Macron poursuit son offensive grâce aux directions syndicales

Coup sur coup

En un an, la présidence Macron, la majorité LREM à l’Assemblée et le gouvernement Philippe ont porté des coups à la classe ouvrière et aux libertés : ordonnances contre le droit du travail, budget d’austérité, intégration de l’état d’urgence à la loi, persécution des migrants, fiscalité amicale pour les « entrepreneurs », augmentation de la CSG, renforcement de l’appareil répressif, gel des salaires des fonctionnaires, encadrement des chômeurs, financement du lancement d’entreprises par l’UNEDIC…

Le 26 mars, le gouvernement (par le biais de la ministre du travail Pénicaud) a autorisé le licenciement pour « faute grave » de Gaël Quirante, responsable syndical SUD des Hauts de Seine, demandé depuis 2010 par le groupe La Poste et jusqu’alors refusé par l’inspection du travail.

Ces reculs et ces défaites ont été infligés en comptant sur la complaisance des directions syndicales qui ont accepté de discuter de toutes les attaques, des partis « réformistes » (LFI, PCF…) qui avalisent la légitimité du gouvernement et des organisations semi-réformistes (LO, NPA, POID, AL…) qui soutiennent les bureaucrates syndicaux et accusent les travailleurs de léthargie et d’inertie.

Autant de victoires, selon Macron et Philippe, qui en appellent d’autres. Ils ont mis en chantier une offensive contre les fonctionnaires (« Action publique 2022 »), un projet de destruction du statut des cheminots (« Nouveau pacte ferroviaire »), une loi de plus pour repousser les migrants et ils annoncent une nouvelle mise en cause des retraites.

Ça ne s’arrêtera ni demain, ni le mois prochain, ni dans les trois mois… Nous allons continuer à réformer en profondeur. (Macron, 11 mars)

Politique extérieure

Macron utilise ces victoires ­ainsi que le protectionnisme de la présidence américaine et l’affaiblissement des gouvernements allemand, britannique, espagnol et italien­ pour défendre la place de l’impérialisme français dans le monde. Il s’est déplacé en Allemagne (mai 2017) ; au Maroc (juin 2017) ; en Autriche, en Roumanie et en Bulgarie (août 2017) ; au Burkina-Faso, en Côte-d’Ivoire et au Ghana (novembre 2017) ; au Qatar (décembre 2017) ; en Chine (janvier 2018) ; en Tunisie et au Sénégal (février 2018) ; en Inde et aux Pays-Bas (mars 2018)…

Macron poursuit aussi les interventions militaires décidées par Hollande au Mali pour défendre le « pré carré » français en Afrique, et celles en Irak et en Syrie dans l’espoir de renouer avec l’influence d’antan au Proche-Orient afin que les groupes capitalistes français participent à la « reconstruction » et reprennent pied en Iran.

Unité nationale

Le 23 mars, un délinquant musulman fanatisé a attaqué des CRS et tué plusieurs travailleurs à Carcassonne et à Trèbes. Cela a permis à Macron et aux principaux médias de célébrer la gendarmerie et l’armée.

Montrant que ce qui les sépare de Macron et de LREM est moins important que ce qui les rassemble, tous les partis parlementaires ont serré les rangs autour de « la France » et surtout de l’appareil répressif de l’État. Les partis bourgeois à droite de LREM (LR, FN) en ont profité pour surenchérir dans la xénophobie, l’islamophobie et les atteintes aux libertés démocratiques. Les partis sociaux-chauvins à sa gauche (LFI PS, PCF, Générations) se sont joints à l’opération. À l’Assemblée nationale, le chef suprême de LFI, débordant d’emphase nationaliste, s’est même fait applaudir par tous les députés.

Nous vous disons : nous sommes certains que vous, vos ministres, et tous les services de l’État avez, dans cette circonstance, fait tout ce qui était en votre pouvoir, du mieux que vous pouviez. (Mélenchon, 27 mars)

Plus encore, Mélenchon dénonce un ancien candidat LFI qui n’a pas oublié l’assassinat par la gendarmerie de Rémi Fraisse en octobre 2014. L’État l’arrête, le juge en comparution immédiate et le condamne à un an de prison avec sursis. Mélenchon devrait rebaptiser son parti « la France soumise », ce serait plus clair.

L’acte courageux d’un gendarme ne saurait faire oublier que la police, la gendarmerie et l’armée « de la République » ont toujours servi la bourgeoisie et réprimé les peuples opprimés, les travailleurs et les étudiants en lutte. Le GIGN (rattaché à la gendarmerie) et le GIPN (rattaché à la police nationale) ont été officiellement mis en place contre le grand banditisme et le terrorisme. Mais le GIGN a servi, en janvier 1985, à liquider physiquement des indépendantistes kanaks en Nouvelle-Calédonie et, en septembre 2005, à briser une grève de marins au large de la Corse. Le GIPN a servi à briser une grève de postiers en Gironde en mai 2005.

Terrorisme islamiste artisanal

L’échelle de ces attentats réactionnaires n’a rien de commun avec les destructions commises par les armées impérialistes, française et autres, ni avec la colonisation de tout un pays, la Palestine, par l’armée israélienne. Le 30 mars, l’armée israélienne surarmée (elle a même l’arme atomique grâce à l’aide de l’État français) a tué 17 Palestiniens et en a blessé 1 400. Le premier ministre de cet État raciste a été reçu deux fois par Macron.

La disparition de l’État de Daech au Proche-Orient, grâce en particulier aux Kurdes d’Irak et de Syrie, fait que les attaques islamistes en France sont moins organisées. Mais les attentats artisanaux par des délinquants ou des déséquilibrés fanatisés n’ont pas cessé malgré les multiples lois qui autorisent la surveillance de la population et la multiplication des moyens de la police politique (DGSI). Ils sont alimentés par les interventions militaires françaises dans des pays musulmans, le chômage de masse, la discrimination à l’embauche, les contrôles policiers au faciès, le choix des gouvernements d’encourager l’imprégnation religieuse de la population, l’alliance avec les monarchies absolues du Golfe, notamment celle de l’Arabie saoudite, qui répandent dans le monde et en France le salafisme…

Terrorisme impérialiste industriel

Le gouvernement Macron-Philippe poursuit ses livraisons d’armes à l’Arabie saoudite qui détruit actuellement le Yémen. Le capitalisme français est le 3e exportateur d’armements, derrière les États-Unis et la Russie, devant l’Allemagne et la Chine.

Les directions syndicales, LFI, le PCF, le PS et Générations demandent toujours plus de matons, de flics, de mercenaires.

De fin 2015 à fin 2016, au ministère de la Justice, l’emploi augmente de 6 100 personnes… Les effectifs progressent également au ministère de la Défense (+ 3 700) avec la montée en puissance de la force opérationnelle terrestre, mais aussi au ministère de l’Intérieur (+ 2 400) avec la mise en place de plans de lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine annoncée en 2015. (Insee première, mars 2018)

L’État, parait-il, ne peut plus dépenser pour les transports publics. Par contre, il augmente des dépenses en moyens de destruction. Le 27 mars, par 389 voix contre 27, l’Assemblée nationale a voté une loi cadre pour financer l’armée française à hauteur de 2 % du PIB d’ici 2025.

L’objectif d’Emmanuel Macron est de porter les dépenses de défense à 2 % du PIB français en 2025, soit 50 milliards d’euros, contre 34,2 milliards cette année. (Le Point, 8 février)

Les députés PS se sont abstenus. Si les députés LFI et PCF ont voté contre, c’est uniquement pour des désaccords ponctuels.

André Chassaigne (PCF) a aussi critiqué « le choix de la dissuasion nucléaire », trop onéreuse à ses yeux, plaidant pour la lutte contre la prolifération. (Challenges.fr, 27 mars)

En effet, LFI, PCF, PS et Générations ne réclament pas l’arrêt des « opérations extérieures », ni la fermeture des bases militaires françaises dans le monde, ni la dissolution des corps de répression.

Caution syndicale

Si le gouvernement est généreux pour les forces de répression, l’austérité s’applique à la santé, à l’enseignement, etc. avec la mise en cause des statuts. Le secrétaire d’État à la Fonction publique se félicite de la négociation du plan « Action publique 2022 » par les directions syndicales.

Les neuf organisations syndicales ont participé aux travaux du début à la fin. (Dussopt, La Tribune, 30 mars)

Le « Nouveau pacte ferroviaire » a pour but de disloquer un bastion des luttes sociales, comme l’État y est parvenu avec l’éclatement et la privatisation partielle des anciennes PTT et de l’ex-EDF-GDF. Pour cela, le gouvernement Macron-Philippe-Borne veut affaiblir les travailleurs de la SNCF, retirer le statut aux futurs cheminots, ouvrir à la concurrence le rail et même transférer des cheminots vers des entreprises capitalistes concurrentes. Pourtant, à aucun moment, les directions syndicales n’ont cessé de négocier le « pacte ».

Une trentaine de réunions ont débouché sur ces arbitrages, que l’exécutif espère de nature à rassurer les syndicats. (Le Monde, 31 mars)

Diversions et dispersion

Les mêmes directions syndicales qui négocient les attaques refusent d’appeler à la grève générale de tous pour le retrait de tous les plans, pour battre le gouvernement. Pour dissimuler leur collaboration de classe, elles décrètent des « journées d’action » et des « grèves perlées ». Elles reçoivent l’appui des partis réformistes et des organisations semi-réformistes qui font d’ailleurs partie, les uns comme les autres, des appareils syndicaux.

Bien sûr, on ne déclenche pas une grève générale des transports sur ordre. C’est d’ailleurs pourquoi une grève ne se pilote pas par un bouton marche-arrêt. (Lutte ouvrière, 23 mars)

LO et ses schismes (CR-L’Étincelle, VdT…) répètent en fait l’excuse bien connue des bureaucrates : la grève générale ne se décrète pas.

Mais les dirigeants syndicaux décrètent qu’ils sont mieux payés (qu’on se souvienne du train de vie du secrétaire général de la CGT Lepaon) s’ils acceptent l’argent de l’État plutôt que les seules cotisations des travailleurs. Ils décrètent qu’il faut se rendre aux convocations du gouvernement pour discuter de ses attaques. Ils décident la dispersion. Ils donnent l’ordre des « journées d’action » (bouton « marche » le matin et bouton « arrêt » le soir). Ils donnent l’ordre à la base de « grèves perlées ». Pourquoi les chefs syndicaux ne soumettent-ils pas leurs décisions préalablement aux assemblées générales ?

LO se réclame à l’occasion du « trotskysme ». Mais, avant 1936, la section française de la 4e Internationale animée par Trotsky appela plus d’une fois à la grève générale.

La classe ouvrière est en danger ! Pour le front unique des organisations, l’organisation de la milice ouvrière et la préparation de la grève générale ! (La Vérité, 8 février 1934)

Au front électoraliste du PC et du PS, substituons une politique de combat : la grève générale pour renverser Doumergue !  (La Vérité, septembre 1934)

Les ouvriers de Brest et de Toulon montrent la voie de la lutte révolutionnaire : la grève générale est à l’ordre du jour. (La Vérité, 23 août 1935)

Pourquoi les membres de LO, dans la CGT, ne font-ils rien contre la négociation par la direction syndicale de tous les plans du gouvernement ? Pourquoi, dans les assemblées générales, les membres de LO s’opposent-ils, avec les bureaucrates du PCF et de LFI, aux travailleurs qui se prononcent pour la grève générale ?

Le NPA se démarque timidement à la direction de la CGT, mais c’est pour soutenir la variante de celle de Solidaires, les grèves reconductibles.

La modalité d’organisation de la grève à la SNCF, de deux jours sur cinq, fait grincer des dents, car elle est en-deçà de la nécessité d’une grève reconductible. (L’Anticapitaliste, 22 mars)

Mais les grèves reconductibles site par site, fac par fac, gare par gare, hôpital par hôpital, hypermarché par hypermarché, etc. ne sont pas la grève générale. Sans la grève générale, les « reconductibles » sont le comble de la dispersion des luttes et le gage de la défaite.

Le 15 mars, les travailleurs des EHPAD et les retraités étaient appelés à une « journée d’action ». Pas mal de monde, aucun résultat. Le 22 mars, les travailleurs de la fonction publique, de la SNCF étaient appelés à une « journée d’action ». Beaucoup de monde, aucun résultat.

Pour la fonction publique, rien n’est prévu depuis la « journée d’action » du 22 mars, sinon une nouvelle « journée d’action » par la direction de la CGT le 19 avril.

À Carrefour, la direction veut supprimer 2 400 postes. La grève du 31 mars convoquée par FO et la CFDT a touché 300 magasins. Aucun résultat.

À Air France, les syndicats multiplient les « journées d’action » (23 février, 13 mars, 30 mars, 8 avril…). Elles sont très suivies, mais la direction ne cède pas.

Dans la santé, le 15 mars, 25 sections Sud et 10 syndicats CGT de différents hôpitaux et la Coordination des comités de défense des hôpitaux et maternités appellent à multiplier les « journées d’action » : 7 avril, 15 mai, « mardis de la santé en colère »…

Les travailleurs de la SNCF sont laissés isolés par les directions confédérales. L’intersyndicale a convoqué des « grèves perlées » de 2 jours sur 5, entre le 3 avril et juin. Les 3 et 4 avril, la grève a été massivement suivie.

La dispersion des luttes permet au patronat et à son État de diviser et de frapper secteur après secteur. Ni les grèves perlées, ni les journées d’action ne permettront de gagner comme l’ont montré, entre autres, les 14 journées d’action contre la loi El Khomri en 2016.

Grève générale !

Le prolétariat français a montré sa force (et arraché des revendications réputées impossibles) par l’armement durant la Commune de Paris en mars 1871, en juin 1936 par la grève générale, en août 1944 à la Libération par l’armement, en mai 1968 par la grève générale.

Redresser la tête, c’est la grève générale. Tous ensemble, c’est la grève générale. La convergence des luttes, c’est la grève générale. La voie pour battre le gouvernement, c’est la grève générale. Ouvrir la perspective d’un gouvernement des travailleurs pour remplacer le gouvernement des capitalistes, c’est la grève générale.

Ce ne sont pas des grèves corporatives. Ce ne sont même pas des grèves. C’est la grève. C’est le rassemblement au grand jour des opprimés contre les oppresseurs, c’est le début classique de la révolution. (Trotsky, 9 juin 1936)

Partout, à la SNCF, à Air France, dans la santé publique, à l’université… les assemblées générales doivent décider :

• rupture de toute négociation des plans du gouvernement !

• grève générale jusqu’au retrait des plans !

• autodéfense contre les flics et les fachos !

• comités de grève élus par les assemblées générales !

• comité central de grève dans chaque localité !

• comité national démocratique de grève !

4 avril 2018