de travail, même si ce n’était pas pour supprimer le chômage.

L’un des enjeux principaux des batailles livrées par les premiers syndicats canadiens est la réduction de la journée de travail. En 1833, le syndicat des charpentiers de Montréal mène une bataille victorieuse pour la diminution du nombre d’heures de 12 à 10. (Gill, L’Économie capitaliste, t. 1, 1976, ch. 4)

Reste que ce genre de promesse est généralement oublié quand le parti « progressiste », comme se qualifie QS, accède du pouvoir, seul ou en coalition.

Et il n’y a aucune raison, du point de vue de la classe ouvrière, de limiter à 35 heures a priori. Le plein emploi est une revendication complètement utopique et irréalisable dans le cadre du système capitaliste. En effet, le capitalisme engendre une réserve permanente de chômeurs et de chômeuses qui sert à exercer une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail.

L’excès de travail imposé à la fraction de la classe salariée qui se trouve en service actif grossit les rangs de la réserve, et, en augmentant la pression que la concurrence de la dernière exerce sur la première, force celle-ci à subir plus docilement les ordres du capital. (Marx, Le Capital, I, 1867, ch. 23)

L’armée de réserve constitue avant tout un phénomène mondial. La majorité des chômeurs se trouve dans les pays dominés. Pourtant, même dans un pays impérialiste comme le Canada, malgré la reprise en cours, plus de 1,1 million de travailleurs (5,8 % de la population active) sont officiellement au chômage.

D’où la revendication transitoire de l’échelle mobile des heures de travail jusqu’à disparition du chômage comme le posait correctement le Programme de transition adopté par la Quatrième Internationale en 1938 (2). Elle pose le problème du renversement de la bourgeoisie et de la formation d’un gouvernement ouvrier.

Certes, QS défend les libertés démocratiques, accepte les réfugiés (qui devront apprendre le français), met de l’avant les luttes féministes ou LGBT et veut préserver l’environnement. Toutes ces choses sont louables mais c’est aussi le cas des Grünen d’Allemagne ou d’EELV de France dont la participation aux gouvernements n’a pas changé la société. Même le parti bourgeois au pouvoir au Canada est capable de concessions dans ce domaine.

Nous veillerons à ce que les droits des personnes transgenres* soient reconnus en tant que droits de la personne et soient pleinement protégés. (Parti Libéral, Plate-forme Changer ensemble, juin 2015)

Les communistes internationalistes défendent les droits des femmes et des minorités, mais à travers la centralité de la classe ouvrière et non dans une perspective communautariste. Sans révolution sociale, tout progrès est lent, incomplet et fragile. Rappelons que la révolution d’Octobre a plus fait pour l’émancipation des femmes et pour la dépénalisation de l’homosexualité que tous les libéraux (« progressistes », dirait QS) bourgeois et petits-bourgeois du monde, malgré l’arriération économique et culturelle de la Russie et même des pays démocratiques d’alors.

Maintenir « l’économie privée » ?

Vous ne trouverez aucune référence au socialisme et à l’économie planifiée dans le programme de QS (3). Il est question d’économie participative dans le programme de QS, sans vraiment spécifier ce que ce terme vague et ambigu signifie réellement. On parle d’une « économie solidaire et démocratique » comme alternative aux « élites économiques » et aux vilains « ténors du néolibéralisme », terme à la mode chez les intellectuels petits-bourgeois et les partis « réformistes » qui ne veulent pas remettre en question le système capitaliste à sa racine (la propriété privée des moyens de production, l’exploitation, la valeur).

Nous proposons une économie plurielle. (QS, Pour une économie solidaire, écologique et démocratique, p. 5)

Québec solidaire propose de sortir du modèle économique dual (privé-public) pour adopter un modèle quadripartite : une économie sociale composée d’entreprises à finalité sociale et à but non lucratif… ; une économie domestique essentielle qui repose sur les services rendus dans la famille… ; une économie publique, étatique et paraétatique, dont le rôle social doit être revalorisé… ; une économie privée composée d’entreprises dont le but est de produire et de vendre des produits et des services. (p. 6)

Il est proposé de construire à côté des groupes privés une économie publique forte avec la nationalisation de grandes entreprises stratégiques, de développer aussi une économie sociale avec le secteur communautaire et les coopératives et, bien sûr, de laisser une certaine place aux PME (petites et moyennes entreprises) censées être plus humaines et moins cupides que le grand capital !

Il n’est pas non plus mentionné si les nationalisations seraient effectuées avec ou sans indemnisations, ce qui n’est pas un petit détail. Les capitalistes doivent être expropriés et non dédommagés pour tous les dégâts qu’ils nous ont fait subir.

Des banques sans spéculation ?

Il n’est même pas exigé de nationaliser toutes les banques. La création d’une banque d’État est envisagée à côté des banques privées (p. 8) et en acceptant le maintien d’un marché bancaire puisque la banque de l’État serait mise en concurrence avec les banques privées.

Afin de concurrencer les banques privées et ainsi fournir des services de proximité et abordables pour la population, il est proposé d’instituer une banque d’État, soit par la création d’une nouvelle institution, soit par la nationalisation partielle du système bancaire. (QS, Pour une économie solidaire, écologique et démocratique, p. 8)

L’aspect le plus absurde est la prétention de QS d’interdire aux banques privées toute spéculation.

Réglementer le système banquier afin que la spéculation, notamment sur les devises, soit interdite. (p. 8)

En même temps, QS réclame la « maîtrise de sa politique monétaire » (Un pays démocratique et pluriel, p. 5). Si le Québec indépendant garde le dollar canadien, la politique monétaire restera aux mains de la Bank of Canada. Sinon, la création d’une nouvelle monnaie reposant sur la seule économie québécoise au lieu de l’économie de tout le Canada augmentera les incertitudes de change et donc la spéculation sur les devises.

Même si les banques privées étaient interdites de spéculer sur les devises, cela ne mettrait pas fin à la spéculation sur les marchés de change où interviennent d’autres sociétés financières (dont les fonds spéculatifs ou hedge funds) et nombre de multinationales. Même les groupes capitalistes du commerce et de l’industrie spéculent, c’est-à-dire tentent de gagner plus d’argent en pariant sur la hausse (ou la baisse) d’un actif sur un marché qu’ils connaissent, voire influencent. Même les banques étatisées spéculent. Si une banque est privée, elle vise le profit. Si elle vise le profit, comment peut-elle perdre une occasion d’en faire sur les taux de change des devises, le cours des matières premières, le rendement des obligations, le cours des actions ou les multiples produits financiers dérivés ? Une banque québécoise devra-t-elle refuser de créer tout produit financier dérivé si une entreprise non financière lui demande, pour éviter le risque de change, un contrat à terme sur devise ou une option sur devise ?

Quant aux capitaux des banques, l’auteur les divise en capitaux à placement « productif » (dans l’industrie et le commerce) et capitaux de « spéculation » (consacrés aux opérations boursières et financières), estimant, du point de vue réformiste petit-bourgeois qui lui est propre qu’on peut en régime capitaliste distinguer entre ces deux genres de placements et éliminer le dernier. (Lénine, L’Impérialisme, 1916, ch. 3)

On ne peut pas plus prendre au sérieux un parti dont le programme est de priver les banques de toute spéculation que quelqu’un qui voudrait obliger les lions à se nourrir de légumes.

Des « biens communs » coexistant avec le grand capital ?

De même, QS prône l’harmonie entre les classes sociales au nom du « bien commun ». On croirait lire la doctrine sociale de l’Église catholique qui a été très présente dans l’histoire du Québec au siècle dernier, étant donné notre passé clérical. L’influence du catholicisme social se fait sentir dans les groupes communautaires, dont QS est proche idéologiquement, car ceux-ci font appel à la « compassion » des gouvernants envers les gouvernés et ils reçoivent des subventions de l’Église catholique.  Le « bien commun » est la tarte à la crème de tous les néo-réformistes, de ceux qui sont allés au gouvernement dans le cadre du capitalisme comme Syriza en Grèce et le PRC en Italie en passant par ceux qui font encore illusion comme Podemos en Espagne ou le NPA et LFI en France, mais il a rarement été employé dans un sens aussi vague.

Le bien commun réside dans la sécurité économique de chaque personne… Le bien commun réside aussi dans la production et le partage collectifs de la richesse. (QS, Pour une économie solidaire, écologique et démocratique, p. 5)

Quand il lui arrive, une seule fois, d’être plus précis, c’est pour adopter une variante de l’économie dominante (Ostrom, Rifkin, Bauwens…) : il y aurait des biens dont la nature est d’être appropriés, privés, et d’autres non.

L’eau douce, qu’elle soit de surface ou souterraine, doit être considérée comme un bien commun non-marchand accessible à tous. (QS, Pour une économie solidaire, écologique et démocratique, p. 13)

Pourquoi se limiter à l’eau ? Et quels sont les biens qui doivent rester privatifs, marchands ? Pour notre part, nous pensons que toutes les ressources naturelles et les principaux moyens de production que l’humanité a créés relèvent de la collectivisation et de la socialisation.

La Commune entendait abolir cette propriété de classe, qui fait du travail du grand nombre la richesse de quelques-uns. Elle visait à l’expropriation des expropriateurs. Elle voulait faire de la propriété individuelle une réalité, en transformant les moyens de production, la terre et le capital, aujourd’hui essentiellement moyens d’asservissement et d’exploitation du travail, en simples instruments d’un travail libre et associé. (Marx, La Guerre civile en France, 1871, ch. 3)

Il y a trois références également à l’autogestion (p. 5, p. 7) alors que ce concept a tout été dénaturé que celui de socialisme par la bourgeoisie algérienne naissante sous la direction de Ben Bella et par la bureaucratie yougoslave sous le règne de Tito. En fait, la « démocratie participative » sera, au mieux, la « cogestion » allemande, scandinave ou étasunienne où les bureaucrates syndicaux corrompus sont les partenaires mineurs du grand capital.

La population sera appelée en permanence à débattre et décider des enjeux qui la concernent et ce, à tous les niveaux, de l’entreprise à l’État, du quartier à la région. (QS, Un pays démocratique et pluriel, novembre 2009–mai 2016, p. 10)

Si les travailleurs ne dirigent pas eux-mêmes le pays et n’ont pas pris leur pouvoir après avoir détruit l’État bourgeois, l’autogestion devient un leurre et même les divise entre eux. En effet, il est parfaitement illusoire de parler de gestion d’entreprises par les travailleurs et les travailleuses, alors qu’ils restent désarmés et dépossédé-es du contrôle de l’ensemble de l’économie et que l’État bourgeois perdure.

Comme l’ont montré la révolution russe de 1917, la révolution allemande de 1918, la révolution espagnole de 1936 et la révolution portugaise de 1974, les initiatives des exploités, le contrôle de l’usine, l’expropriation des terres… soit débouchent sur la prise du pouvoir par les exploités pour les garantir, soit sont combattues pied à pied par les exploiteurs puis annihilées par l’appareil répressif de l’État.

Pour convertir la production sociale en un large et harmonieux système de travail coopératif, il faut des changements sociaux généraux, changements dans les conditions générales de la société qui ne peuvent être réalisés que par le moyen de la puissance organisée de la société – le pouvoir d’État arraché des mains des capitalistes et des propriétaires fonciers, et transféré aux mains des producteurs eux-mêmes. (Marx, Instructions pour les délégués du conseil central de l’AIT, septembre 1866, point 5)

La division accentuée du prolétariat

Sur le plan de la question nationale, le programme politique de QS prône l’indépendance du Québec et la mise en place d’une assemblée constituante pour favoriser le processus d’accession à l’indépendance et la réalisation de la souveraineté dite populaire (4).

Aucune travailleuse consciente, aucun travailleur consciente ne peut croire que l’usage d’une langue, quelle qu’elle soit, est une garantie de démocratie, contrairement à ce qu’affirme sans rire QS.

La langue n’est pas seulement l’expression d’une culture mais aussi l’instrument d’un projet démocratique. (QS, Un pays démocratique et pluriel, p. 15)

La langue française a été celle de Molière, Voltaire, Hugo et Rimbaud mais aussi celle de Bossuet, Gobineau, Barrès et Céline ; celle de Robespierre, de Babeuf et de Lafargue mais aussi celle de Thiers, de Pétain et de Massu ; celle de Toussaint-Louverture mais aussi de Mobutu.

L’assemblée constituante, présentée comme « un acte démocratique par excellence » (programme politique, p. 8), est très étrange pour le Québec et le Canada, qui ne sont plus depuis longtemps des colonies, qui ont réalisé pour l’essentiel les tâches démocratiques bourgeoises et où les travailleurs des deux sexes ont obtenue depuis longtemps les libertés démocratiques dont ils ont besoin. Le Canada est bien sûr officiellement une monarchie constitutionnelle dont le chef d’État est théoriquement la reine d’Angleterre. Cette dernière est représentée par un gouverneur général grassement payé aux frais de la classe ouvrière et par un lieutenant-gouverneur dans chaque province. Ce sont des résidus monarchiques qu’il faut éliminer résolument, mais l’instauration d’une république bourgeoise et l’adoption d’une nouvelle constitution ne sont pas une solution pour la classe ouvrière. Ce type de mesure ne vise qu’à replâtrer et à réaménager la démocratie bourgeoise dans un sens moins défavorable aux travailleurs et aux travailleuses. En outre, la création d’une frontière entre le Québec et le Canada risque de se révéler bien plus coûteuse  pour les masses du Québec que l’entretien des parasites de la monarchie anglaise.

La stratégie d’assemblée constituante se ramène à la séparation du Québec et à la collaboration qu’implique entre les classes du nouvel État.

Afin de permettre au peuple québécois d’exercer sa souveraineté populaire, QS s’engage à enclencher, dès son arrivée au pouvoir, une démarche d’Assemblée constituante… Le mode de scrutin assurera la représentation proportionnelle des tendances et des différents milieux socio-économiques présents au sein de la société québécoise. (QS, Un pays démocratique et pluriel, p. 6)

Les travailleurs conscients du Canada sont résolument opposés à l’État bourgeois canadien et n’ont aucune raison de préconiser le maintien du fédéralisme actuel. Pour l’unité de tous les prolétaires, ils défendent le droit du Québec et des nations autochtones à l’autodétermination, jusqu’à et y compris la sécession, contre toute tentative de l’État canadien de les garder de force dans le Canada.

Pour les mêmes raisons, les travailleurs conscients ne préconisent pas, à l’encontre de QS, la séparation. QS prétend stupidement que l’indépendance économique se décide et qu’elle suit naturellement l’indépendance politique.

Le Québec souverain pourra refuser la domination économique. (QS, Un pays démocratique et pluriel, p. 5)

Mais l’indépendance politique du Québec aboutirait à un petit État supplémentaire qui resterait dans l’orbite de l’impérialisme canadien ou tomberait dans celle de l’impérialisme étatsunien ou français.

Il est question d’une « politique migratoire » parmi les attributs de la souveraineté (p. 5), ce qui revient toujours à diviser les travailleurs et à créer une couche de migrants illégaux surexploités. Pour avoir les droits politiques, les migrants légaux devront, eux, attendre au moins deux ans (p. 10).

Malgré toutes ses précautions et contorsions langagières, QS infligerait aux anglophones et aux nations autochtones l’éclatement entre deux États et leur imposerait le corset de son assemblée constituante.

L’Assemblé nationale invitera les nations autochtones à se joindre à cet exercice démocratique par les moyens qu’elles décideront, y compris, si c’est leur volonté, en leur accordant une place importante dans le cadre même de l’Assemblée constituante. (QS, Un pays démocratique et pluriel, p. 6)

Ce qui vaut pour la « nation québécoise » ne vaut pas pour les descendants des peuples victimes de la colonisation anglaise et française puisque QS ne reconnait jamais clairement leur droit de se séparer.

La nécessaire cohabitation sur un même territoire de peuples souverains. (QS, Un pays démocratique et pluriel, p. 9)

Un processus de co-inclusion continu et réciproque fondé sur des rapports égalitaires, reconnaissant les Première nations. (p. 15)

Pour une police québécoise, pour les interventions militaires de l’ONU ?

QS, nous l’avons vu, prétend que des nationalisations partielles, dans le cadre d’un petit État supplémentaire, apporteraient les plus grands bienfaits aux peuples du Québec (Français, Anglais, peuples premiers, immigrés).

D’autres parties de son programme confirment qu’il défend l’appareil répressif de l’État bourgeois, que ce soit dans la province ou à l’échelle internationale.

QS écarte la revendication démocratique élémentaire de la milice, de l’armement du peuple.

Nous proposons l’armement universel du peuple et son instruction complète dans le maniement des armes. (Marx, Instructions pour les délégués du conseil central de l’AIT, septembre 1866, point 10)

Les mots d’ordre d’esprit démocratique conséquent (république, milice, élection des fonctionnaires par le peuple, etc.) unissent le prolétariat, les masses laborieuses… (Lénine, Thèses sur la question nationale, juin 1913, thèse 7)

Par contre, il sème des illusions sur la police bourgeoise.

Un gouvernement solidaire accordera une importance particulière à la promotion et à la réalisation de la mission première de la police, à savoir : protéger les personnes et l’exercice de leurs droits et libertés… qui garantira la confiance des citoyennes et citoyens à l’endroit de l’institution. (QS, Bâtir ensemble un Québec solidaire, mai 2017, p. 7)

De même, si QS veut sortir de l’OTAN et bavarde sur la paix, mais il est prêt à soutenir les interventions militaires des grandes puissances, si elles sont approuvées par l’ONU.

Un Québec indépendant, un gouvernement solidaire… exclura la participation aux instances internationales contribuant au militarisme et à l’interventionnisme sans mandat de l’ONU. (QS, Bâtir ensemble un Québec solidaire, p. 31)

Autrement dit, l’agression impérialiste dont l’armée canadienne de 1950 contre la révolution chinoise et coréenne était une intervention légitime, car approuvée par l’ONU (résolutions 83, 84). De même, l’invasion avec l’armée canadienne de l’Irak en 1990-1991 (résolutions 665, 678) et les bombardements de la Serbie en 1998-1999 avec l’armée canadienne (résolution 1199).

Un recyclage de réformisme et de nationalisme

De tout ce qui précède, la nature de QS est d’être un parti petit-bourgeois démocratique. Il est proche de La France Insoumise, un parti politique français bâti autour d’un chef suprême (le vieux politicien issu du Parti Socialiste Jean-Luc Mélenchon) (5), avec qui il entretient des relations fraternelles. Les deux partis ont une ligne politique nationaliste, populiste et protectionniste, totalement éloignée de toute perspective socialiste et internationaliste.

Comme LFI tente de prendre la place des partis de masse sociaux-impérialistes français (PS et PCF), QS tente de constituer un parti ouvrier bourgeois électoral, qui n’a jamais véritablement existé au Québec, le nationalisme bourgeois ayant en quelque sorte volé sa place. QS tente de rivaliser sur sa gauche avec celui-ci en tablant sur le discrédit du Parti Québécois (PQ) qui a montré au gouvernement (1976-2014) son incapacité à obtenir l’indépendance et son caractère anti-ouvrier, comme les partis nationalistes bourgeois CDC-PDeCat et ERC en Catalogne (1980-2003, 2010-2017).

Tout le verbiage de QS aboutit à subordonner politiquement les travailleurs francophones à la fraction québécoise des capitalistes.

Québec solidaire visera graduellement à construire une alliance démocratique, sociale et nationale pour regrouper l’ensemble des forces syndicales, populaires, féministes, étudiantes, écologistes et les partis souverainistes autour de la reconnaissance de la souveraineté populaire qui se concrétise par l’élection d’une Assemblée constituante. (QS, Un pays démocratique et pluriel, p. 7)

Selon QS, les organisations des exploités et des opprimés doivent se ranger sous les ordres des partis d’autres classes (les souverainistes QS et le PQ bourgeois). Elles doivent adopter un objectif qui leur est étranger (la séparation du Québec du Canada). Or, la première condition de la lutte de classe est l’indépendance de ses organisations, syndicats inclus, vis-à-vis de la bourgeoisie, de ses partis, de son État.

Le nationalisme bourgeois promu par le Parti Québécois et sa variante petite-bourgeoise promue par Québec Solidaire sont une source de division pour la classe ouvrière du Québec. La majorité francophone de la province ne doit pas succomber aux sirènes chauvines du séparatisme. La classe ouvrière canadienne-anglaise, de son côté, doit combattre résolument le chauvinisme anglo-canadien et l’État fédéral canadien. Nous sommes bien loin des bavardages creux de QS sur l’assemblée constituante et des avantages illusoires que procurerait l’indépendance !

QS fait passer l’État comme neutre, au-dessus des intérêts de classe. On peut mesurer sur ce sujet comme tous les autres la profondeur des illusions de QS envers l’État bourgeois, qui pourrait devenir, à condition qu’il soit « québécois », un instrument pour défendre la classe ouvrière et les opprimés.

Sa stratégie politique est purement et platement électoraliste avec le slogan creux « parti de la rue et des urnes », mais en fait surtout parti des urnes. Même s’il se présente à l’occasion comme le parti des travailleurs et des travailleuses du Québec, QS n’a strictement rien à voir avec la défense des intérêts prolétariens. Il sert la bourgeoisie.

Les marxistes internationalistes sont pour une lutte de classe unifiée à travers tout le Canada contre la bourgeoisie impérialiste canadienne et pour y arriver nous travaillons à la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire pancanadien et multinational. La solution ultime aux problèmes nationaux réside en la création d’une fédération socialiste nord-américaine avec la reconnaissance pleine et entière des différentes nations qui la composeront, dont le Québec et les Premières Nations. Seule une telle fédération permettra l’épanouissement de la langue française et de la culture québécoise.

Il n’y a pas de substitut à la création d’un parti prolétarien révolutionnaire et internationaliste au Québec et dans tout le Canada, en tant que section d’une internationale ouvrière révolutionnaire basée sur le marxisme. Ce qui n’exclut pas des tactiques de front unique ouvrier sur des questions ponctuelles, mais en maintenant fermement les positions programmatiques et de principes.

Le prolétariat ne peut donner son soutien à aucune consécration du nationalisme; au contraire, il soutient tout ce qui aide à effacer les distinctions nationales et à faire tomber les barrières nationales, tout ce qui rend la liaison entre nationalités de plus en plus étroite, tout ce qui mène à la fusion des nations. Agir autrement, c’est se ranger aux côtés de la petite bourgeoisie nationaliste réactionnaire. (Lénine, Notes critiques sur la question nationale, décembre 1913, ch. 4)

30 avril 2018

Philippe Valois

(1)   http://groupemarxiste.info/2017/12/27/canada-la-politique-opportuniste-de-sa-au-quebec/

(2)   http://groupemarxiste.info/cahiers-revolution-communiste/

(3)   https://api-wp.quebecsolidaire.net/wp-content/uploads/2016/01/programme-eco-solidaire.pdf

(4)   https://api-wp.quebecsolidaire.net/wp-content/uploads/2016/01/resultats-enjeu-1-2017-09.pdf

(5)   https://www.delitfrancais.com/2017/03/28/montreal-et-melenchon/,

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1028133/jean-luc-melenchon-le-candidat-insoumis